{"id":50350,"date":"2013-02-23T12:31:33","date_gmt":"2013-02-23T11:31:33","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=50350"},"modified":"2013-02-23T12:31:33","modified_gmt":"2013-02-23T11:31:33","slug":"la-libre-belgique-2013-le-defi-des-dettes-publiques-par-paul-jorion-et-bruno-colmant-le-23-fevrier-2013","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2013\/02\/23\/la-libre-belgique-2013-le-defi-des-dettes-publiques-par-paul-jorion-et-bruno-colmant-le-23-fevrier-2013\/","title":{"rendered":"<b>LA LIBRE BELGIQUE, 2013 : LE D\u00c9FI DES DETTES PUBLIQUES, par Paul Jorion et Bruno Colmant<\/b>, le 23 f\u00e9vrier 2013"},"content":{"rendered":"<p>OPINION<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.lalibre.be\/economie\/entreprise-emploi\/article\/798908\/2013-le-defi-des-dettes-publiques.html\" target=\"_blank\">2013: le d\u00e9fi des dettes publiques<\/a><\/p>\n<p>Une opinion de Paul Jorion, anthropologue, charg\u00e9 de cours \u00e0 la VUB, et Bruno Colmant, \u00e9conomiste, charg\u00e9 de cours \u00e0 l\u2019UCL.<\/p>\n<p>Il y a, bien s\u00fbr, un ralentissement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 du rythme de croissance mondiale, ph\u00e9nom\u00e8ne classique de tassement conjoncturel qui succ\u00e8de avec la r\u00e9gularit\u00e9 du pendule aux p\u00e9riodes de cr\u00e9dit excessif, comme celle qui a caract\u00e9ris\u00e9 la p\u00e9riode 2001-2007, p\u00e9riodes de surexploitation de l\u2019effet de levier qu\u2019autorise l\u2019endettement, d\u00e9bouchant sur un \u00ab\u00a0moment Minsky\u00a0\u00bb. Un tel \u00ab\u00a0moment\u00a0\u00bb s\u2019exprime par un retour brutal au seul roc solide de l\u2019\u00e9conomie : celui de l\u2019argent sonnant et tr\u00e9buchant, alors que les reconnaissances de dette &#8211; qui \u00e9taient fond\u00e9es sur des ch\u00e2teaux en Espagne &#8211; feront appara\u00eetre, dans la v\u00e9rit\u00e9 de leur prix, la diff\u00e9rence qui existe entre la richesse qui a v\u00e9ritablement \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e et celle qui ne reposait que sur des espoirs infond\u00e9s.<\/p>\n<p><!--more-->L\u2019\u00e9conomie progresse de crise en crise, aucune de celles-ci n\u2019\u00e9tant identique \u00e0 la pr\u00e9c\u00e9dente en raison des progr\u00e8s technologiques intervenus entre-temps, et les agents \u00e9conomiques dans leur ensemble ayant heureusement tir\u00e9 quelques le\u00e7ons des pr\u00e9c\u00e9dentes catastrophes. Il n\u2019emp\u00eache, la solution de chaque crise n\u2019a rien d\u2019automatique : chacune mobilise pour sa solution l\u2019\u00e9ventail complet de l\u2019inventivit\u00e9 humaine disponible \u00e0 son \u00e9poque.<\/p>\n<p>La crise, que la r\u00e9cession fait appara\u00eetre en pleine lumi\u00e8re, se cristallise dans l\u2019endettement excessif de nos Etats. Elle est le fruit d\u2019une redistribution d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9e de la nouvelle richesse cr\u00e9\u00e9e (la croissance), du remodelage dramatique du march\u00e9 de l\u2019emploi en raison des progr\u00e8s de l\u2019automation dans le secteur industriel, et du remplacement des t\u00e2ches par le logiciel dans le secteur des services, mais aussi, et dans une proportion difficile \u00e0 d\u00e9terminer, de la sp\u00e9culation, en particulier sur les march\u00e9s \u00e0 terme des mati\u00e8res premi\u00e8res. Dans les pays de la zone euro, le niveau d\u2019endettement public atteint pr\u00e8s de 90 % du PIB (qui correspond \u00e0 la richesse nationale) auxquels il faut ajouter le d\u00e9ficit pr\u00e9visible du co\u00fbt de vieillissement de la population. La dette publique totale doit donc approcher 130 % du PIB.<\/p>\n<p>Cette dette publique est impossible \u00e0 rembourser de mani\u00e8re ordonn\u00e9e. De surcro\u00eet, elle constitue un obstacle \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e9conomique pour deux raisons. Tout d\u2019abord, elle oblige l\u2019Etat \u00e0 divertir une partie de l\u2019\u00e9pargne publique vers le financement de sa propre dette, au d\u00e9triment de l\u2019\u00e9conomie productive. Ensuite, le co\u00fbt d\u2019int\u00e9r\u00eat de cette dette entra\u00eene un pr\u00e9l\u00e8vement significatif des recettes fiscales.