{"id":56961,"date":"2013-08-03T18:19:55","date_gmt":"2013-08-03T16:19:55","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=56961"},"modified":"2013-08-03T18:19:55","modified_gmt":"2013-08-03T16:19:55","slug":"bartleby-et-la-resistance-passive-par-jacques-emile-miriel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2013\/08\/03\/bartleby-et-la-resistance-passive-par-jacques-emile-miriel\/","title":{"rendered":"<b>\u00ab Bartleby \u00bb et la r\u00e9sistance passive<\/b>, par Jacques-\u00c9mile Miriel"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p><i>Bartleby le Scribe <\/i>de Herman Melville est une histoire stup\u00e9fiante. Elle se d\u00e9roule vers 1850 au c\u0153ur m\u00eame du monde des affaires, \u00e0 Wall Street. Ce lieu \u00e0 lui seul symbolise la puissance en mati\u00e8re \u00e9conomique. Nous sommes dans le cabinet d\u2019un avou\u00e9, c\u2019est d\u2019ailleurs lui le narrateur. A pr\u00e8s de soixante ans, cet Am\u00e9ricain fait figure de philanthrope et d\u2019humaniste. Il aime le travail, comme il le laisse entendre au d\u00e9but du r\u00e9cit. Son \u00e9tude \u00e9tant prosp\u00e8re, il d\u00e9cide d\u2019embaucher un nouvel employ\u00e9, un \u00ab\u00a0scribe\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire un \u00ab\u00a0copiste de pi\u00e8ces juridiques\u00a0\u00bb (en anglais un <i>law-copyist<\/i>). Apparemment, il n\u2019y a qu\u2019une unique candidature, imm\u00e9diatement accept\u00e9e par l\u2019avou\u00e9. Ainsi appara\u00eet, comme de nulle part, Bartleby. Voici comment nous est pr\u00e9sent\u00e9e la chose\u00a0:<\/p>\n<p>A la suite de l\u2019annonce que j\u2019ins\u00e9rai, un jeune homme immobile (<i>a motionless young man<\/i>) apparut un matin sur le seuil de mon \u00e9tude (nous \u00e9tions en \u00e9t\u00e9 et la porte \u00e9tait ouverte). Je vois encore cette silhouette lividement propre, pitoyablement respectable, incurablement abandonn\u00e9e\u00a0! (<i>I can see that figure now \u2013 pallidly neat, pitiably respectable, incurably forlorn\u00a0!<\/i>) C\u2019\u00e9tait Bartleby.<\/p>\n<p>Cette premi\u00e8re description de Bartleby pourrait sembler \u00e0 juste titre d\u00e9favorable. N\u00e9anmoins, par un raisonnement tout personnel, l\u2019avou\u00e9 estime que ce candidat conviendra au poste qu\u2019il offre. Nous verrons qu\u2019\u00e0 chaque \u00e9tape de l\u2019histoire, l\u2019homme de loi \u00e9prouve une tendance irr\u00e9sistible \u00e0 justifier Bartleby. Se contredisant presque d\u2019un paragraphe \u00e0 l\u2019autre, le voil\u00e0 maintenant qui affirme que ce nouvel employ\u00e9, \u00ab\u00a0un homme d\u2019aspect aussi singuli\u00e8rement rassis\u00a0\u00bb (<i>a man of so singularly sedate an aspect<\/i>), aura une \u00ab\u00a0influence salutaire\u00a0\u00bb sur les autres scribes de l\u2019\u00e9tude, et qu\u2019il sera par cons\u00e9quent un v\u00e9ritable atout dans l\u2019\u00e9quipe.<\/p>\n<p><!--more-->L\u2019avou\u00e9 ne demande pas \u00e0 Bartleby de s\u2019\u00e9tendre sur ses r\u00e9f\u00e9rences professionnelles. L\u2019\u00ab\u00a0entretien d\u2019embauche\u00a0\u00bb, si on peut l\u2019appeler ainsi, ne dure que quelques instants, et peu de paroles sont \u00e9chang\u00e9es (avec Bartleby, il faudra s\u2019y habituer)\u00a0:<\/p>\n<p>Apr\u00e8s quelques mots touchant ses capacit\u00e9s (<i>his qualifications<\/i>), je l\u2019engageai&#8230;<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s cette remarque, le contrat (ou plut\u00f4t, la convention) entre les deux protagonistes reste tr\u00e8s succinct. La relation professionnelle, qui s\u2019\u00e9tablit d\u00e8s le commencement, n\u2019est pas juridiquement claire, mais vague et informul\u00e9e. Elle va par la suite s\u2019ordonner en fonction de l\u2019attitude de Bartleby, sans que l\u2019avou\u00e9 puisse s\u2019y opposer. On peut en somme parler d\u2019une sorte de \u00ab\u00a0contrat \u00e9volutif\u00a0\u00bb, qui r\u00e9pond au travail, ou au non-travail, effectu\u00e9 par Bartleby. Nous verrons que c\u2019est Bartleby (au grand dam de l\u2019avou\u00e9) qui impose de fait la teneur de ses prestations, ou non-prestations. C\u2019est lui qui d\u00e9cide ce qu\u2019il \u00ab\u00a0pr\u00e9f\u00e8re\u00a0\u00bb faire, ou ne pas faire, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019immobilit\u00e9 totale.