{"id":55776,"date":"2013-06-29T17:47:38","date_gmt":"2013-06-29T15:47:38","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=55776"},"modified":"2013-09-19T21:09:21","modified_gmt":"2013-09-19T19:09:21","slug":"projet-darticle-pour-lencyclopedie-au-xxieme-siecle-ecole-economique-de-chicago-par-bertrand-rouzies-leonardi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2013\/06\/29\/projet-darticle-pour-lencyclopedie-au-xxieme-siecle-ecole-economique-de-chicago-par-bertrand-rouzies-leonardi\/","title":{"rendered":"<b>PROJET D&rsquo;ARTICLE POUR \u00ab\u00a0L&rsquo;ENCYCLOP\u00c9DIE AU XXI<sup>\u00e8me<\/sup> SI\u00c8CLE\u00a0\u00bb : \u00c9cole (\u00e9conomique) de Chicago<\/b>, par Bertrand Rouzi\u00e8s-Leonardi"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<div>\n<div id=\"contentText_C0ECC167-A35A-4776-B407-626FEBF46EA8\">\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"color: #0b333c;\">\u00c9cole libre du totalitarisme ou \u00e9cole totalitaire de la libert\u00e9. &#8211; Vous \u00eates libres de choisir. De quoi vous plaignez-vous ? &#8211; Forme une triade horrifique avec l&rsquo;\u00e9cole ordolib\u00e9rale allemande et l&rsquo;\u00e9cole autrichienne. Son directeur le plus connu : feu Milton Friedman, homme de paix que son pr\u00e9nom renvoie en enfer. Sa devise : \u00ab Life is unfair \u00bb (\u00ab La vie est injuste \u00bb), ce qui sous-entend non de la commis\u00e9ration mais le souci de tirer profit (\u00ab to deal with \u00bb) des injustices constat\u00e9es. Les quelques miettes tomb\u00e9es de la table des goinfres suffisent \u00e0 prouver que les b\u00e9n\u00e9fices colossaux engrang\u00e9s par ce moyen finissent toujours par ruisseler sur la t\u00eate des n\u00e9cessiteux. Tendez vos s\u00e9biles.\u00a0<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"color: #0b333c;\">L&rsquo;\u00e9cole de Chicago, d&rsquo;inspiration lib\u00e9rale, se caract\u00e9rise par de hautes ambitions en mati\u00e8re de libert\u00e9. Elle s&rsquo;est ainsi illustr\u00e9e, dans les ann\u00e9es 1970, par son soutien appuy\u00e9 aux dictatures sud-am\u00e9ricaines, preuve que \u00ab l&rsquo;histoire du monde libre s&rsquo;\u00e9crit avec une grande hache \u00bb (Michel Montfort). Un peu de Chili et beaucoup de\u00a0<i>carne.<\/i>\u00a0Le libre march\u00e9 dont elle fait l&rsquo;apologie vous permet de marcher librement tant que vous jouez le jeu. Si vous regimbez, invoquant je ne sais quelle niaiserie communarde au sujet du bien commun, n&rsquo;importe quel psychopathe en uniforme d&rsquo;op\u00e9rette et \u00e0 petite moustache en brosse est libre de marcher sur vous. On notera, non sans \u00e9tonnement, que parmi les apologistes les plus en vue, \u00e0 une certaine \u00e9poque, il s&rsquo;en rencontrait beaucoup, tel Friedman lui-m\u00eame, dont les anc\u00eatres avaient fui les pers\u00e9cutions antis\u00e9mites en Europe centrale. Le fascisme, sous ses avatars multiples, noue des alliances inattendues.\u00a0<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"color: #0b333c;\"><!--more-->L&rsquo;\u00e9cole de Chicago est consid\u00e9r\u00e9e comme la forge du mon\u00e9tarisme, du n\u00e9olib\u00e9ralisme et du libertarianisme. On la dit en voie d&rsquo;essoufflement, sans doute parce qu&rsquo;elle a assomm\u00e9 trop de peuples avec son enclume. Il semblerait qu&rsquo;elle ne produise plus que des clous pour aider les gouvernements \u00e0 colmater avec des planches en balsa les br\u00e8ches qu&rsquo;elle-m\u00eame a ouvertes dans la coque de la nef de l&rsquo;\u00c9tat. En d\u00e9pit du discr\u00e9dit qui, par un juste retour de marteau, la frappe de nos jours, elle trouve encore des oreilles amies o\u00f9 se r\u00e9pandre en conseils avis\u00e9s. Difficile de dynamiter une \u00e9cole qui compte tant de prix Nobel. Il faut conc\u00e9der, quelque mal de rein que cela nous flanque, que son histoire est fort riche, plus riche en tout cas que ce que le legs monstrueux de Friedman &amp; Co pourrait laisser penser.