{"id":533,"date":"2008-05-02T18:05:30","date_gmt":"2008-05-02T17:05:30","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=533"},"modified":"2008-05-07T00:56:04","modified_gmt":"2008-05-06T23:56:04","slug":"2008-et-1929","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2008\/05\/02\/2008-et-1929\/","title":{"rendered":"2008 et 1929"},"content":{"rendered":"<p>Le rapprochement est souvent fait aujourd\u2019hui entre la situation que nous connaissons en ce moment et le marasme qui caract\u00e9risa la premi\u00e8re moiti\u00e9 des ann\u00e9es 1930 et dont bien des nations n\u2019\u00e9merg\u00e8rent que lorsqu\u2019elles se reconvertirent \u00e0 une \u00e9conomie de guerre. Le rapprochement est amplement justifi\u00e9 : les sympt\u00f4mes des deux crises sont les m\u00eames et les causes en furent pratiquement identiques. M\u00eame origine en effet dans une sp\u00e9culation immobili\u00e8re d\u00e9butant dans les deux cas en Floride et r\u00e9sultant d\u2019une disparit\u00e9 croissante des revenus aboutissant \u00e0 la concentration de la richesse entre quelques mains. En 1929 les grandes fortunes \u00e9taient \u00e0 la recherche de rendements \u00e9lev\u00e9s pour leurs placements et d\u00e9l\u00e9guaient leurs efforts \u00e0 des \u00e9tablissements financiers dont le nom a simplement chang\u00e9 : appel\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u00ab investment trusts \u00bb et \u00ab hedge funds \u00bb aujourd\u2019hui. Ces officines avaient alors trouv\u00e9 le moyen de d\u00e9coupler leurs op\u00e9rations de leur responsabilit\u00e9 financi\u00e8re et utilisaient massivement l\u2019effet de levier pour multiplier leurs chances de gain. Rien de nouveau donc sous le soleil.<\/p>\n<p>Au moment o\u00f9 la crise \u00e9clata en 1929, la disparit\u00e9 des revenus s\u2019\u00e9tait dramatiquement creus\u00e9e. Dans son ouvrage intitul\u00e9 <em>The Great Crash \u2013 1929<\/em>, John Kenneth Galbraith expliquait pourquoi la catastrophe de 1929 ne pouvait plus, selon lui, se reproduire en 1954, l\u2019ann\u00e9e o\u00f9 il publiait son livre : \u00ab La r\u00e9partition des revenus n\u2019est plus aussi d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9e. Entre 1929 et 1948, la part des revenus attribu\u00e9e aux 5 % de la population aux revenus les plus \u00e9lev\u00e9s, qui \u00e9tait de pr\u00e8s d\u2019un tiers, est tomb\u00e9e \u00e0 moins d\u2019un cinqui\u00e8me du total \u00bb (1954 : 196). Les choses \u00e9volu\u00e8rent rapidement cependant dans les ann\u00e9es qui suivirent : la part attribu\u00e9e aux 5 % de la population am\u00e9ricaine la plus riche grimperait r\u00e9guli\u00e8rement pour atteindre 54,42 % en 1989 puis 57,70 %, selon les chiffres du recensement de 2000. La finance a jou\u00e9 un r\u00f4le particulier dans la disparit\u00e9 croissante des revenus : en 1980, les salari\u00e9s du monde financier touchaient 10 % de plus que ceux des autres secteurs ; en 2007, l\u2019\u00e9cart \u00e9tait pass\u00e9 \u00e0 50 %. Les profits du secteur financier am\u00e9ricain repr\u00e9sentaient 13 % du total en 1980 ; en 2007, la proportion avait plus que doubl\u00e9 avec 27 %. La part de la croissance consacr\u00e9e aux salaires repr\u00e9sentait aux \u00c9tats\u2013Unis 56,5 % en 1981 ; en 2006, elle \u00e9tait tomb\u00e9e \u00e0 51,7 %. Au premier rang des facteurs d\u00e9clencheurs des deux crises donc : la part croissante du produit de la croissance aboutissant entre les mains des patrons et des investisseurs, au d\u00e9triment bien entendu des salari\u00e9s.