{"id":49294,"date":"2013-01-23T16:42:32","date_gmt":"2013-01-23T15:42:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=49294"},"modified":"2013-01-23T16:53:57","modified_gmt":"2013-01-23T15:53:57","slug":"le-client-au-centre-de-leconomie-oui-et-non-par-jean-luc-schellens","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2013\/01\/23\/le-client-au-centre-de-leconomie-oui-et-non-par-jean-luc-schellens\/","title":{"rendered":"<b>LE CLIENT AU CENTRE DE L&rsquo;\u00c9CONOMIE ? OUI ET NON !<\/b>, par Jean-Luc Schellens"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Tu mangeras ton pain \u00e0 la sueur de ton front !\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ce ch\u00e2timent biblique indique en fait que l&rsquo;homme produit pour consommer et consomme pour produire. Cercle vertueux ou spirale infernale, telle est bien la question essentielle !<\/p>\n<p>Donc l&rsquo;homme produit et consomme. Et la richesse cr\u00e9\u00e9e par la production procure les revenus n\u00e9cessaires \u00e0 la consommation, l&rsquo;argent ayant \u00e9t\u00e9 invent\u00e9 pour faciliter le passage de l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre (mais aussi pour remplacer l&rsquo;appropriation par la violence ou par le droit du \u00ab\u00a0premier occupant\u00a0\u00bb qui pr\u00e9valait avant son invention).<\/p>\n<p>Mais comment s&rsquo;\u00e9tablit l&rsquo;\u00e9quilibre entre la production et la consommation ? Entre l&rsquo;offre et la demande ? Et surtout qui l&rsquo;\u00e9tablit ? Est-ce le march\u00e9 \u00ab\u00a0autor\u00e9gul\u00e9\u00a0\u00bb par la \u00ab\u00a0main invisible\u00a0\u00bb ch\u00e8re \u00e0 Adam Smith qui fait que l&rsquo;offre cr\u00e9e en fait la demande, ou plut\u00f4t les \u00ab\u00a0parties prenantes\u00a0\u00bb du march\u00e9 qui \u00e9quilibrent l&rsquo;offre et la demande en fonction de leurs rapports de forces comme l&rsquo;explique Paul Jorion \u00e0 travers ses diff\u00e9rents ouvrages [1] ?<\/p>\n<p><!--more-->Les diff\u00e9rents \u00ab\u00a0acteurs\u00a0\u00bb (ou agents socio-\u00e9conomiques) du march\u00e9 impliqu\u00e9s dans le partage de la richesse produite, sont au nombre de sept :<\/p>\n<p>1. les entrepreneurs-actionnaires (appel\u00e9s aussi investisseurs, rentiers, capitalistes) qui prennent les risques initiaux mais sont aujourd&rsquo;hui les mieux r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s en vertu des th\u00e9ories \u00e9conomiques (le lib\u00e9ralisme de M. Friedman [2]) et philosophiques (A. Comte-Sponville qui consid\u00e8re que le capital peut primer puisqu&rsquo;il est a-moral [3]) et qui s&rsquo;accaparent donc l&rsquo;essentiel de la richesse gr\u00e2ce aux int\u00e9r\u00eats per\u00e7us qui font que l&rsquo;argent appelle l&rsquo;argent,<\/p>\n<p>2. les entrepreneurs-managers qui organisent la production et \u00e0 ce titre ont revendiqu\u00e9 et obtenu ces derni\u00e8res ann\u00e9es que leurs int\u00e9r\u00eats soient align\u00e9s sur ceux des actionnaires gr\u00e2ce aux fameux <i>stock-options<\/i> et bonus,<\/p>\n<p>3. les salari\u00e9s qui en tant qu&rsquo;authentiques travailleurs sont les premiers r\u00e9tribu\u00e9s mais que certains veulent situer au premier rang tant leur motivation est indispensable \u00e0 la bonne marche de la production ou parce qu&rsquo;il faut d\u00e9fendre leur pouvoir d&rsquo;achat,<\/p>\n<p>4. les marchands-distributeurs (qui avec les banquiers r\u00e9pandirent l&rsquo;usage de l&rsquo;argent) qui facilitent mais contr\u00f4lent l&rsquo;\u00e9change entre la production et la consommation et sont r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s pour ces services