<\/p>\n<p>Adoss\u00e9e \u00e0 des syst\u00e8mes sociaux g\u00e9n\u00e9reux mais rigides, l\u2019Europe a \u00e9chou\u00e9, car elle n\u2019a pas suffisamment aliment\u00e9 ses moteurs de croissance et la mobilit\u00e9 des facteurs de production. Alors que le monde s\u2019immergeait dans l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9, de nombreux pays europ\u00e9ens ont accru le poids de l\u2019Etat dans l\u2019\u00e9conomie, ce dernier intervenant souvent jusqu\u2019\u00e0 50 % du PIB. Nous avons emprunt\u00e9 le confort financier de nos descendants. Le co\u00fbt de cet emprunt de prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e9tait lointain. Il devient aujourd\u2019hui dangereusement circonscrit. Dans cette perspective, la crise a rapproch\u00e9 la confrontation avec l\u2019avenir d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n<p>Le mod\u00e8le d\u2019Etat-providence, ou de \u00ab\u00a0pr\u00e9voyance sociale\u00a0\u00bb, comme on disait plus justement autrefois, et nos syst\u00e8mes fiscaux et sociaux n\u2019en sortiront pas indemnes. La contrainte de l\u2019endettement public est aggrav\u00e9e par la coh\u00e9sion budg\u00e9taire li\u00e9e \u00e0 l\u2019euro. En effet, la monnaie unique exige une homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des param\u00e8tres des \u00e9conomies des Etats membres. Or, ces param\u00e8tres divergent dangereusement, faute d\u2019avoir r\u00e9ussi, pendant les premi\u00e8res ann\u00e9es d\u2019existence de la monnaie unique, \u00e0 unifier la zone euro sur le plan fiscal. Aujourd\u2019hui, l\u2019euro est une monnaie trop forte pour certaines \u00e9conomies europ\u00e9ennes chancelantes.<\/p>\n<p>Ecartel\u00e9s entre une r\u00e9cession, des dettes publiques insoutenables et une monnaie inadapt\u00e9e, comment s\u2019extirper de cette situation ? Il faut, bien s\u00fbr, subir un appauvrissement collectif pour lib\u00e9rer les futures forces productives de l\u2019\u00e9conomie. Il s\u2019agit donc d\u2019une d\u00e9valuation interne.<\/p>\n<p>Deux voies se dessinent : la solution budg\u00e9taire et l\u2019aboutissement mon\u00e9taire. La solution budg\u00e9taire conduit \u00e0 mettre en \u0153uvre des politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9, malgr\u00e9 l\u2019\u00e9vidence historique que cette derni\u00e8re alimente la r\u00e9cession et le ch\u00f4mage. C\u2019est la situation qu\u2019on constate dans les pays m\u00e9diterran\u00e9ens, dont certains sont au bord de l\u2019insurrection, puisque l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 s\u2019exerce au d\u00e9triment de la jeunesse. Qui peut d\u2019ailleurs croire que les objectifs de retour \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre budg\u00e9taire en 2015 poss\u00e8dent le moindre fondement ?<\/p>\n<p>Mais alors, quelle est la solution r\u00e9siduelle ? A l\u2019intuition, c\u2019est la solution mon\u00e9taire qui se traduira par une combinaison de r\u00e9pression financi\u00e8re et d\u2019inflation. La r\u00e9pression financi\u00e8re correspond au contr\u00f4le \u00e9tatique des banques et du niveau des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat, afin de canaliser d\u2019autorit\u00e9 l\u2019\u00e9pargne populaire vers le financement des dettes publiques. Quant \u00e0 l\u2019inflation, elle est aliment\u00e9e par la cr\u00e9ation mon\u00e9taire que les banques centrales mettent en \u0153uvre afin de refinancer des dettes publiques. En d\u2019autres termes, c\u2019est la cr\u00e9ation mon\u00e9taire qui va financer le gouffre financier des Etats-providence.<\/p>\n<p>Certains \u00e9conomistes tr\u00e8s \u00e9cout\u00e9s recommandent d\u2019ailleurs de relever les objectifs d\u2019inflation de la Banque centrale europ\u00e9enne, actuellement fix\u00e9s \u00e0 2 %, puisqu\u2019il est impossible d\u2019absorber les endettements publics tout en conservant le maintien du pouvoir d\u2019achat.