{"id":48900,"date":"2013-01-12T11:38:59","date_gmt":"2013-01-12T10:38:59","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=48900"},"modified":"2013-01-12T11:38:59","modified_gmt":"2013-01-12T10:38:59","slug":"des-limites-du-mode-de-production-occidental-par-michel-leis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2013\/01\/12\/des-limites-du-mode-de-production-occidental-par-michel-leis\/","title":{"rendered":"<b> DES LIMITES DU MODE DE PRODUCTION OCCIDENTAL<\/b>, par Michel Leis"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>Le futur de l\u2019industrie<\/strong><\/p>\n<p>Si ce n\u2019\u00e9tait le fait que l\u2019emploi industriel a occup\u00e9 le devant de l\u2019actualit\u00e9 ces derniers mois sous des formes diverses (comp\u00e9titivit\u00e9, fermetures), ce billet pourrait faire partie de la nouvelle s\u00e9rie de Fran\u00e7ois Leclerc, \u00ab\u00a0l\u2019actualit\u00e9 de demain\u00a0\u00bb. Au-del\u00e0 des probl\u00e8mes sp\u00e9cifiques de la finance que je laisse aux sp\u00e9cialistes, Paul Jorion en t\u00eate, je souhaite expliciter dans ce billet en quoi l\u2019organisation actuelle de l\u2019industrie \u00ab\u00a0r\u00e9sonne\u00a0\u00bb avec la crise financi\u00e8re, mais aussi quels sont ses propres facteurs de d\u00e9s\u00e9quilibre qui rendent sa survie de plus en plus difficile, particuli\u00e8rement en Europe.<\/p>\n<p>Quand on parle d\u2019industrie manufacturi\u00e8re, l\u2019image qui s\u2019impose est celle de la cha\u00eene de montage et sa c\u00e9l\u00e8bre caricature des \u00ab\u00a0Temps modernes\u00a0\u00bb de Charlie Chaplin. Or le mod\u00e8le fordiste des origines a \u00e9t\u00e9 depuis longtemps remplac\u00e9 par une organisation autrement plus complexe qui s\u2019est g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e dans l\u2019ensemble de l\u2019industrie manufacturi\u00e8re, devenant de fait une r\u00e9f\u00e9rence, ce que j\u2019appelle dans mon essai \u00ab\u00a0la norme de production\u00a0\u00bb. Pour comprendre sa configuration actuelle et les probl\u00e8mes qui se posent \u00e0 l\u2019industrie, il faut faire un bref historique de son \u00e9volution depuis la premi\u00e8re grande cha\u00eene de montage, l\u2019usine Ford de Highland Park.<\/p>\n<p><!--more-->Le mod\u00e8le fordiste des origines recouvre \u00e0 la fois une division extr\u00eame du travail suivant les principes de Taylor, une standardisation des pi\u00e8ces et une usine totalement int\u00e9gr\u00e9e o\u00f9 des cha\u00eenes de montage annexes produisent l\u2019ensemble des pi\u00e8ces qui sont ensuite apport\u00e9es sur la ligne principale par une multitude d\u2019employ\u00e9s. En contrepartie d\u2019un travail qui fait abstraction de tout savoir-faire, Ford paye mieux que ces concurrents et offre aux ouvriers l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019acheter les v\u00e9hicules qu\u2019ils produisent<a title=\"\" href=\"#_edn1\">[i]<\/a>. Enfin, l\u2019exp\u00e9dition de pi\u00e8ces dans d\u2019autres pays pour y monter des voitures invente avant l\u2019heure les usines \u00ab\u00a0CKD\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_edn2\">[ii]<\/a>.<\/p>\n<p>Pourtant ce mod\u00e8le va \u00eatre tr\u00e8s vite remis en cause. Sous la direction d\u2019Alfred Sloane, General Motors veut produire sur une m\u00eame ligne de montage diff\u00e9rents v\u00e9hicules. On sort du mod\u00e8le de pi\u00e8ces totalement standardis\u00e9es utilis\u00e9es jusqu\u2019alors. Pour r\u00e9pondre \u00e0 cette contrainte, l\u2019usine n\u2019est plus totalement int\u00e9gr\u00e9e, une partie de la production des pi\u00e8ces est confi\u00e9e \u00e0 la sous-traitance. Dans le m\u00eame temps, l\u2019obsolescence des produits est programm\u00e9e, en grande partie par le renouvellement fr\u00e9quent de la gamme. On est d\u00e9j\u00e0 dans l\u2019annonce de la norme de consommation moderne fond\u00e9e sur une plus-value d\u2019image (\u00ab\u00a0Je poss\u00e8de le dernier mod\u00e8le\u00a0!