{"id":50548,"date":"2013-02-28T21:43:53","date_gmt":"2013-02-28T20:43:53","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=50548"},"modified":"2013-02-28T21:43:53","modified_gmt":"2013-02-28T20:43:53","slug":"comment-je-suis-devenu-un-social-democrate-extremiste-par-michel-leis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2013\/02\/28\/comment-je-suis-devenu-un-social-democrate-extremiste-par-michel-leis\/","title":{"rendered":"<b>COMMENT JE SUIS DEVENU UN SOCIAL-D\u00c9MOCRATE EXTR\u00c9MISTE<\/b>, par Michel Leis"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9<\/p><\/blockquote>\n<p>Mon entr\u00e9e dans l\u2019adolescence a co\u00efncid\u00e9 avec la fin des Trente Glorieuses. De la p\u00e9riode qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9, il ne me reste que des souvenirs assez lointains et l\u2019impression que la croyance dans de beaux lendemains \u00e9tait partag\u00e9e par le plus grand nombre, \u00e0 commencer par mes parents. Les livres de mon enfance s\u2019extasiaient sur les progr\u00e8s de la technique quand la t\u00e9l\u00e9vision (encore en noir et blanc) retransmettait les premiers pas de l\u2019homme sur la lune.\u00a0La foi dans le progr\u00e8s, la science et l\u2019am\u00e9lioration des conditions mat\u00e9rielles ne pouvaient conduire qu\u2019\u00e0 un avenir meilleur pour tous, du moins le pensais-je, le pensions-nous.<\/p>\n<p>L\u2019histoire individuelle et la nostalgie sont des prismes qui d\u00e9forment une r\u00e9alit\u00e9 autrement plus \u00e2pre. Quand l\u2019on regarde l\u2019histoire factuelle, les luttes sociales ont \u00e9t\u00e9 nombreuses et parfois violentes, l\u2019am\u00e9lioration des conditions mat\u00e9rielles n\u2019a vraiment commenc\u00e9 qu\u2019au milieu des ann\u00e9es 60, l\u2019appel \u00e0 la main d\u2019\u0153uvre immigr\u00e9e s\u2019est fait dans des conditions souvent indignes, la fin des empires coloniaux s\u2019est pass\u00e9e pour l\u2019essentiel dans la violence et la douleur. Pourtant, si la mani\u00e8re n\u2019y \u00e9tait pas et le prix en a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9, les avanc\u00e9es de cette p\u00e9riode sont ind\u00e9niables\u00a0: d\u00e9colonisation, hausse continue du pouvoir d\u2019achat, d\u00e9veloppement d\u2019une classe moyenne, \u00e9quipement des m\u00e9nages, instauration de salaires minimaux et d\u00e9veloppements de l\u2019\u00c9tat providence, la liste est trop longue pour pouvoir \u00eatre exhaustive.<\/p>\n<p>Pour expliquer ces avanc\u00e9es, on peut mettre en avant la volont\u00e9 du monde politique de mettre en \u0153uvre des r\u00e9formes. En ce sens, on peut dire que cette p\u00e9riode aura \u00e9t\u00e9 l\u2019apog\u00e9e de la social-d\u00e9mocratie, au-del\u00e0 de la couleur politique auquel on associe traditionnellement cette id\u00e9e. Le monde politique de l\u2019\u00e9poque semblait porter une vision de long terme. Peut-\u00eatre \u00e9tait-il simplement en phase avec cette croyance g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e dans les bienfaits du progr\u00e8s<a title=\"\" href=\"#_edn1\">[i]<\/a> et d\u2019un futur meilleur. Plus s\u00fbrement, cette dimension de long terme prenait en compte les le\u00e7ons de la crise de 29, de la deuxi\u00e8me guerre mondiale et les menaces potentielles r\u00e9sultant de la guerre froide. La multiplication des r\u00e9formes et des projets exprimait aussi la simple volont\u00e9 de s\u2019affirmer dans le contexte d\u2019une rivalit\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e entre blocs et pays.<\/p>\n<p><!