{"id":50503,"date":"2013-02-27T00:02:12","date_gmt":"2013-02-26T23:02:12","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=50503"},"modified":"2013-02-27T00:34:00","modified_gmt":"2013-02-26T23:34:00","slug":"shakespeare-mis-en-ondes-par-un-belge","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2013\/02\/27\/shakespeare-mis-en-ondes-par-un-belge\/","title":{"rendered":"<b>SHAKESPEARE MIS EN ONDES<\/b>, par Un Belge"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9. Deux r\u00e9flexions sur mon intervention au th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point. La premi\u00e8re par \u00ab\u00a0Un Belge\u00a0\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n<p>La m\u00e9morable intervention de Paul Jorion, <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=50334\" target=\"_blank\">vendredi dernier au Th\u00e9\u00e2tre du Rond Point,<\/a> a d\u00e9but\u00e9 par un hommage \u00e0 William Shakespeare, promu au rang d\u2019incarnation divine, ni plus ni moins. Dieu se manifestant sous les traits d\u2019un saltimbanque, on \u00e9tait d\u2019embl\u00e9e en pleine h\u00e9r\u00e9sie, ce qui promettait une joyeuse soir\u00e9e. Et de fait, on a bien ri, mais pas seulement. Autre chose s\u2019est produit, qui se passe (trop) rarement au th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<p>On ne se r\u00e9clame pas impun\u00e9ment d\u2019une figure du pass\u00e9 aussi agissante que le cr\u00e9ateur du Globe\u2026 D\u2019autres en ont fait l\u2019exp\u00e9rience. Par exemple, dans son livre \u00ab\u00a0L\u2019Espace Vide\u00a0\u00bb, le metteur en sc\u00e8ne Peter Brook raconte avoir connu une singuli\u00e8re r\u00e9v\u00e9lation lors de la comm\u00e9moration, \u00e0 Stratford, du quatri\u00e8me centenaire de la naissance de Shakespeare. J\u2019ai repens\u00e9 \u00e0 ce passage en cherchant \u00e0 nommer ce qui venait d\u2019avoir lieu, sur la sc\u00e8ne et dans la salle du Rond Point\u2026 et dans mon salon de province gr\u00e2ce \u00e0 la vid\u00e9o.<\/p>\n<p><!--more-->\u00c0 Stratford, raconte Brook, l\u2019id\u00e9e de c\u00e9l\u00e9bration, se rattachait vaguement \u00e0 celle d\u2019un banquet. (\u2026) Des ambassadeurs se saluaient de la t\u00eate et se passaient le beaujolais rituel. Je bavardais avec le d\u00e9put\u00e9 local, puis quelqu\u2019un fit un discours. Nous \u00e9cout\u00e2mes poliment et nous nous lev\u00e2mes pour porter un toast \u00e0 William Shakespeare. Au moment o\u00f9 les verres teintaient, durant une fraction de seconde, \u00e0 travers la conscience commune de tous ceux qui \u00e9taient pr\u00e9sents et qui se concentraient sur la m\u00eame chose, l\u2019id\u00e9e que quatre cents ans auparavant un tel homme avait exist\u00e9 et que c\u2019\u00e9tait pour lui que nous \u00e9tions rassembl\u00e9s s\u2019imposa \u00e0 tous. Pendant un instant, le silence devint plus profond, une bribe de ce que nous cherchions nous \u00e9tait donn\u00e9e. Un moment plus tard, tout \u00e9tait effac\u00e9 et oubli\u00e9.<\/p>\n<p>Un tel moment suspendu, o\u00f9 les personnes pr\u00e9sentes se d\u00e9couvrent soudain reli\u00e9es, non seulement entre elles mais aussi et surtout \u00e0 quelque chose qui les pr\u00e9c\u00e8de et les d\u00e9passe, est pr\u00e9cis\u00e9ment la raison d\u2019\u00eatre d\u2019un rite ou d\u2019une c\u00e9r\u00e9monie. C\u2019est d\u2019ailleurs en ces termes que Brook analyse son exp\u00e9rience fugitive au banquet de Stratford\u00a0: l\u2019intuition de ce qu\u2019aurait pu \u00eatre une vraie c\u00e9r\u00e9monie. C\u00e9r\u00e9monie ath\u00e9e, bien entendu. Ce n\u2019est pas Dieu qu\u2019on pressent\u00a0tout \u00e0 coup : c\u2019est l\u2019Homme, dans ce qu\u2019il a de meilleur, qui parle \u00e0 la fois au c\u0153ur et \u00e0 l\u2019intelligence de celles et ceux qui sont rassembl\u00e9s.<\/p>\n<p>De la m\u00eame mani\u00e8re, le c\u0153ur et l\u2019intelligence ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 la f\u00eate, ce soir-l\u00e0, au Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point. Les complaintes \u00e0 Notre Dame de la Zone Euro se sont momentan\u00e9ment interrompues et, dans ce \u00ab\u00a0silence plus profond\u00a0\u00bb dont parle Brook, on a pu entendre ou pressentir quelque chose de neuf ou d\u2019oubli\u00e9. Il y a donc bien eu \u00ab\u00a0scoop\u00a0\u00bb\u2026 mot barbare d\u2019emprunt r\u00e9cent qui ne signifie pas autre chose que \u00ab\u00a0r\u00e9v\u00e9lation\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>R\u00e9v\u00e9lation de quoi\u00a0? Pas seulement d\u2019une s\u00e9rie d\u2019hypoth\u00e8ses audacieuses qui pourraient modifier profond\u00e9ment notre repr\u00e9sentation du monde ou de nous-m\u00eames. Mais aussi de quelque chose d\u2019encore plus pr\u00e9cieux, \u00e9manant moins du conf\u00e9rencier ou des personnes venues l\u2019entendre que de l\u2019espace vivant entre l\u2019un et les autres, espace de com-possibilit\u00e9 fragile et vibrante, rendu \u00e0 son vivant myst\u00e8re.<\/p>\n<p>Si les questions du public, probablement d\u00e9sar\u00e7onn\u00e9 par tant de nouveaut\u00e9s \u00e0 la fois, ont ramen\u00e9 la discussion finale sur le th\u00e8me de la crise que nous traversons et rendu Paul Jorion \u00e0 son r\u00f4le plus habituel de commentateur averti de cette crise, il me semble que la v\u00e9ritable question pos\u00e9e ce soir-l\u00e0, avec l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 et \u00e9l\u00e9gance, est d\u2019une tout autre port\u00e9e.<\/p>\n<p>Adress\u00e9e simultan\u00e9ment \u00e0 n\u2019importe quel individu et \u00e0 l\u2019esp\u00e8ce humaine dans son ensemble, alors m\u00eame que nous affrontons un tournant majeur de notre histoire, que se pr\u00e9pare, en termes quantiques, un spectaculaire \u00ab\u00a0effondrement du train d\u2019ondes\u00a0\u00bb, cette question toute shakespearienne est la suivante\u00a0: \u00ab\u00a0En notre \u00e2me et conscience, quel est notre d\u00e9sir ? Etre ou ne pas \u00eatre ?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9. Deux r\u00e9flexions sur mon intervention au th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point. La premi\u00e8re par \u00ab\u00a0Un Belge\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La m\u00e9morable intervention de Paul Jorion, <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=50334\" target=\"_blank\">vendredi dernier au Th\u00e9\u00e2tre du Rond Point,<\/a> a d\u00e9but\u00e9 par un hommage \u00e0 William Shakespeare, promu au rang d\u2019incarnation divine, ni plus ni moins. 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