\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>Dans l\u2019apr\u00e8s-guerre, Toyota<a title=\"\" href=\"#_edn3\">[iii]<\/a> va faire \u00e9voluer ce mod\u00e8le en profondeur. C\u2019est toute la cha\u00eene qui est repens\u00e9e, les flux sont optimis\u00e9s pour tendre vers le z\u00e9ro stock, les commandes sont envoy\u00e9es aux sous-traitants en fonction des productions \u00e0 venir et livr\u00e9es juste \u00e0 temps. Les op\u00e9rateurs de production sont responsabilis\u00e9s pour corriger les d\u00e9fauts ou r\u00e9soudre les probl\u00e8mes de production d\u00e8s qu\u2019ils se posent et assurer ainsi une qualit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e. La naissance de l\u2019automation qui permet \u00e0 une m\u00eame machine de r\u00e9aliser des t\u00e2ches diff\u00e9rentes rend plus facile la coexistence sur une m\u00eame cha\u00eene de montage de produits diff\u00e9renci\u00e9s ou de plusieurs mod\u00e8les.<\/p>\n<p>Dans cette organisation, le maintien d\u2019un certain niveau de standardisation pour les pi\u00e8ces a toujours \u00e9t\u00e9 un enjeu<a title=\"\" href=\"#_edn4\">[iv]<\/a>. Le dernier avatar de ce mode de production moderne est la construction en modules utilis\u00e9s sur plusieurs produits diff\u00e9rents. Cette conception en plate-forme standardis\u00e9e est au c\u0153ur de la strat\u00e9gie du groupe Volkswagen, mais elle se retrouve aussi chez Airbus qui utilise par exemple certains tron\u00e7ons de fuselage dans diff\u00e9rents mod\u00e8les d\u2019avions. Elle compl\u00e8te la logique du \u00ab\u00a0juste \u00e0 temps\u00a0\u00bb et devient le nouveau Graal de la production manufacturi\u00e8re, gr\u00e2ce \u00e0 des gains de productivit\u00e9 suppl\u00e9mentaires et \u00e0 une baisse des co\u00fbts de conception.<\/p>\n<p>Cette organisation n\u2019est pas n\u00e9e de la n\u00e9cessit\u00e9 de produire plus. En 1921, Ford produit une Ford T tous les 15 secondes sur son site, aujourd\u2019hui une usine automobile moderne (pour fixer les id\u00e9es, un peu moins de 3000 employ\u00e9s pour une ligne avec 2 \u00e9quipes) produit un peu plus d\u2019une voiture par minute. Si le nombre d\u2019ouvriers et les heures travaill\u00e9es ne sont pas les m\u00eames, il faut rappeler que l\u2019usine des origines est int\u00e9gr\u00e9e et n\u2019a pas recours \u00e0 la sous-traitance. L\u2019\u00e9volution du mode de production est indissociable de la naissance de la norme de consommation moderne\u00a0: d\u00e9clinaison en gamme, renouvellement rapide des produits, personnalisation, tout cela n\u00e9cessite une grande flexibilit\u00e9 de l\u2019outil de production<a title=\"\" href=\"#_edn5\">[v]<\/a>. L\u2019objectif est de produire avec profit et dans un temps limit\u00e9 (celui d\u2019un cycle de vie volontairement raccourci) une quantit\u00e9 maximale de produits. Mais ce mode de production recouvre des contraintes, des tares et des rapports de force qui posent question. Certaines de ces limites sont inh\u00e9rentes au mode de production lui-m\u00eame, d\u2019autres sont plus sp\u00e9cifiques aux conditions du march\u00e9 europ\u00e9en.<\/p>\n<p>En premier lieu, ce mode de production supporte difficilement les variations de march\u00e9. La recherche de la flexibilit\u00e9 et du z\u00e9ro stock n\u2019implique pas que les contraintes industrielles soient moins rigides, bien au contraire. En fait l\u2019outil industriel des origines \u00e9tait paradoxalement plus flexible, car totalement int\u00e9gr\u00e9. On pouvait faire varier concomitamment la vitesse de production des diff\u00e9rentes cha\u00eenes de fabrication des pi\u00e8ces et celle de la cha\u00eene d\u2019assemblage principale. La cadence de la cha\u00eene \u00e9tait une variable d\u2019ajustement, au m\u00eame titre que le stock de mati\u00e8re premi\u00e8re en entr\u00e9e et de produits finis en sortie. Dans l\u2019outil moderne, le cycle des approvisionnements