<\/p>\n<p>L\u2019actuel Pr\u00e9sident de la Fed, Ben Bernanke, est reconnu comme l\u2019un des grands sp\u00e9cialistes des \u00e9v\u00e9nements de 1929. Son livre <em>Essays on the Great Depression <\/em>(2005) fait, nous dit-on, autorit\u00e9 sur la question. Qu\u2019a-t-il apport\u00e9 de plus \u00e0 notre compr\u00e9hension de la Grande Crise ? Son approche est en fait essentiellement mon\u00e9tariste et pour lui la cause des \u00e9v\u00e9nements de 1929 se situe dans la d\u00e9cision de la Fed de maintenir la parit\u00e9 du dollar avec l\u2019or, parit\u00e9 \u00e0 laquelle Nixon renoncerait en 1971. Bernanke met en avant, comme facteur aggravant, la r\u00e9sistance des employeurs \u00e0 utiliser l\u2019arme du licenciement pour recourir de pr\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la r\u00e9duction du temps de travail journalier. <\/p>\n<p>Dans la recension qu\u2019il a consacr\u00e9e aux <em>Essays on the Great Depression<\/em>, en r\u00e9alit\u00e9 un recueil d\u2019articles, Robert Margo, professeur d\u2019\u00e9conomie \u00e0 Vanderbilt University, souligne le glissement qui s\u2019op\u00e8re au fil des ann\u00e9es sous la plume de Bernanke quand il \u00e9voque la d\u00e9cision des patrons de r\u00e9duire le temps de travail journalier plut\u00f4t que de recourir \u00e0 la suppression de postes : pr\u00e9sent\u00e9e initialement comme non-significative d\u2019un point de vue statistique, elle finit par devenir cause d\u00e9terminante (Margo 2000). Bernanke a donc substitu\u00e9 \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience commune de la Grande Crise \u2013 que Galbraith refl\u00e9tait lui dans son livre \u2013 une interpr\u00e9tation de \u00ab science \u00e9conomique \u00bb, essentiellement mon\u00e9tariste, et mettant en avant les revendications salariales comme la principale cause de d\u00e9s\u00e9quilibre des syst\u00e8mes \u00e9conomiques. On est en droit, me semble-t-il, d\u2019appliquer \u00e0 ses analyses l\u2019expression qu\u2019utilise Galbraith pour caract\u00e9riser la politique du Pr\u00e9sident Hoover en 1929 : \u00ab le triomphe du dogme sur la pens\u00e9e \u00bb (1954 : 191). L\u2019avenir de la Fed est en de bonnes mains. <\/p>\n<p>\u2013 \u2013 \u2013 \u2013 \u2013 \u2013 \u2013 \u2013 \u2013 \u2013 \u2013 \u2013<br \/>\nBen S. Bernanke,<em> Essays on the Great Depression<\/em>, Princeton University Press, 2000<\/p>\n<p>John Kenneth Galbraith, <em>The Great Crash \u2013 1929<\/em>, Houghton Mifflin, 1954<\/p>\n<p>Robert A. Margo, <a href=\"http:\/\/www.h-net.org\/reviews\/showpdf.cgi?path=222963252660\">recension de <em>Ben S. Bernanke, Essays on the Great Depression<\/em><\/a>, H-Net Reviews in the Humanities and Social Sciences, 2000<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le rapprochement est souvent fait aujourd\u2019hui entre la situation que nous connaissons en ce moment et le marasme qui caract\u00e9risa la premi\u00e8re moiti\u00e9 des ann\u00e9es 1930 et dont bien des nations n\u2019\u00e9merg\u00e8rent que lorsqu\u2019elles se reconvertirent \u00e0 une \u00e9conomie de guerre. 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