<\/p>\n<p align=\"center\">***<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0 La disposition architecturale des lieux joue un r\u00f4le important, m\u00e9tonymique, dans <i>Bartleby<\/i>. La description des b\u00e2timents, en quelques lignes et mots significatifs, suffit \u00e0 souligner une atmosph\u00e8re d\u00e9j\u00e0 carc\u00e9rale. On est cern\u00e9 de tous c\u00f4t\u00e9s par des murs. <i>Bartleby <\/i>est selon Melville \u00ab\u00a0une histoire de Wall Street\u00a0\u00bb. Le terme anglais <i>wall<\/i>, \u00ab\u00a0mur\u00a0\u00bb, se retrouve dans presque toutes les descriptions. A chaque tournant du texte, on se heurte \u00e0 un mur. Voici comment l\u2019avou\u00e9 nous pr\u00e9sente ses bureaux\u00a0:<\/p>\n<p>A l\u2019une des extr\u00e9mit\u00e9s, ils donnaient sur le mur blanc (<i>upon the white wall<\/i>) d\u2019une spacieuse cage vitr\u00e9e parcourant l\u2019immeuble de haut en bas.<\/p>\n<p>A l\u2019autre extr\u00e9mit\u00e9, la situation est encore plus grave\u00a0:<\/p>\n<p>mes fen\u00eatres donnaient sur la vue imprenable d\u2019un haut mur de brique noirci par l\u2019\u00e2ge et par une ombre sempiternelle (<i>an unobstructed view of a lofty brick wall, black by age and everlasting shade<\/i>)<\/p>\n<p>L\u2019espace est ainsi d\u00e9limit\u00e9 par deux murs, qui oblit\u00e8rent plus ou moins la diffusion de la lumi\u00e8re. Nous sommes \u00ab\u00a0\u00e0 l\u2019ombre\u00a0\u00bb. L\u2019expression utilis\u00e9e par l\u2019avou\u00e9, <i>unobstructed view<\/i>, est une antiphrase ironique. Il sait que son immeuble ressemble \u00e9trangement \u00e0 un \u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire. D\u2019ailleurs, au d\u00e9but, une \u00e9vocation rapide des \u00ab\u00a0Tombes\u00a0\u00bb, la prison centrale de New York, est comme le signe annonciateur du d\u00e9nouement du destin de Bartleby. On peut donc remarquer que, dans les bureaux de l\u2019avou\u00e9, Bartleby subit un milieu, un climat, une atmosph\u00e8re qui co\u00efncident avec sa personnalit\u00e9 morale. Sa pr\u00e9sence physique m\u00eame, si singuli\u00e8re, r\u00e9v\u00e8le en outre, comme une \u00e9vidence aux yeux de tous, l\u2019enfermement qu\u2019aucun ne sentait encore, mais que chacun, gr\u00e2ce \u00e0 lui, va d\u00e9sormais \u00e9prouver confus\u00e9ment.<\/p>\n<p>L\u2019isolement (pour ainsi dire\u00a0: la r\u00e9clusion) de Bartleby est confirm\u00e9e quand l\u2019avou\u00e9 lui indique l\u2019endroit qu\u2019il devra occuper. Un \u00ab\u00a0pupitre\u00a0\u00bb (<i>desk<\/i>) est install\u00e9 \u00ab\u00a0tout contre une fen\u00eatre lat\u00e9rale\u00a0\u00bb. Cette fen\u00eatre, toute petite, est plut\u00f4t une sorte de lucarne, dont la vue est \u00e9videmment bouch\u00e9e par un nouveau mur\u00a0:<\/p>\n<p>Un mur se dressait \u00e0 trois pieds des vitres et le jour tombait de tr\u00e8s haut entre deux \u00e9difices altiers comme d\u2019une toute petite ouverture pratiqu\u00e9e dans un d\u00f4me.