est complexe, la cha\u00eene logistique qui sous-tend cette organisation est tr\u00e8s fragile<a title=\"\" href=\"#_edn6\">[vi]<\/a>. Les variations permises autour d\u2019une cadence m\u00e9diane sont limit\u00e9es. Au-del\u00e0 d\u2019un certain facteur de variation, il faut reconsid\u00e9rer l\u2019ensemble de la cha\u00eene logistique et reconstruire une organisation diff\u00e9rente de la ligne de montage. En cas de baisse, la r\u00e9vision des cadences se traduit par la suppression de postes de travail. \u00c0 cela s\u2019ajoute un effet d\u2019inertie important\u00a0: Il y a un cycle d\u2019approvisionnement sp\u00e9cifique pour chaque sous-traitant. Pour les produits grand public, la disponibilit\u00e9 fait vendre, les industriels font des pr\u00e9visions de production pour r\u00e9duire les d\u00e9lais. Si ces pr\u00e9visions se r\u00e9v\u00e8lent fausses, les stocks de produits invendus se constituent rapidement en bout de cha\u00eene et il faut stopper la ligne de montage car on ne peut pas ajuster les cadences. Au-del\u00e0 des al\u00e9as du march\u00e9, c\u2019est la raison pour laquelle les industriels d\u00e9testent l\u2019incertitude et souhaitent une croissance soutenue qui leur donne plus de visibilit\u00e9 dans la planification de la production. C\u2019est l\u00e0 o\u00f9 l\u2019Europe souffre d\u2019un handicap majeur\u00a0: les cures d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 combin\u00e9es avec de timides plans de relance rendent le march\u00e9 illisible et volatil. Avec sa multitude de march\u00e9s, chacun avec ses sp\u00e9cificit\u00e9s propres<a title=\"\" href=\"#_edn7\">[vii]<\/a>, l\u2019espoir d\u2019amortir une ligne de produits dans l\u2019espace d\u2019un cycle de vie se r\u00e9duit comme peau de chagrin.<\/p>\n<p>Les variations de productivit\u00e9 sont un autre aspect qui est souvent mal interpr\u00e9t\u00e9. La productivit\u00e9 est un ratio qui divise la valeur ajout\u00e9e ou un volume produit par l\u2019un des facteurs de production, travail ou capital. La mesure la plus fr\u00e9quente est celle de la productivit\u00e9 du travail. On se focalise depuis des ann\u00e9es sur la hausse de celle-ci ou sa comparaison avec d\u2019autres pays (en tant que composante de la comp\u00e9titivit\u00e9), or cette augmentation est en trompe l\u2019\u0153il. Elle traduit plusieurs \u00e9volutions concomitantes qui ne rel\u00e8vent pas toute d\u2019une performance accrue de l\u2019outil de travail. Deux autres facteurs ont largement contribu\u00e9 \u00e0 cette hausse\u00a0: l\u2019augmentation de la valeur par unit\u00e9 produite, r\u00e9sultant de l\u2019\u00e9l\u00e9vation progressive de la norme de consommation et le rapport de force entre l\u2019entreprise dominante et son tissu de sous-traitants.<\/p>\n<p>La relation entre un donneur d\u2019ordre et ses sous-traitants est par nature d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9e. Pourtant, l\u2019organisation en flux continu n\u00e9cessite un degr\u00e9 de coop\u00e9ration et de transparence \u00e9lev\u00e9e. Quand ce type d\u2019organisation est apparu, il s\u2019est \u00e9tabli un rapport quasiment organique entre les sous-traitants et le donneur d\u2019ordres pour r\u00e9pondre \u00e0 ces contraintes. La hausse de la norme de profit va changer la donne, c\u2019est l\u2019une des r\u00e9sonnances de l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle avec l\u2019\u00e9conomie financi\u00e8re. Une fiscalit\u00e9 plus favorable, le d\u00e9veloppement du cr\u00e9dit, les surprofits n\u00e9s des bulles sp\u00e9culatives, tous ces facteurs accentuent le diff\u00e9rentiel entre les dividendes servis par les soci\u00e9t\u00e9s financi\u00e8res ou les fonds sp\u00e9culatifs et ceux servis par les grands industriels. Comme les besoins de capitaux sont \u00e9lev\u00e9s et pour rester attractifs, les industriels se sont lanc\u00e9s dans une course au surprofit. Cette pression s\u2019est