souvent de mani\u00e8re telle que les producteurs eux ne le sont plus gu\u00e8re,<\/p>\n<p>5. les acheteurs-clients [4] qui consomment la production tant qu&rsquo;elle ne d\u00e9passe pas leurs revenus et r\u00e9pond \u00e0 leurs besoins (primaires ou de luxe) et motivations (utilit\u00e9, identit\u00e9, opportunit\u00e9&#8230;)<\/p>\n<p>6. l&rsquo;\u00c9tat qui soit \u00ab\u00a0impose\u00a0\u00bb sa part du partage, soit trop souvent l&#8217;emprunte parce qu&rsquo;il ne peut ou n&rsquo;ose lever davantage d&rsquo;imp\u00f4ts, d&rsquo;une part pour financer les d\u00e9penses publiques et d&rsquo;autre part pour assurer que la concurrence &#8211; et donc le partage de la richesse &#8211; soit optimale entre les diff\u00e9rents acteurs,<\/p>\n<p>7. et enfin la Terre et ses ressources (\u00ab\u00a0aubaines\u00a0\u00bb) limit\u00e9es ou non, mais que certains se sont appropri\u00e9es pour percevoir une rente alors que \u00ab\u00a0la Terre n&rsquo;est \u00e0 personne !\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le plus souvent, l&rsquo;\u00e9conomie s\u00e9pare ces \u00ab\u00a0acteurs\u00a0\u00bb, ces \u00ab\u00a0classes sociales\u00a0\u00bb pour d\u00e9finir d&rsquo;une part le \u00ab\u00a0capitalisme\u00a0\u00bb (avec les trois premiers) et d&rsquo;autre part \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9conomie de march\u00e9\u00a0\u00bb (avec les marchands et les acheteurs- clients), le r\u00f4le de l&rsquo;\u00c9tat \u00e9tant pris en compte de mani\u00e8re antagoniste dans les th\u00e9ories lib\u00e9rales ou socialistes, et la Terre faisant partie des \u00ab\u00a0externalit\u00e9s\u00a0\u00bb dont jusqu&rsquo;il y a peu on ne se pr\u00e9occupait gu\u00e8re en \u00e9conomie puisque ses ressources semblaient sans limites.<\/p>\n<p>Ne faut-il pas au contraire les int\u00e9grer pour montrer leurs interd\u00e9pendances et faire une description \u00ab\u00a0holistique\u00a0\u00bb des liens multiples entre la production et la consommation ? D&rsquo;autant plus si on consid\u00e8re comme Paul Jorion que les prix se forment gr\u00e2ce \u00e0 la concurrence non pas seulement entre les vendeurs mais aussi entre les acheteurs, voire m\u00eame gr\u00e2ce \u00e0 la collaboration entre les vendeurs et les acheteurs comme le confirme le ph\u00e9nom\u00e8ne de la classe de loisir ou des \u00ab\u00a0early adopters\u00a0\u00bb ainsi qu&rsquo;on va le voir.<\/p>\n<p>C&rsquo;est cette r\u00e9alit\u00e9 qui a \u00e9t\u00e9 \u00e0 la base du \u00ab\u00a0Fordisme\u00a0\u00bb, terme par lequel on d\u00e9signe l&rsquo;ensemble des proc\u00e9dures (explicites ou implicites) par lesquelles les salaires se sont progressivement index\u00e9s sur les gains de productivit\u00e9 pour assurer que les d\u00e9bouch\u00e9s offerts aux entreprises cro\u00eetront \u00e9galement au m\u00eame rythme et permettront donc d&rsquo;\u00e9viter la surproduction, puisqu&rsquo;Henry Ford avait compris que ses salari\u00e9s seraient aussi ses clients !<\/p>\n<p>Peut-on alors hi\u00e9rarchiser ces sept types d\u2019acteurs ? Qui doit pr\u00e9dominer et s&rsquo;approprier la part principale de la richesse cr\u00e9\u00e9e ?\u2028 L&rsquo;actionnaire qui assume les risques initiaux\u00a0? le salari\u00e9 dont les comp\u00e9tences et les motivations sont indispensables aux succ\u00e8s de l&rsquo;entreprise\u00a0? ou la Terre qui elle n&rsquo;est pas \u00e0 sauver, mais qui bient\u00f4t ne pourra plus fournir certaines ressources essentielles \u00e0 notre esp\u00e8ce humaine de plus en plus gaspilleuse.