<\/p>\n<p>Le pupitre de Bartleby se trouve dans la pi\u00e8ce o\u00f9 travaille l\u2019avou\u00e9 (les autres scribes de l\u2019\u00e9tude se tenant dans une salle contigu\u00eb). L\u2019avou\u00e9 estime que de cette mani\u00e8re il recourra plus facilement aux services de Bartleby, d\u00e8s que le besoin s\u2019en fera sentir. Cependant, afin d\u2019\u00eatre quelque peu s\u00e9par\u00e9 de son employ\u00e9, il fait monter devant Bartleby un paravent qui, pr\u00e9cise-t-il, \u00ab\u00a0mettrait Bartleby enti\u00e8rement \u00e0 l\u2019abri de mon regard\u00a0\u00bb (<i>which might entirely isolate Bartleby from my sight<\/i>). Ce r\u00e9duit, entre lucarne et paravent, permettra \u00e0 Bartleby de \u00ab\u00a0s\u2019isoler\u00a0\u00bb, malgr\u00e9 la proximit\u00e9 de son patron. Cela deviendra quasiment un endroit autonome, un \u00ab\u00a0ermitage\u00a0\u00bb, comme le qualifiera par la suite l\u2019avou\u00e9, quand Bartleby l\u2019aura d\u00e9finitivement investi pour y demeurer.<\/p>\n<p align=\"center\">***<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0 Dans les premiers temps, Bartleby se met \u00e0 copier, avec la plus grande constance et presque de l\u2019acharnement. Au bout de trois jours, l\u2019avou\u00e9 l\u2019appelle, pour qu\u2019il vienne pr\u00e8s de lui l\u2019aider \u00e0 collationner divers documents. L\u2019avou\u00e9 s\u2019attend bien s\u00fbr \u00e0 une \u00ab\u00a0ob\u00e9issance imm\u00e9diate\u00a0\u00bb. Or, il entend Bartleby lui r\u00e9pondre\u00a0: <i>I would prefer not to<\/i> (\u201cje pr\u00e9f\u00e9rerais ne pas le faire\u201d). Durant cette sc\u00e8ne, et face \u00e0 la surprise de l\u2019avou\u00e9, Bartleby r\u00e9p\u00e8tera \u00e0 trois reprises cette \u00e9trange formule, sans autre commentaire. Il ne bougera pas de sa retraite derri\u00e8re le paravent (c\u2019est l\u2019avou\u00e9 qui, instinctivement, s\u2019est d\u00e9plac\u00e9 vers lui).<\/p>\n<p>L\u2019expression <i>I would prefer not to <\/i>est intraduisible en fran\u00e7ais. Des traducteurs ont propos\u00e9 : \u00ab\u00a0je pr\u00e9f\u00e9rerais pas\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0j\u2019aimerais mieux pas\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0je pr\u00e9f\u00e9rerais m\u2019abstenir\u00a0\u00bb. Maurice Blanchot avait opt\u00e9 pour la solution la plus litt\u00e9rale\u00a0: \u00ab\u00a0je pr\u00e9f\u00e9rerais ne pas (le faire)\u00a0\u00bb. Mais il faut surtout avoir pr\u00e9sente \u00e0 l\u2019esprit la formule en anglais, \u00e0 la fois redoutable de simplicit\u00e9 et recherch\u00e9e (sa construction appartient \u00e0 la langue classique, et le mot <i>prefer<\/i> n\u2019est plus usit\u00e9 dans le langage courant). Par cette phrase, Bartleby exprime, plut\u00f4t qu\u2019un refus cat\u00e9gorique, une inertie latente, une passivit\u00e9. Cette \u00ab\u00a0pr\u00e9f\u00e9rence (de ne pas faire)\u00a0\u00bb perturbera l\u2019avou\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 le laisser sans voix. En effet, que r\u00e9pondre \u00e0 ces insolites paroles d\u2019abstention, prof\u00e9r\u00e9es dans des bureaux o\u00f9 d\u2019habitude le z\u00e8le est de rigueur\u00a0? L\u2019expression <i>I would prefer not to<\/i> reviendra dans la bouche de Bartleby chaque fois que l\u2019avou\u00e9 lui demandera d\u2019examiner des copies, ou m\u00eame quand il s\u2019agira de sortir faire une course pour lui. Ce sera la m\u00eame parole, sans explication, suivie du mutisme le plus parfait. Exemple d\u2019une tentative, un peu plus tard\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211; Bartleby\u00a0! vite, j\u2019attends.<\/p>\n<p>J\u2019entendis les pieds de sa chaise grincer lentement sur le plancher nu, et bient\u00f4t il apparut \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de son ermitage.<\/p>\n<p>&#8211; Que d\u00e9sirez-vous\u00a0? demanda-t-il suavement.<\/p>\n<p>&#8211; Les copies, les copies, dis-je d\u2019un ton press\u00e9. Nous allons les comparer. Tenez\u2026\u00a0\u00bb Et je lui tendis le quatri\u00e8me duplicata.<\/p>\n<p>&#8211; Je pr\u00e9f\u00e9rerais pas, dit-il, et il disparut doucement derri\u00e8re le paravent. (<i>I would prefer not to, he said, and gently disappeared behind the screen.