{"id":55443,"date":"2013-06-23T22:31:57","date_gmt":"2013-06-23T20:31:57","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=55443"},"modified":"2013-06-23T22:31:57","modified_gmt":"2013-06-23T20:31:57","slug":"projet-darticle-pour-lencyclopedie-au-xxieme-siecle-production-par-michel-leis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2013\/06\/23\/projet-darticle-pour-lencyclopedie-au-xxieme-siecle-production-par-michel-leis\/","title":{"rendered":"<b>PROJET D&rsquo;ARTICLE POUR \u00ab\u00a0L&rsquo;ENCYCLOP\u00c9DIE AU XXI<sup>\u00e8me<\/sup> SI\u00c8CLE\u00a0\u00bb : production<\/b>, par Michel Leis"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Production : Mise en \u0153uvre organis\u00e9e du travail de l&rsquo;homme ou de la machine afin d&rsquo;obtenir une transformation de la mati\u00e8re en objets, en \u00e9l\u00e9ments exploitables par d&rsquo;autres activit\u00e9s, ainsi que pour cr\u00e9er un service (i) reproductible. La principale caract\u00e9ristique de la production est de s&rsquo;inscrire dans la dur\u00e9e, il est donc n\u00e9cessaire d&rsquo;y int\u00e9grer des activit\u00e9s connexes (achats et logistique par exemple), d&rsquo;op\u00e9rer des choix et des arbitrages sur la division et la r\u00e9partition du travail entre homme et machine. Par les interactions qu&rsquo;elle engendre, par la r\u00e9mun\u00e9ration du travail effectu\u00e9 (ii) qui permet d&rsquo;inscrire l&rsquo;individu dans la soci\u00e9t\u00e9 marchande, la production est l&rsquo;un des modes de socialisation dominants.<\/p>\n<p>La production ob\u00e9it \u00e0 des finalit\u00e9s multiples. Elle peut r\u00e9pondre aux objectifs et aux n\u00e9cessit\u00e9s de la communaut\u00e9, satisfaire les besoins les plus l\u00e9gitimes de l&rsquo;individu. Elle peut se r\u00e9aliser dans le cadre de la marchandisation g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e en vue d&rsquo;obtenir un profit, ce qui est le cas le plus fr\u00e9quent. Le cadre contraignant de la recherche de profit \u00e0 un effet it\u00e9ratif sur la production. Les gains de productivit\u00e9 sont transform\u00e9s en marges additionnelles, \u00e9levant les attentes de profit des investisseurs. Ces attentes \u00e9lev\u00e9es exercent en retour une contrainte forte sur le processus de production dans une interaction qui se joue sur plusieurs registres.<\/p>\n<p><!--more-->Le premier est celui du choix des biens produits, ce qui n&rsquo;est pas neutre dans l&rsquo;organisation du travail pour les biens destin\u00e9s \u00e0 la consommation. La logique de grande s\u00e9rie qui \u00e9tait la caract\u00e9ristique de la production de masse permettait une organisation du travail lin\u00e9aire avec une division du travail en t\u00e2ches \u00e9l\u00e9mentaires r\u00e9p\u00e9titives dont l&rsquo;arch\u00e9type est le fordisme. L&rsquo;\u00e9puisement relatif de la demande de masse et la recherche d&rsquo;une rentabilit\u00e9 plus \u00e9lev\u00e9e ont conduit nombre d&rsquo;entreprises \u00e0 faire le choix de la cr\u00e9ation de valeur par la diff\u00e9renciation du produit. Cette strat\u00e9gie dominante requiert la personnalisation du service, des renouvellements fr\u00e9quents (iii) ou l&rsquo;ajout d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments diff\u00e9renciateurs qui entretiennent l&rsquo;illusion de l&rsquo;exclusivit\u00e9 indispensable \u00e0 la cr\u00e9ation d&rsquo;une plus-value d&rsquo;image. Cette tendance lourde s&rsquo;oppose \u00e0 la lin\u00e9arisation du processus de production, obligeant \u00e0 reconsid\u00e9rer partiellement la logique fordiste. La complexit\u00e9 de cette d\u00e9marche se traduit dans des logiques de fabrication modulaire (les composants) suivies d&rsquo;un assemblage final dans l&rsquo;industrie, ou des logiques d&rsquo;int\u00e9gration en mati\u00e8re de services. Elle donne aussi beaucoup d&rsquo;importance aux activit\u00e9s connexes \u00e0 la production, logistique ou marketing par exemple.