{"id":503,"date":"2008-04-14T16:23:27","date_gmt":"2008-04-14T15:23:27","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=503"},"modified":"2008-06-14T23:31:27","modified_gmt":"2008-06-14T22:31:27","slug":"developpement-durable-et-dure-realite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2008\/04\/14\/developpement-durable-et-dure-realite\/","title":{"rendered":"D\u00e9veloppement durable et dure r\u00e9alit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>A la suite de mon <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=420\">Pourquoi je ne suis pas en faveur de la d\u00e9croissance<\/a> un d\u00e9bat s\u2019est initi\u00e9 dans le cadre du groupe de discussion r\u00e9unissant les sympathisants du MAUSS (Mouvement Anti-Utilitariste dans les Sciences Sociales), la question qui se pose \u00e9tant celle du caract\u00e8re r\u00e9aliste ou non de la proposition d\u2019un \u00ab d\u00e9veloppement durable \u00bb. Le sujet est essentiel \u00e0 mes yeux et je ferai tout ce qui est en mon pouvoir ici pour lui offrir un forum.<\/p>\n<p>Le r\u00e9sultat extr\u00eamement positif de l\u2019effort collectif que nous avons fourni autour de la question de la cr\u00e9ation mon\u00e9taire me fait penser que nous nous pouvons r\u00e9aliser ensemble une perc\u00e9e \u00e9quivalente.<\/p>\n<p>Je vous propose un texte de Jean-Paul Vignal, qui r\u00e9sume tr\u00e8s bien ma propre position sur le sujet. On le trouve en-ligne dans <a href=\"http:\/\/www.journaldumauss.net\/spip.php?article319\">La revue permanente du MAUSS<\/a>, je le reproduis \u00e9galement ici pour amorcer la discussion dans le cadre de ce blog.<\/p>\n<blockquote><p><strong>Jean-Paul Vignal <\/strong><\/p>\n<p><strong>Le syst\u00e8me financier actuel peut-il porter financi\u00e8rement la transition vers des modes de d\u00e9veloppement durable ?<\/strong><\/p>\n<p>Le propos de ce texte est d\u2019amorcer sans aucun a priori id\u00e9ologique, une discussion productive sur l\u2019adaptation du syst\u00e8me financier actuel aux exigences de modes de fonctionnement dits durables qui reposeraient sur l\u2019utilisation de flux constamment renouvel\u00e9s plut\u00f4t que sur celle de stocks \u00e9puisables. <\/p>\n<p><em>Le Constat : les limites d\u2019une croissance cannibale et polluante <\/em><\/p>\n<p>L\u2019impact n\u00e9gatif des activit\u00e9s humaines sur l\u2019environnement et sur les ressources \u00e9puisables est de plus en plus visible, au point que la plupart des experts scientifiques et des responsables \u00e9conomiques et politiques s\u2019accordent \u00e0 reconna\u00eetre la n\u00e9cessit\u00e9 de s\u2019orienter vers des modes de vie et de consommation qui, \u00e0 la diff\u00e9rence de ceux qui pr\u00e9valent actuellement, n\u2019affectent que peu ou pas du tout la biosph\u00e8re.<\/p>\n<p>Les ressources en \u00e9nergie fossile et mati\u00e8res premi\u00e8res limit\u00e9es dont nous disposons sont en effet insuffisantes pour permettre \u00e0 6 milliards de personnes ou plus de vivre durablement suivant le mod\u00e8le de consommation actuel des pays de l\u2019OCDE, un mode de vie dont on peut craindre par ailleurs qu&rsquo;il ne d\u00e9grade si profond\u00e9ment la biosph\u00e8re que les conditions de vie et m\u00eame de simple survie en soient profond\u00e9ment affect\u00e9es. <\/p>\n<p><em>La croissance a-t-elle encore un sens dans un monde aux \u00e9quilibres pr\u00e9caires et dont les ressources sont limit\u00e9es ? <\/em><\/p>\n<p>Certains experts estiment que cette transition vers des modes de fonctionnement moins pr\u00e9dateurs ne peut se concevoir sans une remise en cause de la croissance qui a caract\u00e9ris\u00e9 l\u2019essor \u00e9conomique des deux derniers si\u00e8cles. Les principes sur lesquels ils se fondent pour justifier ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler la d\u00e9croissance ne sont pas critiquables, car ils reprennent la plupart des th\u00e8mes du d\u00e9veloppement durable. Le concept en lui m\u00eame est cependant frustrant, car on ne peut que constater chaque jour le d\u00e9pouillement dans lequel vit encore une large partie de la population mondiale. Dans ces conditions le repli sur soi qu\u2019il implique peut para\u00eetre comme la forme la plus achev\u00e9e du malthusianisme, et ce d\u2019autant plus qu\u2019il repose sur des bases scientifiques et techniques contestables. Si l\u2019on se place dans une perspective strictement \u00e9nerg\u00e9tique, on admet g\u00e9n\u00e9ralement que le soleil rayonne en permanence 120 000 TW sur la terre, alors que les besoins en \u00e9nergie actuels correspondent \u00e0 environ 13 TW, et que l\u2019on peut esp\u00e9rer qu\u2019ils plafonneront \u00e0 25\/30 TW gr\u00e2ce \u00e0 une utilisation plus rationnelle de l\u2019\u00e9nergie pour une population de 10 milliards d\u2019individus vivant dans des conditions honorables. <\/p>\n<p>Satisfaire cette demande est d\u2019autant plus envisageable que les rendements actuels des capteurs solaires sont tr\u00e8s perfectibles, qu\u2019ils soient artificiels (solaire thermique et photovolta\u00efque, \u00e9oliennes\u2026.), ou naturels (plantes). Dans ce dernier cas, on estime par exemple que le rendement moyen de conversion des plantes est inf\u00e9rieur \u00e0 1%, alors que les scientifiques estiment que la limite se situe entre 12 et 15%. Cette augmentation de rendement serait d\u2019autant plus int\u00e9ressante qu\u2019elle augmenterait tr\u00e8s sensiblement le r\u00f4le de capteur de CO2 de la v\u00e9g\u00e9tation, et diluerait l\u00e9g\u00e8rement la quantit\u00e9 de chaleur solaire absorb\u00e9e par le sol ou r\u00e9\u00e9mise dans l\u2019atmosph\u00e8re.<\/p>\n<p>Si l\u2019on consid\u00e8re les progr\u00e8s exponentiels des connaissances, dire aujourd\u2019hui qu\u2019il ne sera jamais possible de donner au plus grand nombre un niveau de vie acceptable ne parait donc pas tr\u00e8s diff\u00e9rent d\u2019avoir affirm\u00e9 il y a deux si\u00e8cles que l\u2019homme ne pourrait jamais explorer l\u2019espace. Plut\u00f4t que de d\u00e9cro\u00eetre, il faut simplement trouver le plus vite possible sous peine de graves tensions sociales, des fa\u00e7ons de cro\u00eetre autrement, en respectant les ressources de la biosph\u00e8re qui sont indispensables \u00e0 la vie telle que nous la connaissons. <\/p>\n<p><!--more--><em>Pour une croissance r\u00e9fl\u00e9chie et ma\u00eetrise, respectueuse des hommes et de la biosph\u00e8re. <\/em><\/p>\n<p>L\u2019alternative la plus souvent \u00e9voqu\u00e9e consiste \u00e0 rechercher de nouveaux mod\u00e8les de d\u00e9veloppement, dits \u00ab\u00a0mod\u00e8les de d\u00e9veloppement durable\u00a0\u00bb, qui n\u2019affectent plus &#8211; ou affectent moins &#8211; la biosph\u00e8re que ne le font les mod\u00e8les actuels, sans pr\u00e9lever de ressources \u00e9puisables, sans produire de d\u00e9chets, en utilisant principalement comme mati\u00e8res premi\u00e8res et sources d\u2019\u00e9nergie des produits renouvelables autrement qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9chelle g\u00e9ologique, et qui privil\u00e9gient toutes les formes de recyclage, qu\u2019il s\u2019 agisse d\u2019\u00e9nergie, de produits finis ou de leurs composants.