{"id":55876,"date":"2013-07-02T19:23:11","date_gmt":"2013-07-02T17:23:11","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=55876"},"modified":"2013-07-02T19:23:11","modified_gmt":"2013-07-02T17:23:11","slug":"reflexions-pour-un-mouvement-neodemocratique-xii-lassimilation-du-reel-par-francis-arness","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2013\/07\/02\/reflexions-pour-un-mouvement-neodemocratique-xii-lassimilation-du-reel-par-francis-arness\/","title":{"rendered":"<b>R\u00e9flexions pour un mouvement n\u00e9od\u00e9mocratique (XII) \u2013 L&rsquo;assimilation du r\u00e9el<\/b>, par Francis Arness"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Le n\u00e9olib\u00e9ralisme consiste en un <i>fonctionnement<\/i> g\u00e9n\u00e9ral, \u00e0 la fois \u00e9conomique et financier, social et politique, m\u00e9diatique et individuel [1]. Il nous m\u00e8ne vers une souffrance et vers une destruction toujours plus g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. Cela a pour absurde et tragique m\u00e9rite de r\u00e9v\u00e9ler au plus grand nombre que l\u2019organisation globale de nos soci\u00e9t\u00e9s n&rsquo;est pas viable, m\u00eame en cas de r\u00e9forme, et que notre situation demande un saut radical pour d\u00e9finir et mettre en place une nouvelle organisation globale. Nous en arrivons au moment-cl\u00e9, pour la majorit\u00e9 de la population et des classes dirigeantes et responsables de bonne volont\u00e9, de la <i>r\u00e9v\u00e9lation du r\u00e9el occult\u00e9<\/i>.<\/p>\n<p>Le r\u00e9el qui se r\u00e9v\u00e8le et se r\u00e9v\u00e9lera toujours plus, provoquant le tournant politique actuel, est complexe [2]. Il consiste \u00e0 la fois en :<\/p>\n<p>1. La crise due \u00e0 l\u2019\u00e9chec de notre organisation sociale.<\/p>\n<p>2. Les cons\u00e9quences d\u00e9vastatrices du n\u00e9olib\u00e9ralisme et de la concentration de la richesse et du pouvoir.<\/p>\n<p>3. Notre <i>situation existentielle<\/i>\u00a0: le pessimisme et le d\u00e9sespoir, la grande d\u00e9sorientation et la peur, mais aussi, malgr\u00e9 tout, une inalt\u00e9rable capacit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;invention et au devenir, \u00e0 la r\u00e9volte et \u00e0 la joie, ici et maintenant, ainsi qu\u2019un intraitable d\u00e9sir de v\u00e9rit\u00e9 et de libert\u00e9.<\/p>\n<p><!--more-->Il existe une autre chose qui ne cesse et ne cessera jamais de devenir plus visible : notre situation g\u00e9n\u00e9rale est critique du fait de l&rsquo;<i>\u00e9cart <\/i>entre, d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, les discours, les actes, les politiques du syst\u00e8me n\u00e9olib\u00e9ral, et, de l&rsquo;autre, le <i>r\u00e9el <\/i><b>consid\u00e9r\u00e9 dans toute sa complexit\u00e9.<\/b> Ce sentiment d&rsquo;un \u00e9cart ne sera plus occultable par le syst\u00e8me n\u00e9olib\u00e9ral. Celui-ci ne peut d\u00e8s lors plus fonctionner qu&rsquo;en termes de fuite en avant, jusqu&rsquo;\u00e0 une tentative de rigidification n\u00e9oautoritaire o\u00f9 la violence politique sera requise contre ceux qui pointent cet \u00e9cart.<\/p>\n<p>A la diff\u00e9rence de la <i>r\u00e9alit\u00e9 <\/i>que la logique du moindre pire du n\u00e9olib\u00e9ralisme veut nous ass\u00e9ner pour nous rendre impuissant, le <i>r\u00e9el <\/i>est en quelque sorte comme Internet. Face \u00e0 lui, nous sommes \u00e0 la fois r\u00e9cepteur et \u00e9metteur. Cela veut dire que le r\u00e9el &#8211; complexe &#8211; est ce que nous en faisons, pour peu que nous ayons la juste attitude d\u2019<i>ouverture au devenir <\/i>face au donn\u00e9, et que nous assimilions ce r\u00e9el <b>dans sa complexit\u00e9<\/b>. C&rsquo;est bien cette puissance de notre inventivit\u00e9 qui est occult\u00e9e par le syst\u00e8me n\u00e9olib\u00e9ral qui pr\u00e9f\u00e8re nous faire croire \u00e0 notre impuissance fondamentale &#8211; et cherche d&rsquo;ailleurs en ce moment \u00e0 contr\u00f4ler Internet parce que par son fonctionnement m\u00eame celui-ci rappelle ce qu&rsquo;est le r\u00e9el.