{"id":49840,"date":"2013-02-07T23:35:32","date_gmt":"2013-02-07T22:35:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=49840"},"modified":"2013-02-08T01:46:45","modified_gmt":"2013-02-08T00:46:45","slug":"filiere-industrielle-laitiere-changer-de-paradigme-est-indispensable-par-christophe-diss","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2013\/02\/07\/filiere-industrielle-laitiere-changer-de-paradigme-est-indispensable-par-christophe-diss\/","title":{"rendered":"<b>FILI\u00c8RE INDUSTRIELLE LAITI\u00c8RE : CHANGER DE PARADIGME EST INDISPENSABLE<\/b>, par Christophe Diss"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9<\/p><\/blockquote>\n<p>D&rsquo;apr\u00e8s l&rsquo;agence Agra Presse, la commission de l&rsquo;agriculture du Parlement europ\u00e9en a vot\u00e9 trois propositions dans le cadre de la r\u00e9forme de la PAC pour permettre aux agriculteurs de g\u00e9rer leurs volumes de production laiti\u00e8re en cas de crise. Ce vote n&rsquo;est pas du go\u00fbt de l&rsquo;European Dairy Association, le porte-voix \u00e0 Bruxelles du lobby de l&rsquo;industrie laiti\u00e8re. Le vote des eurod\u00e9put\u00e9s n&rsquo;est pas seulement <i>\u00ab un pas en arri\u00e8re \u00bb <\/i>selon eux, mais il remet en question <i>\u00ab l&rsquo;\u00e9volution progressive du secteur en vue d&rsquo;une plus grande orientation vers le march\u00e9 \u00bb.<\/i><\/p>\n<p>Et de rajouter : \u00ab<i>\u00a0Adopter des mesures de gestion des volumes serait tout \u00e0 fait incompatible avec les exigences du fonctionnement de notre industrie sur le march\u00e9 mondial \u00bb, <\/i>mart\u00e8le Joop Kleibeuker, le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019European Dairy Association. Un syst\u00e8me de gestion des volumes <i>\u00ab ne marcherait pas dans le monde d&rsquo;aujourd&rsquo;hui \u00bb<\/i>. En effet, pour doper la dynamique industrielle, la conqu\u00eate des march\u00e9s internationaux devient <b>une norme ind\u00e9fectible. <\/b>Pourtant, ces m\u00e9canismes ont fait leur preuve au Canada et les \u00c9tats-Unis souhaitent s&rsquo;en inspirer.<\/p>\n<p><b>La production et l&rsquo;industrie dans le sillage d&rsquo;un march\u00e9 objectif et efficace.<\/b><\/p>\n<p>Cette r\u00e9action du lobby laitier est une d\u00e9monstration florissante de son int\u00e9gration \u00e0 l&rsquo;id\u00e9ologie du march\u00e9 efficace, m\u00e9prisant ainsi l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une r\u00e9gulation du secteur, privil\u00e9giant le report du risque de la volatilit\u00e9 des prix sur le secteur de la production. En effet, les industriels indexent d\u00e9sormais davantage la paye du lait cru sur la valorisation des march\u00e9s de ses d\u00e9riv\u00e9s. Elle demande en revanche la mise en place de filets de s\u00e9curit\u00e9 exceptionnels d&rsquo;aides au secteur de la production, pour les \u00ab\u00a0coups durs\u00a0\u00bb, ou des aides au stockage priv\u00e9 des quantit\u00e9s exc\u00e9dentaires pr\u00e9sentes sur le march\u00e9, comme cela se faisait couramment par la force publique avant l&rsquo;instauration des quotas en 1984 (politique au combien co\u00fbteuse et qui n&rsquo;est plus du tout au go\u00fbt du jour). Au milieu des ann\u00e9es 2000, la commission europ\u00e9enne a mis l&rsquo;Europe sur les rails du commerce international et de la loi du march\u00e9 : la fin des contingentements laitiers (quotas) est pr\u00e9vue pour le 1<sup>er<\/sup> avril 2015. \u00c0 une \u00e9chelle plus petite, en Suisse, la disparation du contingentement laitier est intervenue d\u00e8s 2008 et s&rsquo;est sold\u00e9e par un \u00e9chec cuisant suite \u00e0 la volont\u00e9 de certains industriels de \u00ab\u00a0conqu\u00e9rir\u00a0\u00bb. Par manque d&rsquo;organisation collective et de d\u00e9fense sectorielle des producteurs, la vingtaine d&rsquo;organisation de producteurs &#8211; rattach\u00e9e chacune par contrat \u00e0 une laiterie diff\u00e9rente &#8211; ne s&rsquo;entendent plus, du fait de l&rsquo;int\u00e9gration \u00e0 la logique de leur industrie respective sur la fa\u00e7on de g\u00e9rer le d\u00e9veloppement \u00ab\u00a0volumique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><!--more-->En France, pour pr\u00e9parer la fin des contingentements laitiers, \u00e0 l&rsquo;initiative de la Loi de Modernisation Agricole et dans la perspective de la r\u00e9forme de la PAC, le mouvement de contractualisation engag\u00e9 depuis 2 ans entre producteurs laitiers et industriels peine \u00e0 se formaliser et manque d&rsquo;orchestration suffisante par les pouvoirs publics qui ne souhaitent pas imposer une ligne de conduite suffisamment forte sur les volumes et encore moins sur les prix.