<\/p>\n<p>La pertinence \u00e9conomique des mod\u00e8les actuels est encore fond\u00e9e pour l\u2019essentiel sur le fait que les mati\u00e8res premi\u00e8res n\u2019ont d\u2019autre co\u00fbt que la valeur ajout\u00e9e de leur extraction, de leur transformation et, heureusement de plus en plus fr\u00e9quemment, de leur destruction, mais que la pollution ou la disparition d\u2019\u00e9l\u00e9ments irrempla\u00e7ables comme l\u2019air, l\u2019eau, ou les sols sont \u00e9conomiquement gratuites. M\u00eame si d\u2019importants progr\u00e8s ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s dans le domaine du recyclage au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies, le sch\u00e9ma-type actuel consiste encore pour l\u2019essentiel, si l\u2019on s\u2019en tient aux quantit\u00e9s de d\u00e9chets produits, \u00e0 extraire une mati\u00e8re premi\u00e8re non-renouvelable, \u00e0 la transformer, \u00e0 l\u2019utiliser, puis \u00e0 la d\u00e9truire ou \u00e0 l\u2019enfouir. Ce sch\u00e9ma correspond \u00e0 une sorte de nomadisme industriel, dans lequel les activit\u00e9s productrices sont regroup\u00e9es pr\u00e8s des \u00ab mines \u00bb de mati\u00e8res premi\u00e8res \u00e9puisables jusqu&rsquo;\u00e0 ce que ces gisements soient \u00e9puis\u00e9s, et\/ou jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il ne soit plus possible ou acceptable de continuer \u00e0 rejeter des d\u00e9chets.<\/p>\n<p>Le passage \u00e0 des mod\u00e8les de d\u00e9veloppement durables &#8211; dans la mesure o\u00f9 il se fonde sur la mise en place de syst\u00e8mes sans impact sur l\u2019environnement, donc sans rejets de d\u00e9chets ni destruction et mise au rebut de mati\u00e8res premi\u00e8res \u00e9puisables &#8211; suppose vraisemblablement une remise en cause des paradigmes qui sous-tendent actuellement la plupart des fili\u00e8res de production et de transformation.<\/p>\n<p><em>Qu\u2019est ce que le d\u00e9veloppement durable ? <\/em><\/p>\n<p><em>Un peu d\u2019histoire <\/em><\/p>\n<p>La notion de d\u00e9veloppement durable ne date pas d\u2019hier. Nos anc\u00eatres qui devaient gagner tout ce dont ils disposaient litt\u00e9ralement \u00e0 la sueur de leur front, savaient utiliser chaque parcelle de leurs p\u00e9nibles r\u00e9coltes. Ainsi, un animal tu\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas seulement une source de viande, mais il \u00e9tait aussi utilis\u00e9 pour se soigner, s\u2019habiller, se loger, s\u2019\u00e9clairer ou m\u00eame parfois se distraire. <\/p>\n<p>Sa renaissance date de la publication des deux premiers rapports Club de Rome \u00ab Halte \u00e0 la croissance ? \u00bb en 1972, et \u00ab Sortir de l&rsquo;\u00e8re du gaspillage : demain \u00bb en 1974. Concr\u00e8tement cette prise de conscience s\u2019est traduite d\u00e8s cette \u00e9poque pour certains organismes de recherche agronomique plus clairvoyants que les autres par la r\u00e9orientation d\u2019une partie de leurs ressources dans la recherche d\u2019une agriculture qu\u2019on voulait alors simplement plus \u00e9conome et plus autonome.<br \/>\nCe n\u2019est qu\u2019en 1987, quelques sueurs froides sur l\u2019avenir \u00e9nerg\u00e9tique plus tard, que la Commission Bruntland l\u2019a impos\u00e9e comme une probl\u00e9matique incontournable, pas seulement parce que les r\u00e9serves de p\u00e9trole et de gaz naturels s\u2019\u00e9puisaient, mais surtout parce que l\u2019humanit\u00e9 \u00e9tait en train de d\u00e9truire la biosph\u00e8re qui supporte son existence. La d\u00e9finition qu\u2019elle a en donn\u00e9 est tr\u00e8s simple : <\/p>\n<p>Le d\u00e9veloppement durable est un d\u00e9veloppement qui satisfait aux besoins pr\u00e9sents, sans compromettre la possibilit\u00e9 des g\u00e9n\u00e9rations futures \u00e0 subvenir \u00e0 leurs propres besoins. <\/p>\n<p>Certains lui pr\u00e9f\u00e8rent une d\u00e9finition plus positive et plus apaisante disant que le d\u00e9veloppement durable consiste \u00e0 assurer une meilleure qualit\u00e9 de vie \u00e0 tous, aujourd\u2019hui comme demain.<\/p>\n<p>Une d\u00e9finition un peu plus brutale serait de dire qu\u2019il faut d\u00e8s aujourd\u2019hui arr\u00eater de vivre aux d\u00e9pens des g\u00e9n\u00e9rations futures pour satisfaire des modes de vie qui ne sont m\u00eame pas extrapolables \u00e0 la totalit\u00e9 de la population mondiale actuelle.<\/p>\n<p>&#8211; Techniquement, l\u2019activit\u00e9 humaine devrait \u00eatre con\u00e7ue pour ne d\u00e9pendre que de deux sources : <\/p>\n<p>-(i) une meilleure exploitation de la seule \u00e9nergie renouvelable, celle du soleil, sous toutes ses formes (directe, mais aussi indirectes vent, pluie, mar\u00e9es\u2026), y compris, bien entendu la biomasse,<\/p>\n<p>-(ii) un meilleur recyclage des mat\u00e9riaux non renouvelables, avec l\u2019espoir d\u2019arriver aussi rapidement que possible \u00e0 100% de recyclage<\/p>\n<p>&#8211; Financi\u00e8rement, le d\u00e9veloppement durable correspond \u00e0 une meilleure visibilit\u00e9 en mati\u00e8re de risques, puisque les flux, bien que restant soumis \u00e0 des al\u00e9as qui sont de m\u00eame nature que ceux de l\u2019agriculture, sont beaucoup plus repartis, et deviennent ind\u00e9pendants de l\u2019existence de stocks \u00e9puisables. Il justifie donc \u00e0 ce titre des financements \u00e0 plus long terme et \u00e0 moindre taux.<\/p>\n<p><em>Comment le met-on en \u0153uvre ? <\/em><\/p>\n<p>En simplifiant un peu, la mise en \u0153uvre pratique du d\u00e9veloppement durable repose sur un principe, un outil et une strat\u00e9gie \u00e0 deux temps.<\/p>\n<p>&#8211; Le Principe des 3 + 1 R <\/p>\n<p>Ces 3+1 R sont compl\u00e9mentaires et concourent \u00e0 une meilleure extraction de la valeur contenue dans les mat\u00e9riaux et l\u2019\u00e9nergie consomm\u00e9s. Il s\u2019agit de :<\/p>\n<p>&#8211; R\u00e9duire les quantit\u00e9s utilis\u00e9es. <\/p>\n<p>&#8211; R\u00e9utiliser les produits fabriqu\u00e9s aussi longtemps que possible au lieu de multiplier les produits jetables apr\u00e8s un seul usage (exemple emballages consign\u00e9s au lieu d\u2019emballages perdus), pour autant, bien entendu que cette r\u00e9utilisation n\u2019ait pas un co\u00fbt en \u00e9nergie et\/ou en ressources sup\u00e9rieur \u00e0 celui du recyclage ou du neuf.<\/p>\n<p>&#8211; Recycler en fin de cycle de vie des produits les mat\u00e9riaux et l\u2019\u00e9nergie qui les composent.<\/p>\n<p>&#8211; R\u00e9nover : ce 4\u00e8me R, bien connu de nos anc\u00eatres et toujours d\u2019actualit\u00e9 dans le b\u00e2timent, ne l\u2019est pas autant dans les autres domaines, sauf au Japon : on ne rechape par exemple pratiquement plus les pneumatiques, sauf, curieusement, ceux qui subissent les contraintes les plus violentes sur les v\u00e9hicules et engins commerciaux.