propag\u00e9e vers les sous-traitants au travers de la fonction achat, rendant difficile le maintien de la rentabilit\u00e9 dans des conditions normales de production pour ces entreprises. Bien des fournisseurs ont r\u00e9agi en d\u00e9localisant dans des pays o\u00f9 les co\u00fbts de main-d\u2019\u0153uvre permettent de maintenir le taux de rentabilit\u00e9. Pour ceux qui sont rest\u00e9s, on est dans le domaine de la survie et de la pr\u00e9carit\u00e9. Dans cette lutte pour maintenir le taux de profit, les fournisseurs et les sous-traitants essayent de constituer des oligopoles fond\u00e9s sur des savoir-faire techniques ou sur une concentration horizontale. On peut citer l\u2019exemple des microprocesseurs (Intel &amp; AMD) ou des r\u00e9acteurs d\u2019avion (Snecma, General Electric et Rolls Royce), s\u2019agissant des strat\u00e9gies de concentration, on peut \u00e9videmment citer la sid\u00e9rurgie o\u00f9 ce sont les unit\u00e9s de production les plus rentables qui b\u00e9n\u00e9ficient des commandes au d\u00e9triment d\u2019unit\u00e9s de production plus anciennes. D\u2019un c\u00f4t\u00e9 des acteurs qui pr\u00e9servent leur part de g\u00e2teau, de l\u2019autre, une fixation des prix qui refl\u00e8tent la disproportion du rapport de force. Les mesures de la productivit\u00e9 sur la base de la valeur ajout\u00e9e refl\u00e8tent cette situation.<\/p>\n<p>La production en module offre un cadre suppl\u00e9mentaire \u00e0 cette course au profit. Elle devient une forme de sous-traitance interne qui n\u2019a plus besoin d\u2019\u00eatre localis\u00e9e sur le lieu d\u2019assemblage final. \u00c9videmment, avec la hausse de la norme de profit, la tentation est grande d\u2019implanter ces unit\u00e9s de production dans des pays o\u00f9 le co\u00fbt de main-d\u2019\u0153uvre est plus attractif. C\u2019est aujourd\u2019hui la strat\u00e9gie allemande qui a construit son arri\u00e8re-cour industrielle dans les ex-pays de l\u2019Est.<\/p>\n<p>Cette organisation rec\u00e8le une faiblesse. \u00c0 l\u2019origine, les sous-traitants \u00e9taient pour l\u2019essentiel install\u00e9s dans un rayon proche des lignes de production (souvent moins d\u2019une vingtaine de kilom\u00e8tres). L\u2019implantation par les entreprises japonaises d\u2019unit\u00e9s de production hors du territoire national ne s\u2019accompagne pas forc\u00e9ment de l\u2019abandon du r\u00e9seau de sous-traitants. Ceux-ci ne peuvent pas tous suivre leurs clients et comme la substitution ne s\u2019op\u00e8re pas toujours en faveur de producteurs locaux, des containers de pi\u00e8ces vont \u00eatre exp\u00e9di\u00e9s dans ces implantations ext\u00e9rieures. Une logistique longue distance vient se greffer sur les transports courts qui \u00e9taient la r\u00e8gle jusque-l\u00e0. Ce qui rend possible ces strat\u00e9gies, c\u2019est la capacit\u00e9 \u00e0 traiter un grand nombre d\u2019informations et le faible prix du transport qui est loin de supporter son empreinte \u00e9cologique \u00e9lev\u00e9e. La mont\u00e9e en puissance et l\u2019internationalisation de ce mode de production se sont accompagn\u00e9es d\u2019une hausse continue du transport maritime et routier, refl\u00e9tant non seulement l\u2019exp\u00e9dition de produits finis mais aussi celle de pi\u00e8ces et de composants. Cette logistique longue continue \u00e0 se d\u00e9velopper pour l\u2019ensemble des industriels et supporte aujourd\u2019hui une qu\u00eate diff\u00e9rente, celle de la baisse du prix de revient. L\u00e0 aussi, il y a une sp\u00e9cificit\u00e9 europ\u00e9enne\u00a0: la r\u00e9glementation extr\u00eamement l\u00e2che qui a \u00e9t\u00e9 mise en place au nom de la concurrence et des r\u00e8gles de march\u00e9 en mati\u00e8re de transport routier. Des salari\u00e9s des pays de l\u2019Est, pay\u00e9s suivant les politiques sociales de ces pays, tractent aujourd\u2019hui des remorques de toutes nationalit\u00e9s et contribuent \u00e0 la minimisation des co\u00fbts