<\/p>\n<p>La logique \u00ab\u00a0d&rsquo;administration\u00a0\u00bb du march\u00e9 et des relations commerciales est d\u00e9sormais laiss\u00e9e davantage \u00e0 l&rsquo;initiative des acteurs : les producteurs qui produisent une r\u00e9f\u00e9rence bas\u00e9e actuellement sur les quotas \u00e0 un prix fix\u00e9 par l&rsquo;industriel (en fonction, ou non, d&rsquo;indices interprofessionnels) qui a obligation d&rsquo;une collecte totale. Un contrat tacite existe donc d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0, mais le fait de l&rsquo;appuyer par contrat \u00e9crit permet de pr\u00e9parer aujourd&rsquo;hui la fa\u00e7on dont seront r\u00e9gies demain les r\u00e8gles d&rsquo;attribution de droits \u00e0 produire et le paiement du lait. Dans les r\u00e9cents projets de contrats, aucun, sauf celui de l&rsquo;organisation de producteurs France Milk Board (l&rsquo;organisation n\u00e9e de l&rsquo;initiative des producteurs de lait dissidents ayant r\u00e9alis\u00e9 la gr\u00e8ve du lait en 2009, rattach\u00e9e \u00e0 l&rsquo;organisation europ\u00e9enne EMB) ne fait mention de la prise en compte des co\u00fbts de production. D&rsquo;ailleurs, l&rsquo;un des seuls contrats propos\u00e9s par les producteurs \u00e9manait de cette organisation. Les autres ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9s par l&rsquo;industrie.<\/p>\n<p>Les bugs rencontr\u00e9s actuellement dans la tentative d&rsquo;accord entre ces deux sph\u00e8res proviennent principalement de l&rsquo;inad\u00e9quation entre le prix de revient des exploitations et le d\u00e9sir plus fort de caler le prix de la mati\u00e8re premi\u00e8re sur les d\u00e9riv\u00e9es de celle ci et notamment, ceux li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;exportation \u00e0 faible valeur ajout\u00e9e dont les indicateurs de march\u00e9 sont traduits en euros aux milles litres de lait, d\u00e9duction faite des co\u00fbts de transformation (le fameux indicateur de valorisation Beurre-Poudre).<\/p>\n<p>En sus, la logique de d\u00e9r\u00e9gulation des march\u00e9s agricoles \u00e9tant privil\u00e9gi\u00e9e \u00e0 peu pr\u00e8s partout dans le monde, le mod\u00e8le de d\u00e9fense syndical anciennement bas\u00e9 sur le principe <i>\u00ab\u00a0des prix, pas des primes\u00a0\u00bb<\/i> au d\u00e9but des ann\u00e9es 90 s&rsquo;est progressivement transform\u00e9 en <i>\u00abplus de comp\u00e9titivit\u00e9 par les primes, car moins  de prix\u00a0\u00bb <\/i>pour dor\u00e9navant \u00eatre le suivant : \u00ab\u00a0<i>baisse des charges par unit\u00e9 produite pour plus de comp\u00e9titivit\u00e9, car moins de primes et moins de prix\u00a0\u00bb. <\/i>Cette orientation a malheureusement de dangereux que la production \u00e0 moindre co\u00fbt n&rsquo;est pas n\u00e9cessairement la plus responsable, et les exemples sont nombreux (co\u00fbt humain, moindre qualit\u00e9 nutritionnelle de l&rsquo;alimentation du bovin et du lait qu&rsquo;il produit via l&rsquo;intensification des rations \u00e0 l&rsquo;ensilage de ma\u00efs et au tourteau de soja &#8211; rapport om\u00e9ga 3 \/ om\u00e9ga 6 &#8211; utilisation d&rsquo;ur\u00e9e, d&rsquo;acides amin\u00e9s de synth\u00e8se pour diminuer l&rsquo;achat ou la production d&rsquo;aliments prot\u00e9iques nobles, huile de palme et propyl\u00e8ne glycol pour compenser les d\u00e9ficits \u00e9nerg\u00e9tiques de l&rsquo;animal, anciens b\u00e2timents en surcapacit\u00e9, etc.).<\/p>\n<p>La recherche de productivit\u00e9 par le biais de la main d&rsquo;\u0153uvre et d&rsquo;un co\u00fbt de structure faible devient la principale pr\u00e9occupation des institutions agricoles qui n&rsquo;ont d&rsquo;autres choix que de suivre le mouvement. Car pour assurer la poursuite sans interruption de la politique de modernisation agricole et de l&rsquo;ensemble du syst\u00e8me agroalimentaire qui gravite autour d&rsquo;une ferme, il faut pouvoir continuer \u00e0 attirer des capitaux \u00e0 r\u00e9mun\u00e9rer. Comment ? Gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;argument de la comp\u00e9titivit\u00e9. Traduction dans le lait : augmenter le lait produit par travailleur du lait sachant que les march\u00e9s des d\u00e9riv\u00e9s ne connaissent pas de splendides croissances, hormis les march\u00e9s internationaux &#8211; mais de fa\u00e7on ponctuelle &#8211; volatils car en bonne partie sp\u00e9culatifs.