{"id":55990,"date":"2013-07-04T23:08:13","date_gmt":"2013-07-04T21:08:13","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=55990"},"modified":"2013-07-04T23:08:13","modified_gmt":"2013-07-04T21:08:13","slug":"la-republique-des-consciences-par-bertrand-rouzies-leonardi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2013\/07\/04\/la-republique-des-consciences-par-bertrand-rouzies-leonardi\/","title":{"rendered":"<b>La R\u00e9publique des consciences<\/b>, par Bertrand Rouzi\u00e8s-Leonardi"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Le regain r\u00e9volutionnaire en \u00c9gypte provoque un grand embarras chez nos dirigeants d\u00e9mocratiquement \u00e9lus et chez les commentateurs condescendants qui voient dans les printemps arabes une forme larvaire de la d\u00e9mocratie dont nos \u00e9tats occidentaux repr\u00e9senteraient l&rsquo;imago, la forme achev\u00e9e. Coup d&rsquo;\u00c9tat, pas coup d&rsquo;\u00c9tat ? L&rsquo;arm\u00e9e est dans le\u00a0<i>coup,<\/i>\u00a0certes, mais il semble qu&rsquo;elle se rappelle assez son imp\u00e9ritie durant l&rsquo;int\u00e9rim Tantaoui pour s&rsquo;en tenir cette fois, sous r\u00e9serve d&rsquo;une man\u0153uvre machiav\u00e9lique, au r\u00f4le de simple adjuvant d&rsquo;une contestation populaire qui aura sans doute mis dans la rue plus de gens que le candidat Mohamed Morsi n&rsquo;avait rassembl\u00e9 d&rsquo;\u00e9lecteurs sous sa banni\u00e8re. Ne pourrait-on pas consid\u00e9rer plut\u00f4t, \u00e0 voir les chancelleries h\u00e9siter sur la qualification de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement, que la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9gyptienne a plusieurs trains d&rsquo;avance sur la n\u00f4tre ? La l\u00e9gitimit\u00e9, en d\u00e9mocratie, serait-elle herm\u00e9tiquement scell\u00e9e par les urnes jusqu&rsquo;au prochain scrutin ? Une victoire \u00e9lectorale aurait-elle valeur de blanc-seing, pour le ou les repr\u00e9sentant(s) qu&rsquo;elle d\u00e9signe, de permis de r\u00e9gner en ma\u00eetre(s) sans \u00eatre comptable de rien ? Pour cela, il faudrait que les \u00e9lus fussent aussi volontaires que volontaristes, infaillibles dans leur action au service du bien commun, d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9s dans leur gestion du bien public, il faudrait, en un mot, qu&rsquo;ils ne fussent pas des hommes. Des millions d&rsquo;\u00c9gyptiens, tous partis confondus (moins celui des Fr\u00e8res Musulmans, dont l&rsquo;ex-pr\u00e9sident Morsi \u00e9tait la cr\u00e9ature), se sont soulev\u00e9s, se sont \u00e9lev\u00e9s &#8211; car le gain en dignit\u00e9 est consid\u00e9rable &#8211; contre les injustices et cette d\u00e9nonciation des injustices fonde et assure pour l&rsquo;avenir la l\u00e9gitimit\u00e9 de leur r\u00e9volte, quelle qu&rsquo;en soit la fin.<\/p>\n<p><!--more-->Le devoir du citoyen n&rsquo;est pas seulement le devoir du vote, c&rsquo;est encore, c&rsquo;est\u00a0<i>surtout<\/i>\u00a0le devoir de veille. Les oies du Capitole patrouillent dans les rues du Caire. Les \u00c9gyptiens ont compris que la politique n&rsquo;intronise pas des demi-dieux, mais des hommes. Si la d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative \u00e9rige des pi\u00e9destaux, elle doit s&rsquo;obliger, par contrat, \u00e0 n&rsquo;y mettre que des gloires amovibles. Comme nous en sommes loin, sous nos latitudes ! Ce n&rsquo;est pas que nous ignorions le piteux \u00e9tat dans lequel se trouvent notre R\u00e9publique