de transport. Combin\u00e9 avec le diff\u00e9rentiel de salaire, c\u2019est un puissant incitant \u00e0 la d\u00e9localisation pour beaucoup d\u2019industriels europ\u00e9ens. Mais en perdant de vue l\u2018organisation des origines, le syst\u00e8me est \u00e0 la merci d\u2019une hausse des prix du p\u00e9trole. L\u2019industrie se trouve dans une situation paradoxale o\u00f9 elle a besoin de croissance pour assurer une visibilit\u00e9, mais o\u00f9 le retour de la croissance pourrait entra\u00eener une d\u00e9gradation rapide de sa rentabilit\u00e9 par une hausse du co\u00fbt du transport.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?attachment_id=48913\" rel=\"attachment wp-att-48913\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-48913\" alt=\"Transport routier de marchandises\" src=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Transport-routier-de-marchandises.png\" width=\"700\" height=\"369\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Transport-routier-de-marchandises.png 1350w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Transport-routier-de-marchandises-300x158.png 300w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Transport-routier-de-marchandises-1024x539.png 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><\/a><br \/>\n<i>Transport routier de marchandises \u2013 Pays fondateurs de l\u2019Europe<\/i><\/p>\n<p>Le dernier aspect de la hausse de la productivit\u00e9, c\u2019est la performance de l\u2019outil commercial, sa capacit\u00e9 \u00e0 inscrire l\u2019objet dans la norme de consommation. Cr\u00e9er ce d\u00e9sir de l\u2019objet, lui donner une plus-value d\u2019image, c\u2019est pouvoir vendre le produit plus cher pour un investissement limit\u00e9. Mais cette capacit\u00e9 repose sur trois conditions.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re est de garder la ma\u00eetrise du processus de commercialisation en tant que producteur. Quand l\u2019objet se banalise et que la distribution prend la main sur la production, il s\u2019\u00e9tablit bien vite une relation fond\u00e9e sur un rapport de force d\u00e9favorable. La fixation du prix est alors totalement asym\u00e9trique en faveur de la distribution qui accapare le meilleur de la marge, ce qui conduit aux m\u00eames r\u00e9sultats que ceux expos\u00e9s pour la sous-traitance. Dans la plupart des cas, la constitution d\u2019oligopoles n\u2019est pas possible, s\u2019agissant de produits banalis\u00e9s. C\u2019est ainsi que l\u2019industrie textile, hormis le haut de gamme, a pratiquement disparu du paysage europ\u00e9en.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me condition est le respect de la quantit\u00e9 initialement planifi\u00e9e. La course \u00e0 l\u2019augmentation de valeur repose sur l\u2019incorporation d\u2019\u00e9l\u00e9ments diff\u00e9renciateurs, ce qui augmente le co\u00fbt de production et les frais de recherches et d\u00e9veloppement. Si la quantit\u00e9 produite n\u2019est pas au rendez-vous, comme il n\u2019est pas question d\u2019allonger la dur\u00e9e de vie du produit, la rentabilit\u00e9 du produit et de l\u2019usine qui le produit est compromise.<\/p>\n<p>La troisi\u00e8me condition, c\u2019est celle du pari fordiste des origines, l\u2019existence d\u2019une client\u00e8le solvable, existence qui repose sur de bons salaires g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s. C\u2019est \u00e9videmment l\u00e0 que le b\u00e2t blesse, il y a longtemps que les principes du \u00ab\u00a0welfare state\u00a0\u00bb ont \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9s au seul b\u00e9n\u00e9fice de la norme de profit. Lors des d\u00e9localisations qui ont suivi l\u2019\u00e9largissement de l\u2019Europe, l\u2019industrie a oubli\u00e9 ces principes et il ne s\u2019est pas cr\u00e9\u00e9 de march\u00e9 \u00e0 la hauteur des capacit\u00e9s de production dans les nouveaux membres de l\u2019union. \u00c0 cela s\u2019ajoute une