<\/p>\n<p>Cons\u00e9quence directe : moins de producteurs de lait. Ce constat ne choque pas et reste m\u00eame favorable pour la fili\u00e8re laiti\u00e8re dans la mesure o\u00f9 la d\u00e9mographie de la population agricole bascule et qu&rsquo;il sera \u00ab\u00a0possible\u00a0\u00bb d&rsquo;envisager une restructuration comme celle amorc\u00e9e depuis plusieurs ann\u00e9es dans les pays du nord de l&rsquo;Europe. Il existe en effet un fort enjeu de renouvellement des g\u00e9n\u00e9rations en agriculture permettant d&rsquo;alimenter l&rsquo;augmentation de productivit\u00e9 sur une ressource \u00ab\u00a0terre\u00a0\u00bb constante, voire, en diminution : le manque de renouvellement des actifs partant \u00e0 la retraite continuant d&rsquo;assurer l&rsquo;augmentation des volumes de production par exploitation et la pr\u00e9sence de capitaux permettant de substituer la force de travail (robot de traite et autres automatismes de pointes). On ne change pas une formule qui gagne !<\/p>\n<p><b>Les accords interprofessionnels comme expression du rapport de force d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9<\/b><\/p>\n<p>Depuis de nombreuses ann\u00e9es, l&rsquo;interprofession laiti\u00e8re \u2013 producteurs de la FNSEA, industriels priv\u00e9s et coop\u00e9ratifs &#8211; cherche \u00e0 \u00ab\u00a0\u00e9clairer\u00a0\u00bb les acteurs de la fili\u00e8re sur la valorisation des d\u00e9riv\u00e9s du lait cru pour proposer de lui donner un prix (cet objet vaudra d&rsquo;ailleurs aux indicateurs interprofessionnels d&rsquo;\u00eatre vus comme une entente illicite par l&rsquo;autorit\u00e9 de la concurrence).<\/p>\n<p>Pourtant, cette d\u00e9marche n&rsquo;a jamais recherch\u00e9 formellement \u00e0 prendre en compte les co\u00fbts de production. Les repr\u00e9sentants professionnels ont jusqu&rsquo;alors estim\u00e9 qu&rsquo;on ne pouvait pas satisfaire tous les producteurs du fait d&rsquo;\u00e9carts significatifs de prix de revient entre eux. Seul concession faite : un indicateur sous forme d&rsquo;indice de co\u00fbt (\u00ab\u00a0IPAMPA lait de vache\u00a0\u00bb), non exprim\u00e9 en euros aux mille litres de lait produit : symptomatique du rapport de force.<\/p>\n<p>Symptomatique aussi, les nouveaux accords port\u00e9s par l&rsquo;industrie laiti\u00e8re en 2011 font entrer dans le calcul de l&rsquo;indice du prix du lait un \u00e9cart de prix avec le lait allemand. Cet indicateur vient impacter le prix du lait fran\u00e7ais lorsque l&rsquo;\u00e9cart se creuse au-del\u00e0 d&rsquo;un tunnel. Ce tunnel sera la seule part belle faite aux revendications du syndicat majoritaire dans la mesure o\u00f9 ce dernier a d\u00e9fendu l&rsquo;id\u00e9e que le litre du lait fran\u00e7ais \u00e9tait mieux valoris\u00e9 que le litre du lait allemand par les industriels (15 \u20ac\/1000 L).<\/p>\n<p>Mais quand en 2012, en pleine pr\u00e9paration de l&rsquo;\u00e9lection des chambres d&rsquo;agriculture, les charges d&rsquo;alimentation progressent de plus de 30 \u20ac au 1000 litres, que des cessations d&rsquo;activit\u00e9 laiti\u00e8re sont constat\u00e9es \u00e0 la hausse en nombre et en volume (+20 %) en m\u00eame temps qu&rsquo;une hausse du prix des c\u00e9r\u00e9ales, les repr\u00e9sentants professionnels s&rsquo;indignent de ne pas voir figurer dans la grille des indicateurs interprofessionnels une colonne tenant compte de la variation du co\u00fbt exprim\u00e9 en euros aux mille litres. La FNSEA propose d\u00e9sormais \u00e0 la grille des indications de prix un indicateur suppl\u00e9mentaire pour tenir compte de la variation des co\u00fbts de l&rsquo;alimentation.<\/p>\n<p>Ces indicateurs ont toujours \u00e9t\u00e9 la solution pour garder la paix sociale entre producteurs et industriels sur le terrain. Mais lorsque l&rsquo;interprofession n&rsquo;arrivait pas \u00e0 s&rsquo;entendre sur la publication des indicateurs, c&rsquo;\u00e9tait comme si votre boulanger n&rsquo;avait aucune id\u00e9e du prix de sa baguette parce que sa caisse enregistreuse \u00e9tait en panne. Vous vous retrouviez alors dans la situation de devoir lui proposer un prix qu&rsquo;il accepterait ou non, mais comme vous \u00e9tiez pr\u00eat \u00e0 payer, press\u00e9 de partir, lui, press\u00e9 de servir le client suivant pour \u00eatre assur\u00e9 de vendre sa production du jour, l&rsquo;\u00e9change se faisait \u00e0 votre prix. Car en mati\u00e8re de facturation, dans la