et, au-del\u00e0, l&rsquo;ensemble des d\u00e9mocraties associ\u00e9es dans le projet europ\u00e9en de libre-\u00e9change. Nous en sommes bien inform\u00e9s et les consciences grincent au point de se rendre audibles, comme le montre <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=55941\">la lettre de Jacques Seignan<\/a> au Pr\u00e9sident Hollande, que ce dernier devra recevoir, s&rsquo;il lui reste une once de jugeote, comme une ultime semonce, rumin\u00e9e un peu partout par les d\u00e9mocrates de gauche, de droite, du centre et de nulle part, et non comme une alarme isol\u00e9e. Non, la plupart d&rsquo;entre nous savent ce qui se pr\u00e9pare. Sachant cela, c&rsquo;est presque un crime plus odieux de ne rien entreprendre pour sauver la R\u00e9publique que de pr\u00eater main forte aux accapareurs qui la d\u00e9naturent et de trouver des excuses aux l\u00e2ches qui les laissent faire. Il est plus que temps de passer aux travaux pratiques, maintenant que le cri a \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9. Comment se d\u00e9gager de l&rsquo;infrad\u00e9mocratie ?<\/p>\n<p>\u00c0 partir d&rsquo;ici, je voudrais m&rsquo;appuyer sur un texte moins couru que\u00a0<i>1984,<\/i>\u00a0mais beaucoup plus secourable :\u00a0<i>De la d\u00e9sob\u00e9issance civile,<\/i>\u00a0d&rsquo;Henry David Thoreau, essai \u00ab v\u00e9cu \u00bb (l&rsquo;auteur a fait de la prison pour avoir refus\u00e9 de financer par l&rsquo;imp\u00f4t la guerre des \u00c9tats-Unis contre le Mexique) publi\u00e9 en 1849. Je vous en propose une synth\u00e8se pour que vous ne disiez pas que nous n&rsquo;avons aucune marge de man\u0153uvre. Thoreau nous rappelle que tout gouvernement n&rsquo;est, au mieux, qu&rsquo;une \u00ab utilit\u00e9 \u00bb. Un gouvernement \u00e9lu qui nous dit qu&rsquo;on ne peut pas faire autrement (TINA), qu&rsquo;il faut aller dans le sens de l&rsquo;histoire (celle \u00e9crite par les nouveaux conquistadores, omet-il de pr\u00e9ciser : la\u00a0<i>bloody success story<\/i>\u00a0de l&rsquo;\u00e9conomie libre de march\u00e9), qu&rsquo;on doit s&rsquo;accommoder d&rsquo;un syst\u00e8me dominant sous pr\u00e9texte qu&rsquo;il transforme des esclaves en travailleurs serviles, un gouvernement qui nous montre ses propres fers en disant : \u00ab Vous voyez ? Je dirige le balancement de la cha\u00eene \u00bb, ce gouvernement-l\u00e0 avoue son inutilit\u00e9 et doit \u00eatre d\u00e9savou\u00e9 sur-le-champ. Remarque : les Byzantins coupaient le nez ou crevaient les yeux des empereurs d\u00e9chus pour leur interdire de remonter sur le tr\u00f4ne, la mutilation \u00e9tant per\u00e7ue comme le signe d&rsquo;une inaptitude \u00e0 gouverner. Il faut regarder nos dirigeants comme des princes manchots et culs-de-jatte qui indiquent le cap \u00e0 suivre avec leurs moignons et nous pensent immobiles quand c&rsquo;est l&rsquo;effet de leurs emp\u00eachements qu&rsquo;ils d\u00e9couvrent en nous.<\/p>\n<p>Thoreau note qu&rsquo;il est tr\u00e8s facile \u00e0 un groupe restreint de faire d\u00e9vier, voire de subvertir le programme d&rsquo;un gouvernement avant que ceux qui l&rsquo;ont \u00e9lu puissent faire quoi que ce soit par les voies ordinaires. Il d\u00e9plore que le peuple se laisse prendre aux \u00ab p\u00e9tarades \u00bb de la repr\u00e9sentation d\u00e9mocratique &#8211; version moderne : les ors de la R\u00e9publique &#8211; qui pr\u00e9figurent les p\u00e9tarades des aventures militaires. Il ne dit pas : \u00ab Point de