\u00a0<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"color: #0b333c;\">Mon\u00e9tarisme, n\u00e9olib\u00e9ralisme, libertarianisme. Tout de suite les vilains mots. On h\u00e9site, \u00e0 les entendre, entre vomir sur ou sous le tapis, selon qu&rsquo;on a du coeur ou de l&rsquo;\u00e9ducation. Pourtant, ils ne disent pas tout de l&rsquo;\u00e9cole de Chicago. Leur plein \u00e9panouissement date de l&rsquo;intronisation de Friedman, en 1976, comme chef de file nob\u00e9lis\u00e9, mais avant Friedman, la ligne lib\u00e9rale de l&rsquo;\u00e9cole \u00e9tait moins jusqu&rsquo;au-boutiste, quoiqu&rsquo;on p\u00fbt en deviner l&rsquo;\u00e9volution \u00e0 certains signes (le terme\u00a0<i>n\u00e9olib\u00e9ralisme<\/i>\u00a0\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 dans les conversations au colloque Walter Lippmann en 1938). L&rsquo;\u00e9cole naquit \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1930, alors que le pr\u00e9sident Roosevelt mettait en place le Welfare State et que se multipliaient les attaques contre l&rsquo;\u00c9tat, rendu responsable du krach de 1929 et accus\u00e9 d&rsquo;aventurisme dans sa gestion de la crise. Les lib\u00e9raux am\u00e9ricains s&rsquo;\u00e9charpaient : faut-il plus de r\u00e8gles, faut-il moins de r\u00e8gles ? Un groupe se constitua autour de John Maynard Keynes et des concepteurs du New Deal, favorable \u00e0 une refonte du lib\u00e9ralisme. Un autre se constitua \u00e0 Chicago, autour de Frank Knight, favorable \u00e0 la d\u00e9fense de l&rsquo;orthodoxie lib\u00e9rale (car avant d&rsquo;\u00eatre n\u00e9o, les\u00a0<i>Chicago boys\u00a0<\/i>furent plut\u00f4t arch\u00e9o), telle que d\u00e9finie par John Stuart Mill dans\u00a0<i>De la libert\u00e9<\/i>\u00a0(1859). Pour Mill, la contrainte, c&rsquo;est le mal. Une seule contrainte est tol\u00e9r\u00e9e, comme premier degr\u00e9 de la sociabilit\u00e9, celle qui vous interdit d&#8217;empi\u00e9ter sur la libert\u00e9 de votre voisin. L&rsquo;\u00c9tat n&rsquo;a de raison d&rsquo;\u00eatre que comme garant des libert\u00e9s individuelles et comme protecteur du libre-\u00e9change. Cet interventionnisme minimal ou n\u00e9gatif conc\u00e9d\u00e9 \u00e0 la puissance publique est ce qui distingue nettement les\u00a0<i>Chicago boys<\/i>\u00a0premi\u00e8re \u00e9poque des keyn\u00e9siens premi\u00e8re \u00e9poque. On retiendra que l&rsquo;\u00c9tat, pour les orthodoxes, a encore le droit de cit\u00e9. Le laisser-faire, en \u00e9conomie, supporte les garde-fous. Comme les orthodoxes n&rsquo;\u00e9taient pas des \u00e2nes b\u00e2t\u00e9s, leur lib\u00e9ralisme s&rsquo;est coul\u00e9 dans le moule des probl\u00e9matiques contemporaines. C&rsquo;est ainsi que Knight d\u00e9non\u00e7ait la concentration des richesses et soutenait les lois antitrust. Son \u00e9l\u00e8ve Friedman, bizarrement, ne devait pas reprendre ces deux points. Ce qu&rsquo;il conserva, en revanche, c&rsquo;est l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un \u00c9tat r\u00e9duit \u00e0 son expression la plus simple, pas encore volatile, mais toujours pr\u00e8s de l&rsquo;\u00eatre.