double erreur m\u00e9thodologique. Beaucoup d\u2019industriels souhaitent aller vers les segments premium qui sont \u00e0 la fois les plus r\u00e9mun\u00e9rateurs et les plus stables, mais dont le volume est r\u00e9duit par d\u00e9finition. D\u2019autre part, chaque industriel tend \u00e0 consid\u00e9rer seulement son propre march\u00e9, alors que le nombre de produits offrant une plus-value d\u2019image se multiplie. Comme la solvabilit\u00e9 des individus tend \u00e0 se r\u00e9duire, la comp\u00e9tition ne se limite plus \u00e0 la concurrence intra-march\u00e9, mais devient une concurrence entre march\u00e9s. L\u2019analyse peine \u00e0 retracer les ph\u00e9nom\u00e8nes de r\u00e9allocation des ressources pratiqu\u00e9es par les individus, ph\u00e9nom\u00e8ne pourtant bien r\u00e9el si l\u2019on regarde la r\u00e9partition de la consommation ou la variation relative des diff\u00e9rents march\u00e9s.<\/p>\n<p>Enfin, la norme de production actuelle prolonge cette division du travail n\u00e9e du Taylorisme o\u00f9 les savoir-faire sont banalis\u00e9s, ce qui retire aux op\u00e9rateurs de production cette possibilit\u00e9 d\u2019exercer un rapport de force n\u00e9 d\u2019un savoir-faire technique sp\u00e9cifique. Ce n\u2019est \u00e9videmment pas une nouveaut\u00e9, mais le ch\u00f4mage \u00e9lev\u00e9 ne facilite pas le maintien du pari fordiste. Dans un premier temps, la complexit\u00e9 croissante des processus de production et de commercialisation compensait cette situation par une hausse des fonctions d\u2019encadrements. C\u2019\u00e9tait aussi l\u2019une des raisons de l\u2019explosion de la norme de consommation, cette population de cadre \u00e9tant avide de reconnaissance. Au pari fordiste qui comptait sur la g\u00e9n\u00e9ralisation des salaires \u00e9lev\u00e9s pour entretenir la demande s\u2019est substitu\u00e9e une r\u00e9partition des revenus reposant sur l\u2019ascenseur social. La banalisation des savoir-faire techniques n\u2019offre plus de garanties dans ce domaine, celui-ci est maintenant immobilis\u00e9 au rez-de-chauss\u00e9e.<\/p>\n<p>Si l\u2019on r\u00e9sume la situation, les perspectives ne sont gu\u00e8re brillantes pour le couple norme de consommation norme de production. Il est vrai qu\u2019un troisi\u00e8me larron est venu\u00a0 se rajouter, la hausse de la norme de profit. Celle-ci oublie le pr\u00e9requis fordiste des origines et redistribue le travail entre les pays (d\u00e9sol\u00e9 de jouer un peu les troubles f\u00eate dans ce d\u00e9bat sur la disparition du travail). L\u2019Union europ\u00e9enne accentue ces d\u00e9s\u00e9quilibres en favorisant la concurrence interne, la mobilit\u00e9 et en facilitant le transport sans pour autant offrir de visibilit\u00e9 sur la conjoncture \u00e0 venir. Dans ce contexte, les acteurs ont le choix entre la tentation du premium ou une red\u00e9finition drastique du couple norme de consommation norme de production, ce qui passe aussi par une r\u00e9organisation de paradigmes \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans l\u2019industrie. Le succ\u00e8s des automobiles low-cost ne doit pas faire illusion, l\u2019extension et le renouvellement des gammes restent la r\u00e8gle, l\u2019emploi de composants amortis et le dumping social pr\u00e9servent les profits.<\/p>\n<p>D\u2019autres pays offrent aujourd\u2019hui un contexte plus favorable \u00e0 ce trio production\u00a0\/ consommation\u00a0\/ profit. La classe moyenne, m\u00eame si elle demeure proportionnellement moins \u00e9lev\u00e9e que celle des pays occidentaux, est en plein d\u00e9veloppement et manifeste son d\u00e9sir de reconnaissance, la consommation en reste le principal vecteur. La croissance offre des perspectives et une visibilit\u00e9 que l\u2019Occident n\u2019offre plus, indispensable au bon fonctionnement de l\u2019outil de production. Les d\u00e9s\u00e9quilibres internes \u00e0 ces pays offrent la possibilit\u00e9 d\u2019un retour au