<\/p>\n<p><em>L\u2019Outil : L\u2019analyse du cycle de vie <\/em><\/p>\n<p>Le but de cette analyse est de minimiser l\u2019empreinte environnementale d&rsquo;un produit tout au long de son cycle de vie, des mati\u00e8res premi\u00e8res jusqu&rsquo;\u00e0 son traitement en fin de vie C\u2019est un outil qui a beaucoup fait pour diffuser le mode de raisonnement durable dans les entreprises, car il a pour appr\u00e9ciable et bienvenu effet secondaire de limiter les besoins en mati\u00e8res premi\u00e8res et en \u00e9nergie, et donc de permettre d\u2019abaisser la d\u00e9pendance vis-\u00e0-vis de fluctuations du cours de ces intrants, tout en diminuant les co\u00fbts de production.<\/p>\n<p><em>La strat\u00e9gie \u00e0 deux temps <\/em><\/p>\n<p>&#8211; 1er temps, \u00e0 court et moyen terme : appliquer les 4R pour am\u00e9liorer l\u2019efficacit\u00e9 des processus actuels, sans les remettre en cause.<\/p>\n<p>&#8211; 2\u00e8me temps, \u00e0 plus long terme, ou pour les plus clairvoyants qui ne sont pas encombr\u00e9s par des infrastructures de production vieillissante mais en bon \u00e9tat de marche, partir de la notion d\u2019usage plus que de celle d\u2019objet ou de produit pour inventer, d\u00e9velopper et mettre en \u0153uvre des concepts radicalement nouveaux, capables d\u2019assurer au moins aussi bien les m\u00eames fonctions, mais en utilisant moins de ressources, ces ressources \u00e9tant, de plus, soit renouvelables, soit issues d\u2019op\u00e9rations de recyclage.<\/p>\n<p>D\u2019un point de vue pratique, le croisement de ces 2 strat\u00e9gies et des 4R fournit une matrice qui peut aider un acteur \u00e9conomique \u00e0 identifier 8 grandes cat\u00e9gories de produits et de services potentiels.<\/p>\n<p><em>Quelles sont les implications du d\u00e9veloppement durable ? <\/em><\/p>\n<p>Concr\u00e8tement, le d\u00e9veloppement durable c\u2019est le passage de la cueillette et du nomadisme, \u00e0 l\u2019agriculture et au s\u00e9dentaire, ou encore, en termes d\u2019investissements, c\u2019est le passage des outils et des infrastructures de cueillette: arc, fl\u00e8ches, quelques moyens de transports, \u00e0 ceux de l\u2019agriculture tant en termes d\u2019outillages (charrues\u2026) qu\u2019en infrastructures (d\u00e9frichage, irrigation\u2026)<\/p>\n<p>&#8211; Il se fonde sur l\u2019utilisation de ressources renouvelables (essentiellement d\u00e9riv\u00e9es de l\u2019\u00e9nergie solaire) et\/ou de ressources recycl\u00e9es, qui doivent \u00eatre exploit\u00e9es la o\u00f9 elles sont, car leur transport n\u2019a pas de sens. Le durable, c\u2019est donc la fin de la concentration g\u00e9ographique qu\u2019impliquait l\u2019existence de gisements localis\u00e9s.<\/p>\n<p>&#8211; Parce qu\u2019il est d\u00e9centralis\u00e9 comme la biomasse et les d\u00e9chets qu\u2019il utilise, le durable, c\u2019est donc aussi d\u2019une certaine fa\u00e7on la fin de la r\u00e9duction des co\u00fbts unitaires obtenues par l\u2019augmentation de la taille des unit\u00e9s de traitement, et la g\u00e9n\u00e9ralisation de l\u2019abaissement des co\u00fbts unitaires par la multiplication d\u2019unit\u00e9s de faible taille, standardis\u00e9es, et assemblables de fa\u00e7on modulaire, \u00e0 l\u2019image de ce qui s\u2019est pass\u00e9 dans l\u2019informatique.<\/p>\n<p>&#8211; Pour les entreprises, le durable c\u2019est inventer et mettre en place les modes de fonctionnement qui permettent de passer de la vente de mati\u00e8re \u00e0 la vente de service. On ne vend plus le plus grand nombre de gadgets possible, mais le maximum d\u2019usage possible \u00e0 partir d\u2019une ressource donn\u00e9e, passant ainsi par exemple de la vente de kilos d\u2019automobile, \u00e0 celle de kilom\u00e8tres\/passager parcourus. Cette \u00e9volution cr\u00e9e des besoins financiers consid\u00e9rables, puisqu\u2019elle reporte la charge du financement du client sur le fournisseur.<\/p>\n<p>&#8211; Pour produire et exploiter ces ressources renouvelables et recycl\u00e9es il faut mettre en place des infrastructures lourdes, qui ont des pay-backs tr\u00e8s longs rapport (faible cash-flow par rapport au volume de l\u2019investissement), qui ne peuvent \u00eatre financ\u00e9s que par des instruments financiers dont la dur\u00e9e et la nature tiennent compte de ces caract\u00e9ristiques.<\/p>\n<p><em>Les principaux facteurs de blocage. <\/em><\/p>\n<p>Le d\u00e9veloppement durable paraissant une \u00e9volution aussi raisonnable qu\u2019in\u00e9luctable, on peut s\u2019\u00e9tonner qu\u2019il ne soit pas mis en \u0153uvre plus rapidement. Les blocages sont nombreux, ils rel\u00e8vent entre autres ;<\/p>\n<p>&#8211; de la courte vue et de l\u2019\u00e9go\u00efsme pur et simple, qui poussent \u00e0 n\u00e9gliger les besoins futurs d\u00e8s qu\u2019ils interf\u00e8rent avec la satisfaction imm\u00e9diate des besoins pr\u00e9sents. Paradoxalement, cette forte pr\u00e9f\u00e9rence pour les gains certains, m\u00eame plus faibles, \u00e0 court terme, se transforme en pr\u00e9f\u00e9rence pour les gains les plus forts quand il s\u2019agit de gains futurs non garantis, qui pousse par exemple \u00e0 pr\u00e9f\u00e9rer la recherche d\u2019une solution de rupture lointaine, plut\u00f4t que celle d\u2019une solution plus classique mais plus rapidement disponible et moins risqu\u00e9e. Cette double caract\u00e9ristique est un redoutable facteur de blocage, car il est clair qu\u2019elle incite \u00e0 ne surtout rien faire, particuli\u00e8rement quand on applique simultan\u00e9ment le principe de pr\u00e9caution.<\/p>\n<p>&#8211; de l\u2019\u00e2pret\u00e9 au gain et de l\u2019apologie de la concurrence par rapport \u00e0 la coop\u00e9ration. La notion de durabilit\u00e9 n\u2019exclut ni la diversit\u00e9, ni la confrontation qui sont la base de toute vie, mais elle implique un consensus fort sur au moins un objectif commun, &#8211; la survie en terme biologique -, qui est indispensable pour r\u00e9soudre les in\u00e9vitables conflits de mani\u00e8re productive.