<\/i>)<\/p>\n<p align=\"center\">***<\/p>\n<p>En anglais, la proposition <i>I would prefer not to<\/i> n\u2019est donc pas agrammaticale. Cependant, l\u2019habitude de la r\u00e9p\u00e9ter finit par cr\u00e9er un malaise persistant. Au d\u00e9but, cette r\u00e9p\u00e9tition compulsive surgit de mani\u00e8re comique. Elle perd ce caract\u00e8re quand on comprend qu\u2019elle est immuable. Le texte de Melville est tout entier poss\u00e9d\u00e9 par l\u2019\u00e9cho de cette formule obsessionnelle, tel un virus implacable qui se propage par contagion. Autour de Bartleby, les personnages sont contamin\u00e9s par la phrase-clef, qui agit sur eux comme un air ent\u00eatant. Ils se mettent tous \u00e0 parler avec ce tic de langage. L\u2019avou\u00e9 constate, avec effroi\u00a0:<\/p>\n<p>Depuis quelque temps j\u2019avais pris l\u2019habitude de dire involontairement \u00ab\u00a0pr\u00e9f\u00e9rer\u00a0\u00bb en toute sorte de circonstances o\u00f9 ce mot n\u2019\u00e9tait pas parfaitement appropri\u00e9. Et je tremblais \u00e0 la pens\u00e9e que mon commerce avec le scribe avait d\u00e9j\u00e0 s\u00e9rieusement affect\u00e9 mon \u00e9tat mental (<i>had already and seriously affected me in a mental way<\/i>).<\/p>\n<p>Bartleby leur aurait \u00e0 tous \u00ab\u00a0tourn\u00e9 la langue, sinon la t\u00eate\u00a0\u00bb. Les dialogues portent la trace de cette d\u00e9stabilisation du sens. La phrase de Bartleby s\u2019insinue au plus profond des esprits. C\u2019est comme si elle posait \u00e0 chacun une question insoluble, qui tourmente en secret. On en arrive alors \u00e0 des conversations bizarres, voire absurdes. L\u2019\u00e9change suivant, entre Bartleby et l\u2019avou\u00e9, pourrait \u00eatre du Ionesco ou du Beckett\u00a0:<\/p>\n<p><i>\u201cI would prefer not to<\/i>.<\/p>\n<p><i>You <\/i>will<i> not <\/i>?<\/p>\n<p><i>I <\/i>prefer<i> not<\/i>.<i>\u201d<\/i><\/p>\n<p>La maladie du <i>prefer <\/i>se r\u00e9pand comme une tra\u00een\u00e9e de poudre. Quand le langage est touch\u00e9, qu\u2019il commence \u00e0 se fissurer, c\u2019est un sympt\u00f4me \u00e9galement pour le r\u00e9el. Auparavant, l\u2019univers de l\u2019avou\u00e9 paraissait solide. Il aura suffi d\u2019une simple phrase, doucement articul\u00e9e par un \u00eatre sans \u00e9paisseur, d\u00e9charn\u00e9 et livide, une \u00ab\u00a0cr\u00e9ature d\u00e9munie\u00a0\u00bb (Bartleby est tout cela) pour faire s\u2019effondrer, tomber en morceaux ce trop bel agencement humain, cet ordre m\u00eame de la civilisation.<\/p>\n<p align=\"center\">***<\/p>\n<p>Surtout, l\u2019expression <i>I would prefer not to <\/i>rend impossible toute tentative de communication avec Bartleby. D\u00e8s qu\u2019il la prononce, cela met automatiquement un terme aux explications, et le contact se trouve interrompu \u2013 pour autant qu\u2019on ait pu en esp\u00e9rer un avec une personne comme Bartleby. Si d\u2019aventure l\u2019avou\u00e9 insiste quand m\u00eame, et demande par exemple \u00ab\u00a0pourquoi\u00a0?\u00a0\u00bb au scribe d\u00e9s\u0153uvr\u00e9, la r\u00e9ponse se traduit par un silence d\u00e9finitif. <i>I would prefer not to <\/i>est une parole de silence, la conclusion de toute parole. Dans une autre sc\u00e8ne, l\u2019avou\u00e9, pris d\u2019une violente exasp\u00e9ration, adresse \u00e0 Bartleby une s\u00e9rie de questions. Celui-ci r\u00e9agit ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>Il se retira silencieusement dans son ermitage (<i>he silently retired into his hermitage<\/i>).<\/p>\n<p>Cette \u00e9conomie de vocabulaire, ce repli sur soi au milieu du silence, annoncent une <i>passivit\u00e9 <\/i>intrins\u00e8que de la part de Bartleby. Assimil\u00e9e \u00e0 un comportement de \u00ab\u00a0r\u00e9sistance\u00a0\u00bb, cette passivit\u00e9 (tant\u00f4t <i>passivity<\/i>, tant\u00f4t <i>passiveness<\/i>) est au c\u0153ur du texte de Melville. L\u2019avou\u00e9 l\u2019exprime de mani\u00e8re \u00e9vidente dans la remarque suivante\u00a0:<\/p>\n<p>Rien n\u2019affecte autant une personne s\u00e9rieuse qu\u2019une r\u00e9sistance passive (<i>passive resistance<\/i>).