\u00a0<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"color: #0b333c;\">Friedman appartient \u00e0 la seconde \u00e9poque de l&rsquo;\u00e9cole de Chicago, celle inaugur\u00e9e par la fondation, en 1947, de la Soci\u00e9t\u00e9 du Mont-P\u00e8lerin, v\u00e9ritable h\u00e9l\u00e9pole lanc\u00e9e contre le mur en construction du projet keyn\u00e9sien de pacification des \u00e9changes et contre la redoute bien d\u00e9fendue mais pas encore tout \u00e0 fait s\u00e8che du programme du CNR. Le mon\u00e9tarisme friedmanien, reprenant l&rsquo;antienne de la responsabilit\u00e9 exclusive de l&rsquo;\u00c9tat dans le krach de 1929, pr\u00e9conise de retirer \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat ses missions d&rsquo;\u00e9metteur et de r\u00e9gulateur des flux mon\u00e9taires et de les confier \u00e0 une banque centrale olympienne, immunis\u00e9e contre les pressions politiques et imperm\u00e9able aux p\u00e9rip\u00e9ties conjoncturelles. Le mon\u00e9tarisme n&rsquo;est pas court-termiste. Il r\u00e8gne sur le Temps. Respect, s&rsquo;il vous pla\u00eet. La BCE, dans ses principes, para\u00eet \u00eatre un chef-d&rsquo;oeuvre friedmanien, bien davantage que la Fed, dont l&rsquo;ind\u00e9pendance ne saute pas aux yeux (la pr\u00e9sidence d&rsquo;Alan Greenspan en fournit un exemple r\u00e9cent qui, par son cabotage conjoncturel, n&rsquo;a pas peu contribu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;aggravation du d\u00e9ficit am\u00e9ricain). Il n&rsquo;entre pas\u00a0<i>a priori\u00a0<\/i>dans ses attributions de se pr\u00e9occuper d&rsquo;al\u00e9as aussi inessentiels que les probl\u00e8mes de tr\u00e9sorerie des \u00c9tats membres : \u00ab Il est interdit \u00e0 la banque centrale europ\u00e9enne et aux banques centrales des \u00c9tats membres [&#8230;] d&rsquo;accorder des d\u00e9couverts ou tout autre type de cr\u00e9dit aux institutions, organes ou organismes de l&rsquo;Union, aux administrations centrales, aux autorit\u00e9s r\u00e9gionales ou locales, aux autres autorit\u00e9s publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des \u00c9tats membres ; l&rsquo;acquisition directe, aupr\u00e8s d&rsquo;eux, par la banque centrale europ\u00e9enne ou les banques centrales nationales, des instruments de leur dette est \u00e9galement interdite (article 123 du Trait\u00e9 sur le fonctionnement de l&rsquo;Union europ\u00e9enne, ex-article 101 du TCE). \u00bb &#8211; Mais halte l\u00e0. C&rsquo;est aller un peu vite en besogne que de d\u00e9cr\u00e9ter que la BCE sacrifie au lib\u00e9ralisme friedmanien. Son combat contre l&rsquo;inflation la rapproche plus, en effet, de l&rsquo;ordolib\u00e9ralisme allemand. &#8211; C&rsquo;est vrai, mais les deux sont d&rsquo;accord sur ce point qu&rsquo;une banque centrale doit faire la politique mon\u00e9taire de l&rsquo;\u00c9tat \u00e0 la place de l&rsquo;\u00c9tat. Quand on y regarde \u00e0 deux fois, on voit qu&rsquo;un tel projet revient \u00e0 regonfler l&rsquo;outre qu&rsquo;il pr\u00e9tend d\u00e9gonfler, \u00e0 cr\u00e9er un \u00c9tat dans l&rsquo;\u00c9tat, ou plut\u00f4t un \u00c9tat au-dessus de l&rsquo;\u00c9tat dont la qualit\u00e9 de l&rsquo;arbitrage para\u00eet tout aussi flottante et sujette \u00e0 caution. Les Olympiens, du reste, n&rsquo;\u00e9taient pas exactement l&rsquo;image sublim\u00e9e de l&rsquo;humanit\u00e9 qui rampait \u00e0 leurs pieds.