gouvernement \u00bb ; il dit : \u00ab Que chacun, au lieu de maugr\u00e9er dans son coin, fasse conna\u00eetre l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il se fait d&rsquo;un meilleur gouvernement. \u00bb Il proclame la sienne, qui est celle d&rsquo;un objecteur de conscience : \u00ab Ne peut-il exister de gouvernement o\u00f9 ce ne seraient pas les majorit\u00e9s qui trancheraient du bien ou du mal, mais la conscience ? O\u00f9 les majorit\u00e9s ne trancheraient que des questions justiciables de la r\u00e8gle d&rsquo;opportunit\u00e9 ? Le citoyen doit-il jamais un instant abdiquer sa conscience au l\u00e9gislateur ? \u00c0 quoi bon la conscience individuelle alors ? \u00bb Au-dessus de la loi, qui peut \u00eatre instrumentalis\u00e9e et voir ses agents mu\u00e9s en \u00ab commis de l&rsquo;injustice \u00bb, Thoreau place le bien. Cette \u00ab obligation \u00bb du bien est ce qui le pousse \u00e0 \u00eatre un homme, avant que d&rsquo;\u00eatre un sujet, et \u00e0 ne pas traiter en sujets les autres hommes. Il en tire une d\u00e9finition de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 toute personnelle : \u00ab Si je me livre \u00e0 d&rsquo;autres activit\u00e9s, \u00e0 d&rsquo;autres projets, il me faudrait au moins veiller d&rsquo;abord \u00e0 ne pas les poursuivre juch\u00e9 sur les \u00e9paules d&rsquo;autrui. Je dois d&rsquo;abord en descendre pour permettre \u00e0 mon prochain de poursuivre, lui aussi, ses projets. \u00bb Le combat pour l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 n&rsquo;est pas un combat pour l&rsquo;aplatissement. L&rsquo;\u00e9galit\u00e9 nettoie le ciel des empilements hi\u00e9rarchiques afin que chacun puisse dresser ses \u00e9chelles et d\u00e9crocher la lune.<\/p>\n<p>La figure inverse, sym\u00e9trique, de notre long d\u00e9ni des souffrances engendr\u00e9es par notre mod\u00e8le politico-\u00e9conomique, c&rsquo;est la \u00ab conscience \u00bb promue par Thoreau. Qu&rsquo;est-ce que cette conscience ? C&rsquo;est une connaissance sur soi, sur le monde, sur soi dans le monde que l&rsquo;on acquiert ensemble, par un frottement continuel qui n&rsquo;use pas, qui n&rsquo;abuse pas, qui ne ruse pas. \u00ab On a dit assez justement qu&rsquo;un groupement d&rsquo;hommes n&rsquo;a pas de conscience, mais un groupement d&rsquo;hommes consciencieux devient un groupement dou\u00e9 de conscience. \u00bb Transpos\u00e9e dans l&rsquo;imaginaire r\u00e9publicain fran\u00e7ais, la conscience serait ce qui fait tenir ensemble, par le trait d&rsquo;union de l&rsquo;intelligence du c\u0153ur, et non de \u00ab l&rsquo;intellect \u00bb calculateur, la libert\u00e9, l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 et la fraternit\u00e9. Libert\u00e9 en conscience, \u00e9galit\u00e9 en conscience, fraternit\u00e9 en conscience. L&rsquo;exact contraire de la devise automatique qui s&rsquo;apprend et ne se vit point. Thoreau compare le b\u00e9tail civique qui sacrifie \u00e0 la loi avant de sacrifier au bien \u00e0 \u00ab une file de militaires, colonel, capitaine, caporal et simples soldats, enfants de troupe et toute la clique, marchant au combat par monts et par vaux dans un ordre admirable contre leur gr\u00e9, que dis-je ? contre leur bon sens et contre leur conscience, ce qui rend cette marche fort \u00e2pre en v\u00e9rit\u00e9 et \u00e9prouvante pour le c\u0153ur. Ils n&rsquo;en doutent pas le moins du monde : c&rsquo;est une vilaine affaire que celle o\u00f9 ils sont engag\u00e9s. Ils