{"id":5553,"date":"2009-12-05T22:09:18","date_gmt":"2009-12-05T21:09:18","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=5553"},"modified":"2009-12-05T22:09:18","modified_gmt":"2009-12-05T21:09:18","slug":"%c2%ab-l%e2%80%99identite-francaise-%c2%bb-deuxieme-episode-un-souffle-dans-la-maniere-d%e2%80%99ecrire-les-choses","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2009\/12\/05\/%c2%ab-l%e2%80%99identite-francaise-%c2%bb-deuxieme-episode-un-souffle-dans-la-maniere-d%e2%80%99ecrire-les-choses\/","title":{"rendered":"\u00ab L\u2019identit\u00e9 fran\u00e7aise \u00bb &#8211; Deuxi\u00e8me \u00e9pisode : un souffle dans la mani\u00e8re d\u2019\u00e9crire les choses"},"content":{"rendered":"<p>Ils donn\u00e8rent aux murs l&rsquo;\u00e9paisseur des montagnes ;<br \/>\nSur la porte on grava : \u00ab D\u00e9fense \u00e0 Dieu d&rsquo;entrer. \u00bb<br \/>\nQuand ils eurent fini de clore et de murer,<br \/>\nOn mit l&rsquo;a\u00efeul au centre en une tour de pierre ;<br \/>\nEt lui restait lugubre et hagard. \u00ab \u00d4 mon p\u00e8re !<br \/>\nL&rsquo;\u0153il a-t-il disparu ? \u00bb dit en tremblant Tsilla.<br \/>\nEt Ca\u00efn r\u00e9pondit : \u00ab Non, il est toujours l\u00e0. \u00bb<br \/>\nAlors il dit: \u00ab je veux habiter sous la terre<br \/>\nComme dans son s\u00e9pulcre un homme solitaire ;<br \/>\nRien ne me verra plus, je ne verrai plus rien. \u00bb<br \/>\nOn fit donc une fosse, et Ca\u00efn dit \u00ab C&rsquo;est bien ! \u00bb<br \/>\nPuis il descendit seul sous cette vo\u00fbte sombre.<br \/>\nQuand il se fut assis sur sa chaise dans l&rsquo;ombre<br \/>\nEt qu&rsquo;on eut sur son front ferm\u00e9 le souterrain,<br \/>\nL&rsquo;\u0153il \u00e9tait dans la tombe et regardait Ca\u00efn.<\/p>\n<blockquote><p>&#8211; &#8211; &#8211; Victor Hugo<\/p><\/blockquote>\n<p>Vieil oc\u00e9an, tu es le symbole de l\u2019identit\u00e9 : toujours \u00e9gal \u00e0 toi-m\u00eame. Tu ne varies pas d\u2019une mani\u00e8re essentielle, et, si tes vagues sont quelque part en furie, plus loin, dans quelque autre zone, elles sont dans le calme le plus complet. Tu n\u2019es pas comme l\u2019homme, qui s\u2019arr\u00eate dans la rue, pour voir deux boule-dogues s\u2019empoigner au cou, mais, qui ne s\u2019arr\u00eate pas, quand un enterrement passe ; qui est ce matin accessible et ce soir de mauvaise humeur ; qui rit aujourd&rsquo;hui et pleure demain. Je te salue, vieil oc\u00e9an !<\/p>\n<p>Vieil oc\u00e9an, il n\u2019y aurait rien d\u2019impossible \u00e0 ce que tu caches dans ton sein de futures utilit\u00e9s pour l\u2019homme. Tu lui as d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9 la baleine. Tu ne laisses pas facilement deviner aux yeux avides des sciences naturelles les mille secrets de ton intime organisation : tu es modeste. L\u2019homme se vante sans cesse, et pour des minuties. Je te salue, vieil oc\u00e9an !