<\/p>\n<p>Ou alors faut-il mettre le client \u00ab\u00a0au centre\u00a0\u00bb comme le proclament aujourd&rsquo;hui les entreprises. En effet, \u00ab\u00a0le client est roi\u00a0\u00bb, mais au vu de la pratique de la plupart des entreprises et des exp\u00e9riences r\u00e9elles des clients, on est en droit de se demander s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un v\u00e9ritable changement de paradigme ou au contraire d&rsquo;un slogan publicitaire. Autrement dit, le client est-il vraiment roi ?<\/p>\n<p><strong>OUI le client est roi<\/strong><\/p>\n<p>\u2022 Parce que c&rsquo;est le client qui cr\u00e9e la valeur que l&rsquo;entreprise propose. Si on consid\u00e8re en effet la cha\u00eene de valeur dans sa globalit\u00e9, il n&rsquo;y a pas de cr\u00e9ation de valeur tant que le client n&rsquo;a pas achet\u00e9 le produit mis sur le march\u00e9 par l&rsquo;entreprise. \u00ab\u00a0Without customers, you don&rsquo;t have a business! You have a hobby&#8230;\u00a0\u00bb [5] ou \u00ab\u00a0You need your customers more than they need you\u00a0\u00bb sont deux expressions qui le confirment et qui sont \u00e0 la base du calcul de la valeur \u00e0 long terme du client (le \u00ab\u00a0Customer Lifetime Value\u00a0\u00bb ou LTV).<\/p>\n<p>Cette valeur est le profit actualis\u00e9 qu&rsquo;une entreprise fera sur la totalit\u00e9 des transactions avec un client et cela aussi longtemps que ces transactions existeront. Entrent dans le calcul, les revenus de l&rsquo;entreprise d\u00e9duction faite de tous les co\u00fbts, en particulier ceux d&rsquo;acquisition, de production, de livraison et de service apr\u00e8s-vente, la valeur \u00e9tant actualis\u00e9e puisque projet\u00e9e dans le futur [6]. Une fois totalis\u00e9es, les valeurs \u00e0 long terme de tous les clients constituent la \u00ab\u00a0Customer Equity\u00a0\u00bb de l&rsquo;entreprise. Calcul qui aujourd&rsquo;hui s&rsquo;impose si on veut valoriser correctement une entreprise en int\u00e9grant tous ses actifs intangibles &#8211; comme le \u00ab\u00a0Brand Equity\u00a0\u00bb ou le \u00ab\u00a0Goodwill\u00a0\u00bb &#8211; dans cette valorisation. Des \u00e9tudes r\u00e9centes ont montr\u00e9 que les actifs intangibles peuvent repr\u00e9sent\u00e9s en moyenne 80% de la valeur des entreprises am\u00e9ricaines, et plus de 90% pour le secteur des technologies !<\/p>\n<p>Mais, si l&rsquo;entreprise cr\u00e9e de la valeur gr\u00e2ce au client, celui-ci doit en cr\u00e9er parall\u00e8lement gr\u00e2ce aux b\u00e9n\u00e9fices qu&rsquo;il retirera de la propri\u00e9t\u00e9 et de l&rsquo;usage du produit acquis, d\u00e9duction faite des efforts et sacrifices &#8211; p\u00e9cuniaires ou non &#8211; consentis pour cette appropriation et utilisation. Cette valeur pour le client (\u00ab\u00a0Value for the Customer\u00a0\u00bb ou V4C) est \u00e0 la fois tangible et intangible puisqu&rsquo;\u00e0 c\u00f4t\u00e9 du prix pay\u00e9 pour le produit et son entretien, elle int\u00e8gre les taux de satisfaction et de fid\u00e9lit\u00e9 du client ainsi que la notori\u00e9t\u00e9 et les taux de conversion de l&rsquo;entreprise qui sont le reflet de son attractivit\u00e9 pour le client.<\/p>\n<p>Le march\u00e9 va donc permettre l&rsquo;\u00e9change de valeurs entre l&rsquo;entreprise et le client, \u00e9change qui s&rsquo;exprime par la formule suivante :\u2028\u00a0\u00bbles b\u00e9n\u00e9fices du client \u2013 le prix du produit \u2013 les co\u00fbts de l&rsquo;entreprise\u00a0\u00bb. La premi\u00e8re diff\u00e9rence constitue la valeur ou l&rsquo;utilit\u00e9 pour le client (V4C), et la seconde, le profit pour l&rsquo;entreprise (LTV). Toute entreprise doit maximiser les deux, la premi\u00e8re gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;innovation