fili\u00e8re laiti\u00e8re, c&rsquo;est l&rsquo;industriel qui \u00e9tablit pour vous votre facture. Vulgairement, on appelle cela, la \u00ab paye de lait\u00a0 \u00bb. Ce sch\u00e9ma de facturation est l&rsquo;un des h\u00e9ritages de la cogestion entre l&rsquo;\u00c9tat et les syndicats, montrant bien que le secteur a toujours \u00e9t\u00e9 r\u00e9gul\u00e9 par la force publique <span style=\"text-decoration: underline;\">dans<\/span> la force priv\u00e9e pour assurer, avec la PAC, un traitement \u00e9quitable de l&rsquo;alimentation dans l&rsquo;int\u00e9r\u00eat des classes ouvri\u00e8res dans l&rsquo;apr\u00e8s guerre. L&rsquo;\u00c9tat \u00e9tait garant de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat du paysan, de l&rsquo;ouvrier et du rentier.<\/p>\n<p>On en revient ainsi au probl\u00e8me fondamental de la fixation du prix du lait : le rapport de force \u00e9voqu\u00e9 dans la th\u00e9orie de la formation des prix propos\u00e9e par Paul Jorion. Avec l&rsquo;abandon progressif de la force publique dans la force priv\u00e9e des fili\u00e8res agricoles, pourquoi le rapport de force en faveur des producteurs ne s&rsquo;est-il pas concr\u00e9tis\u00e9 au niveau des indicateurs de fixation du prix du lait ?<\/p>\n<p>\u00c9tait-ce une question d&rsquo;argent ? Sans doute pas, dans la mesure o\u00f9 l&rsquo;interprofession laiti\u00e8re est financ\u00e9e \u00e0 hauteur de 2\/3 de son budget par des pr\u00e9l\u00e8vements obligatoires dits \u00ab\u00a0volontaires\u00a0\u00bb que les agriculteurs versent via leur collecteur et qui figurent en retrait sur la paye de lait. Un probl\u00e8me de voix ? Possible, dans la mesure o\u00f9 les producteurs ne repr\u00e9sentent qu&rsquo;un tiers des voix au cot\u00e9 des industriels priv\u00e9s et des coop\u00e9ratives. Un probl\u00e8me de compassion excessive des producteurs pour leur industrie et leurs coop\u00e9ratives ? Possible aussi car, des industriels aussi ont fait faillite et des collectes risquaient de ne plus \u00eatre r\u00e9alis\u00e9es par manque de rentabilit\u00e9 (ou de mauvaise r\u00e9partition des surplus ?). Pourtant, le march\u00e9 \u00e9tant peu \u00e9lastique, la demande \u00e9tant quasi stable sur le march\u00e9 int\u00e9rieur europ\u00e9en, toutes les situations de cessation de paiement industrielle se sont sold\u00e9e par des reprises. Cette peur n&rsquo;\u00e9tait sans doute pas justifi\u00e9e quand on sait que les b\u00e9n\u00e9ficies macro\u00e9conomiques du secteur &#8211; et de ses fleurons &#8211; sont bien l\u00e0.<\/p>\n<p>Vient enfin l&rsquo;hypoth\u00e8se des conflits d&rsquo;int\u00e9r\u00eat provoqu\u00e9s par le cumul des mandats de certains repr\u00e9sentants et la fermeture de l&rsquo;interprofession priv\u00e9e \u00e0 la pluralit\u00e9 syndicale existant en agriculture.<\/p>\n<p>Ailleurs en Europe, il n&rsquo;existe pas d&rsquo;interprofession du tout. Il s&rsquo;agit pourtant d&rsquo;une institution clef avec laquelle la France souhaite faire t\u00e2che d&rsquo;huile en Europe, mais, tant qu&rsquo;un pays n&rsquo;a pas r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9montrer son efficacit\u00e9 dans le rapport de force, aucune organisation professionnelle ailleurs ne se risquerait \u00e0 s&rsquo;aligner sur un dispositif \u00ab\u00a0mieux disant\u00a0\u00bb. La cons\u00e9quence du fait de devoir \u00e9voluer dans un contexte non contingent\u00e9 &#8211; avec des indicateurs interprofessionnels comme donn\u00e9e \u00ab\u00a0objective\u00a0\u00bb du march\u00e9 efficace &#8211; propulse au devant du d\u00e9bat la question fondamentale du \u00ab\u00a0qui pilote les volumes ? \u00bb et du \u00ab\u00a0qui fixe les prix\u00a0? \u00bb.<\/p>\n<p>Le rapport de force orient\u00e9 par un march\u00e9 voulu pur et parfait mais malheureusement tr\u00e8s opaque, volatil et sp\u00e9culatif, engendre une schizophr\u00e9nie et offre depuis 2009 ce fameux mouvement d&rsquo;hyst\u00e9r\u00e8se o\u00f9 l&rsquo;on parie sur des lendemains qui chantent, en passant par des phases euphoriques suivies d&rsquo;une descente profonde dans la non-rentabilit\u00e9 et les difficult\u00e9s de tr\u00e9sorerie. Lorsque vient le moment de revaloriser les prix, parce que les indicateurs de march\u00e9 ont \u00e9volu\u00e9 positivement, les industriels tardent, n\u00e9gocient une saisonnalit\u00e9 venant abaisser le prix du lait au moment fort de la collecte (hiver \u2013 printemps) et  l&rsquo;augmentant en p\u00e9riode plus s\u00e8che (\u00e9t\u00e9). Et d&rsquo;aucuns pensent que la collecte sera mieux pay\u00e9e et les droits \u00e0 produire sup\u00e9rieurs dans les mois qui suivront, ce qui <i>\u00ab\u00a0rattrapera nos affaires\u00a0\u00bb<\/i>. Dans ce cycle, vous aurez pris un fort risque de produire plus pour gagner tout autant voire moins !