<\/p>\n<blockquote><p>&#8211; &#8211; &#8211; Isidore Ducasse, dit \u00ab comte de Lautr\u00e9amont \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Que je l\u2019aimais, que je la revois bien, notre \u00c9glise ! Son vieux porche par lequel nous entrions, noir, gr\u00eal\u00e9 comme une \u00e9cumoire, \u00e9tait d\u00e9vi\u00e9 et profond\u00e9ment creus\u00e9 aux angles (de m\u00eame que le b\u00e9nitier o\u00f9 il nous conduisait) comme si le doux effleurement des mantes des paysannes entrant \u00e0 l\u2019\u00e9glise et de leurs doigts timides prenant de l\u2019eau b\u00e9nite, pouvait, r\u00e9p\u00e9t\u00e9 pendant des si\u00e8cles, acqu\u00e9rir une force destructive, infl\u00e9chir la pierre et l\u2019entailler de sillons comme en trace la roue des carrioles dans la borne contre laquelle elle bute tous les jours. Ses pierres tombales, sous lesquelles la noble poussi\u00e8re des abb\u00e9s de Combray, enterr\u00e9s l\u00e0, faisait au ch\u0153ur comme un pavage spirituel, n\u2019\u00e9taient plus elles-m\u00eames de la mati\u00e8re inerte et dure, car le temps les avait rendues douces et fait couler comme du miel hors des limites de leur propre \u00e9quarrissure qu\u2019ici elles avaient d\u00e9pass\u00e9es d\u2019un flot blond, entra\u00eenant \u00e0 la d\u00e9rive une majuscule gothique en fleurs, noyant les violettes blanches du marbre; et en de\u00e7\u00e0 desquelles, ailleurs, elles s\u2019\u00e9taient r\u00e9sorb\u00e9es, contractant encore l\u2019elliptique inscription latine, introduisant un caprice de plus dans la disposition de ces caract\u00e8res abr\u00e9g\u00e9s, rapprochant deux lettres d\u2019un mot dont les autres avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9mesur\u00e9ment distendues. <\/p>\n<blockquote><p>&#8211; &#8211; &#8211; Marcel Proust<\/p><\/blockquote>\n<p>Comme je descendais des Fleuves impassibles,<br \/>\nJe ne me sentis plus guid\u00e9 par les haleurs :<br \/>\nDes Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,<br \/>\nLes ayant clou\u00e9s nus aux poteaux de couleurs.<\/p>\n<p>J&rsquo;\u00e9tais insoucieux de tous les \u00e9quipages,<br \/>\nPorteur de bl\u00e9s flamands ou de cotons anglais.<br \/>\nQuand avec mes haleurs ont fini ces tapages,<br \/>\nLes Fleuves m&rsquo;ont laiss\u00e9 descendre o\u00f9 je voulais.<\/p>\n<p>Dans les clapotements furieux des mar\u00e9es,<br \/>\nMoi, l&rsquo;autre hiver, plus sourd que les cerveaux d&rsquo;enfants,<br \/>\nJe courus ! Et les P\u00e9ninsules d\u00e9marr\u00e9es<br \/>\nN&rsquo;ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.<\/p>\n<blockquote><p>&#8211; &#8211; &#8211; Arthur Rimbaud<\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ils donn\u00e8rent aux murs l&rsquo;\u00e9paisseur des montagnes ;<br \/> Sur la porte on grava : \u00ab D\u00e9fense \u00e0 Dieu d&rsquo;entrer. \u00bb<br \/> Quand ils eurent fini de clore et de murer,<br \/> On mit l&rsquo;a\u00efeul au centre en une tour de pierre ;<br \/> Et lui restait lugubre et hagard. \u00ab \u00d4 mon p\u00e8re !<br [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[10,4],"tags":[173],"class_list":["post-5553","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-arts","category-sociologie","tag-identite-nationale"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5553","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5553"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5553\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5556,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5553\/revisions\/5556"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5553"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5553"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5553"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}