ont tous des dispositions pacifiques. Or, que sont-ils ? Des hommes vraiment ? ou bien des petits fortins, des magasins ambulants au service d&rsquo;un personnage sans scrupules qui d\u00e9tient le pouvoir ? \u00bb Thoreau ajoute aux droits de l&rsquo;homme et du citoyen un droit \u00e0 la r\u00e9volte et d\u00e9crit deux actions qui devraient, selon lui, amener un individu \u00e0 l&rsquo;exercer : \u00ab [L]orsqu&rsquo;un sixi\u00e8me de la population d&rsquo;une nation qui se pr\u00e9tend le havre de la libert\u00e9 est compos\u00e9 d&rsquo;esclaves (les \u00c9tats-Unis), et que tout un pays (le Mexique) est injustement envahi et conquis par une arm\u00e9e \u00e9trang\u00e8re et soumis \u00e0 la loi martiale, je pense qu&rsquo;il n&rsquo;est pas trop t\u00f4t pour les honn\u00eates gens de se soulever et de passer \u00e0 la r\u00e9volte. \u00bb Appliqu\u00e9 \u00e0 notre situation pr\u00e9sente, cela donnerait : \u00ab Lorsque 1 % de la population d\u00e9tient 42 % des richesses et que de nombreux pays pr\u00e9tendument libres et d\u00e9mocratiques voient leurs infrastructures d&rsquo;utilit\u00e9 publique, leurs administrations et leurs services \u00e0 la collectivit\u00e9 privatis\u00e9s ou r\u00e9duits \u00e0 la portion congrue avec la complicit\u00e9 de leurs repr\u00e9sentants, je pense qu&rsquo;il n&rsquo;est pas trop t\u00f4t pour les honn\u00eates gens de se soulever et de passer \u00e0 la r\u00e9volte. \u00bb<\/p>\n<p>Nul besoin, pour signifier qu&rsquo;on se r\u00e9volte, de piller les d\u00e9p\u00f4ts d&rsquo;armes et de marcher sur la Bastille. La r\u00e9volte commence d\u00e8s lors que les \u00ab honn\u00eates gens \u00bb sautent de la d\u00e9ploration \u00e0 l&rsquo;action, du \u00ab\u00a0tout va mal\u00a0\u00bb \u00e0 \u00ab\u00a0faisons ce qui est bien\u00a0\u00bb. Ce bond est le commencement du bien : \u00ab Il y a des milliers de gens qui par principe s&rsquo;opposent \u00e0 l&rsquo;esclavage et \u00e0 la guerre mais qui en pratique ne font rien pour y mettre un terme ; qui se proclamant h\u00e9ritiers de Washington ou de Franklin, restent plant\u00e9s les mains dans les poches \u00e0 dire qu&rsquo;ils ne savent que faire et ne font rien ; qui m\u00eame subordonnent la question de la libert\u00e9 \u00e0 celle du libre \u00e9change et lisent, apr\u00e8s d\u00eener, les nouvelles de la guerre du Mexique avec la m\u00eame placidit\u00e9 que les cours de la Bourse et peut-\u00eatre, s&rsquo;endorment sur les deux. Quel est le cours d&rsquo;un honn\u00eate homme et d&rsquo;un patriote aujourd&rsquo;hui ? On tergiverse, on d\u00e9plore et quelquefois on p\u00e9titionne, mais on n&rsquo;entreprend rien de s\u00e9rieux ni d&rsquo;effectif. On attend, avec bienveillance, que d&rsquo;autres rem\u00e9dient au mal, afin de n&rsquo;avoir plus \u00e0 le d\u00e9plorer. Tout au plus, offre-t-on un vote bon march\u00e9, un maigre encouragement, un \u00ab Dieu vous assiste \u00bb \u00e0 la justice quand elle passe. Il y a 999 d\u00e9fenseurs de la vertu pour un seul homme vertueux. \u00bb La tol\u00e9rance aux crimes commis par l&rsquo;\u00c9tat contre la collectivit\u00e9, pr\u00e9vient Thoreau, nous conduit imperceptiblement \u00e0 les laisser glisser du plan de l&rsquo;immoralit\u00e9 vers celui de l&rsquo;amoralit\u00e9. On sait \u00e0 quels exc\u00e8s l&rsquo;\u00e9conomie s&rsquo;est port\u00e9e en s&rsquo;autorisant d&rsquo;un tel glissement.