{"id":56604,"date":"2013-07-24T17:17:20","date_gmt":"2013-07-24T15:17:20","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=56604"},"modified":"2013-07-24T17:17:20","modified_gmt":"2013-07-24T15:17:20","slug":"sept-ans-de-crise-economique-par-bruno-colmant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2013\/07\/24\/sept-ans-de-crise-economique-par-bruno-colmant\/","title":{"rendered":"<b>SEPT ANS DE CRISE \u00c9CONOMIQUE<\/b>, par Bruno Colmant"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>\nBillet invit\u00e9. Bruno Colmant est un \u00e9conomiste belge. Entre autres fonctions qu&rsquo;il a exerc\u00e9es, il a \u00e9t\u00e9 chef de cabinet du ministre des Finances et Vice-Premier ministre belge, le lib\u00e9ral\u00a0<a title=\"Didier Reynders\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Didier_Reynders\">Didier Reynders<\/a>. L\u2019opinion publique belge nous situe spontan\u00e9m\u00e9nt, lui et moi, aux p\u00f4les oppos\u00e9s de l\u2019\u00e9chiquier politique. Nous nous consultons cependant souvent en raison du respect que nous avons l\u2019un pour l\u2019autre pour ce qui touche \u00e0 la compr\u00e9hension des questions financi\u00e8res. En f\u00e9vrier dernier, nous avons co-sign\u00e9 une tribune libre dans le quotidien La Libre Belgique\u00a0:\u00a0<a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=50350\">2013 : LE D\u00c9FI DES DETTES PUBLIQUES<\/a>. Le texte qui suit a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 le 23 juillet dans la version imprim\u00e9e du quotidien belge <a href=\"http:\/\/www.lecho.be\/\">L\u2019\u00c9cho<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>C&rsquo;est dans une compl\u00e8te indiff\u00e9rence, en ao\u00fbt 2006 que les premiers tressaillements de ce qu&rsquo;on appellerait la \u00ab\u00a0crise des subprimes\u00a0\u00bb se firent sentir. Cela fait donc sept ans que le monde occidental a tr\u00e9buch\u00e9 sur lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Sept ans, c&rsquo;est long. Cela marque la fin d&rsquo;une \u00e9poque, celle de l&rsquo;insouciance d&rsquo;une mondialisation qu&rsquo;on croyait heureuse et qu&rsquo;on avait confondue avec le si\u00e8cle des colonies. \u00a0Cela donne le temps de pulv\u00e9riser les bourses et les banques fragiles, de voir une \u00e9conomie s&rsquo;effondrer et d&rsquo;assister \u00e0 une l\u00e9vitation des dettes publiques. Cela permet aussi de s&rsquo;interroger sur la finitude d&rsquo;un mod\u00e8le de croissance par endettement public et d&rsquo;une monnaie unique qui ne convainc d\u00e9sormais plus la majorit\u00e9 des citoyens.<\/p>\n<p>Sept ans, c&rsquo;est aussi la num\u00e9rologie biblique qui r\u00e9v\u00e8le un nouveau monde, c&rsquo;est-\u00e0-dire la jeunesse au ch\u00f4mage, alors que nos populations vieillissantes s&rsquo;inqui\u00e8tent de la protection de leurs avantages. C&rsquo;est le moment de s&rsquo;interroger sur la justice de nos soci\u00e9t\u00e9s, qui choisissent en Europe de privil\u00e9gier le symbole mon\u00e9taire au d\u00e9triment du travail. Pourtant, n&rsquo;est-ce pas impudique que tol\u00e9rer un ch\u00f4mage massif des jeunes, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;annihilation de toute la cr\u00e9ativit\u00e9 et de l&rsquo;entreprenariat, tout en imposant une mise \u00e0 l&#8217;emploi des travailleurs \u00e2g\u00e9s malgr\u00e9 l&rsquo;immense basculement technologique qui, trop souvent, les d\u00e9passe ? Et n&rsquo;y a-t-il pas quelque chose d&rsquo;ind\u00e9cent, voire de compl\u00e8tement erron\u00e9, \u00e0 imposer dans les pays du Sud, par froide surench\u00e8re politique de la Commission Europ\u00e9enne, des contextes d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 au milieu d&rsquo;une terrible r\u00e9cession ? Et finalement, est-ce correct de prot\u00e9ger une monnaie forte par un emploi faible, puisque l&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 budg\u00e9taire conduit, dans les pays du Sud, \u00e0 des taux de ch\u00f4mage sup\u00e9rieurs \u00e0 ceux des ann\u00e9es Trente ?<\/p>\n<p><!--more-->Sept ans, \u00e7a use aussi le verbe de ceux qui avaient jet\u00e9 l&rsquo;opprobre sur le syst\u00e8me financier, tout en oubliant que les Etats complaisants ont aussi \u00e9t\u00e9 d\u00e9pass\u00e9s par leur propre endettement. C&rsquo;est aussi un terme suffisant pour attester que certains anciens responsables bancaires se sont \u00e9gar\u00e9s, non pas tant dans des strat\u00e9gies hasardeuses, que dans l&rsquo;oubli de la responsabilit\u00e9 soci\u00e9tale du bien commun qu&rsquo;ils g\u00e8rent et fabriquent : la monnaie.