<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"color: #0b333c;\">La grande affaire de Friedman, c&rsquo;est l&rsquo;<i>homo oeconomicus,<\/i>\u00a0une cr\u00e9ature ancienne r\u00e9anim\u00e9e pour l&rsquo;occasion. L&rsquo;<i>homo sapiens sapiens<\/i>\u00a0pense trop par balbutiements successifs qui font tr\u00e9bucher ses entreprises. L&rsquo;<i>homo oeconomicus,<\/i>\u00a0lui, est un homme rationnel, calculateur, qui met en oeuvre des moyens en vue d&rsquo;une fin qu&rsquo;il garde constamment \u00e0 l&rsquo;oeil. C&rsquo;est l&rsquo;homme du progr\u00e8s en marche. Ici aussi, Friedman s&rsquo;\u00e9carte nettement de son ma\u00eetre Knight qui, dans\u00a0<i>Freedom and Reform : Essays in economics and social philosophy\u00a0<\/i>(1947), qualifiait de \u00ab madness \u00bb (\u00ab folie \u00bb) la r\u00e9duction de l&rsquo;homme \u00e0 un boulier pensant. Il entre \u00e9galement en conflit, sur ce point, avec l&rsquo;\u00e9cole autrichienne, dont l&rsquo;une des \u00e9minences brunes, Ludwig von Mises, d\u00e8s 1949, dans\u00a0<i>Human Action, a treatise on economics,<\/i>\u00a0moquait le \u00ab fant\u00f4me mythique \u00bb de l&rsquo;<i>homo oeconomicus<\/i>. La grande d\u00e9perdition anthropologique est enclench\u00e9e par le phagocytage du r\u00e9el qu&rsquo;op\u00e8re la th\u00e9orie friedmanienne. L&rsquo;\u00e9conomie sort en trombe de l&rsquo;enclos domestique. Elle d\u00e9termine tous les comportements, s&rsquo;invite dans tous les \u00e9changes, colonise tous les champs du savoir. Elle en est,<i>urbi et orbi,<\/i>\u00a0comme on disait jadis de L\u00e9opold II, homme d&rsquo;affaires belge sp\u00e9cialis\u00e9 dans le caoutchouc lav\u00e9 au sang noir, qu&rsquo;il\u00a0<i>en \u00e9tait,<\/i>\u00a0pour signifier qu&rsquo;il \u00e9tait de toutes les entreprises lucratives.\u00a0<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"color: #0b333c;\">Un degr\u00e9 suppl\u00e9mentaire de folie est franchi avec le concept de \u00ab capital humain \u00bb, germe friedmanien cultiv\u00e9 sous serre par Gary Stanley Becker (<i>Human capital : A theoretical and empirical analysis<\/i>\u00a0(1964)). Le \u00ab capital humain \u00bb, c&rsquo;est l&rsquo;ensemble des ressources que poss\u00e8de un individu et\/ou qui sont mises \u00e0 sa disposition par d&rsquo;autres individus plus ou moins volontaires, et qu&rsquo;il lui incombe de faire fructifier judicieusement, en \u00eatre responsable (traduisez : autonome). Faites-vous fructifier vous-m\u00eame et faites-vous fructifier les uns les autres. Tel est le\u00a0<i>motto<\/i>\u00a0de l&rsquo;\u00e9vangile beck\u00e9rien. L&rsquo;\u00e9thique du bien commun, qui pr\u00e9occupait encore les premiers lib\u00e9raux, est balay\u00e9e par l&rsquo;obsession du bon placement, l&rsquo;adjectif \u00ab bon \u00bb devant \u00eatre entendu dans son acception \u00e9troite de \u00ab bon pour ma pomme \u00bb ou \u00e0 peine \u00e9largie de \u00ab bon pour ma caste \u00bb. Comme Friedman avec son\u00a0<i>homo oeconomicus,<\/i>\u00a0Becker d\u00e9cline son \u00ab capital humain \u00bb \u00e0 toutes les sauces. Le choix d&rsquo;un conjoint ou d&rsquo;une conjointe t\u00e9moigne ainsi syst\u00e9matiquement, selon lui, de cette attention port\u00e9e au bon placement. Et une partie des \u00e9volutionnistes d&rsquo;applaudir, qui ne voient pas la gueule d&rsquo;enfer o\u00f9 ils se ruent en y poussant les m\u00e2nes hurlantes de Darwin. Becker s&rsquo;int\u00e9resse \u00e9galement, dans \u00ab\u00a0<i>Crime and Punishment : An Economic Approach\u00a0<\/i>\u00bb (1968), \u00e0 la psychologie des gangsters, en hommage, peut-\u00eatre, \u00e0 un\u00a0<i>Chicago boy<\/i>\u00a0du temps de la prohibition, un certain Al Capone. Non, je plaisante. Il n&rsquo;y a strictement rien de commun