<\/p>\n<p>En somme, cette r\u00e9v\u00e9lation du r\u00e9el occult\u00e9 entra\u00eene le <i>tournant politique<\/i> o\u00f9 commence \u00e0 faire d\u00e9faut l&rsquo;adh\u00e9sion ou l&rsquo;acceptation souvent passive, par la majorit\u00e9 de la population du n\u00e9olib\u00e9ralisme. Pour faire face \u00e0 la situation contemporaine qui les plonge dor\u00e9navant, et les plongera toujours plus, dans la grande d\u00e9sorientation, les personnes, les groupes et les institutions doivent <i>assimiler le r\u00e9el<\/i> qui se r\u00e9v\u00e8le petit \u00e0 petit au plus grand nombre. Cette assimilation doit prendre une forme \u00e0 la fois intellectuelle et existentielle, individuelle et collective.<\/p>\n<p>La prise en compte de cette question dans notre attitude est d&rsquo;autant plus n\u00e9cessaire qu&rsquo;il existe par nature, chez la majorit\u00e9 de nos concitoyens, une difficult\u00e9 d&rsquo;assimilation de ce r\u00e9el particuli\u00e8rement tragique et angoissant. Ne l&rsquo;oublions jamais : il est difficile pour une personne ayant les fragilit\u00e9s inh\u00e9rentes \u00e0 notre humanit\u00e9, en souffrance mat\u00e9rielle et existentielle, et de surcro\u00eet compl\u00e8tement d\u00e9sorient\u00e9e, de prendre en compte un r\u00e9el complexe et tragique. Celui-ci ne peut que bouleverser sa mani\u00e8re d&rsquo;\u00eatre, et de plus lui demande d&rsquo;inventer \u00e0 terme une autre mani\u00e8re de vivre individuelle et collective.<\/p>\n<p>En effet, m\u00eame si cela pose un probl\u00e8me politique et \u00e9thique, il est tout \u00e0 fait courant existentiellement qu&rsquo;un sujet refuse la r\u00e9v\u00e9lation et l&rsquo;assimilation du r\u00e9el. La nature humaine n&rsquo;est pas connue pour son penchant naturel vers l&rsquo;affrontement courageux du vertige, de la souffrance, et de la complexit\u00e9. C&rsquo;est une variable que nous devons absolument prendre en compte, en m\u00eame temps que nous gagnons aussi \u00e0 avoir conscience des contradictions de cette nature humaine, qui rec\u00e8le aussi une inalt\u00e9rable capacit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;invention, \u00e0 la r\u00e9volte, \u00e0 la joie, ici et maintenant, et un intraitable d\u00e9sir de v\u00e9rit\u00e9, de libert\u00e9, <i>malgr\u00e9 tout<\/i>. Cela est d&rsquo;autant plus le cas que ces passions les plus humaines <i>font partie du r\u00e9el<\/i>, et en sont m\u00eame une dimension fondamentale.<\/p>\n<p>Pour agir, nous pouvons nous appuyer sur un fait que connaissent bien ceux qui ont eu la chance de l&rsquo;exp\u00e9rimenter dans leur existence : ces <i>passions les plus humaines<\/i> sont extr\u00eamement <i>contagieuses<\/i>. Et si la contagion se r\u00e9pand assez, elle est capable de renverser l&rsquo;atmosph\u00e8re sociale, de cr\u00e9er une atmosph\u00e8re sociale f\u00e9conde, et d&rsquo;ouvrir \u00e0 un devenir collectif v\u00e9ritable. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs bien une telle attitude fond\u00e9e sur ces passions les plus humaines et sur leur contagion, que la production n\u00e9olib\u00e9rale ou n\u00e9oautoritaire d&rsquo;une atmosph\u00e8re sociale relevant de l&rsquo;asphyxie de la vie essaie et essaiera d&rsquo;attaquer, d&#8217;emp\u00eacher \u00e0 la racine. Ainsi, ceux qui s&rsquo;opposent au d\u00e9ploiement de la vie connaissent &#8211; m\u00eame intuitivement &#8211; tr\u00e8s bien le pouvoir de la vie, des passions les plus humaines, ainsi que de leur contagion. D\u00e8s lors, nous devons aussi avoir conscience de celles-ci et les pratiquer. Surtout que le dire-vrai honn\u00eate et franc est bien une arme surpuissante. Il a, pour citer \u00e0 nouveau la belle expression de Foucault, un \u00ab effet de retour \u00bb qui aide le sujet et la collectivit\u00e9 dans leur \u00e9volution dans le sens de la vie [3].