<\/p>\n<p>&#8211; de l\u2019aversion pour le changement, caract\u00e9ris\u00e9e entre autres par l\u2019accent mis sur le principe de pr\u00e9caution, qui n\u2019est, au mieux, qu\u2019une reconnaissance du fait que l\u2019application de la connaissance n\u2019est pas neutre, et doit \u00eatre guid\u00e9e par d\u2019autres principes que la recherche du profit maximal, comme c\u2019est la cas actuellement en raison de la soumission du politique \u00e0 la loi d\u2019airain du \u00ab march\u00e9 \u00bb. Cette aversion est particuli\u00e8rement sensible en France o\u00f9 chacun reste le plus souvent fig\u00e9 sur ses avantages acquis, en cherchant simplement \u00e0 en augmenter le nombre et la valeur sans jamais accepter de rien remettre en cause, m\u00eame quand ce serait de toute \u00e9vidence pour le plus grand bien de la collectivit\u00e9 dans son ensemble, et parfois de lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>&#8211; de l\u2019inad\u00e9quation du syst\u00e8me de valeur du \u00ab march\u00e9 \u00bb, qui incite \u00e0 favoriser le court terme par rapport au long terme, comme si demain n\u2019existait pas, et qui, de fa\u00e7on plus grave encore, s\u2019obstine \u00e0 vouloir tout mesurer \u00e0 l\u2019aune financi\u00e8re, tout en refusant de respecter la plus \u00e9l\u00e9mentaire des logiques en n\u2019internalisant pas les co\u00fbts des ressources naturelles, qui sont encore le plus souvent consid\u00e9r\u00e9es comme gratuites, malgr\u00e9 les incontestables progr\u00e8s r\u00e9cents des l\u00e9gislations sur leur protection. S\u2019il en \u00e9tait autrement, toutes les usines du monde recycleraient par exemple leur eau au lieu de la rejeter. <\/p>\n<p>&#8211; du divorce de plus en plus sensible entre l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle et le syst\u00e8me financier dit de march\u00e9, qui est la raison d\u2019\u00eatre de ce papier<\/p>\n<p>Chacun de nous a appris un jour au cours de sa scolarit\u00e9 que le march\u00e9 est un merveilleux mode de d\u2019autor\u00e9gulation des \u00e9changes. On lit ainsi dans les manuels d\u2019\u00e9conomie que quand l\u2019offre d\u2019un produit augmente, ou quand ce produit devient obsol\u00e8te, son prix baisse et les producteurs soit baissent leur production jusqu\u2019\u00e0 ce que le prix revienne \u00e0 un niveau convenable, soit cessent de le produire. <\/p>\n<p>R\u00e9ciproquement, quand l\u2019offre diminue, ou que la demande augmente, le prix augmente et les producteurs sont incit\u00e9s \u00e0 produire plus. Dans cette vision idyllique de l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9, de savants calculs portant essentiellement sur les co\u00fbts marginaux permettent en th\u00e9orie de pr\u00e9voir avec une honn\u00eate pr\u00e9cision l\u2019\u00e9volution des cours en fonction de l\u2019offre et de la demande, pour autant, en gros (i) qu\u2019il y ait assez de ressources pour alimenter le processus de production, (ii) que l\u2019innovation ne vienne pas trop souvent chambouler le paysage, (iii) que la dur\u00e9e des cycles d\u2019ajustement ne soit pas sup\u00e9rieure au rythme d\u2019apparition des innovations. <\/p>\n<p>Or c\u2019est exactement ce qui arrive maintenant : on constate chaque jour davantage qu\u2019\u00e0 l\u2019exception de l\u2019\u00e9nergie solaire, les ressources sont \u00e9puisables, et que le progr\u00e8s exponentiel des connaissances raccourcit de plus en plus le cycle de vie \u00e9conomique et commercial des produits. <\/p>\n<p>El\u00e9ment aggravant majeur, les march\u00e9s sur lesquels s\u2019\u00e9changent les produits et les services r\u00e9els traitent en fait dans une proportion bien plus importante, de l\u2019ordre de 1 \u00e0 100, l\u2019\u00e9change virtuel d\u2019images plus ou moins sophistiqu\u00e9es de ces produits et de ces services. Cette \u00e9volution vers le virtuel \u00e9tait parfaitement fond\u00e9e \u00e0 l\u2019origine, car il fallait bien introduire des contrepartistes (i) pour permettre les n\u00e9cessaires ajustements entre l\u2019offre et la demande, en donnant de la \u00ab profondeur \u00bb au march\u00e9 comme disent les experts, et (ii) pour financer ces march\u00e9s r\u00e9els. Mais le r\u00e9sultat est catastrophique : les financiers ont rapidement constat\u00e9 qu\u2019avec un minimum de prudence, ces march\u00e9s offraient de tr\u00e8s loin le meilleur compromis rendement\/risque sur capital investi, et en ont pris peu \u00e0 peu le contr\u00f4le. Comme ils contr\u00f4lent aussi les liquidit\u00e9s indispensables pour les faire vivre, cette prise de pouvoir a \u00e9t\u00e9 facile. Ils ont donc progressivement impos\u00e9 leurs propres r\u00e8gles. Etant r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s en variable sur les \u00e9carts de cours, et en fixe sur le nombre d\u2019op\u00e9rations r\u00e9alis\u00e9es, ils ont tout fait pour multiplier les \u00e9carts et le nombre d\u2019op\u00e9rations. Ainsi, le point d\u2019\u00e9quilibre des march\u00e9s est de moins en moins corr\u00e9l\u00e9 avec l\u2019\u00e9volution de l\u2019offre et de la demande, qui ne servent plus que de pr\u00e9textes parmi d\u2019autres, au m\u00eame titre que la politique ou la m\u00e9t\u00e9o, pour faire varier les cours et justifier ainsi la multiplication des transactions. Par un singulier renversement des r\u00f4les, le r\u00e9gulateur est ainsi devenu l\u2019op\u00e9rateur principal, et impose sa r\u00e8gle \u00e0 un jeu qui ne tend plus par construction vers l\u2019\u00e9quilibre, mais, \u00e0 l\u2019inverse, vers le d\u00e9s\u00e9quilibre infini g\u00e9n\u00e9rateur de plus values et de commissions elles aussi infinies.<\/p>\n<p>Sur un plan th\u00e9orique, &#8211; toujours utile dans un monde cart\u00e9sien pour tout justifier, m\u00eame le pire -, l&rsquo;amalgame courant entre \u00ab\u00a0\u00e9conomie de march\u00e9\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0\u00e9conomie capitaliste\u00a0\u00bb, &#8211; qu\u2019elle soit priv\u00e9e ou publique ne change pas grand-chose comme le montre bien l\u2019excellent article d\u2019Alain Supiot \u00ab l\u2019Europe gagn\u00e9e par l\u2019\u00e9conomie communiste de march\u00e9 \u00bb -, est sans doute ce qui a donne sa l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e0 cette \u00e9volution. Les n\u00e9olib\u00e9raux s&rsquo;appuient en effet sur deux principes du bon fonctionnement des manuels d\u2019\u00e9conomie de march\u00e9 (libert\u00e9 des acteurs et concurrence non fauss\u00e9e) pour vendre une id\u00e9ologie o\u00f9 les acteurs majeurs -de fait- \u00e9vitent autant que possible la concurrence en recherchant des situations d&rsquo;oligopole voire monopole, et r\u00e9clament toujours plus de d\u00e9mant\u00e8lement des r\u00e9gulations et de transfert au march\u00e9 de domaines \u00ab\u00a0hors march\u00e9\u00a0\u00bb pour \u00e9largir leur champ d\u2019action. Cette situation confine \u00e0 l\u2019absurde, car on voit ainsi des soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 forte propension monopolistique pourfendre au nom de leur conception de \u00ab l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9 \u00bb les tenants d\u2019une vraie \u00e9conomie lib\u00e9rale de march\u00e9.