--more-->On peut aussi s\u2019interroger sur la relation entre les nombreux conflits de toute nature et les avanc\u00e9es qui en ont d\u00e9coul\u00e9. Elles semblent montrer \u00e0 tout le moins un rapport plus \u00e9quilibr\u00e9 entre les acteurs que celui qui pr\u00e9vaut aujourd\u2019hui. \u00c0 mon sens, la combinaison de cette vision politique inscrite dans le long terme et d\u2019un \u00e9quilibre relatif entre les acteurs \u00e9tait la nature m\u00eame de la social-d\u00e9mocratie, il est utile de revenir sur cette situation qui a perdur\u00e9 pr\u00e8s de trente ans.<\/p>\n<p>L\u2019un des \u00e9l\u00e9ments fondateurs de cette combinaison aura \u00e9t\u00e9 paradoxalement la guerre froide. La d\u00e9colonisation doit beaucoup au soutien sans faille apport\u00e9 par le bloc sovi\u00e9tique aux nombreux mouvements de lib\u00e9ration. En Europe occidentale, malgr\u00e9 les ravages du stalinisme, l\u2019aura du bloc de l\u2019Est persiste, entre sa contribution \u00e0 la victoire sur le nazisme et ses r\u00e9alisations techniques. Elle contribue \u00e0 la puissance des syndicats et des partis communistes qui poussent les avanc\u00e9es sociales. Pour les gouvernements, la menace potentielle de la guerre froide, les projets de prestige et les r\u00e9ussites qu\u2019il fallait montrer au bloc d\u2019en face venaient s\u2019ajouter au d\u00e9veloppement des infrastructures et contribuaient \u00e0 des politiques largement keyn\u00e9siennes. Le financement de ces politiques impose une fiscalit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e vis-\u00e0-vis des entreprises qui contribue \u00e0 maintenir la norme de profit dans des limites raisonnables. Les gouvernements entendent aussi montrer une forme de vitrine vis-\u00e0-vis du bloc d\u2019en face et votent des avanc\u00e9es sociales bien au-del\u00e0 de leurs courants politiques. Finalement, la plus grande r\u00e9ussite du bloc sovi\u00e9tique aura \u00e9t\u00e9 sa contribution \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 de l\u2019occident.<\/p>\n<p>Limiter cette situation d\u2019\u00e9quilibre relatif aux seuls effets de la guerre froide serait pourtant caricatural. La reconstruction a \u00e9t\u00e9 le d\u00e9clic initial de la croissance, elle a \u00e9vit\u00e9 les erreurs de la premi\u00e8re guerre mondiale, entre les aides am\u00e9ricaines, des r\u00e9parations de guerre limit\u00e9es et un financement assur\u00e9 par fiscalit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e. Par la suite, la position h\u00e9g\u00e9monique du dollar a permis aux \u00c9tats-Unis de financer sans trop de douleur des politiques keyn\u00e9siennes pendant plus de deux d\u00e9cennies. Dans le m\u00eame temps, le retour au plein emploi mettait les salari\u00e9s en position favorable dans les n\u00e9gociations et offrait une alternative individuelle quand les luttes collectives ne portaient pas leurs fruits. Le d\u00e9veloppement des nouvelles technologiques engendrait un formidable appel d\u2019air pour les gens sortant des universit\u00e9s et des \u00e9coles d\u2019ing\u00e9nieurs, l\u2019\u00e9ducation \u00e9tait la promesse d\u2019acc\u00e9der \u00e0 l\u2019ascenseur social. Les gains de productivit\u00e9 \u00e9taient encore absorb\u00e9s par la croissance, le partage de la valeur ajout\u00e9e montrait clairement une r\u00e9partition plus favorable aux salari\u00e9s.