<\/p>\n<p>Sept ans, c&rsquo;est le temps de l&rsquo;introspection. D\u00e9sormais, on sent, chez les responsables politiques au long cours, un profond malaise. Ils se sont signal\u00e9s dans une \u00e9conomie prosp\u00e8re dont ils peinent \u00e0 assumer le d\u00e9labrement. Il en est de m\u00eame pour les signataires du Trait\u00e9 de Maastricht: ils ont imagin\u00e9 une monnaie nouvelle sans en assurer les fondements budg\u00e9taires, un peu comme si on criait na\u00efvement victoire avant d&rsquo;avoir d\u00e9clar\u00e9 la guerre. En 2012, les architectes de l&rsquo;euro ont d&rsquo;ailleurs f\u00eat\u00e9 dans l&rsquo;ombre les 20 ans de leur construction mon\u00e9taire, comme des dirigeants d\u00e9faits que seul l&rsquo;exil rapproche encore. D&rsquo;ailleurs, la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration ne comprend pas qu&rsquo;on ait pu invoquer la paix europ\u00e9enne pour justifier une monnaie qui terrasse les \u00e9conomies faibles. Pour cette g\u00e9n\u00e9ration, le temps des guerres \u00e9tait r\u00e9volu avant sa naissance. Au reste, la formulation politique de l&rsquo;Europe inqui\u00e8te, non pas tant par son d\u00e9ficit de vision \u00e9conomique que par le manque d&rsquo;enracinement de son discours dans les r\u00e9alit\u00e9s des peuples. Qu&rsquo;on la qualifie de n\u00e9olib\u00e9rale ou de sociale-d\u00e9mocrate, cette Europe laisse autant sceptique que les vieux dogmes politiques.<\/p>\n<p>Il y a\u00a0 30 ans, nous avons commenc\u00e9 \u00e0 endetter collectivement nos pays pour adoucir la transition vers l&rsquo;\u00e9conomie des services, tr\u00e8s diff\u00e9rente du contexte industriel. Nous esp\u00e9rions que la d\u00e9mographie et la productivit\u00e9 futures nous extirperaient sans douleur d&rsquo;une dette publique qui enflait. \u00a0Malheureusement, cet espoir de l&rsquo;Etat-providence qui se rembourse tout seul aurait exig\u00e9 une \u00e9conomie g\u00e9ographiquement statique. C&rsquo;\u00e9tait sans compter la mondialisation qui d\u00e9place le progr\u00e8s et la croissance au gr\u00e9 de l&rsquo;ouverture des peuples et des march\u00e9s.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, nous entamons une nouvelle transition qui est celle de l&rsquo;inventivit\u00e9 technologique et de la lib\u00e9ration de la cr\u00e9ativit\u00e9. Cette transition technologique sera celle de la jeunesse. C&rsquo;est pour cela que nous ne pouvons pas l&rsquo;accabler sous un ch\u00f4mage \u00e9touffant car ce serait la triste illustration que les baby-boomers d&rsquo;apr\u00e8s guerre ne lui auront pas pass\u00e9 le relais de la croissance. Confront\u00e9s \u00e0 un monde en ruine, ils se seraient limit\u00e9s \u00e0 le rendre cribl\u00e9 de dettes.<\/p>\n<p>Le pass\u00e9 ne se remplace pas : il se dissipe. Cette crise ne finira jamais. Il n&rsquo;y aura pas un \u00ab\u00a0apr\u00e8s\u00a0\u00bb fantasmatique au terme duquel nos communaut\u00e9s retrouveront le pass\u00e9. Il n&rsquo;y aura pas de restauration des r\u00e9gimes anciens, ni aucun retour aux bases stabilis\u00e9es d&rsquo;une \u00e9conomie pr\u00e9c\u00e9dente.<\/p>\n<p>En fait, cette crise ne peut pas finir car elle est devenue elle-m\u00eame le fil de l&rsquo;histoire, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;interpellation continue du si\u00e8cle pr\u00e9c\u00e9dent. Et c&rsquo;est peut-\u00eatre cela, la terrible le\u00e7on du choc de 2006-2013 : nous avons, pendant tr\u00e8s longtemps, cru pouvoir nous raccrocher \u00e0 une \u00e9poque que seule la croissance d&rsquo;apr\u00e8s-guerre avait autoris\u00e9, au travers de la r\u00e9paration du monde que nos a\u00efeux avaient mutil\u00e9.<\/p>\n<p>Sept ans et une crise qui ne finit pas, c&rsquo;est le moment de tourner la page du vingti\u00e8me si\u00e8cle et reconna\u00eetre que les rentes d&rsquo;id\u00e9es sont viag\u00e8res. C&rsquo;est le terme d&rsquo;une p\u00e9nible mue de la lointaine soci\u00e9t\u00e9 des services vers le monde de l&rsquo;\u00e9change instantan\u00e9.<\/p>\n<p>Sept ans, c&rsquo;est peut-\u00eatre, aussi, le moment de poser la question des temps nouveaux et de constater qu&rsquo;un univers moderne se dresse, sans qu&rsquo;on l&rsquo;ait pressenti, ni conjur\u00e9. Cet univers, qui ne pourra passer que par la jeunesse &#8211; \u00e0 laquelle il faut sacrifier beaucoup-, reste \u00e0 r\u00e9inventer. Partout, pour son bien-\u00eatre ou sa libert\u00e9 de pens\u00e9e, la jeunesse revendique son autonomie. Nous ne pouvons pas l&rsquo;ignorer.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p> Billet invit\u00e9. Bruno Colmant est un \u00e9conomiste belge. 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