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me registre est celui de l&rsquo;organisation et des arbitrages effectu\u00e9s lors de la mise en \u0153uvre d&rsquo;un processus de production. Il est rare en effet que la production de biens ou de services doive se confirmer \u00e0 un modus operandi unique, sauf peut-\u00eatre pour des op\u00e9rations tr\u00e8s \u00e9l\u00e9mentaires. L&rsquo;arbitrage qui s&rsquo;op\u00e8re est multiple. Entre le travail de l&rsquo;homme ou de la machine, la d\u00e9l\u00e9gation (sous-traitance) d&rsquo;une partie du travail, et sa r\u00e9partition g\u00e9ographique. Un degr\u00e9 de m\u00e9canisation tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 peut se r\u00e9v\u00e9ler moins profitable que sa d\u00e9l\u00e9gation, en particulier quand celle-ci s&rsquo;op\u00e8re vers des pays ou le co\u00fbt de la main-d&rsquo;\u0153uvre est faible (on peut rajouter que le co\u00fbt d&rsquo;une m\u00e9canisation sophistiqu\u00e9e est souvent ind\u00e9pendant de sa localisation g\u00e9ographique). Il fut un temps pas si lointain o\u00f9 le nombre de combinaisons possibles \u00e9tait relativement limit\u00e9 : une technique de production s&rsquo;imposait comme la plus efficace dans un domaine, elle impliquait une r\u00e9partition relativement fig\u00e9e entre le travail de l&rsquo;homme et de la machine. Le co\u00fbt du travail \u00e9tait tr\u00e8s bas, ce qui en faisait un facteur relativement secondaire. Dans les ann\u00e9es 30, la production d&rsquo;acier reposait partout sur la m\u00eame logique : hauts fourneaux, convertisseurs, coul\u00e9e, laminage. L&rsquo;organisation fordiste s&rsquo;\u00e9tait impos\u00e9e dans l&rsquo;automobile, on pouvait parler d&rsquo;une norme de production absolue. La recherche de flexibilit\u00e9 ou des ruptures technologiques ont modifi\u00e9 la donne : le four \u00e9lectrique dans la production d&rsquo;acier, la modularit\u00e9 et le toyotisme dans l&rsquo;industrie automobile. Les arbitrages de production sont multiples, l&rsquo;efficacit\u00e9 se mesure \u00e0 la seule aune des attentes de profit qui consacre une norme de production dominante.<\/p>\n<p>Le dernier est celui des rapports de force entre acteurs dans une organisation de plus en plus complexe des activit\u00e9s de production. Ceux-ci se jouent aussi \u00e0 plusieurs niveaux. La d\u00e9l\u00e9gation croissante d&rsquo;une partie des activit\u00e9s de production cr\u00e9e de fait un rapport de force qui se traduit par une fixation des prix favorable \u00e0 l&rsquo;une ou l&rsquo;autre des entreprises (iv). L&rsquo;importance de la commercialisation et le positionnement du produit peuvent aussi cr\u00e9er un rapport de force favorable \u00e0 la distribution qui accapare dans ce cas le meilleur de la marge. D&rsquo;une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, seules quelques entreprises dominantes dans le circuit de production (au sens large du terme) peuvent accaparer une part significative de la marge cr\u00e9\u00e9e dans la cha\u00eene de valeur.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me niveau est celui qui lie les actionnaires et la direction effective de l&rsquo;entreprise. La complexit\u00e9 croissante du processus de production, la n\u00e9cessit\u00e9 de gains de productivit\u00e9, les investissements n\u00e9cessaires pour cr\u00e9er la diff\u00e9renciation n\u00e9cessitent de plus en plus de capital. Cette augmentation des besoins de financement n\u00e9cessaire \u00e0 la production n&rsquo;est que partiellement compens\u00e9e par le recours \u00e0 la sous-traitance. Pour r\u00e9pondre aux attentes de profits \u00e9lev\u00e9s dans les entreprises dominantes, une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de dirigeants surpay\u00e9s est arriv\u00e9e aux commandes, dont les objectifs se confondent totalement avec ceux des actionnaires. Pour r\u00e9aliser plus de profits sur capitaux propres, il y a eu une \u00e9volution rapide des arbitrages de production, avec un transfert massif du travail vers la machine et des entit\u00e9s de production qui \u00ab b\u00e9n\u00e9ficient \u00bb de co\u00fbts salariaux moins \u00e9lev\u00e9s, et un recours massif au cr\u00e9dit qui fragilise les entreprises lors des retournements de conjoncture. Pour les entreprises domin\u00e9es, les pressions s&rsquo;exercent violemment et conduisent \u00e0 une survie toujours plus difficile.