mod\u00e8le des origines, une sous-traitance localis\u00e9e pr\u00e8s des usines. Bref, vu de l\u2019industrie, ces pays ont tout du nouvel eldorado. Mais si l\u2019on se place dans une perspective historique, on peut aussi se dire que ces pays sont en train de vivre leurs Trente Glorieuses avec des similarit\u00e9s qui ne sont pas seulement du domaine \u00e9conomique. Investissement massif de l\u2019\u00c9tat, projet de prestige, on n\u2019est pas tr\u00e8s loin de ces politiques keyn\u00e9siennes qui ne disaient pas toujours leur nom dans les ann\u00e9es 60. En c\u00e9dant \u00e0 ce mirage, les entreprises se donnent l\u2019illusion d\u2019un ballon d\u2019oxyg\u00e8ne et \u00e9vitent de se poser des questions sur la logique de production et de r\u00e9partition des revenus. Pendant ce temps, en ne repensant pas le lien consommation\u00a0\/ production \/ profit, l\u2019Occident condamne \u00e0 terme son industrie.<\/p>\n<div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ednref\">[i]<\/a> \u00c0 partir de 1914, la paye propos\u00e9e est de 5$ par jour, ce qui ram\u00e8ne le prix d\u2019une voiture \u00e0 3 mois de salaire<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ednref\">[ii]<\/a> Completly Knowked down\u00a0\u00bb\u00a0: Ensemble de pi\u00e8ces d\u00e9tach\u00e9es composant un produit exp\u00e9di\u00e9es pour un assemblage final dans une usine distante<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ednref\">[iii]<\/a> Mise en place \u00e0 partir des ann\u00e9es 60 par le fondateur de Toyota, Sakichi Toyoda, son fils, Kiichiro, et l&rsquo;ing\u00e9nieur Taiichi Ohno<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ednref\">[iv]<\/a> Conduisant parfois \u00e0 ces accidents industriels que sont les rappels, lorsqu\u2019une pi\u00e8ce produite \u00e0 des millions d\u2019exemplaires pr\u00e9sente un risque pour le consommateur<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ednref\">[v]<\/a> En 1927, quand Ford se d\u00e9cide \u00e0 remplacer la Ford T par la Ford A, il faut pr\u00e8s de 6 mois pour pr\u00e9parer son usine au nouveau produit, il faut aujourd\u2019hui quelques semaines pour r\u00e9aliser ce type d\u2019op\u00e9ration.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ednref\">[vi]<\/a> Chaque sous-traitant \u00e0 sa propre cadence de production<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ednref\">[vii]<\/a> Pour donner un exemple aussi trivial que r\u00e9v\u00e9lateur\u00a0: les machines \u00e0 laver le linge \u00e0 chargement frontal ou \u00e0 chargement vertical, autre ligne de fracture europ\u00e9enne ignor\u00e9e.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong>Le futur de l\u2019industrie<\/strong><\/p>\n<p>Si ce n\u2019\u00e9tait le fait que l\u2019emploi industriel a occup\u00e9 le devant de l\u2019actualit\u00e9 ces derniers mois sous des formes diverses (comp\u00e9titivit\u00e9, fermetures), ce billet pourrait faire partie de la nouvelle s\u00e9rie de Fran\u00e7ois Leclerc, \u00ab\u00a0l\u2019actualit\u00e9 de demain\u00a0\u00bb. Au-del\u00e0 des probl\u00e8mes sp\u00e9cifiques de la finance que je laisse aux [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":38,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[2274],"class_list":["post-48900","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","tag-industrie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/48900","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/38"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=48900"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/48900\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":48919,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/48900\/revisions\/48919"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=48900"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=48900"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=48900"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}