<\/p>\n<p><em>Que faire pour \u00e9viter ces d\u00e9rives ? <\/em><\/p>\n<p>Sch\u00e9matiquement deux types d&rsquo;acteurs d\u00e9terminent l&rsquo;\u00e9conomie utilisant le march\u00e9: les entreprises et les pouvoirs publics. Deux sc\u00e9narios extr\u00eames se d\u00e9gagent:<\/p>\n<p>&#8211; Le capitalisme g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 : marchandisation g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e et d\u00e9veloppement continu d&rsquo;entreprises orient\u00e9es vers la recherche du plus grand profit individuel possible sans autre consid\u00e9ration ni respect pour tout ce qui peut se mettre en travers du chemin que le strict respect du peu de contraintes impos\u00e9 par les pouvoirs publics. <\/p>\n<p>&#8211; La d\u00e9mocratie \u00e9conomique : Les pouvoirs publics \u00ab\u00a0encadrent\u00a0\u00bb la recherche du profit financier individuel des entreprises par un dispositif qui, s\u2019il est difficile a quantifier pour les comptables, n\u2019en repr\u00e9sentent pas moins l\u2019exigence assez commune de prendre en compte d&rsquo;autres objectifs mois sonnant et tr\u00e9buchant, tels que le bien-\u00eatre social, la paix civile, ou simplement, la survie du plus grand nombre. <\/p>\n<p>Le choix entre ces deux extr\u00eames est de toute \u00e9vidence \u00ab politique \u00bb. Il penche actuellement fortement du c\u00f4t\u00e9 du capitalisme pur et dur, les \u00e9tats abandonnant de plus en plus le pouvoir d\u2019orientation et de direction, &#8211; qui justifie pourtant en principe leur existence-, aux m\u00e9canismes de march\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 la r\u00e8gle de la maximisation individuelle du profit, sans consid\u00e9ration pour les cons\u00e9quences bonnes ou mauvaises que cette qu\u00eate peut avoir sur la survie des autres acteurs, dans un univers ou le profit motive et justifie tout, y compris l\u2019exclusion de ceux qui ne sont pas capables ou d\u00e9sireux d\u2019entrer dans ce jeu ou de le subir. <\/p>\n<p>Constatant que les d\u00e9rives du syst\u00e8me financier comme l\u2019\u00e9puisement ou la d\u00e9gradation de certaines ressources devient une menace directe pour leur survie, les entreprises sont de plus en plus nombreuses \u00e0 parler haut et fort de protection de l\u2019environnement, de responsabilit\u00e9 sociale et de d\u00e9veloppement durable. Mais l\u2019\u00ab hypocrisie \u00bb malheureusement souvent involontaire de ce nouveau credo est d\u00e9montr\u00e9e par de nombreux auteurs, et entre autres par Rob Gray et Jan Bebbington, du Centre for Social and Environmental Accounting Research dans leur remarquable note \u00abCorporate Accountability and the Pursuit of the Impossible Dream \u00bb. Elle est confirm\u00e9e par le constat que chacun d\u2019entre nous peut faire en comparant les proclamations aux actions et \u00e0 leurs cons\u00e9quences des acteurs qu\u2019il conna\u00eet bien. Les dirigeants d\u2019une entreprise sont jug\u00e9s au b\u00e9n\u00e9fice financier qu\u2019ils r\u00e9alisent. Juridiquement, et m\u00eame fiscalement, toute d\u00e9pense qui n\u2019est pas directement li\u00e9e \u00e0 la recherche de la maximisation du rendement du capital peut \u00eatre qualifi\u00e9e de d\u00e9tournement d\u2019actif. <\/p>\n<p>Que cela plaise ou pas seules la contrainte r\u00e9glementaire ou l\u2019incitation financi\u00e8re directe peuvent dans ces conditions justifier des d\u00e9penses ou des investissements qui ne contribuent pas aux r\u00e9sultats financiers \u00e0 court terme. On peut r\u00eaver que les incitations \u00e9thiques ou morales ou les motivations socioculturelles qui flattent l&rsquo;ego ou r\u00e9sultent de la pression psychologique de l&rsquo;entourage se substituent un jour au b\u00e2ton r\u00e9glementaire ou \u00e0 la carotte financi\u00e8re, mais, dans les faits, il n\u2019y a que les soci\u00e9t\u00e9s qui n\u2019ont pas besoin de faire appel au \u00ab march\u00e9 \u00bb financier ou bancaire qui peuvent ignorer cette r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p><em>Quelles solutions ? <\/em><\/p>\n<p>Le propos de ce forum est d\u2019essayer de trouver les modes de fonctionnement \u00e9conomiques et financiers qui permettront aux producteurs de biens et de services de respecter l\u2019int\u00e9grit\u00e9 de la biosph\u00e8re indispensable \u00e0 notre survie en tant qu\u2019esp\u00e8ce, tout en garantissant \u00e0 chaque individu, o\u00f9 qu\u2019il soit, et quel qu\u2019il soit, la possibilit\u00e9 d\u2019une vie digne et raisonnablement confortable.<\/p>\n<p>Pour amorcer la discussion, le texte qui suit propose une liste non exhaustive de principes et quelques pistes qui sont reprises d\u2019<a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=316#comment-3254\">un blog post\u00e9 sur le site de Paul Jorion<\/a>. <\/p>\n<p>La d\u00e9finition des principes est essentielle pour le projet de Constitution Economique de Paul Jorion. Les pistes ont surtout pour objet de montrer qu\u2019il est possible de travailler autrement qu\u2019on ne le fait aujourd\u2019hui en faisant l\u2019\u00e9conomie d\u2019un grand soir. <\/p>\n<p>Avant de parler de ces principes, il est essentiel de souligner qu\u2019ils ne seront d\u2019aucune utilit\u00e9 tant qu\u2019une condition pr\u00e9alable n\u2019aura pas \u00e9t\u00e9 remplie: rien ne sera possible en effet tant qu\u2019un nombre sans cesse croissant de choix techniques et \u00e9conomiques seront effectu\u00e9s sur des bases purement mon\u00e9taires. Le profit n\u2019est ni une \u00e9thique ni une morale, et ne peut se substituer \u00e0 elles. La science en elle-m\u00eame n\u2019est pas diff\u00e9rente, et laisser les scientifiques d\u00e9cider ne serait pas un progr\u00e8s. On changerait de pr\u00eatres et de religion, mais on ne mettrait pas pour autant en place un syst\u00e8me \u00e9quilibr\u00e9. La solution ne peut venir que d\u2019un retour \u00e0 la pr\u00e9\u00e9minence du politique.<\/p>\n<p><em>Les principes <\/em><\/p>\n<p>Un syst\u00e8me durable \u00e9tant un syst\u00e8me qui fonctionne en boucle, il est par nature sensible aux variations. Tout doit donc \u00eatre fait pour minimiser ces variations ou, quand elles sont in\u00e9vitables, pour en att\u00e9nuer les cons\u00e9quences.<\/p>\n<p>&#8211; Le premier principe doit donc \u00eatre de r\u00e9duire les variations al\u00e9atoires, qu\u2019elles soient physiques (mati\u00e8res premi\u00e8res, \u00e9nergie\u2026) ou financi\u00e8res. <\/p>\n<p>&#8211; Le second principe doit \u00eatre de pr\u00e9voir suffisamment de flexibilit\u00e9 pour absorber les variations in\u00e9vitables <\/p>\n<p>&#8211; Le troisi\u00e8me principe doit \u00eatre de reconna\u00eetre et de \u00ab r\u00e9compenser \u00bb syst\u00e9matiquement toutes les initiatives qui r\u00e9duisent le contenu en mati\u00e8re premi\u00e8re, en \u00e9nergie\u2026 ou diminue l\u2019empreinte environnementale d\u2019un produit ou d\u2019un service. <\/p>\n<p>&#8211; R\u00e9duire les variations, en commen\u00e7ant par les variations sp\u00e9culatives des intrants. <\/p>\n<p>On peut r\u00e9duire les variations de plusieurs fa\u00e7ons. La plus radicale est de les \u00e9liminer. Ainsi, le troc et\/ou les contrats de fournitures ou de vente \u00e0 termes permettent de limiter voire d\u2019\u00e9liminer les fluctuations physiques et mon\u00e9taires. Une fa\u00e7on moins radicale de proc\u00e9der est de mettre en place, quand c\u2019est possible, de v\u00e9ritables m\u00e9canismes de march\u00e9, ou de remplacer les