<\/p>\n<p>Au reste, la question n\u2019est plus de savoir si l\u2019inflation s\u2019imposera ou non : elle infiltre d\u00e9j\u00e0 insidieusement nos \u00e9conomies, alors que la r\u00e9cession aurait plut\u00f4t d\u00fb conduire \u00e0 une d\u00e9flation, c\u2019est-\u00e0-dire une baisse des prix.<\/p>\n<p>Nous sommes entr\u00e9s dans la stagflation, c\u2019est-\u00e0-dire une chimie perverse de stagnation et d\u2019inflation. Mais l\u2019inflation en tant que telle ne r\u00e9sout rien si elle est refl\u00e9t\u00e9e dans un ajustement permanent du co\u00fbt du travail et du capital. Elle n\u2019est op\u00e9ratoire que si elle est absorb\u00e9e par les agents \u00e9conomiques qui subissent l\u2019appauvrissement qu\u2019elle cause en termes de baisse des revenus li\u00e9s au travail, au capital, ou aux deux. Mais aurons-nous le temps d\u2019utiliser l\u2019arme de l\u2019inflation pour ajuster l\u2019endettement public dans un contexte de r\u00e9cession ? Certains analystes consid\u00e8rent que des chocs sociaux perturberont une sortie de crise ordonn\u00e9e et que des ph\u00e9nom\u00e8nes plus graves, tels des r\u00e9\u00e9chelonnements de dettes massifs, seront in\u00e9luctables. L\u2019un d\u2019entre nous pr\u00e9conise d\u2019ailleurs un d\u00e9faut g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 de la zone euro, n\u00e9cessitant une op\u00e9ration d\u2019une envergure comparable \u00e0 l\u2019op\u00e9ration Gutt de 1944. Cette vision dantesque de l\u2019\u00e9conomie est-elle justifi\u00e9e ? Aussi difficile qu\u2019elle soit \u00e0 imaginer, elle n\u2019est pas exclue, car l\u2019ordre mon\u00e9taire ne r\u00e9siste jamais aux forces sociales.<\/p>\n<p>Si l\u2019avenir donne raison \u00e0 ces pr\u00e9visions angoissantes, ce serait un aggiornamento financier majeur qui aurait consomm\u00e9 un mode de croissance fond\u00e9 sur l\u2019endettement et le report d\u00e9mographique de son remboursement soci\u00e9tal. Une course contre le temps a commenc\u00e9, car l\u2019ann\u00e9e 2013 verra plusieurs param\u00e8tres s\u2019ajuster : les rapports sociaux et la r\u00e9partition des richesses, la juxtaposition des int\u00e9r\u00eats collectifs et individuels et la valeur de la monnaie. La crise rappelle que les hommes qui se laissent porter par les consensus flous et domin\u00e9s par les peurs collectives ne sont ni des acteurs des ruptures ni des facteurs de progr\u00e8s. L\u2019ann\u00e9e 2013 consommera la finitude des modes de pens\u00e9e anciens. Elle sera d\u00e9cisive.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>OPINION<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.lalibre.be\/economie\/entreprise-emploi\/article\/798908\/2013-le-defi-des-dettes-publiques.html\" target=\"_blank\">2013: le d\u00e9fi des dettes publiques<\/a><\/p>\n<p>Une opinion de Paul Jorion, anthropologue, charg\u00e9 de cours \u00e0 la VUB, et Bruno Colmant, \u00e9conomiste, charg\u00e9 de cours \u00e0 l\u2019UCL.<\/p>\n<p>Il y a, bien s\u00fbr, un ralentissement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 du rythme de croissance mondiale, ph\u00e9nom\u00e8ne classique de tassement conjoncturel qui succ\u00e8de avec la r\u00e9gularit\u00e9 du pendule [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,307,18],"tags":[282,25,142,852,2422,42,1128],"class_list":["post-50350","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","category-finance","category-monde-financier","tag-creation-monetaire","tag-crise","tag-dette-publique","tag-etat-providence","tag-moment-minsky","tag-speculation","tag-stagflation"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/50350","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=50350"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/50350\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":50356,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/50350\/revisions\/50356"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=50350"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=50350"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=50350"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}