entre la mafia et les amicales d&rsquo;entrepreneurs (en \u00e9conomie, en politique, en justice, etc.), rien de commun hormis une intelligence calculatrice en qu\u00eate d&rsquo;un bon placement. Chaque d\u00e9lit, chaque crime commis, soutient Becker, est un investissement dont il est attendu un profit et qui comporte un risque de perte(s). Quand on voit qu&rsquo;un arbitrage r\u00e9alis\u00e9 au profit d&rsquo;un homme d&rsquo;affaires v\u00e9reux peut \u00eatre requalifi\u00e9 par un juge d&rsquo;\u00ab escroquerie en bande organis\u00e9e \u00bb, on se dit que la rencontre des mafiosi et des entrepreneurs sur les bris\u00e9es du bon placement n&rsquo;est pas tout \u00e0 fait fortuite.\u00a0<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"color: #0b333c;\">La d\u00e9clinaison imp\u00e9rialiste du \u00ab capital humain \u00bb par Becker, comme plus g\u00e9n\u00e9ralement celle du mot\u00a0<i>libert\u00e9<\/i>\u00a0par les n\u00e9o- et ultralib\u00e9raux, est un vice \u00e9pist\u00e9mologique r\u00e9dhibitoire. Qui trop embrasse mal \u00e9treint. Hegel d\u00e9cr\u00e8terait que le f\u00e9tiche est la mort de la chose qu&rsquo;il repr\u00e9sente ; Bergson ironiserait : quand un concept veut tout dire, il ne peut plus rien dire. Il semble que Friedman lui-m\u00eame ait \u00e9t\u00e9 conscient de ce probl\u00e8me. Ainsi le voit-on d\u00e9fendre, dans\u00a0<i>Free to choose<\/i>\u00a0(1980), essai co\u00e9crit avec sa femme, l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un ch\u00e8que \u00e9ducation pour rem\u00e9dier \u00e0 l&rsquo;endettement exponentiel des \u00e9tudiants am\u00e9ricains (deuxi\u00e8me poste d&rsquo;endettement des m\u00e9nages en 2010). D\u00e9tail amusant, les ultralib\u00e9raux, \u00e0 la parution du livre, accus\u00e8rent ses auteurs de sympathies keyn\u00e9siennes. Friedman partisan d&rsquo;un retour de l&rsquo;\u00c9tat dans l&rsquo;\u00e9ducation ? Friedman faisant de l&rsquo;anti-Friedman ? M\u00e9fiance. C&rsquo;\u00e9tait surtout un fin goupil, comme l&rsquo;atteste l&rsquo;exemple de l&rsquo;imp\u00f4t n\u00e9gatif, dont il fit la promotion dans\u00a0<i>Capitalism and Freedom<\/i>\u00a0(1962). L&rsquo;imp\u00f4t n\u00e9gatif est l&rsquo;autre nom d&rsquo;une allocation d&rsquo;un montant unique vers\u00e9e par l&rsquo;\u00c9tat \u00e0 tout individu et coupl\u00e9e \u00e0 un imp\u00f4t sur le revenu \u00e0 taux fixe. Voyons-y une belle entourloupe. Sous couvert de simplification de la gestion de la solidarit\u00e9 nationale, l&rsquo;allocation se substituant \u00e0 tout ou partie des aides existantes, l&rsquo;imp\u00f4t n\u00e9gatif, comme les facilit\u00e9s d&#8217;emprunt aupr\u00e8s des banques priv\u00e9es, ach\u00e8te \u00e0 vil prix la paix sociale : il brouille la lisibilit\u00e9 de la solidarit\u00e9 nationale, il ne corrige en rien les \u00e9carts de richesse et les rapports de force qu&rsquo;ils expriment, il les aggrave m\u00eame par un taux d&rsquo;imposition fixe (car un petit revenu impos\u00e9 \u00e0 25 % est plus s\u00e9v\u00e8rement amput\u00e9 qu&rsquo;un gros au m\u00eame taux), et il accorde aux entrepreneurs un permis de baisser les salaires. \u00ab Life is unfair \u00bb, que voulez-vous.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<div>\n<div id=\"contentText_C0ECC167-A35A-4776-B407-626FEBF46EA8\">\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"color: #0b333c;\">\u00c9cole libre du totalitarisme ou \u00e9cole totalitaire de la libert\u00e9. &#8211; Vous \u00eates libres de choisir. 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