<\/p>\n<p>Si la \u00ab\u00a0r\u00e9sistance\u00a0\u00bb de Bartleby s\u2019appuyait sur la violence, l\u2019avou\u00e9 la combattrait tr\u00e8s facilement. Mais on se trouve ici face \u00e0 quelque chose de radicalement autre\u00a0: une passivit\u00e9 sans arrogance, sans superbe, fond\u00e9e sur la faiblesse m\u00eame et la fragilit\u00e9, sur la pauvret\u00e9, l\u2019absence, l\u2019apathie, une d\u00e9faillance pleine et enti\u00e8re. Bartleby est<\/p>\n<p>parfaitement inoffensif dans sa passivit\u00e9 (<i>perfectly harmless in his passivity<\/i>)<\/p>\n<p>Maurice Blanchot, parlant de la passivit\u00e9, pr\u00e9venait\u00a0: \u00ab\u00a0nous ne pouvons l\u2019\u00e9voquer que par un langage qui se renverse\u00a0\u00bb. Avec le personnage de Bartleby, toutes les normes sont renvers\u00e9es, retourn\u00e9es. Sa passivit\u00e9 est celle de l\u2019\u00e9puisement\u00a0: \u00e9puisement de l\u2019\u00eatre et du faire. Bartleby est \u00ab\u00a0\u00e0 bout d\u2019\u00eatre\u00a0\u00bb, comme l\u2019\u00e9crira \u00e9galement Blanchot. Le m\u00eame Blanchot qui, revenant sur le texte de Melville, et rassemblant en un \u00e9troit voisinage de d\u00e9solation \u00ab\u00a0patience\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0passivit\u00e9\u00a0\u00bb, pouvait dire\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<i>Je pr\u00e9f\u00e9rerais ne pas\u2026<\/i>\u00a0\u00bb appartient \u00e0 l\u2019infini de la patience, ne laissant pas de prises \u00e0 l\u2019intervention dialectique\u00a0: nous sommes tomb\u00e9s hors de l\u2019\u00eatre, dans le champ du dehors o\u00f9, immobiles, marchant d\u2019un pas \u00e9gal et lent, vont et viennent les hommes d\u00e9truits.<\/p>\n<p align=\"center\">***<\/p>\n<p>Bient\u00f4t, l\u2019avou\u00e9 nous fait constater l\u2019inaction compl\u00e8te de Bartleby. Inerte la plupart du temps, le scribe semble en phase de min\u00e9ralisation, cherchant en quelque sorte \u00e0 faire un avec le mur qu\u2019il contemple obstin\u00e9ment\u00a0:<\/p>\n<p>Je remarquai que Bartleby ne faisait que demeurer debout \u00e0 sa fen\u00eatre dans sa r\u00eaverie face au mur aveugle (<i>Bartleby did nothing but stand at his window in his dead-wall reverie<\/i>).<\/p>\n<p>L\u2019expression <i>dead-wall reverie<\/i> reviendra plus tard encore, image d\u2019un Bartleby fixant le mur gris d\u2019une prison. L\u2019avou\u00e9 lui demande alors pourquoi il n\u2019\u00e9crit plus. La r\u00e9ponse de Bartleby, pour une fois, arrive d\u00e9nu\u00e9e d\u2019ambigu\u00eft\u00e9, de conditionnel\u00a0:<\/p>\n<p>Il r\u00e9pondit qu\u2019il avait d\u00e9cid\u00e9 de ne plus faire d\u2019\u00e9critures (<i>he had decided upon doing no more writing<\/i>)<\/p>\n<p>Ce renoncement d\u00e9finitif (<i>permanently<\/i>, dit le texte) condense une s\u00e9rie de questions sur la personnalit\u00e9 de Bartleby. Soulignons que Melville ne tire jamais son r\u00e9cit vers la psychiatrie. L\u2019exp\u00e9rience, litt\u00e9raire sans doute, reste avant tout la suivante\u00a0: un narrateur (l\u2019avou\u00e9) rapporte son propre t\u00e9moignage sur Bartleby. Ce dispositif permet \u00e0 l\u2019auteur, Melville, d\u2019interroger sans rel\u00e2che les faits, la v\u00e9rit\u00e9 r\u00e9elle ou suppos\u00e9e. Du fond de son \u00ab\u00a0ermitage\u00a0\u00bb, son personnage nous manifeste un long signe de <i>reconnaissance<\/i>, qu\u2019il faut d\u00e9chiffrer dans sa dimension premi\u00e8re. Le r\u00e9cit ne rejette par cons\u00e9quent nullement Bartleby dans la marge de la folie. Il accueille au contraire son existence, sa pr\u00e9sence, son \u00e9tranget\u00e9 comme un \u00ab\u00a0pas d\u2019avance\u00a0\u00bb dans le sch\u00e9ma du monde. Melville ne diagnostique pas des sympt\u00f4mes de schizo\u00efdie ou de schizophr\u00e9nie. Son texte traite bien plut\u00f4t des caract\u00e8res g\u00e9n\u00e9raux qui impliquent chaque \u00eatre humain en particulier.