<\/p>\n<p><b>L&rsquo;approche prix de revient en production laiti\u00e8re : n&rsquo;est pas comp\u00e9titif qui veut !<\/b><\/p>\n<p>Cette situation semble n\u00e9anmoins \u00e9chapper, pour l&rsquo;heure, aux cultures c\u00e9r\u00e9ali\u00e8res dont les prix ne replongent pas : ces march\u00e9s \u00e9tant largement sp\u00e9culatifs &#8211; car il y a effectivement un sous jacent &lsquo;raret\u00e9&rsquo; entrainant un trend haussier &#8211; les producteurs de lait ne sont pas tous log\u00e9s \u00e0 la m\u00eame enseigne. <\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?attachment_id=49841\" rel=\"attachment wp-att-49841\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Lait.png\" alt=\"Lait\" width=\"700\" height=\"594\" class=\"aligncenter size-full wp-image-49841\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Lait.png 1325w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Lait-300x254.png 300w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Lait-1024x869.png 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><\/a><\/p>\n<p>ll y a d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 les \u00ab\u00a0souffre-douleurs\u00a0\u00bb, qui subissent de plein fouet la baisse de prix et la hausse des charges d&rsquo;alimentation et il y a de l&rsquo;autre les \u00ab\u00a0amortis\u00a0\u00bb qui disposent de surfaces c\u00e9r\u00e9ali\u00e8res suffisantes pour profiter de l&rsquo;euphorie du march\u00e9 des c\u00e9r\u00e9ales. Cette situation pose \u00e0 chacun d&rsquo;entre nous la question de la place de l&rsquo;atelier lait au sein de nos exploitations : doit-il perdurer ou \u00eatre arr\u00eat\u00e9 ? L&rsquo;\u00e9levage repr\u00e9sente une part importante des d\u00e9bouch\u00e9s c\u00e9r\u00e9aliers puisque pr\u00e8s de la moiti\u00e9 des c\u00e9r\u00e9ales produites sont utilis\u00e9es pour l&rsquo;alimentation du b\u00e9tail. En sus, le retournement des prairies actuellement \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre dans de nombreuses r\u00e9gions &#8211; pour produire des c\u00e9r\u00e9ales &#8211; l\u00e0 o\u00f9 il est encore possible de le faire, vient totalement en opposition avec les grandes ambitions de multifonctionnalit\u00e9 de l&rsquo;agriculture envisag\u00e9e au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 (soutiens aux am\u00e9nit\u00e9s positives). La fili\u00e8re c\u00e9r\u00e9ale, pour ne pas \u00eatre trop stigmatis\u00e9e par cet \u00e9tat de fait, a mobilis\u00e9 ses ressources pour proposer de contribuer \u00e0 un fond de solidarit\u00e9. Mais quand on sait que ce fond sera aliment\u00e9 \u00e0 hauteur d&rsquo;environ 1 % du chiffre d&rsquo;affaires c\u00e9r\u00e9alier (2\u20ac\/tonne), on est en droit de penser qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas lieu de crier victoire. Apr\u00e8s, tout, beaucoup d&rsquo;\u00e9leveurs n&rsquo;ont jamais demand\u00e9 l&rsquo;aum\u00f4ne.<\/p>\n<p>Depuis que l&rsquo;approche du prix de revient laitier &#8211; le <i>full cost<\/i> de l&rsquo;atelier auquel on d\u00e9duit les aides et les coproduits &#8211; est utilis\u00e9e par les centres de gestion ou les r\u00e9seaux internationaux d&rsquo;agriculture compar\u00e9e, on s&rsquo;est tr\u00e8s vite aper\u00e7u que ce qui conditionne fortement la comp\u00e9titivit\u00e9 du lait\u00a0est expliqu\u00e9 &#8211; au-del\u00e0 de la performance propre \u00e0 l&rsquo;\u00e9leveur &#8211; par le ratio \u00ab\u00a0atelier laitier \/ autres ateliers de l&rsquo;exploitation\u00a0\u00bb. Par exemple, plus l&rsquo;atelier c\u00e9r\u00e9ales est important dans l&rsquo;exploitation, plus les co\u00fbts fixes n&rsquo;ont plus \u00e0 \u00eatre support\u00e9s par l&rsquo;atelier laitier ce qui, par un jeu de cl\u00e9 de r\u00e9paration des charges fixes, vient abaisser le prix de revient calcul\u00e9. De fa\u00e7on simplifi\u00e9e, on peut dire que les exploitations purement laiti\u00e8res &#8211; en zone de handicaps &#8211; avec achats ext\u00e9rieurs d&rsquo;aliments &#8211; non autonomes &#8211; sont moins comp\u00e9titives que les polyculteurs\u2013\u00e9leveurs, qui le sont moins que les c\u00e9r\u00e9aliers avec un atelier laitier \u00e0 la marge.