m\u00e9canismes de march\u00e9 par des m\u00e9canismes d\u2019assurances et\/ou de prix garantis, comme on l\u2019a longtemps fait pour les produits agricoles dans les pays d\u00e9velopp\u00e9s. Les flux \u00e9tant en principes pr\u00e9visibles, on peut aussi r\u00e9duire l\u2019interm\u00e9diation dans tous les domaines en utilisant mieux les possibilit\u00e9s des TIC<\/p>\n<p><em>Remplacer les actionnaires strictement financiers par des partenaires producteurs et consommateurs. <\/em><\/p>\n<p>Pour mieux ma\u00eetriser les flux physiques de mati\u00e8res premi\u00e8res en amont, et de produits et services en aval, il serait sans doute utile de revisiter le statut d\u2019organismes tels que les Soci\u00e9t\u00e9s Coop\u00e9ratives Ouvri\u00e8res, ou les Soci\u00e9t\u00e9s d\u2019Int\u00e9r\u00eat Collectif Agricole. Ce genre de structure pourrait \u00e9ventuellement permettre \u00e0 des \u00ab clients \u00bb d\u2019investir aux cot\u00e9s des \u00ab producteurs \u00bb dans des outils de production ou de transformation, et de b\u00e9n\u00e9ficier en \u00e9change d\u2019un acc\u00e8s \u00e0 ces produits dans des conditions privil\u00e9gies. Il faudrait par exemple v\u00e9rifier que des unit\u00e9s de production de biodiesel mont\u00e9es sur ce mod\u00e8le pourraient ensuite se regrouper en r\u00e9seau et passer des accords avec des distributeurs de carburants comme Leclerc ou Carrefour pour offrir \u00e0 leurs investisseurs partenaires la possibilit\u00e9 de s\u2019approvisionner partout en France \u00e0 prix sp\u00e9cial gr\u00e2ce \u00e0 une carte de type Visa. Ce principe est transf\u00e9rable \u00e0 de nombreux autres secteurs, et pourrait servir initialement pour le montage de partenariats public\/priv\u00e9 pour le financement et l\u2019exploitation d\u2019infrastructures d\u2019int\u00e9r\u00eat collectif (transports, \u00e9nergie, t\u00e9l\u00e9communications, gestion de l\u2019eau) ou pour la mise en place de nouveaux modes individuels de transport individuel, de production d\u00e9centralis\u00e9es d\u2019\u00e9lectricit\u00e9, de gestion de l\u2019eau ou de traitement de l\u2019information.<\/p>\n<p>Concernant les soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles non cot\u00e9es en bourse peuvent constituer une alternative int\u00e9ressante, car, n\u2019\u00e9tant pas soumise \u00e0 la dictature courtermiste des march\u00e9s d\u2019actions, elles peuvent plus facilement que leurs consoeurs cot\u00e9es investir \u00e0 long terme, ou prendre en compte des consid\u00e9rations non financi\u00e8res <\/p>\n<p>&#8211; Revenir aux basiques en faisant en sorte que l\u2019offre et la demande r\u00e9elle d\u00e9terminent les prix. <\/p>\n<p>La modification la plus importante \u00e0 introduire est sans conteste celle de la suppression de la r\u00e9gulation des march\u00e9s par ce qu\u2019il faut bien appeler la sp\u00e9culation, puisque les gains et les pertes ne correspondent \u00e0 aucune variation physique des produits \u00e9chang\u00e9s, et n\u2019ont qu\u2019un lointain rapport avec les variations de l\u2019offre et de la demande. <\/p>\n<p>Il est impossible, &#8211; et il serait en toute hypoth\u00e8se suicidaire -, de financer les investissements tr\u00e8s longs n\u00e9cessaires pour passer \u00e0 une \u00e9conomie durable, sans pr\u00e9alablement prendre des dispositions ayant pour but de stabiliser les cash-flow des op\u00e9rateurs sur des p\u00e9riodes correspondant en gros \u00e0 la dur\u00e9e de ces financements. <\/p>\n<p>Il est anormal que par le biais des variations de cours purement sp\u00e9culatives et de commissions sur des op\u00e9rations toujours plus nombreuses et complexes , le syst\u00e8me financier pr\u00e9l\u00e8ve des sommes tellement consid\u00e9rables sur le syst\u00e8me productif qu\u2019il peut se permettre de conduire une politique salariale extravagante, qui lui permet de recruter les plus brillants sujets au d\u00e9triment d\u2019autres secteurs plus \u00ab utiles \u00bb, socialement, mais incapables de d\u00e9gager des marges suffisantes pour offrir des conditions comparables. <\/p>\n<p>Il faut pour cela trouver un syst\u00e8me qui r\u00e9mun\u00e8re les r\u00e9gulateurs quand rien ne change, en utilisant des m\u00e9canismes inspir\u00e9s de ceux de l\u2019assurance plut\u00f4t que de ceux de la vente aux ench\u00e8res, car les march\u00e9s tels qu\u2019ils sont aujourd\u2019hui, ne peuvent que d\u00e9river vers des comportements purement sp\u00e9culatifs, essentiellement oppos\u00e9s \u00e0 la notion m\u00eame de durable. <\/p>\n<p>Il est socialement contreproductif et \u00e9conomiquement stupide que le rendement du capital investi par un sp\u00e9culateur sur les cours du ma\u00efs ou du soja soit sup\u00e9rieur \u00e0 celui d\u2019un producteur de ma\u00efs ou de soja, qui prend des risques bien plus consid\u00e9rables (m\u00e9t\u00e9orologie, parasites, maladies\u2026) et n\u2019a nul besoin d\u2019y ajouter ceux que peuvent lui imposer un trader qui souhaite donner un coup de pouce \u00e0 son compte d\u2019exploitation afin d\u2019augmenter ses gains personnels. On assure bien les agriculteurs contre les intemp\u00e9ries. Pourquoi pas contre les variations de cours autrement qu&rsquo;en taxant les contribuables ou en cr\u00e9ant au jour le jour des \u00e9carts de cours pharaoniques pour amortir des variations epsilonesques de l&rsquo;offre ou de la demande?<\/p>\n<p><em>Sortir du tout march\u00e9 en \u00ab d\u00e9marchandisant \u00bb au plus vite ce qui peut l\u2019\u00eatre <\/em><\/p>\n<p>Le n\u00e9cessaire d\u00e9couplage entre \u00e9conomie r\u00e9elle et finances virtuelles peut s\u2019amorcer par une r\u00e9introduction de pratiques plus proches de l\u2019\u00e9change et du paiement en nature, &#8211; qui sont indispensables \u00e0 la mise en place des syst\u00e8mes \u00e9co-industriels (cf. r\u00e9f\u00e9rences) -, \u00e0 l&rsquo;initiative des multinationales non financi\u00e8res. Ce n\u2019est pas un r\u00eave, car on commence \u00e0 observer cet infl\u00e9chissement, entre autres dans certaines \u00ab supply chains \u00bb, ou dans les quelques parcs \u00e9co-industriels qui fonctionnent. Les industriels s\u2019aper\u00e7oivent en effet que changer constamment de partenaire pour extraire en permanence le dernier centime d\u2019un fournisseur moribond ou incomp\u00e9tent n\u2019est pas une solution acceptable. L\u2019organisation en r\u00e9seaux de supply chains, &#8211; qui n\u2019est jamais que la reprise de l\u2019organisation du monde vivant, avec ses pr\u00e9dateurs, ses parasites, ses ouvriers et ses victimes -, n\u2019est peut-\u00eatre pas la solution id\u00e9ale, mais elle semble la plus apte \u00e0 garantir une certaine autonomie \u00e0 chacun. Tout d\u00e9pend de la fa\u00e7on dont elles sont organis\u00e9es. <\/p>\n<p>On les critique beaucoup parce qu\u2019elles sont le plus souvent aujourd\u2019hui des syst\u00e8mes hi\u00e9rarchis\u00e9s, avec un donneur d\u2019ordre et des \u00ab esclaves \u00bb qui rament dans les soutes, et peuvent \u00eatre jet\u00e9s par dessus bord \u00e0 tout moment. Ce n\u2019est bien s\u00fbr pas ce qui est souhaitable. <\/p>\n<p><em>R\u00e9inventer le troc <\/em><\/p>\n<p>Le troc, cette vieille pratique que tous les pouvoirs qui se nourrissent et contr\u00f4lent des transactions mon\u00e9taires ex\u00e8crent et d\u00e9consid\u00e8rent jusqu&rsquo;\u00e0 transformer le mot lui-m\u00eame en symbole d\u2019un pass\u00e9isme r\u00eaveur, existait bien avant la cr\u00e9ation de la monnaie et du \u00ab march\u00e9 \u00bb, et il existe encore, m\u00eame aux Etats-Unis comme le montre une recherche sur Google avec le mot \u00ab Barter \u00bb. D\u2019apr\u00e8s l\u2019OMC, il repr\u00e9senterait aujourd\u2019hui 15% du commerce mondial. Il se d\u00e9veloppe m\u00eame car les TIC fournissent le moyen technique de cr\u00e9er un village mondial dont le co\u00fbt d\u2019acc\u00e8s est marginal pour les visiteurs. Certaines \u00e9choppes d\u2019E-Bay sont ainsi des lieux de bartering. Il y a encore un si\u00e8cle, il n&rsquo;\u00e9tait pas rare de payer en partie certains services (m\u00e9decin, v\u00e9t\u00e9rinaire\u2026) ou certains produits (pain, viande\u2026) en nature, pourquoi ne le ferait-on plus, au moins localement ? Il est clair que cela n\u00e9cessiterait un ajustement au niveau de la fiscalit\u00e9, mais m\u00eame dans ce cas, l\u2019\u00e9change en nature est possible. Les corv\u00e9es ont mauvaise r\u00e9putation, certes, mais c\u2019est une forme de transaction qui peut avoir son int\u00e9r\u00eat quand on a beaucoup plus de temps que d\u2019argent disponible.<\/p>\n<p><em>Redonner au syst\u00e8me financier son r\u00f4le originel de convertisseur d\u2019\u00e9pargne et de porteur de risque <\/em><\/p>\n<p>Parmi les autres pistes qui devraient aussi \u00eatre explor\u00e9es, il faut retenir la remise en ordre du syst\u00e8me financier. D\u00e9riv\u00e9 des mod\u00e8les ouverts de l\u2019\u00e8re industrielle (extraction, transformation, utilisation, mise en d\u00e9charge), le syst\u00e8me actuel est con\u00e7u pour favoriser la plus grande mobilit\u00e9 possible des capitaux, la comp\u00e9tition \u00e0 l\u2019extr\u00eame, et la d\u00e9fiance, alors qu\u2019un mod\u00e8le durable, m\u00eame s\u2019il doit entretenir certaines formes de comp\u00e9tition sous peine de fossilisation, ne peut \u00eatre fond\u00e9 que sur la coop\u00e9ration et la confiance. <\/p>\n<p>Afin de contribuer au d\u00e9veloppement durable, le march\u00e9 financier devrait \u00eatre con\u00e7u strictement comme un lieu d\u2019\u00e9change entre \u00ab\u00a0pr\u00eateurs\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0emprunteurs\u00a0\u00bb et pas comme un lieu virtuel ou des institutions r\u00e9alisent des plus values difficilement justifiables en terme de productivit\u00e9, &#8211; souvent sup\u00e9rieures \u00e0 celles des \u00ab producteurs \u00bb eux-m\u00eames -, en exploitant la faiblesse financi\u00e8re des \u00ab producteurs \u00bb, qu\u2019ils ont eux m\u00eame contribu\u00e9e \u00e0 cr\u00e9er en pr\u00e9levant des sommes parfois consid\u00e9rables sous forme de commissions, d\u2019agios, d\u2019int\u00e9r\u00eats, qui n\u2019ont plus de raison d\u2019\u00eatre car elles ne correspondent plus \u00e0 la r\u00e9mun\u00e9ration d\u2019un risque. Il faut revenir le plus vite possible aux vieux principes qui ont justifi\u00e9 les privil\u00e8ges des \u00ab banquiers \u00bb dans le pass\u00e9 et faire en sorte qu\u2019ils ne soient plus r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s que pour leur r\u00f4le d\u2019interm\u00e9diation bancaire et de portage de risques, et tr\u00e8s peu, au fixe, pour leur r\u00f4le d\u2018interm\u00e9diation pour les risques qu\u2019ils se contentent de vendre \u00e0 d\u2019autres.<\/p>\n<p>&#8211; Encourager et faciliter la flexibilit\u00e9 <\/p>\n<p>La fa\u00e7on la plus simple d\u2019y parvenir est de remettre le pouvoir et les moyens au plus pr\u00e8s de l\u2019action en favorisant les modes de fonctionnement d\u00e9centralis\u00e9s, (l\u2019\u00ab empowerment \u00bb anglo-saxon). Les mesures qui peuvent le plus favoriser cette \u00e9volution rel\u00e8vent soit de modifications consistant \u00e0 pr\u00e9lever le moins possible de ressources sur les op\u00e9rateurs de terrain, et \u00e0 limiter au maximum les op\u00e9rations de transfert de ressources et de redistribution des plus-values.<br \/>\nPromouvoir des syst\u00e8mes de gouvernance conciliant autonomie d\u2019ex\u00e9cution et gains de productivit\u00e9 li\u00e9s aux effets de taille <\/p>\n<p>Mais on peut aussi les concevoir comme des syst\u00e8mes \u00e9voluant progressivement vers l\u2019auto-organisation, auto-enrichis au jour le jour par les exp\u00e9riences et les id\u00e9es de chacun des participants, et dans lequel le pouvoir s\u2019exerce localement au niveau du terrain dans le cadre d\u2019une charte admise par tous, et coll\u00e9gialement au niveau global quand la survie de la Cha\u00eene est menac\u00e9e. Les Japonais ont formalis\u00e9 un fonctionnement de ce genre dans le concept \u00ab Ba \u00bb de cr\u00e9ation de connaissance (cf. le document de l\u2019Ambassade de France \u00e0 Tokyo cit\u00e9 dans les r\u00e9f\u00e9rences). Un autre exemple est fourni par la Chaordic (Cf. le site web \u201cChaordic Commons\u201d). La Carte Visa qui a servi de base \u00e0 son \u00e9laboration est devenue avec le temps un des \u00ab produits \u00bb financiers les plus universels, &#8211; plus que ne l\u2019est aucune monnaie, m\u00eame le dollar -, dont tous les \u00e9metteurs sont solidaires dans une organisation qui permet \u00e0 chacun de fonctionner de la fa\u00e7on qui lui convient le mieux, ce qui permet de faire cohabiter tout le monde dans un m\u00eame r\u00e9seau, de la plus modeste association jusqu\u2019aux plus grandes banques du monde pour les \u00e9metteurs, et du commer\u00e7ant p\u00e9kinois \u00e0 WalMart pour les clients. Peu connu en tant que tel, ce concept m\u00e9rite l\u2019attention car ses \u00ab pr\u00e9ceptes \u00bb et ses r\u00e8gles de fonctionnement sont effectivement beaucoup plus respectueux des hommes qui y adh\u00e8rent que ceux du capitalisme, surtout dans sa version lib\u00e9rale avanc\u00e9e contemporaine. Dans un autre domaine, le syst\u00e8me d\u2019exploitation Linux, est, au moins pour le moment, un exemple de la pertinence et de la puissance de ce genre d\u2019organisation pour g\u00e9rer des taches complexes. <\/p>\n<p>Ces r\u00e9formes ne pourront vraisemblablement pas voir le jour rapidement. Quoiqu\u2019en pensent certains experts, il n\u2019existe pas de potion magique qui pourrait instantan\u00e9ment tout remettre \u00e0 plat. Ce n\u2019est de toute fa\u00e7on pas souhaitable parce qu\u2019une telle solution ne pourrait na\u00eetre aujourd\u2019hui que d\u2019un ralliement plan\u00e9taire plus ou moins volontaire aux valeurs occidentales, et porterait donc probablement en elle les germes de sa propre destruction.