<\/p>\n<p align=\"center\">***<\/p>\n<p>La r\u00e9clusion de Bartleby s\u2019aggrave peu \u00e0 peu. Il s\u2019isole derri\u00e8re son paravent, telle une eau dormante. Les murs qui l\u2019entourent le tiennent comme s\u00e9questr\u00e9. L\u2019avou\u00e9 n\u2019imagine pas encore que son scribe <i>habite<\/i> dans ses bureaux, mais il note d\u00e9j\u00e0 ce fait qui l\u2019intrigue\u00a0:<\/p>\n<p>Mais le grand point \u00e9tait\u2026 <i>qu\u2019il \u00e9tait toujours l\u00e0<\/i>\u00a0: le premier le matin, continuellement pr\u00e9sent tout le long du jour, et le dernier le soir.<\/p>\n<p>Cette claustration de Bartleby va cependant devenir visible pour l\u2019avou\u00e9. Un dimanche matin, alors qu\u2019il passe par hasard dans le quartier, il d\u00e9cide de faire un tour dans ses bureaux. Il y surprend Bartleby en bras de chemise, \u00ab\u00a0dans un d\u00e9shabill\u00e9 \u00e9trangement loqueteux\u00a0\u00bb (<i>in a strangely tattered deshabille<\/i>), un Bartleby qu\u2019il d\u00e9range selon toute apparence, et qui trouve seulement \u00e0 lui tenir, en guise d\u2019explications, de vagues propos\u00a0:<\/p>\n<p>Il me d\u00e9clara tranquillement qu\u2019il regrettait, mais qu\u2019il \u00e9tait fort occup\u00e9 pour l\u2019instant (<i>he was deeply engaged just then<\/i>) et qu\u2019il\u2026 pr\u00e9f\u00e9rait ne pas me recevoir au moment m\u00eame (<i>prefered not admitting me at present<\/i>).<\/p>\n<p>A quoi Bartleby \u00e9tait-il affair\u00e9\u00a0? On ne le saura jamais. Quoi qu\u2019il en soit, cette rencontre inopin\u00e9e provoque une grande impression de trouble \u00e0 l\u2019avou\u00e9. Certes, Bartleby n\u2019accapare pas par la force les locaux. Il fait preuve au contraire \u2013 quand son patron vient le <i>d\u00e9ranger<\/i> \u2013 d\u2019une politesse des plus d\u00e9licates, m\u00eame si c\u2019est pour demander qu\u2019on repasse plus tard\u00a0:<\/p>\n<p>c\u2019\u00e9tait surtout son extraordinaire suavit\u00e9 (<i>his wonderful mildness<\/i>) qui me d\u00e9sarmait ou, pour mieux dire, m\u2019\u00e9masculait (<i>unmanned me<\/i>)<\/p>\n<p>L\u2019avou\u00e9 retourne donc peu apr\u00e8s dans ses bureaux, maintenant vides, chose rare, de la pr\u00e9sence de Bartleby. Inspectant le pupitre de celui-ci, pour d\u00e9couvrir d\u2019ailleurs il ne sait trop quoi, il se rend enfin \u00e0 l\u2019\u00e9vidence\u00a0:<\/p>\n<p>depuis un temps ind\u00e9termin\u00e9, Bartleby devait manger, s\u2019habiller et dormir dans mon \u00e9tude, et cela sans assiette, miroir ni lit [\u2026] il est manifeste que Bartleby a fait de ce lieu son logis (<i>Bartleby has been making his home here<\/i>), qu\u2019il y tient tout seul ses quartiers de c\u00e9libataire (<i>keeping bachelor\u2019s hall all by himself<\/i>\u00a0)<\/p>\n<p>La solitude extr\u00eame de Bartleby, que souligne le dimanche d\u00e9sert de Wall Street, est par essence celle des c\u00e9libataires, comme le dit ici le texte de Melville, et comme le redira apr\u00e8s lui, et d\u2019une mani\u00e8re assez comparable, Kafka. Le dimanche du solitaire est domin\u00e9 enti\u00e8rement par le d\u00e9s\u0153uvrement\u00a0; mais, durant la semaine, alors que l\u2019agitation bat son plein, Bartleby ne reste-t-il pas tout autant isol\u00e9, clo\u00eetr\u00e9 en lui-m\u00eame, abandonn\u00e9 de tous comme si les murs de sa prison s\u2019\u00e9taient d\u00e9j\u00e0 et \u00e0 jamais referm\u00e9s sur lui\u00a0?