<\/p>\n<p>Ainsi, arr\u00eater l&rsquo;\u00e9levage dans un contexte c\u00e9r\u00e9alier est plus \u00ab\u00a0simple\u00a0\u00bb que dans un contexte d&rsquo;\u00e9levage pur dans la mesure o\u00f9, soit le territoire, soit la taille de l&rsquo;exploitation ne permet pas de d\u00e9gager davantage de revenu en arr\u00eatant la production laiti\u00e8re. C&rsquo;est l\u00e0 que r\u00e9side un probl\u00e8me important qui n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 pris en compte par l&rsquo;industrie laiti\u00e8re : la comp\u00e9titivit\u00e9 comme seule cl\u00e9 de lecture de la dynamique laiti\u00e8re n&rsquo;est pas, par essence, de nature \u00e0 garantir un approvisionnement constant (ou en hausse) de mati\u00e8re premi\u00e8re. Si les plus comp\u00e9titives quittent d\u00e9finitivement l&rsquo;\u00e9levage, que restera-t&rsquo;il ? Exit alors les ambitions de conqu\u00eate des march\u00e9s internationaux laitiers ?<\/p>\n<p>Cela justifie-t-il pour autant qu&rsquo;il faille raisonner le prix du lait en l&rsquo;indexant non pas sur l&rsquo;industriel concurrent \u00ab\u00a0moins disant\u00a0\u00bb, mais sur les \u00e9levages moyens sp\u00e9cialis\u00e9s qui obtiennent principalement leur revenu de cette activit\u00e9, qui disposent de prix de revient plus \u00e9lev\u00e9s et dont l&rsquo;endettement repose principalement sur la production laiti\u00e8re ? Quelle borne fixer ? Une moyenne, une m\u00e9diane, un quartile ?<\/p>\n<p>Pour le ministre St\u00e9phane LE FOLL, proposer un prix europ\u00e9en \u00e0 400 \u20ac\/1000 litres assurera une rente trop confortable \u00e0 certaines structures, ce qui \u00ab\u00a0n&rsquo;est pas acceptable\u00a0\u00bb. Dr\u00f4le d&rsquo;affirmation&#8230; Sous pr\u00e9texte que certains \u00e9leveurs s&rsquo;enrichiront d&rsquo;une fa\u00e7on inacceptable (les comp\u00e9titifs avec surface c\u00e9r\u00e9ali\u00e8re par exemple), on privera une belle majorit\u00e9 d&rsquo;\u00e9leveurs d&rsquo;un prix plus \u00e9quitable, ou de modalit\u00e9s de fixation des prix plus \u00e9quilibr\u00e9es entre les parties prenantes \u00e0 la n\u00e9gociation. C&rsquo;est la raison pour laquelle, les responsables politiques, plut\u00f4t que de demander des prix adapt\u00e9s au fonctionnement majoritaire des fermes, proposent \u00e0 la Commission et au parlement de flexibiliser partiellement les aides et de laisser le march\u00e9 et la n\u00e9gociation priv\u00e9e d\u00e9cider du prix. L&rsquo;id\u00e9e \u00e9tant de garder entier l&rsquo;objectif de cr\u00e9ation d&rsquo;un march\u00e9 \u00ab\u00a0efficace\u00a0\u00bb pour ne pas froisser les lib\u00e9raux europ\u00e9ens, m\u00eame lorsqu&rsquo;on se dit \u00ab\u00a0socialiste\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Les industriels ne peuvent compter que sur des fermes qui n&rsquo;ont pas d&rsquo;autres choix que de grossir la productivit\u00e9 pour rester comp\u00e9titives et\/ou celles qui ne savent faire que cela et\/ou qui n&rsquo;aiment faire que cela et\/ou qui n&rsquo;ont pas les moyens d&rsquo;innover dans d&rsquo;autres branches. Combien de fois l&rsquo;industrie du lait a-t-elle fait valoir dans son analyse des conjonctures laiti\u00e8res difficiles le fait que <i>\u00ab\u00a0la passion de l&rsquo;\u00e9levage est plus forte que les probl\u00e8mes \u00e9conomiques\u00a0\u00bb ?<\/i><\/p>\n<p>M\u00eame si cela est un argument valable pour continuer \u00e0 faire tourner la machine, cela n&rsquo;a pas emp\u00each\u00e9 les banques r\u00e9gionales danoises de se casser les dents sur les grandes restructurations du secteur de l&rsquo;\u00e9levage de ces 10 derni\u00e8res ann\u00e9es !<\/p>\n<p>Le comble \u00e9tant que les march\u00e9s des d\u00e9riv\u00e9s industriels sont pilot\u00e9s par une offre de volume infime de la production mondiale : le lait produit dans l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re sud, en Oc\u00e9anie et plus particuli\u00e8rement en Nouvelle-Z\u00e9lande, brad\u00e9 par le g\u00e9ant Fonterra. Ce pays dispose d&rsquo;avantages comparatifs ind\u00e9niables en mati\u00e8re de production laiti\u00e8re : de grands espaces, pas d&rsquo;hiver, de l&rsquo;herbe qui pousse toute l&rsquo;ann\u00e9e, des fermes o\u00f9 les propri\u00e9taires ne remboursent que les int\u00e9r\u00eats du capital investi tout au long de leur carri\u00e8re !