et la seconde gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;excellence op\u00e9rationnelle. Et le prix au milieu constitue le curseur, la variable d&rsquo;ajustement qui permettra \u00e0 l&rsquo;offre et \u00e0 la demande de se rencontrer. Si le prix est trop \u00e9lev\u00e9 pour que le client y trouve un b\u00e9n\u00e9fice, il n&rsquo;ach\u00e8tera pas le produit ou ira chez un concurrent offrant un meilleur rapport qualit\u00e9\/prix. Et si le prix est trop bas, l&rsquo;entreprise ne fait plus de profits, fait faillite ou d\u00e9localise, ce qui pour les salari\u00e9s revient au m\u00eame.<\/p>\n<p>On retrouve donc bien les concepts de Michael Porter en mati\u00e8re de strat\u00e9gie des entreprises. Mais aussi finalement ceux de l&rsquo;\u00e9cole n\u00e9o-classique o\u00f9, comme le d\u00e9crit Jean-Pierre Hansen [7], si les acteurs se comportent de mani\u00e8re rationnelle, l&rsquo;offre caract\u00e9ris\u00e9e par le co\u00fbt marginal d&rsquo;un producteur voulant maximiser son profit et la demande d\u00e9finie, elle, par l&rsquo;utilit\u00e9 marginale d&rsquo;un client maximisant son utilit\u00e9, se rencontrent en un point qui d\u00e9termine le prix du march\u00e9.<\/p>\n<p>Malheureusement, comme on le sait, les acteurs sont tout sauf rationnels&#8230;<\/p>\n<p>\u2022 Le client est roi \u00e9galement parce que certains clients, ceux qu&rsquo;on appelle les \u00ab\u00a0early adopters\u00a0\u00bb, participent activement \u00e0 la cr\u00e9ation des nouveaux march\u00e9s et que les entrepreneurs leur sont donc totalement redevables : ils ont une id\u00e9e, une intuition ou une vision mais au beau milieu de l&rsquo;incertitude, quelques-uns y croient et ach\u00e8tent un produit qui bien souvent n&rsquo;est qu&rsquo;un prototype. Mais ces clients ayant g\u00e9n\u00e9ralement des revenus et des loisirs comme l&rsquo;a fort bien d\u00e9crit Thorstein Veblen, n&rsquo;est-il pas normal qu&rsquo;ils amorcent la pompe pour que se cr\u00e9e et se d\u00e9veloppe le \u00ab\u00a0cycle permanent de la consommation\u00a0\u00bb indispensable \u00e0 celui de la production ?<\/p>\n<p>\u2022 Enfin, le client est roi parce qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui \u00e0 cause de la surproduction, l&rsquo;offre d\u00e9passe largement la demande et que face au \u00ab\u00a0paradoxe du choix\u00a0\u00bb d\u00e9couvert par Barry Schwartz [8], le client ne sait que choisir et donc renonce parfois \u00e0 consommer.<\/p>\n<p><strong>NON le client n&rsquo;est pas roi<\/strong><\/p>\n<p>\u2022 Parce qu&rsquo;il doit satisfaire ses besoins et motivations mais qu&rsquo;en cela il est pouss\u00e9 sans cesse \u00e0 imiter la consommation ostentatoire de la \u00ab\u00a0classe de loisir\u00a0\u00bb d\u00e9crite par T. Veblen et donc \u00e0 \u00ab\u00a0remplir ses armoires de choses d\u00e9risoires\u00a0\u00bb comme le dit la chanson d&rsquo;Alain Souchon.<\/p>\n<p>Et qu&rsquo;il est peu satisfait de ses relations avec les entreprises puisque celles-ci recherchant le profit \u00e0 court terme, n\u00e9gligent trop souvent le service apr\u00e8s-vente de leurs produits.<\/p>\n<p>\u2022 Parce que pour cela il consomme tr\u00e8s souvent \u00e0 cr\u00e9dit et hypoth\u00e8que ainsi son salaire ou revenu futur et alimente de ce fait les boucles de la production et de la consommation, favorise la concentration de la richesse chez les rentiers et en d\u00e9finitive la surproduction et la sp\u00e9culation comme le d\u00e9crit Paul Jorion.