<\/p>\n<p>En attendant des jours meilleurs, il faut donc chercher dans la vaste panoplie qu\u2019offrent les usages et les pratiques actuels celles qui peuvent permettre de financer \u00ab sainement \u00bb le passage \u00e0 des modes de fonctionnement durables. <\/p>\n<p>Pour faire bouger les choses concr\u00e8tement, sur le terrain, on peut, avec un peu d\u2019imagination et de t\u00e9nacit\u00e9, monter des solutions alternatives au tout march\u00e9 qui pr\u00e9figureront ces futures solutions, tout en respectant les modes de fonctionnement actuels. <\/p>\n<p><em>Reconna\u00eetre et r\u00e9compenser <\/em><\/p>\n<p>Le moment est probablement venu de proposer aussi des id\u00e9es un peu nouvelles pour faire bouger les choses c\u00f4t\u00e9 \u00ab co\u00fbts \u00bb, en donner un coup de pouce \u00ab capitaliste \u00bb aux pionniers. Deux pistes viennent \u00e0 l\u2019esprit, mais il y en a d\u2019autres. Elles privil\u00e9gient : <\/p>\n<p>&#8211; l\u2019incitation fiscale<\/p>\n<p>Pour autant que le fraude \u00e9ventuelle soit convenablement r\u00e9prim\u00e9e, est un moyen d\u2019incitation bien plus efficace que la redistribution de taxes, &#8211; que cette redistribution soit publique ou priv\u00e9e, comme c\u2019est le cas pour le march\u00e9 des cr\u00e9dits carbone -, car elle \u00e9vite les pr\u00e9l\u00e8vements parasites n\u00e9cessaires au financement de la collecte et de la redistribution, et laisse les fonds l\u00e0 ou ils sont le plus productifs.<\/p>\n<p>&#8211; accorder des avantages fiscaux aux entreprises qui am\u00e9liorent leur efficacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique, qui viennent s\u2019ajouter aux d\u00e9ductions normales en tant que charge d\u2019exploitation,<\/p>\n<p>&#8211; accorder des avantages aux entreprises qui am\u00e9liorent leur taux d\u2019utilisation des ressources non renouvelables<\/p>\n<p>&#8211; et, sur un tout autre plan, mais indispensable pour \u00e9viter les \u00ab externalisations \u00bb sauvages et les tensions sociales qui les accompagnent, il faudrait accorder des avantages substantiels aux entreprises qui augmentent localement leur masse salariale, hors r\u00e9mun\u00e9ration des dirigeants et mandataires sociaux. Ces avantages pourraient rev\u00eatir diverses formes, telles que charges sociales d\u00e9gressives en fonction du rapport valeur ajout\u00e9e\/masse salariale, exon\u00e9ration de certaines taxes quand il y a cr\u00e9ation nette d\u2019emplois nouveaux\u2026.. <\/p>\n<p>En contrepartie, il serait sans doute n\u00e9cessaire de r\u00e9\u00e9quilibrer les conditions de fin de contrat de travail; il est parfaitement l\u00e9gitime qu\u2019un salari\u00e9 souhaite pouvoir librement quitter l\u2019entreprise qui l\u2019emploie sous r\u00e9serve d\u2019un certain pr\u00e9avis ; mais il serait \u00e9quitable que cette entreprise, qui a souvent investi pour le former et, dans de nombreux cas, a augment\u00e9 sa qualification et donc contribu\u00e9 \u00e0 sa mobilit\u00e9, ait, sym\u00e9triquement, la possibilit\u00e9 de le licencier sans indemnit\u00e9s sp\u00e9ciales avec le m\u00eame pr\u00e9avis. S\u2019il est en effet normal que l\u2019on oblige les entreprises \u00e0 respecter le droit du travail, il est par contre contreproductif de leur imposer la charge que constitue le droit l\u00e9gitime \u00e0 un revenu que repr\u00e9sente le droit au travail. Cette charge ne peut \u00eatre que le r\u00e9sultat d\u2019une d\u00e9cision de nature politique, qui exprime le degr\u00e9 de solidarit\u00e9 d\u2019une collectivit\u00e9 qui devrait normalement en assumer le co\u00fbt.<\/p>\n<p>&#8211; L\u2019incitation financi\u00e8re directe. <\/p>\n<p>La bonification des pr\u00eats d\u2019\u00e9quipement est une longue tradition du monde agricole. L\u2019\u00e9conomie durable reposant pour l\u2019essentiel soit sur les m\u00eames infrastructures, soit sur des infrastructures dont la rentabilit\u00e9 a les m\u00eames caract\u00e9ristiques en termes de dur\u00e9e et de profitabilit\u00e9, il serait utile de pr\u00e9voir les m\u00eames modalit\u00e9s de financement pour les accompagner. Les financements correspondants pourraient sans doute \u00eatre mobilises par appel public a l\u2019\u00e9pargne, en cr\u00e9ant, par exemple des livrets populaires d\u2019\u00e9pargne environnementale, dont le capital et les revenus seraient prot\u00e9g\u00e9s par des dispositions financi\u00e8res et fiscales comparables a celles qui \u00e9taient appliqu\u00e9es jadis aux livrets de caisse d\u2019\u00e9pargne.<\/p>\n<p>La cr\u00e9ation de dispositions particuli\u00e8res garantissant les investissements des particuliers dans des soci\u00e9t\u00e9s mixtes r\u00e9unissant producteurs et consommateurs\/utilisateurs telle que mentionn\u00e9es pr\u00e9c\u00e9demment est une autre piste envisageable.<\/p>\n<p><em>&#8211; R\u00e9f\u00e9rences <\/em><\/p>\n<p>&#8211; <a href=\"http:\/\/www.journaldumauss.net\/spip.php?article283 \">L\u2019Europe gagn\u00e9e par \u00ab l\u2019\u00e9conomie communiste de march\u00e9 \u00bb<\/a> &#8211; Alain Supiot &#8211; D\u00e9veloppement d\u2019un court article publi\u00e9 dans le journal Le Monde du 25 janvier 2008 <\/p>\n<p>&#8211; <a href=\"http:\/\/www.st-andrews.ac.uk\/management\/csear\/researchresources\/dps-sustain-handcorp.html\">Corporate Sustainability: Accountability and the Pursuit of the Impossible Dream <\/a>&#8211; Rob Gray and Jan Bebbington &#8211; Centre for Social and Environmental Accounting Research [1]<br \/>\nUniversity of St Andrews- April 2005 <\/p>\n<p>&#8211; <a href=\"http:\/\/fr.wikisource.org\/wiki\/Rapport_Brundtland \">Rapport Bruntland<\/a><\/p>\n<p>&#8211; <a href=\"http:\/\/www.mddep.gouv.qc.ca\/developpement\/reperes.htm \">Le d\u00e9veloppement durable : rep\u00e8res historiques<\/a>\n<\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A la suite de mon <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=420\">Pourquoi je ne suis pas en faveur de la d\u00e9croissance<\/a> un d\u00e9bat s\u2019est initi\u00e9 dans le cadre du groupe de discussion r\u00e9unissant les sympathisants du MAUSS (Mouvement Anti-Utilitariste dans les Sciences Sociales), la question qui se pose \u00e9tant celle du caract\u00e8re r\u00e9aliste ou non de la proposition d\u2019un \u00ab [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","footnotes":""},"categories":[22,1],"tags":[],"class_list":["post-503","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ecologie","category-economie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/503","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=503"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/503\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=503"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=503"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=503"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}