<\/p>\n<p>Dans ce contexte, l&rsquo;attitude la plus f\u00e9conde des personnes ayant d\u00e9j\u00e0 en bonne partie assimil\u00e9 le r\u00e9el n\u2019est pas de se retrancher dans leur \u00ab\u00a0savoir\u00a0\u00bb ni leur identit\u00e9 politique a priori, mais d\u2019essayer de faire advenir un devenir collectif f\u00e9cond en aidant la majorit\u00e9 de la population et les classes dirigeantes et responsables de bonne volont\u00e9 \u00e0 en venir \u00e0 comprendre et \u00e0 assimiler \u00e0 leur tour ce r\u00e9el. En d\u2019autres termes, il nous faut, dans cette situation tragique et douloureuse, angoissante et d\u00e9sorientante, travailler \u00e0 soutenir toujours mieux notre assimilation <i>collective<\/i> du r\u00e9el.<\/p>\n<p>Sur ce point, Camus, dans <i>L\u2019homme r\u00e9volt\u00e9<\/i>, a d\u00e9velopp\u00e9 une analyse qui vaut encore de nos jours. Il \u00e9crit en effet\u00a0en 1951 : \u00ab\u00a0nous n\u2019avons plus d\u2019autre espoir que de rassembler, un \u00e0 un, en de longues ann\u00e9es, les solitaires qui marchent vers l\u2019unit\u00e9\u00a0\u00bb. Nous devons choisir \u00ab\u00a0la pens\u00e9e audacieuse et frugale, l\u2019action lucide, la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de l\u2019homme qui sait\u00a0\u00bb, et prendre pleinement conscience que \u00ab\u00a0dans la lumi\u00e8re, le monde reste notre premier et notre dernier amour. Nos fr\u00e8res respirent sous le m\u00eame ciel que nous, la justice est vivante. Alors na\u00eet la joie \u00e9trange qui aide \u00e0 vivre et \u00e0 mourir et que nous refusons d\u00e9sormais de renvoyer \u00e0 plus tard. Sur la terre douloureuse, elle est l\u2019ivraie inlassable, l\u2019am\u00e8re nourriture, le vent dur venu de la mer, l\u2019ancienne et la nouvelle aurore. Avec elle, au long des combats, nous referons l\u2019\u00e2me de ce temps.\u00a0\u00bb Et d\u2019ajouter\u00a0: \u00ab\u00a0\u00e0 cette heure o\u00f9 chacun d\u2019entre nous doit tendre l\u2019arc pour refaire ses preuves, conqu\u00e9rir, dans et contre l\u2019histoire, ce qu\u2019il poss\u00e8de d\u00e9j\u00e0, la maigre moisson de ses champs, le bref amour de cette terre,\u00a0\u00e0 l\u2019heure o\u00f9 na\u00eet enfin un homme, il faut laisser l\u2019\u00e9poque\u00a0\u00bb et s\u2019ouvrir au \u00ab\u00a0devenir\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0se corriger les uns les autres\u00a0\u00bb, afin qu\u2019advienne\u00a0 \u00ab\u00a0quelque chose\u00a0\u00bb qui \u00ab\u00a0a du sens, enfin, que nous devons conqu\u00e9rir sur le non-sens\u00a0\u00bb. C\u2019est ainsi que \u00ab\u00a0la r\u00e9volte s&rsquo;appuie sur le r\u00e9el pour s&rsquo;acheminer vers la v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb, afin de \u00ab\u00a0fai(re) avancer l&rsquo;histoire et soulage(r) la douleur des hommes\u00a0\u00bb. D\u00e8s lors, elle \u00ab\u00a0prouve\u00a0\u00bb qu\u2019elle \u00ab\u00a0est le mouvement m\u00eame de la vie et qu&rsquo;on ne peut la nier sans renoncer \u00e0 vivre. Son cri le plus pur, \u00e0 chaque fois, fait se lever un \u00eatre. Elle est donc amour et f\u00e9condit\u00e9 ou elle n&rsquo;est rien\u00a0\u00bb [4].<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>1 Voir sur ce point notre <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=54663\">billet 1<\/a>.<\/p>\n<p>2 Nous r\u00e9capitulons ici ce que nous avons dit dans les billets pr\u00e9c\u00e9dents.<\/p>\n<p>3 Michel Foucault, <i>Le gouvernement de soi et des<\/i> <i>autres I. et II.,<\/i> op. cit.<\/p>\n<p>4 <i>L\u2019homme r\u00e9volt\u00e9<\/i>, Gallimard, 1951, ici le dernier chapitre \u00ab\u00a0La pens\u00e9e de midi\u00a0\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le n\u00e9olib\u00e9ralisme consiste en un <i>fonctionnement<\/i> g\u00e9n\u00e9ral, \u00e0 la fois \u00e9conomique et financier, social et politique, m\u00e9diatique et individuel [1]. Il nous m\u00e8ne vers une souffrance et vers une destruction toujours plus g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. 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