{"id":55209,"date":"2013-06-20T04:35:03","date_gmt":"2013-06-20T02:35:03","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=55209"},"modified":"2013-06-20T04:35:03","modified_gmt":"2013-06-20T02:35:03","slug":"au-moment-ou-une-monarchie-va-secrouler-par-victor-hugo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2013\/06\/20\/au-moment-ou-une-monarchie-va-secrouler-par-victor-hugo\/","title":{"rendered":"<b>Au moment o\u00f9 une monarchie va s&rsquo;\u00e9crouler<\/b>, par Victor Hugo"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9. \ud83d\ude09<\/p><\/blockquote>\n<p>Au moment o\u00f9 une monarchie va s&rsquo;\u00e9crouler, plusieurs ph\u00e9nom\u00e8nes peuvent \u00eatre observ\u00e9s. Et d&rsquo;abord la noblesse tend \u00e0 se dissoudre. En se dissolvant elle se divise, et voici de quelle fa\u00e7on : le royaume chancelle, la dynastie s&rsquo;\u00e9teint, la loi tombe en ruine ; l&rsquo;unit\u00e9 politique s&rsquo;\u00e9miette aux tiraillements de l&rsquo;intrigue ; le haut de la soci\u00e9t\u00e9 s&rsquo;ab\u00e2tardit et d\u00e9g\u00e9n\u00e8re ; un mortel affaiblissement se fait sentir \u00e0 tous au dehors comme au dedans ; les grandes choses de l&rsquo;\u00e9tat sont tomb\u00e9es, les petites seules sont debout, triste spectacle public ; plus de police, plus d&rsquo;arm\u00e9e, plus de finances ; chacun devine que la fin arrive. De l\u00e0, dans tous les esprits, ennui de la veille, crainte du lendemain, d\u00e9fiance de tout homme, d\u00e9couragement de toute chose, d\u00e9go\u00fbt profond. <\/p>\n<p>Comme la maladie de l&rsquo;\u00e9tat est dans la t\u00eate, la noblesse, qui y touche, en est la premi\u00e8re atteinte. Que devient-elle alors ? Une partie des gentilshommes, la moins honn\u00eate et la moins g\u00e9n\u00e9reuse, reste \u00e0 la cour. Tout va \u00eatre englouti, le temps presse, il faut se h\u00e2ter, il faut s&rsquo;enrichir, s&rsquo;agrandir et profiter des circonstances. On ne songe plus qu&rsquo;\u00e0 soi. Chacun se fait, sans piti\u00e9 pour le pays, une petite fortune particuli\u00e8re dans un coin de la grande infortune publique. On est courtisan, on est ministre, on se d\u00e9p\u00eache d&rsquo;\u00eatre heureux et puissant. On a de l&rsquo;esprit, on se d\u00e9prave, et l&rsquo;on r\u00e9ussit. Les ordres de l&rsquo;\u00e9tat, les dignit\u00e9s, les places, l&rsquo;argent, on prend tout, on veut tout, on pille tout. On ne vit plus que par l&rsquo;ambition et la cupidit\u00e9. On cache les d\u00e9sordres secrets que peut engendrer l&rsquo;infirmit\u00e9 humaine sous beaucoup de gravit\u00e9 ext\u00e9rieure. Et, comme cette vie acharn\u00e9e aux vanit\u00e9s et aux jouissances de l&rsquo;orgueil a pour premi\u00e8re condition l&rsquo;oubli de tous les sentiments naturels, on y devient f\u00e9roce. Quand le jour de la disgr\u00e2ce arrive, quelque chose de monstrueux se d\u00e9veloppe dans le courtisan tomb\u00e9, et l&rsquo;homme se change en d\u00e9mon.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9tat d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 du royaume pousse l&rsquo;autre moiti\u00e9 de la noblesse, la meilleure et la mieux n\u00e9e, dans une autre voie. Elle s&rsquo;en va chez elle, elle rentre dans ses palais, dans ses ch\u00e2teaux, dans ses seigneuries. Elle a horreur des affaires, elle n&rsquo;y peut rien, la fin du monde approche ; qu&rsquo;y faire et \u00e0 quoi bon se d\u00e9soler ? Il faut s&rsquo;\u00e9tourdir, fermer les yeux, vivre, boire, aimer, jouir. Qui sait ? A-t-on m\u00eame un an devant soi ?<\/p>\n<p>Pr\u00e9face de <strong>Ruy Blas <\/strong>(1838)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9. \ud83d\ude09<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au moment o\u00f9 une monarchie va s&rsquo;\u00e9crouler, plusieurs ph\u00e9nom\u00e8nes peuvent \u00eatre observ\u00e9s. Et d&rsquo;abord la noblesse tend \u00e0 se dissoudre. 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