<\/p>\n<p>Le dernier aspect de ces rapports de force est celui qui lie la direction des entreprises et les travailleurs. Ces rapports de forces sont pass\u00e9s par des \u00e9volutions successives : la d\u00e9possession des savoir-faire a dans un premier temps mis la pression sur les salaires. La lin\u00e9arisation des processus de production et la constitution en grande unit\u00e9 a paradoxalement \u00e9t\u00e9 b\u00e9n\u00e9fique pour le monde salari\u00e9, entre logique de <i>welfare capitalism<\/i>, et possibilit\u00e9 pour les travailleurs de s&rsquo;unir. Le d\u00e9veloppement des nouvelles techniques a pris le relais, tout en mettant la pression sur les travailleurs les moins qualifi\u00e9s. Aujourd&rsquo;hui, sous la pression de la norme de profit, on est dans une phase ou la quantit\u00e9 de travail totale augmente, mais o\u00f9 celle allou\u00e9e aux individus de la plupart des pays diminue (voir l\u2019article <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=55204\">travail<\/a>), ce qui fragilise la position des salari\u00e9s. Les pressions qui s&rsquo;exercent dans ce contexte tendent \u00e0 faire du lieu de production un autre espace de violence tandis que la solidarit\u00e9 qui avait pu se d\u00e9velopper \u00e0 une \u00e9poque entre salari\u00e9s dispara\u00eet.<\/p>\n<p>R\u00e9alis\u00e9e hors du contexte de marchandisation, la production a peu de contraintes sp\u00e9cifiques sinon la mise en place des savoir-faire de chacun, la relation qui lie les individus s&rsquo;organisant pour assurer la production, et les utilisateurs du bien ou du service produit. Quand des activit\u00e9s de production sont r\u00e9alis\u00e9es dans ce cadre, l&rsquo;exp\u00e9rience tend \u00e0 montrer que les pr\u00e9occupations de qualit\u00e9 et de durabilit\u00e9 font des utilisateurs heureux.<\/p>\n<p>La production dans l&rsquo;\u00e9conomie r\u00e9elle se rapproche dangereusement de l&rsquo;impasse. Les arbitrages qui y sont faits, en mati\u00e8re de produits, de r\u00e9partition du travail et de rapport de force conduisent \u00e0 des impasses. Source d&rsquo;un gaspillage multiple, incapable d&rsquo;entretenir la demande, ils n&rsquo;arrivent de toute fa\u00e7on pas \u00e0 r\u00e9pondre aux attentes de profit, ce qui se traduit par cette question r\u00e9currente de la comp\u00e9titivit\u00e9.<\/p>\n<p>Repenser la production, c&rsquo;est aussi bien repenser son objet que ses formes. L&rsquo;objet de la production ne peut \u00eatre gouvern\u00e9 par la recherche du profit, la durabilit\u00e9 du produit sous toutes ses formes est l&rsquo;une des pistes pour repenser un nouveau cadre \u00e0 la production. Ses formes doivent prendre en compte le partage du travail et la r\u00e9appropriation des savoir-faire. La production r\u00e9alis\u00e9e hors du cadre de la marchandisation qui est aujourd&rsquo;hui l&rsquo;exception doit servir de mod\u00e8le.<\/p>\n<p>__________________________________<\/p>\n<p>(i) Le n\u00e9ologisme de servuction a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 pour la production de service.<\/p>\n<p>(ii) Le salariat est l&rsquo;expression encore dominante, mais qui pourrait bien dispara\u00eetre au profit d&rsquo;une sous-traitance \u00e9tendue.<\/p>\n<p>(iii) Sans m\u00eame parler de la cr\u00e9ation de produits n&rsquo;ayant aucune utilit\u00e9 intrins\u00e8que.<\/p>\n<p>(iv) Le cas Intel montre que ce n&rsquo;est pas toujours au d\u00e9triment du sous-traitant qui peut valoriser des savoir-faire sp\u00e9cifiques techniques ou d&rsquo;image avec un prix \u00e9lev\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Production : Mise en \u0153uvre organis\u00e9e du travail de l&rsquo;homme ou de la machine afin d&rsquo;obtenir une transformation de la mati\u00e8re en objets, en \u00e9l\u00e9ments exploitables par d&rsquo;autres activit\u00e9s, ainsi que pour cr\u00e9er un service (i) reproductible. 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