<\/p>\n<p>\u2022 Parce qu&rsquo;en principe, ce n&rsquo;est pas le roi qui fait la r\u00e9volution. Or on parle aujourd&rsquo;hui des \u00ab\u00a0nouveaux consommateurs\u00a0\u00bb, ceux qui refusent l&rsquo;hyperconsommation, privil\u00e9gient l&rsquo;utilit\u00e9 sur la propri\u00e9t\u00e9, leurs b\u00e9n\u00e9fices par rapport au prix et rejettent clairement la \u00ab\u00a0bonne affaire\u00a0\u00bb (ou l&rsquo;utilit\u00e9 transactionnelle de R. Thaler) qui envahit aujourd&rsquo;hui la plupart des slogans publicitaires. \u00ab\u00a0J&rsquo;ach\u00e8te voire je loue, seulement ce qui m&rsquo;est utile et pas ce qui est en promotion !\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En d\u00e9finitive, si le client est roi, il est encha\u00een\u00e9 !<\/p>\n<p>Parce que sa main droite ignore ce que fait la gauche, qu&rsquo;il est toujours \u00e0 la fois salari\u00e9 et client, entrepreneur et acheteur, bourgeois qui d\u00e9fend ses propri\u00e9t\u00e9s et citoyen qui pr\u00f4ne les valeurs universelles, en d\u00e9finitive Adam et \u00c8ve chass\u00e9s du paradis.<\/p>\n<p>Chass\u00e9s du paradis ou plut\u00f4t pouss\u00e9s en enfer par leurs propres d\u00e9mons que sont l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9, la cupidit\u00e9, le vol, voire la pulsion de mort qui pousse certains \u00e0 vouloir \u00eatre les plus riches du cimeti\u00e8re\u00a0!<\/p>\n<p>Comment alors briser les cha\u00eenes et chasser les d\u00e9mons ?\u2028Comment assurer \u00e0 l&rsquo;esp\u00e8ce humaine les valeurs essentielles et universelles que sont la v\u00e9rit\u00e9, la justice, la fraternit\u00e9, la libert\u00e9, l&rsquo;amour et la beaut\u00e9 [9] et lui permettre de survivre ?\u2028Comment donc mieux partager la richesse entre les sept parties prenantes ?<\/p>\n<p>Quatre pistes de r\u00e9flexion pour commencer :<\/p>\n<p>1. En r\u00e9mun\u00e9rant les actionnaires par un int\u00e9r\u00eat variable sans leur accorder pour autant la propri\u00e9t\u00e9 des actifs de l&rsquo;entreprise dont la majeure partie devient d&rsquo;ailleurs intangible au fur et \u00e0 mesure de sa croissance ? \u00c0 condition toutefois que les financiers s&rsquo;engagent \u00e0 mieux mesurer et \u00e0 actualiser tous les actifs des entreprises ! Et si les actions et obligations ne sont plus n\u00e9gociables, qu&rsquo;une fois les r\u00e9sultats de l&rsquo;entreprise publi\u00e9s et certifi\u00e9s, on r\u00e9duira d&rsquo;autant la sp\u00e9culation et cette absurdit\u00e9 totale qui veut que la valeur d&rsquo;une entreprise peut varier plus de 1.000 fois \u00e0 la seconde du fait du <i>trading<\/i> <em>\u00e0 haute fr\u00e9quence<\/em> (HFT).<\/p>\n<p>2. En assurant que les accroissements de la valeur de l&rsquo;entreprise et les gains de productivit\u00e9 alimenteront en priorit\u00e9 &#8211; par le salaire et la participation &#8211; le revenu et le pouvoir d&rsquo;achat des salari\u00e9s ? Pour donner la priorit\u00e9 aux salaires plut\u00f4t qu&rsquo;au cr\u00e9dit et r\u00e9duire de ce fait les d\u00e9localisations et les surproductions. \u00c0 condition toutefois que les clients puissent maximiser l&rsquo;utilit\u00e9 du produit acquis gr\u00e2ce en particulier \u00e0 des interactions r\u00e9ellement satisfaisantes avec le producteur et le marchand. Il est temps en effet que les salari\u00e9s apprennent \u00e0 traiter les clients comme ils aimeraient \u00eatre trait\u00e9s eux- m\u00eames. Et s&rsquo;ils sont bien pay\u00e9s et que les produits sont de qualit\u00e9, il n&rsquo;y a pas de raison qu&rsquo;il n&rsquo;en soit pas ainsi.