<\/p>\n<p>C&rsquo;est la raison pour laquelle le Canada continue de d\u00e9fendre son mod\u00e8le de gestion de l&rsquo;offre et de ma\u00eetrise du commerce des produits laitiers \u00e0 la fronti\u00e8re, pour pallier \u00e0 son manque d&rsquo;avantages comparatifs (hivers longs, exploitations de taille moyenne) et pour maintenir un prix du lait r\u00e9mun\u00e9rateur, index\u00e9 sur la m\u00e9diane des co\u00fbts de production, avec une mutualisation des ventes et une r\u00e9partition des valorisations industrielles (facturations diff\u00e9renci\u00e9es selon l&rsquo;usine et ses valorisations, facturation unique aux producteurs). Les d\u00e9passements de production \u00e9tant tax\u00e9s par le groupe et pour le groupe (en France, c&rsquo;est l&rsquo;industriel qui se propose d\u00e9sormais de ponctionner). Lorsque l&rsquo;on \u00e9tablit simplement le constat que c&rsquo;est gr\u00e2ce au syst\u00e8me de gestion de l&rsquo;offre des exploitations canadiennes que les industriels du secteur existent et qu&rsquo;ils ont \u00e9t\u00e9 prot\u00e9g\u00e9s de la concurrence internationale, on peut difficilement concevoir qu&rsquo;ils seront pr\u00eats \u00e0 bannir ce syst\u00e8me du jour au lendemain pour se retrouver en difficult\u00e9. De plus, ce syst\u00e8me garantit une stabilit\u00e9 des prix \u00e0 la consommation et ne fait appel \u00e0 aucun financement public massif. Il n&rsquo;interdit \u00e9galement pas les \u00e9changes : ainsi, le Canada ouvre pr\u00e8s de 7 % de son march\u00e9 aux fromages europ\u00e9ens quand, dans le m\u00eame temps, l&rsquo;Union ne leur ouvre que 2 %. Les producteurs canadiens, par la voix de leur pr\u00e9sident, le disent ouvertement : <i>\u00ab\u00a0Nous n&rsquo;avons pas de le\u00e7on \u00e0 recevoir (&#8230;) si l&rsquo;Europe veut nous donner des le\u00e7ons de commerce, alors qu&rsquo;ils se montrent aussi g\u00e9n\u00e9reux envers nous que nous le sommes envers eux !\u00bb<\/i><\/p>\n<p>La notion de souverainet\u00e9 alimentaire finissant totalement par \u00e9chapper au bon sens des acteurs concern\u00e9s par la marchandisation imm\u00e9diate d&rsquo;un lait index\u00e9 sur des d\u00e9riv\u00e9s, il conviendra de dire que le sc\u00e9nario de poursuite des cessations laiti\u00e8res sera un crash pur et simple pour les industriels qui parient sur une hausse de l&rsquo;approvisionnement.<\/p>\n<p><b>Ma\u00eetrise des volumes et mutualisation des valorisations : la cl\u00e9 oubli\u00e9e !<\/b><\/p>\n<p>Il serait pourtant pr\u00e9f\u00e9rable d&rsquo;administrer le cadre de la n\u00e9gociation du prix, de mutualiser de fa\u00e7on transversale les valorisations des d\u00e9riv\u00e9s du lait cru standard (en regroupant les producteurs dans de grandes entit\u00e9s qui vendent \u00e0 plusieurs industriels), et de ponctionner, si l&rsquo;on en a peur, le \u00ab\u00a0trop per\u00e7u\u00a0\u00bb aux exploitations qui s&rsquo;enrichissent plus facilement du fait des avantages de leurs structures, soit par une fiscalit\u00e9 responsable, soit par une distribution flexible et r\u00e9active des aides en fonction des conjonctures.<\/p>\n<p>Pour inverser cette tendance, il conviendrait que les ayatollahs du march\u00e9 (et ceux dans nos rangs qui d\u00e9fendent discr\u00e8tement mais r\u00e9ellement la volont\u00e9 des lobbystes dans l&rsquo;espoir de pouvoir d\u00e9velopper leur volumes de production) ne soient plus les seuls \u00e0 parler des orientations strat\u00e9giques de la fili\u00e8re et surtout, de celles de la production.<\/p>\n<p>Les repr\u00e9sentants de tout bords de la profession ont du mal \u00e0 s&rsquo;entendre sur un tel projet, laissant toute latitude aux industriels de mettre actuellement la pression sur leurs \u00e9leveurs pour qu&rsquo;ils signent des contrats d&rsquo;int\u00e9gration &#8211; terme non avou\u00e9 &#8211; au risque de ne pas se voir allouer des volumes suppl\u00e9mentaires ou, carr\u00e9ment, de ne plus faire venir le camion au 1<sup>er<\/sup> avril 2015 (menaces prof\u00e9r\u00e9es textuellement) ! Il est vrai que le lait cru est une denr\u00e9e fragile et tr\u00e8s rapidement p\u00e9rissable qui demande un collecteur proche et pr\u00eat \u00e0 tout collecter, <b>mais ce n&rsquo;est pas pour autant que ce dernier a tout droit de penser et d&rsquo;agir au nom et dans ce qu&rsquo;il consid\u00e8re \u00eatre l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de ses producteurs car, dans la plupart des cas, il ne prend pas part \u00e0 l&rsquo;ensemble de nos probl\u00e9matiques \u00e9conomiques <\/b>(nos revenus), <b>sociales<\/b> (nous sommes les serfs d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 dite lib\u00e9r\u00e9e) <b>et environnementales<\/b> (co\u00fbts de gestion des probl\u00e9matiques environnementales impos\u00e9s par la r\u00e8glementation impossible \u00e0 r\u00e9percuter dans le prix).