{"id":53314,"date":"2013-05-12T07:51:59","date_gmt":"2013-05-12T05:51:59","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=53314"},"modified":"2013-05-12T07:51:59","modified_gmt":"2013-05-12T05:51:59","slug":"que-veut-lhomme-moderne-par-michel-leis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2013\/05\/12\/que-veut-lhomme-moderne-par-michel-leis\/","title":{"rendered":"<b>QUE VEUT L&rsquo;HOMME MODERNE ?<\/b>, par Michel Leis"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Que veut l&rsquo;homme moderne ? Cette formulation un peu d\u00e9su\u00e8te qui fleure bon les ann\u00e9es 60 et 70 pose \u00e0 mon sens la question de la corr\u00e9lation entre le discours politique et la norme sociale dominante.<\/p>\n<p>Il me semble que le progr\u00e8s a \u00e9t\u00e9 la norme sociale dominante du long XIX<sup>e<\/sup> et du court XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Deux visions du progr\u00e8s concurrentes s&rsquo;opposent, l&rsquo;une fond\u00e9e sur les m\u00e9rites de l&rsquo;individu et l&rsquo;autre fond\u00e9e sur un \u00c9tat qui organise et planifie le partage des richesses. Progr\u00e8s \u00e9conomique d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, progr\u00e8s social de l&rsquo;autre, l&rsquo;un \u00e9tant la porte d&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;autre suivant le point de vue auquel on se place. En donnant une dimension temporelle (le futur) \u00e0 l&rsquo;am\u00e9lioration des conditions de vie de chacun, la norme de progr\u00e8s canalise les attentes des individus. \u00c0 partir de la seconde moiti\u00e9 du XIX<sup>e<\/sup>, des partis puissants vont porter ces aspirations et donner un sens et un contenu au d\u00e9bat public (l&rsquo;essence m\u00eame de la d\u00e9mocratie ?), m\u00eame si l&rsquo;acc\u00e8s au pouvoir par les urnes n&rsquo;est pas toujours au programme. L&rsquo;adh\u00e9sion des masses aux grands errements collectifs de \u00ab l&rsquo;\u00c2ge des extr\u00eames \u00bb n&rsquo;est qu&rsquo;un d\u00e9voiement de ces deux visions antagonistes, n\u00e9e de la crise de l&rsquo;entre-deux-guerres et des frustrations n\u00e9es d&rsquo;une sortie de conflit mal ma\u00eetris\u00e9.<\/p>\n<p><!--more-->Il me semble qu&rsquo;\u00e0 la fin de l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or, la <i>norme de progr\u00e8s<\/i> a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9e par une nouvelle norme sociale dominante : la <i>norme de consommation<\/i>. C&rsquo;est la plus-value d&rsquo;image g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par la structure de consommation qui porte l&rsquo;inscription dans le social. Dans ce basculement, ce n&rsquo;est pas la pr\u00e9pond\u00e9rance de l&rsquo;individu qui me semble le point le plus important, c&rsquo;est le changement de dimension temporelle. La norme de progr\u00e8s acceptait que le b\u00e9n\u00e9fice individuel soit diff\u00e9r\u00e9 dans le temps, la norme de consommation exige une satisfaction dans l&rsquo;instant (ou un futur tr\u00e8s proche).<\/p>\n<p>Le discours politique s&rsquo;accommode mal de cet horizon temporel raccourci. Les grands vainqueurs des ann\u00e9es 80 auront \u00e9t\u00e9 les partis promettant des baisses d&rsquo;imp\u00f4ts. La dimension imm\u00e9diate de ces politiques et l&rsquo;impact sur la consommation se trouvaient \u00eatre en parfaite ad\u00e9quation avec cette nouvelle norme dominante. Mais l&rsquo;aspect r\u00e9duction des imp\u00f4ts n&rsquo;\u00e9tait que la partie \u00e9merg\u00e9e de l&rsquo;iceberg. La grande rupture du monde politique, c&rsquo;est d&rsquo;avoir abandonn\u00e9 une position d&rsquo;arbitre pour se positionner clairement du c\u00f4t\u00e9 du monde \u00e9conomique. Cela aurait pu faire sens, tant l&rsquo;\u00e9panouissement de la norme de consommation est d\u00e9pendant de l&rsquo;\u00e9conomie. En pratique, les rapports de force entre le monde \u00e9conomique et les individus s&rsquo;expriment maintenant dans toute leur violence et remettent en cause la norme de consommation \u00e0 peine \u00e9close. Le discours sur la crise actuelle (du type \u00ab\u00a0du sang, de la sueur et des larmes\u00a0\u00bb pour rester dans une dimension churchillienne) ne peut que renforcer le rejet de la politique : il ajoute d&rsquo;autres menaces \u00e0 la norme de consommation et sa dimension future n&rsquo;est pas en ligne avec la norme dominante.<\/p>\n<p>Cette inad\u00e9quation entre le monde politique traditionnel et les attentes de \u00ab l&rsquo;homme moderne \u00bb conduit \u00e0 ces alternances r\u00e9p\u00e9t\u00e9es. A contrario, les partis nationalistes ou populistes sont beaucoup plus en phase avec cette recherche. Ce qui donne un tel \u00e9cho \u00e0 leur discours, ce ne sont pas les solutions propos\u00e9es, c&rsquo;est d&rsquo;inscrire leur action dans l&rsquo;imm\u00e9diatet\u00e9.<\/p>\n<p>On peut se poser la question de la compatibilit\u00e9 d&rsquo;une norme sociale fond\u00e9e sur le court terme et la d\u00e9mocratie. La d\u00e9mocratie et l&rsquo;horizon politique doivent s&rsquo;inscrire dans une dimension temporelle qui n&rsquo;exige pas un r\u00e9sultat imm\u00e9diat. Les partis ont infl\u00e9chi leur discours vers une approche gestionnaire, pensant \u00eatre en phase avec leurs \u00e9lecteurs. En contribuant \u00e0 ce court-termisme g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9, ils contribuent \u00e0 l&rsquo;enrayement de la d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p>Et si \u00ab la fin de l&rsquo;histoire \u00bb n&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 que l&rsquo;intuition de ce changement d&rsquo;\u00e9chelle de temps ? Bien s\u00fbr, Fukuyama se trompe, cette \u00e9volution ne porte en rien un arr\u00eat de l&rsquo;histoire. Tout au contraire, en butant tr\u00e8s vite sur ses propres limites, la rupture pr\u00e9visible de la norme sociale dominante va conduire \u00e0 d&rsquo;autres bouleversements. Et la remise en cause de notre norme de consommation n&rsquo;est-elle pas le premier pas vers la r\u00e9introduction du temps, et donc de la d\u00e9mocratie dans le discours ?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Que veut l&rsquo;homme moderne ? 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