<\/p>\n<p>3. En d\u00e9veloppant la consommation collaborative, celle qui veut que \u00ab\u00a0ce qui est \u00e0 moi est \u00e0 vous\u00a0\u00bb comme l&rsquo;a \u00e9crit Rachel Botsman [10] ? Pourquoi en effet acheter une foreuse qui au total sera utilis\u00e9e 12 minutes en moyenne alors qu&rsquo;il suffit de la louer quand on en a besoin. \u00c0 condition toutefois qu&rsquo;\u00e0 force de gadgets, les produits ne soient plus des signes d&rsquo;identit\u00e9 et de libert\u00e9 mais davantage des outils de collaboration et de partage. Et que les producteurs assument directement le recyclage de leurs produits et le traitement de leurs d\u00e9chets.<\/p>\n<p>4. En investissant massivement dans les \u00e9nergies renouvelables comme le propose Jeremy Rifkin [11] pour, si pas r\u00e9parer, au moins arr\u00eater la destruction de la Terre ? \u00c0 condition toutefois que ces investissements ne soient pas monopolis\u00e9s par les producteurs d&rsquo;\u00e9nergie mais au contraire pris en charge au niveau de chaque b\u00e2timent, d\u00e9centralis\u00e9s et donc g\u00e9r\u00e9s en r\u00e9seau par le partage et la solidarit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c0 travers ces quatre premi\u00e8res pistes, il s&rsquo;agirait en d\u00e9finitive de privil\u00e9gier la soci\u00e9t\u00e9 citoyenne au d\u00e9triment du march\u00e9 et de l&rsquo;Etat, pour que s&rsquo;y d\u00e9veloppent les nouveaux emplois et le nouveau capital social qui jetteront les bases de la nouvelle civilisation qui remplacera celle que nous connaissons aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p>Et qu&rsquo;enfin, l&rsquo;esp\u00e8ce humaine assure sa survie en privil\u00e9giant le partage et la solidarit\u00e9 plut\u00f4t que la propri\u00e9t\u00e9 et la comp\u00e9tition.<\/p>\n<p>===================================<\/p>\n<p>1 \u00ab\u00a0Le Capitalisme \u00e0 l&rsquo;agonie\u00a0\u00bb &#8211; \u00ab\u00a0Mis\u00e8re de la pens\u00e9e \u00e9conomique\u00a0\u00bb &#8211; L&rsquo;argent, mode d&#8217;emploi\u00a0\u00bb &#8211; Fayard<\/p>\n<p>2 Parce qu&rsquo;il consid\u00e9rait que l&rsquo;entreprise est au service des seuls actionnaires<\/p>\n<p>3 \u00ab\u00a0Le Capitalisme est-il moral ?\u00a0\u00bb, A. Comte-Sponville &#8211; Le Livre de Poche<\/p>\n<p>4 Pour rappel, un client est un acheteur identifi\u00e9 par l&rsquo;entreprise, gr\u00e2ce par exemple aux cartes de fid\u00e9lit\u00e9 utilis\u00e9es dans la grande distribution et qui de ce fait peut faire l&rsquo;objet de relations personnalis\u00e9es.<\/p>\n<p>5 \u00ab\u00a0Return on Customer\u00a0\u00bb, D. Pepers et M. Rogers &#8211; DoubleDay<\/p>\n<p>6 Dans leur livre \u00ab\u00a0Managing Customers as Investments\u00a0\u00bb, S. Gupta et D. Lehmann propose une formule simplifi\u00e9e pour calculer le LTV<\/p>\n<p>7 \u00ab\u00a0La vraie nature des march\u00e9s\u00a0\u00bb, J-P. Hansen &#8211; Editions de Boeck &#8211; 2012<\/p>\n<p>8 \u00ab\u00a0The Paradox of Choice\u00a0\u00bb, Barry Schwartz &#8211; Harper Perennial &#8211; 2004<\/p>\n<p>9 \u00ab\u00a0La gu\u00e9rison du monde\u00a0\u00bb, F. Lenoir &#8211; Fayard &#8211; 2012<\/p>\n<p>10 \u00ab\u00a0What&rsquo;s Mine is Yours\u00a0\u00bb, R. Botsman et R. Rogers &#8211; HarperCollins &#8211; 2010\u202811 \u00ab\u00a0La Troisi\u00e8me R\u00e9volution Industrielle\u00a0\u00bb, J. Rifkin &#8211; Les Livres qui Lib\u00e8rent &#8211; 2011<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Tu mangeras ton pain \u00e0 la sueur de ton front !\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ce ch\u00e2timent biblique indique en fait que l&rsquo;homme produit pour consommer et consomme pour produire. Cercle vertueux ou spirale infernale, telle est bien la question essentielle !<\/p>\n<p>Donc l&rsquo;homme produit et consomme. 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