<\/p>\n<p>Quant aux coop\u00e9ratives, tout aussi \u00ab\u00a0moins disantes\u00a0\u00bb pour les plus grandes d&rsquo;entre elles, elles ont \u00e9t\u00e9 exclues du dispositif de contractualisation et de regroupement des producteurs, le l\u00e9gislateur consid\u00e9rant qu&rsquo;elles \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 une forme aboutie \u00ab\u00a0d&rsquo;organisation\u00a0\u00bb, avec un code d&rsquo;\u00e9thique respectable.<\/p>\n<p><b>Passer de la concentration \u00ab\u00a0sur soi\u00a0\u00bb au courage d&rsquo;avouer les erreurs pour reconstruire.<\/b><\/p>\n<p>Les agriculteurs qui pensent pouvoir r\u00e9pondre \u00e0 l&rsquo;ambition industrielle de conqu\u00eate se r\u00e9unissent dans un club o\u00f9 l&rsquo;on scande : <i>\u00ab\u00a09 milliards d&rsquo;habitants \u00e0 nourrir, YES <span style=\"text-decoration: underline;\">WE<\/span> CAN\u00a0\u00bb<\/i>. Rien dans cette approche ne permet d&rsquo;entrevoir la possibilit\u00e9 de d\u00e9velopper \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger des agricultures nationales plus auto-suffisantes. Rien d&rsquo;\u00e9tonnant \u00e0 ce que certains industriels se servent de cette ferveur pour asseoir la poursuite de leurs projets dont seuls, en l&rsquo;\u00e9tat, les producteurs peuvent faire les frais.<\/p>\n<p>Les enjeux de la contractualisation en France peuvent \u00eatre \u00e9tendus \u00e0 l&rsquo;ensemble des 27 pays europ\u00e9ens.<\/p>\n<p>Ils rel\u00e8vent <b>d&rsquo;une triple convergence n\u00e9cessaire :<\/b><\/p>\n<p>&#8211; convergence entre les organisations de producteurs pour reprendre en main volumes et prix ;<\/p>\n<p>&#8211; convergence entre repr\u00e9sentants nationaux au sein de l&rsquo;union europ\u00e9enne pour accorder ces strat\u00e9gies ;<\/p>\n<p>&#8211; convergence avec l&rsquo;industrie qui doit les accepter dans son int\u00e9r\u00eat d&rsquo;approvisionnement constant et r\u00e9gulier.<\/p>\n<p>Ces convergences rencontrent de nombreux freins id\u00e9ologiques h\u00e9rit\u00e9s d&rsquo;un autre temps, qui emp\u00eachent la venue salutaire d&rsquo;une telle prise de conscience \u00e0 tous les maillons de la fili\u00e8re :<\/p>\n<p>&#8211; L&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un secteur de la production laiti\u00e8re allemande plus comp\u00e9titif que le reste du monde est un mythe entretenu : les producteurs y sont tout autant accul\u00e9s en cas de crise !<\/p>\n<p>&#8211; L&rsquo;id\u00e9e de conqu\u00eate des march\u00e9s internationaux sans soutiens publics engendrera des pertes \u00e9conomiques lourdes si l&rsquo;on s&rsquo;en tient \u00e0 la th\u00e9orie des avantages comparatifs. Or, les aides publiques au secteur sont annonc\u00e9es \u00e0 la baisse !<\/p>\n<p>&#8211; L&rsquo;id\u00e9e de r\u00e9guler la production en Europe n&rsquo;est pas un frein au bon fonctionnement du march\u00e9, un march\u00e9 en surcapacit\u00e9 o\u00f9 au moins un acteur \u00ab\u00a0baisse la culotte\u00a0\u00bb est d\u00e9l\u00e9t\u00e8re pour tous les producteurs qui alimentent ce march\u00e9. Un march\u00e9 agricole qui fonctionne bien est un march\u00e9 qui maintient l&#8217;emploi, qui fait vivre tout les acteurs, et qui r\u00e9pond \u00e0 son enjeu principal : <b><span style=\"text-decoration: underline;\">nourrir sainement<\/span><\/b>.<\/p>\n<p>En 2009, de nombreux chiffres montraient que moins d&rsquo;un tiers des producteurs arrivaient \u00e0 couvrir leur prix de revient, le retournement des march\u00e9s des d\u00e9riv\u00e9s tuant ainsi de nombreuses exploitations. Les autres ont \u00e9t\u00e9 contraints de souscrire des pr\u00eats de tr\u00e9sorerie bonifi\u00e9s par l&rsquo;\u00c9tat (\u00ab\u00a0Pr\u00eats Sarkozy\u00a0\u00bb), rempla\u00e7ant ainsi, stricto sensu, <b>le salaire par le cr\u00e9dit.<\/b><\/p>\n<p>Sans changement effectif de paradigme, ce type de contexte est tout \u00e0 fait reproductible.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D&rsquo;apr\u00e8s l&rsquo;agence Agra Presse, la commission de l&rsquo;agriculture du Parlement europ\u00e9en a vot\u00e9 trois propositions dans le cadre de la r\u00e9forme de la PAC pour permettre aux agriculteurs de g\u00e9rer leurs volumes de production laiti\u00e8re en cas de crise. 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