<\/p>\n<p>Thoreau ne croit pas \u00e0 la vertu du vote : \u00ab Voter pour ce qui est juste, ce n&rsquo;est rien faire pour la justice \u00bb, car c&rsquo;est abandonner au hasard le soin de d\u00e9cider. Il croit bien plus \u00e0 la vertu de l&rsquo;exemple. \u00catre citoyen, c&rsquo;est d&rsquo;abord l&rsquo;\u00eatre dans sa vie.<\/p>\n<p>La d\u00e9sob\u00e9issance civile n&rsquo;a de sens que si elle couronne une citoyennet\u00e9 active. Pour Thoreau, la d\u00e9sob\u00e9issance civile a pris la forme d&rsquo;une gr\u00e8ve de l&rsquo;imp\u00f4t : \u00ab D&rsquo;aucuns requi\u00e8rent l&rsquo;\u00c9tat de dissoudre l&rsquo;Union, de passer outre aux injonctions du Pr\u00e9sident. Pourquoi ne pas la dissoudre eux-m\u00eames &#8211; l&rsquo;union entre eux et l&rsquo;\u00c9tat en refusant de verser leur quote-part au Tr\u00e9sor ? N&rsquo;ont-ils pas vis-\u00e0-vis de l&rsquo;\u00c9tat la m\u00eame relation que l&rsquo;\u00c9tat vis-\u00e0-vis de l&rsquo;Union ? Et les m\u00eames raisons qui les ont emp\u00each\u00e9s de r\u00e9sister \u00e0 l&rsquo;Union, ne les ont-elles pas emp\u00each\u00e9s de r\u00e9sister \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat ? \u00bb La gr\u00e8ve de l&rsquo;imp\u00f4t, dans le moment pr\u00e9sent, pourrait signifier deux choses : que nous d\u00e9sapprouvons l&rsquo;actuelle r\u00e9partition des recettes fiscales et des \u00e9conomies budg\u00e9taires entre les postes et que nous entendons priver de ses moyens un \u00c9tat qui les utilise moins pour maintenir et am\u00e9liorer ses services de compensation sociale que pour liquider toute id\u00e9e de service. Deux options s&rsquo;offrent au d\u00e9sob\u00e9issant : refus motiv\u00e9 de payer l&rsquo;imp\u00f4t sur le revenu, avec provisionnement notifi\u00e9 de la somme demand\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 ce que l&rsquo;\u00e9tat de justice prime\u00a0<i>dans les faits<\/i>\u00a0l&rsquo;\u00e9tat de droit ; limitation de la consommation aux biens essentiels, de fa\u00e7on \u00e0 faire s&rsquo;effondrer les recettes de la TVA, qui repr\u00e9sente 47 % du total des recettes fiscales, soit le plus gros rendement (solution alternative : un accord est pass\u00e9 entre associations de consommateurs et associations de commer\u00e7ants pour ne pas reverser la TVA \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat, les sommes dues \u00e9tant provisionn\u00e9es). Les m\u00eames exigences pourront \u00eatre formul\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelon local d&rsquo;imposition. L&rsquo;important, comme l&rsquo;\u00e9crit Thoreau, est de dire pourquoi l&rsquo;on d\u00e9sob\u00e9it. Pour ma part, je consid\u00e8re que l&rsquo;aspiration \u00e0 plus de justice est une justification suffisante et l\u00e9gitime. Les fonctionnaires \u00e9tant concern\u00e9s au premier chef par la baisse des recettes fiscales, la machine de l&rsquo;\u00c9tat risque de s&rsquo;enrayer par l\u00e0, m\u00eame si la police et l&rsquo;arm\u00e9e seraient\u00a0<i>a priori<\/i>\u00a0les derniers secteurs \u00e0 en souffrir. Thoreau pense que les serviteurs de l&rsquo;\u00c9tat ont un r\u00f4le essentiel \u00e0 jouer : \u00ab Si le percepteur ou quelque autre fonctionnaire me demande, comme ce fut le cas : \u00ab Mais que dois-je faire ? \u00bb, je lui r\u00e9ponds : \u00ab Si vous voulez vraiment faire quelque chose, d\u00e9missionnez ! \u00bb Quand le sujet a refus\u00e9 ob\u00e9issance et que le fonctionnaire d\u00e9missionne, alors la r\u00e9volution est accomplie. \u00bb Sans aller jusqu&rsquo;\u00e0 cette extr\u00e9mit\u00e9, une obstruction coordonn\u00e9e de tous les services, \u00e0 tous les niveaux de d\u00e9cision, aurait un gros impact sur l&rsquo;ex\u00e9cution des t\u00e2ches. Comme il convient de mettre \u00e0 bas un syst\u00e8me de gouvernance et non l&rsquo;\u00c9tat lui-m\u00eame, il ne faut pas n\u00e9gliger de s&rsquo;attaquer dans le m\u00eame temps, pour plus d&rsquo;efficacit\u00e9, au maillon faible de l&rsquo;\u00e9conomie globale totalitaire, \u00e0 savoir le secteur bancaire.