<\/p>\n<p>L\u2019utilisation du vocable social-d\u00e9mocratie reste fr\u00e9quente dans les m\u00e9dias, la plupart des partis proclament leur attachement \u00e0 cette id\u00e9e, de nombreux syndicats font mine de d\u00e9noncer sa forme actuelle. Je pense pour ma part qu\u2019ils se trompent doublement. D\u2019une part, ils font r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un monde disparu. La social-d\u00e9mocratie s\u2019est dissoute dans l\u2019approche gestionnaire qui est la norme politique actuelle, celle \u00e0 laquelle se r\u00e9f\u00e8rent tous les partis de pouvoir actuels. D\u2019autre part, ils ne font pas r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ce qui \u00e9tait l\u2019essence m\u00eame de son fonctionnement, c&rsquo;est-\u00e0-dire ce rapport de force \u00e9quilibr\u00e9 entre les acteurs et une vraie vision politique. Dans le cadre d\u2019une d\u00e9cision qui \u00e9tait orient\u00e9e directement ou indirectement par le pouvoir, aucun des acteurs n\u2019est parvenu \u00e0 imposer une situation durablement d\u00e9favorable aux autres.<\/p>\n<p>Le monde politique s\u2019est choisi dans les ann\u00e9es 80 l\u2019\u00e9conomie comme principal instrument de mesure de son action. L\u2019\u00e9conomie de march\u00e9 a \u00e9t\u00e9 promue au rang de mod\u00e8le et d\u2019horizon insurpassable pour l\u2019ensemble de l\u2019humanit\u00e9. L\u2019\u00c9tat n\u2019a plus de vision, la politique s\u2019est fondue avec l\u2019univers de la gestion et le pays a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 comme une simple entreprise. Nous ne vivons plus dans monde d\u00e9mocratique et encore moins dans un monde social. Au choix politique exprim\u00e9 par les citoyens se substituent les groupes de pressions qui ne repr\u00e9sentent que leurs int\u00e9r\u00eats particuliers, la d\u00e9mocratie disparait au profit d\u2019une d\u00e9cision fond\u00e9e sur le chantage et les rapports de force. L\u2019Europe ajoute une couche suppl\u00e9mentaire o\u00f9 la dilution et la distance permettent aux lobbys de s\u2019exprimer pleinement. La dimension sociale n\u2019apparait plus dans le discours politique que pour expliquer pourquoi celle-ci est vou\u00e9e \u00e0 disparaitre au nom d\u2019une bonne gestion.<\/p>\n<p>Ce climat plus que favorable pour le capital a \u00e9t\u00e9 le point de d\u00e9part de l\u2019\u00e9l\u00e9vation de la norme de profit. Avec le d\u00e9veloppement du cr\u00e9dit et de l\u2019\u00e9conomie financi\u00e8re, elle a atteint des sommets, se propageant sous forme de \u00a0contraintes \u00e0 l\u2019ensemble de l\u2019\u00e9conomie. Les gains de productivit\u00e9 sont accapar\u00e9s par le seul capital tandis que le travail restant s\u2019exporte peu \u00e0 peu vers des cieux plus cl\u00e9ments. La base de clients solvables s\u2019\u00e9rode tandis que les individus cherchent \u00e0 maintenir la plus-value d\u2019image par l\u2019objet. Ils ont donn\u00e9 leurs voix aux politiciens qui promettaient plus de pouvoir d\u2019achat et moins d\u2019imp\u00f4ts. Ce faisant, ils ont accentu\u00e9 les tensions et contribu\u00e9 \u00e0 leur propre fragilisation. En favorisant syst\u00e9matiquement l\u2019accumulation, le pouvoir politique est rentr\u00e9 en concurrence avec le pouvoir de l\u2019argent, il a peu \u00e0 peu perdu ses moyens d\u2019action et se retrouve menac\u00e9 de tout c\u00f4t\u00e9\u00a0: par les alternances r\u00e9p\u00e9t\u00e9es voulues par des citoyens exc\u00e9d\u00e9s et par la mont\u00e9e des extr\u00eames.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 des enchainements factuels, des causalit\u00e9s et des raisons, il y a une m\u00e9canique g\u00e9n\u00e9rale des crises.