<\/p>\n<p align=\"center\">***<\/p>\n<p>Cette r\u00e9clusion fait surgir une question incidente, qui se r\u00e9v\u00e8lera en fait d\u2019une grande port\u00e9e sur le destin de Bartleby\u00a0: s\u2019il ne quitte jamais les bureaux, comment fait-il pour se nourrir\u00a0? Comment, enferm\u00e9 dans une cage, s\u2019y prend-il pour <i>survivre<\/i>\u00a0? L\u2019avou\u00e9 a remarqu\u00e9 que Bartleby se contente de demander au jeune coursier de l\u2019\u00e9tude d\u2019aller lui acheter au dehors quelques g\u00e2teaux au gingembre. Bartleby conserve par devers lui de la menue monnaie pour cette transaction. C\u2019est sans doute sa seule et unique d\u00e9pense. Il ne mange rien d\u2019autre que ces g\u00e2teaux, comme nous le confirme l\u2019avou\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>Il vit donc de biscuits au gingembre (<i>he lives, then, on gingernuts<\/i>), pensai-je\u00a0; il ne prend jamais, \u00e0 proprement parler, de d\u00e9jeuner (<i>never eats a dinner, properly speaking<\/i>)\u2026<\/p>\n<p>Un tel r\u00e9gime alimentaire frise la di\u00e8te, le je\u00fbne. Et les cons\u00e9quences physiques se font sentir. Bartleby est \u00e9maci\u00e9, filiforme comme une statue de Giacometti. Il n\u2019est plus qu\u2019une vague \u00ab\u00a0silhouette\u00a0\u00bb (<i>figure<\/i>), signale le texte, un spectre pitoyable qui hante le bureau avant de hanter la prison dans laquelle on l\u2019aura emmen\u00e9. Du bureau \u00e0 la prison, la di\u00e8te redouble, puisque, \u00e0 partir du moment o\u00f9 il sera incarc\u00e9r\u00e9, Bartleby cessera compl\u00e8tement de s\u2019alimenter. Dans cet ultime \u00e9pisode de sa vie, le texte insiste \u00e0 maintes reprises sur une anorexie en phase terminale. Ainsi, lorsque l\u2019avou\u00e9 vient rendre visite \u00e0 Bartleby, il s\u2019inqui\u00e8te aupr\u00e8s du \u00ab\u00a0fricotier\u00a0\u00bb (<i>grubman<\/i>) de la nourriture qu\u2019on lui donne, et il offre m\u00eame de l\u2019argent pour que son ordinaire soit am\u00e9lior\u00e9. Mais voici ce que Bartleby r\u00e9pond pos\u00e9ment\u00a0:<\/p>\n<p>Je pr\u00e9f\u00e8re ne pas d\u00e9jeuner aujourd\u2019hui (<i>I prefer not to dine today<\/i>), dit Bartleby en se d\u00e9tournant. Cela ne m\u2019irait pas (<i>it would disagree with me<\/i>). Je n\u2019ai pas l\u2019habitude de d\u00e9jeuner (<i>I am unused to dinners<\/i>).<\/p>\n<p>Paroles essentielles, qui seront les derni\u00e8res prononc\u00e9es par Bartleby, du moins telles que l\u2019avou\u00e9 nous les communique. A sa visite suivante, quand on lui indique o\u00f9 (se) repose \u00ab\u00a0l\u2019homme silencieux\u00a0\u00bb (<i>the silent man<\/i>), il ne d\u00e9couvrira plus qu\u2019un corps sans vie\u00a0:<\/p>\n<p>C\u2019est un Bartleby d\u00e9charn\u00e9 (<i>the wasted Bartleby<\/i>) qui m\u2019apparut, curieusement recroquevill\u00e9 au pied du mur, couch\u00e9 sur le flanc, les genoux relev\u00e9s et la t\u00eate reposant sur les pierres froides.<\/p>\n<p>Bartleby meurt en d\u00e9finitive de <i>consomption<\/i>, ce vieux mot ici en situation. Sa passivit\u00e9 a atteint les limites du r\u00e9el, comme si par cette asc\u00e8se absolue il se retirait compl\u00e8tement de lui-m\u00eame et du monde. La fin de Bartleby, notons-le au passage, est aussi in\u00e9vitable que celle du \u00ab\u00a0je\u00fbneur\u00a0\u00bb de Kafka (dans sa nouvelle testamentaire de 1924). Maurice Blanchot, dans <i>Le pas au-del\u00e0<\/i>, nous a parl\u00e9 de cette lente agonie, de ce mourir <i>contemporain<\/i>\u00a0:<\/p>\n<p>Mourir\u00a0: le reflet sur la glace peut-\u00eatre, le miroitement d\u2019une absence de figure, moins l\u2019image de quelqu\u2019un ou de quelque chose qui ne serait pas l\u00e0 qu\u2019un effet d\u2019invisibilit\u00e9 qui ne touche \u00e0 rien de profond et serait seulement trop superficiel pour se laisser saisir ou voir ou reconna\u00eetre. Comme si l\u2019invisible se distribuait en filigrane, sans que la distribution des points de visibilit\u00e9 y soit pour quelque chose, non pas donc dans l\u2019intimit\u00e9 du dessin, mais trop \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, dans une ext\u00e9riorit\u00e9 d\u2019\u00eatre dont l\u2019\u00eatre ne porte aucune marque.