\u00a0<i>Too big to fail<\/i>\u00a0? \u00c0 voir. On se rappelle la mini panique provoqu\u00e9e par l&rsquo;appel d&rsquo;\u00c9ric Cantona \u00e0 vider nos comptes en banque. On pourrait ajouter, comme mesure radicale, l&rsquo;\u00e9vitement, sauf n\u00e9cessit\u00e9 absolue, du cr\u00e9dit, ce qui passe, s&rsquo;agissant par exemple de l&rsquo;immobilier, par une d\u00e9nonciation de l&rsquo;injonction \u00e0 devenir tous propri\u00e9taires. C&rsquo;est nous qui tenons les banques, et pas l&rsquo;inverse. D&rsquo;aucuns qualifieront ces pr\u00e9conisations d&rsquo;irresponsables, mais il me para\u00eet infiniment plus irresponsable de ne toucher \u00e0 rien quand l&rsquo;humanit\u00e9 saigne aux parties vitales.<\/p>\n<p>Il va de soi que de telles actions, surtout si elles ne parvenaient pas \u00e0 s&rsquo;articuler, remettraient en question, tout le temps que durerait la r\u00e9volte, ce qu&rsquo;il nous reste de confort. Quant \u00e0 moi, je n&rsquo;ai pas grand-chose \u00e0 perdre. Je fais partie des pr\u00e9caires. D&rsquo;autres croient avoir beaucoup \u00e0 perdre parce qu&rsquo;ils ont une petite place. Ils ne voient pas ou feignent de ne pas voir que cette place est grignot\u00e9e de tous les c\u00f4t\u00e9s. Commencer \u00e0 calculer ses pertes quand tout s&rsquo;effondre, cela revient \u00e0 se glorifier d&rsquo;\u00eatre parmi les derniers \u00e0 mourir. Plus nous tardons \u00e0 renverser la table, plus il y a de chances qu&rsquo;elle nous \u00e9crase en s&rsquo;affaissant sur nous. Et puisqu&rsquo;il faut d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ce qu&rsquo;on met \u00e0 la place du monstre qu&rsquo;on abat, m\u00e9ditons sur la R\u00e9publique des consciences telle que la r\u00eavait Thoreau, il y a plus de 160 ans : \u00ab Je me plais \u00e0 imaginer un \u00c9tat [&#8230;] qui se permettrait d&rsquo;\u00eatre juste pour tous et de traiter l&rsquo;individu avec respect, en voisin ; qui m\u00eame ne trouverait pas incompatible avec son repos que quelques-uns choisissent de vivre en marge, sans se m\u00ealer des affaires du gouvernement ni se laisser \u00e9treindre par lui, du moment qu&rsquo;ils rempliraient tous les devoirs envers les voisins et leurs semblables. Un \u00c9tat, qui porterait ce genre de fruit et accepterait qu&rsquo;il tomb\u00e2t sit\u00f4t m\u00fbr, ouvrirait la voie \u00e0 un \u00c9tat encore plus parfait, plus splendide, que j&rsquo;ai imagin\u00e9 certes, mais encore vu nulle part. \u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le regain r\u00e9volutionnaire en \u00c9gypte provoque un grand embarras chez nos dirigeants d\u00e9mocratiquement \u00e9lus et chez les commentateurs condescendants qui voient dans les printemps arabes une forme larvaire de la d\u00e9mocratie dont nos \u00e9tats occidentaux repr\u00e9senteraient l&rsquo;imago, la forme achev\u00e9e. Coup d&rsquo;\u00c9tat, pas coup d&rsquo;\u00c9tat ? 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