\u00a0 L\u2019image de la d\u00e9rive des continents me para\u00eet la plus appropri\u00e9e. Des plaques d\u00e9rivent dans des directions divergentes, cr\u00e9ant des points de tension, et au sein m\u00eame des plaques, la dynamique du mouvement engendre des lignes de failles qui sont autant de points de tension suppl\u00e9mentaires. Quand celles-ci sont trop fortes, les tremblements de terre surviennent, les crises \u00e9clatent et dans cette perspective, crises \u00e9conomiques et crises sociales sont largement \u00e9quivalentes dans la lib\u00e9ration d\u2019\u00e9nergie destructrice.<\/p>\n<p>On aurait pu imaginer que les politiques sous contrainte de la crise se dirigent peu \u00e0 peu vers un n\u00e9cessaire r\u00e9\u00e9quilibrage. La menace pesant sur les \u00e9conomies et la coh\u00e9sion sociale aurait pu conduire au r\u00e9tablissement d\u2019une vision de long terme et \u00e0 une sortie des politiques gestionnaires. Il n\u2019en a rien \u00e9t\u00e9. Pire encore, le traitement actuel de la crise par les instances politiques accentue encore le d\u00e9s\u00e9quilibre entre les acteurs et accroit les tensions au lieu de les rel\u00e2cher. On est dans <a href=\"http:\/\/www.editionsducygne.com\/editions-du-cygne-crises-economiques-regulations-collectives.html\">\u00ab\u00a0le paradoxe du Gu\u00e9pard\u00a0\u00bb<\/a> qui sert de fil rouge\u00a0\u00e0 ma r\u00e9flexion : \u00ab\u00a0Il fallait se d\u00e9p\u00eacher de tout changer afin que rien ne change\u00a0\u00bb, mais les r\u00e9formes entreprises nous entra\u00eenent in\u00e9luctablement vers la crise suivante et des changements encore plus radicaux. \u00c0 voir la Gr\u00e8ce, l\u2019Espagne et l\u2019Italie, il se pourrait bien que ces bouleversements viennent simplement des urnes, juste retour de b\u00e2ton de la part d\u2019une d\u00e9mocratie que l\u2019on avait mise peu \u00e0 peu sous le boisseau.<\/p>\n<p>On peut exprimer une certaine fascination pour le populisme d\u2019un Beppe Grillo, entre id\u00e9es g\u00e9n\u00e9reuses et d\u00e9rives populistes. On peut aimer le tribun M\u00e9lenchon, sa capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9fendre des id\u00e9es sociales, sa force de conviction. Mais entre le populisme de droite que je rejette avec la plus grande force et le populisme de gauche qui navigue entre utopies (dont on sait qu\u2019elles ont souvent men\u00e9 par le pass\u00e9 aux pires extr\u00e9mit\u00e9s) et un programme qui a des parfums de revanche, j\u2019aimerais proposer l\u2019id\u00e9e un peu folle d\u2019un retour \u00e0 la social-d\u00e9mocratie. Une social-d\u00e9mocratie consciente de sa mission et ne reposant pas sur des politiques contingentes, une social-d\u00e9mocratie d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 \u00e9viter les erreurs qu\u2019elle avait commises dans l\u2019apr\u00e8s-guerre, une social-d\u00e9mocratie qui se donnerait comme t\u00e2che de r\u00e9\u00e9quilibrer les rapports de forces et de rel\u00e2cher les tensions.<\/p>\n<p>Ce rel\u00e2chement des tensions suppose la r\u00e9alisation d\u2019un certain nombre de conditions. Dans le couple individu &#8211; entreprise, le r\u00e9\u00e9quilibrage passe par le partage du travail, la mod\u00e9ration de la norme de profit et une \u00e9volution de la norme de consommation. Pour le couple monde politique &#8211; monde \u00e9conomique, il est urgent de mettre fin \u00e0 une situation de concubinage notoire o\u00f9 le monde \u00e9conomique dicte ses conditions.