<\/p>\n<p align=\"center\">***<\/p>\n<p>Le myst\u00e8re qui entoure Bartleby n\u2019est jamais lev\u00e9 dans le r\u00e9cit. Nous ne savons pas d\u2019o\u00f9 il vient vraiment, ni qui il est. C\u2019est l\u2019avou\u00e9 qui raconte\u00a0; il ne fait que d\u00e9crire ce qu\u2019il voit et l\u2019interpr\u00e9ter \u00e0 sa fa\u00e7on. La v\u00e9rit\u00e9 sur Bartleby pourrait peut-\u00eatre se lire dans les interstices du texte, quand la rh\u00e9torique de l\u2019avou\u00e9 se fait moins pesante, qu\u2019elle s\u2019amincit, laissant alors affleurer un croquis \u00e0 la pointe s\u00e8che plus r\u00e9v\u00e9lateur. Il faut lire le texte de Melville pour ses espaces vides. Nous avons not\u00e9 que Bartleby ne parlait presque pas, sauf pour r\u00e9p\u00e9ter une phrase qui signifiait en somme qu\u2019il ne voulait pas (ou plus) parler. Qu\u2019a-t-il v\u00e9cu avant d\u2019en arriver l\u00e0\u00a0? L\u2019avou\u00e9 nous livre cependant une \u00ab\u00a0certaine petite rumeur\u00a0\u00bb (<i>one little item of rumor<\/i>) dont il se fait l\u2019\u00e9cho \u00e0 la toute fin, ne sachant du reste aucunement si ce bruit qui court sur Bartleby est fond\u00e9 ou non\u00a0:<\/p>\n<p>La rumeur, donc, voulait que Bartleby e\u00fbt exerc\u00e9 une fonction subalterne au service des Lettres au Rebut de Washington (<i>had been a subordinate clerk in the Dead Lettre Office at Washington<\/i>), et qu\u2019il en e\u00fbt \u00e9t\u00e9 renvoy\u00e9 soudainement suite \u00e0 un changement d\u2019administration.<\/p>\n<p>Nous n\u2019en saurons pas davantage sur Bartleby l\u2019\u00e9crivain.<\/p>\n<p>__________________<\/p>\n<p>Rep\u00e8res bibliographiques\u00a0:<\/p>\n<p>Herman Melville<br \/>\n<i>Bartleby le scribe<\/i>, traduit par Pierre Leyris. Ed. Gallimard, coll. Folio bilingue.<br \/>\n<i>Bartleby<\/i>, traduit par Mich\u00e8le Causse, postface de Gilles Deleuze. Ed. GF Flammarion, 1989.<br \/>\n<i>Bartleby, Une histoire de Wall Street<\/i>, traduit par J. Vidal, postface de Mathieu Lindon. Ed. Amsterdam.<\/p>\n<p>Maurice Blanchot<br \/>\n<i>Le pas au-del\u00e0<\/i>, \u00e9d. Gallimard, 1973.<br \/>\n<i>L\u2019Ecriture du d\u00e9sastre<\/i>, \u00e9d. Gallimard, 1980.<\/p>\n<p>Franz Kafka<br \/>\n<i>Un je\u00fbneur<\/i> et autres nouvelles, traduit par B. Lortholary. Ed. GF Flammarion, 1993.<\/p>\n<p>Gis\u00e8le Berkman<br \/>\n<i>L\u2019effet Bartleby\u00a0: philosophes lecteurs<\/i>, \u00e9d. Hermann, 2011.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><i>Bartleby le Scribe <\/i>de Herman Melville est une histoire stup\u00e9fiante. Elle se d\u00e9roule vers 1850 au c\u0153ur m\u00eame du monde des affaires, \u00e0 Wall Street. Ce lieu \u00e0 lui seul symbolise la puissance en mati\u00e8re \u00e9conomique. Nous sommes dans le cabinet d\u2019un avou\u00e9, c\u2019est d\u2019ailleurs lui le narrateur. A pr\u00e8s de soixante ans, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[833,11],"tags":[2902,2330,2901],"class_list":["post-56961","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-la-vie-de-tous-les-jours","category-litterature","tag-franz-kafka","tag-herman-melville","tag-maurice-blanchot"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/56961","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=56961"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/56961\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":56966,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/56961\/revisions\/56966"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=56961"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=56961"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=56961"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}