<\/p>\n<p>La relation salari\u00e9s &#8211; entreprises se d\u00e9grade d\u2019ann\u00e9e en ann\u00e9e parce que le travail se fait rare. Paul Jorion \u00e9voque souvent le travail qui disparait, pourtant cette disparition n\u2019a rien d\u2019in\u00e9luctable. On voit dans les anciens pays du bloc de l\u2019Est, en l\u2019absence d\u2019allocations ch\u00f4mage, des activit\u00e9s de service employant une multitude de personnes, voire des m\u00e9tiers que l\u2019on croyait disparus comme pompistes. En Allemagne, les lois Hartz ont montr\u00e9 qu\u2019il y avait une demande pour des emplois additionnels dans les services. En fait, dans une multitude d\u2019activit\u00e9s, l\u2019automation ne s\u2019impose pas car il y a n\u2019a pas ou peu d\u2019alternatives, et donc pas de probl\u00e8mes de comp\u00e9titivit\u00e9. Bien s\u00fbr, il importe que ces emplois soient d\u00e9cemment pay\u00e9s, ce qui n\u2019est pas le cas puisque les salari\u00e9s ont int\u00e9gr\u00e9 ce rapport de force en leur d\u00e9faveur et certains gouvernements utilisent ces emplois comme variables d\u2019ajustement. Dans l\u2019industrie, des transports bon march\u00e9 permettent aux entreprises d\u2019exporter le travail \u00e0 bon compte puisque la r\u00e9importation des composants ou de produits finis ne co\u00fbtent pratiquement rien. L\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle maintient une norme de profit \u00e9lev\u00e9e \u00e0 bon compte. L\u2019interdiction de la sp\u00e9culation souvent \u00e9voqu\u00e9 sur ce blog, une fiscalit\u00e9 adapt\u00e9e (y compris pour les consommateurs) telle que celle que j\u2019\u00e9voquais dans mon <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=49947\">pr\u00e9c\u00e9dent billet<\/a> permettraient de contenir la norme de profit, d\u2019influencer le comportement des individus et de contraindre \u00e0 ce partage du travail.<\/p>\n<p>Le divorce du couple monde \u00e9conomique\u00a0&#8211; monde politique n\u2019a rien d\u2019une \u00e9vidence. Personne ne peut emp\u00eacher les \u00e9lites form\u00e9es dans les m\u00eames \u00e9coles et souvent originaires des m\u00eames milieux de se c\u00f4toyer. De nombreuses raisons favorisent l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un langage commun entre les \u00e9lites et la pr\u00e9dominance du discours gestionnaire dans le monde politique n\u2019en est pas la moindre. Le r\u00e9\u00e9quilibrage du rapport de force doit d\u2019abord venir d\u2019une volont\u00e9 politique mais il y a quand m\u00eame quelques mesures qui pourraient aider \u00e0 ce divorce. Le lobbying doit \u00eatre la premi\u00e8re cible, en obligeant les entreprises \u00e0 rendre publiques les d\u00e9penses directes ou indirectes en ce domaine (y compris une part de ce que y est r\u00e9alis\u00e9 par les instances professionnelles). Ces d\u00e9penses en lobbying devraient \u00eatre lourdement tax\u00e9es et le produit de ces taxes devrait \u00eatre revers\u00e9 aux organisations citoyennes. Le passage du public au priv\u00e9 devrait \u00eatre rendu beaucoup plus difficile, tandis que le patrimoine des hommes politiques devrait par obligation exclure toutes valeurs mobili\u00e8res. Enfin, le financement politique au sens de la vie de la cit\u00e9 devrait \u00eatre largement subventionn\u00e9. La d\u00e9mocratie a un co\u00fbt, elle implique des m\u00e9dias accessibles, pouvant clairement d\u00e9fendre des courants d\u2019opinion et totalement ind\u00e9pendants des pressions financi\u00e8res. Elle implique aussi des partis politiques largement financ\u00e9s par le public et ne d\u00e9pendant pas de contributeurs priv\u00e9s.<\/p>\n<p>Le plus difficile reste pourtant le r\u00e9tablissement d\u2019une vision politique de long terme qui ram\u00e8nerait l\u2019\u00e9conomie \u00e0 sa juste place, celle d\u2019une \u00e9conomie positive g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. Restreindre les d\u00e9bats en cours sur la comp\u00e9titivit\u00e9 ou les retraites \u00e0 une simple question de co\u00fbts, de financement et d\u2019\u00e9quilibre budg\u00e9taire ne peut tenir lieu de vision politique et d\u00e9montre au contraire cette absence de r\u00e9flexion et de perspectives. Tant que le seul futur qui pr\u00e9occupera le monde politique sera celui de l\u2019\u00e9quilibre budg\u00e9taire et le maintien d\u2019un environnement \u00e9conomique favorable, l\u2019Europe sera condamn\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chec. Dans ce domaine, la Chine a une longueur d\u2019avance\u00a0: elle a une vraie vision strat\u00e9gique, elle s\u00e9curise ses ressources pour le futur en faisant fi de toutes consid\u00e9rations \u00e9cologiques, sociales et politiques. Le positionnement pertinent de l\u2019Europe devrait \u00eatre la pr\u00e9servation des biens communs et une vision sociale, c\u2019est en tout cas celui qui pr\u00e9serverait un r\u00f4le de mod\u00e8le et de moteur dans le monde.<\/p>\n<p>Enum\u00e9rer les conditions n\u00e9cessaires \u00e0 ce r\u00e9\u00e9quilibrage permet de mesurer combien le r\u00e9tablissement d\u2019une vraie social-d\u00e9mocratie est difficile. Cette position extr\u00e9miste est pourtant la mienne, je pense que cette voie \u00e9troite est le vrai rempart de la d\u00e9mocratie. Un d\u00e9s\u00e9quilibre majeur entre les acteurs ne peut subsister dans le temps : ou bien il explosera dans une crise majeure dont nous n\u2019avons vu que les pr\u00e9misses, ou bien les choses seront maintenues en l\u2019\u00e9tat par la force. Ce discours de gestion qui est devenue la norme politique actuelle a rendu le personnel politique autiste et il n\u2019est pas s\u00fbr que les \u00e9lections italiennes lui servent de le\u00e7on. Au train o\u00f9 vont les choses, l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir des extr\u00eames dans un ou plusieurs pays d\u2019Europe n\u2019est plus une question de probabilit\u00e9 mais une question de temps.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ednref\">[i]<\/a> Dans mon essai, je d\u00e9fends l\u2019id\u00e9e que le progr\u00e8s en tant que croyance collective partag\u00e9e par le plus grand nombre \u00e9tait la norme sociale dominante de l\u2019\u00e9poque\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mon entr\u00e9e dans l\u2019adolescence a co\u00efncid\u00e9 avec la fin des Trente Glorieuses. De la p\u00e9riode qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9, il ne me reste que des souvenirs assez lointains et l\u2019impression que la croyance dans de beaux lendemains \u00e9tait partag\u00e9e par le plus grand nombre, \u00e0 commencer par mes parents. Les livres de mon enfance [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":38,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","footnotes":""},"categories":[1,17],"tags":[1178],"class_list":["post-50548","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","category-politique","tag-social-democratie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/50548","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/38"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=50548"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/50548\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":50552,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/50548\/revisions\/50552"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=50548"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=50548"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=50548"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}