{"id":56988,"date":"2013-08-04T18:06:46","date_gmt":"2013-08-04T16:06:46","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=56988"},"modified":"2014-08-04T19:27:47","modified_gmt":"2014-08-04T17:27:47","slug":"la-nuit-du-4-aout-cest-celle-qui-vient","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2013\/08\/04\/la-nuit-du-4-aout-cest-celle-qui-vient\/","title":{"rendered":"<b>Le soir du 4 ao\u00fbt, \u00e0 l&rsquo;Assembl\u00e9e Nationale Constituante, apr\u00e8s les discours du vicomte de Noailles et du duc d&rsquo;Aiguillon sur la n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9formes&#8230;.<\/b>, par Charles-\u00c9lie de Ferri\u00e8res"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9. \ud83d\ude09<\/p><\/blockquote>\n<p>Le sieur Le Guen de Kerangal, propri\u00e9taire-cultivateur et d\u00e9put\u00e9 de Bretagne, monta en habit de paysan \u00e0 la tribune, et lut, avec peine, un long discours compos\u00e9 pour la circonstance.<\/p>\n<p>\u00ab Vous eussiez pr\u00e9venu, messieurs, l&rsquo;incendie des ch\u00e2teaux, si vous eussiez \u00e9t\u00e9 plus prompts \u00e0 d\u00e9clarer que les armes terribles qu&rsquo;ils contenaient, et qui tourmentaient le peuple depuis des si\u00e8cles, allaient \u00eatre an\u00e9anties par le rachat forc\u00e9 que vous en avez ordonn\u00e9. Le peuple impatient d&rsquo;obtenir justice, et las de l&rsquo;oppression, s&#8217;empresse \u00e0 d\u00e9truire ces titres, monuments de la barbarie de nos p\u00e8res ! Soyons justes, messieurs, qu&rsquo;on nous apporte ces titres, outrageant non seulement la pudeur, mais l&rsquo;humanit\u00e9 m\u00eame ! Ces titres qui humilient l&rsquo;esp\u00e8ce humaine, en exigeant que des hommes soient attel\u00e9s \u00e0 des charrettes comme les animaux du labourage ! Qu&rsquo;on nous apporte ces titres qui obligent les hommes \u00e0 passer la nuit \u00e0 battre les \u00e9tangs, pour emp\u00eacher les grenouilles de troubler le repos de leurs seigneurs voluptueux ! Qui de nous ne ferait pas un b\u00fbcher expiatoire de ces inf\u00e2mes parchemins, et ne porterait pas le flambeau pour en faire un sacrifice sur l&rsquo;autel du bien public ? Vous ne ram\u00e8nerez, messieurs, le calme dans la France agit\u00e9e, que quand vous aurez promis au peuple que vous allez convertir en argent, rachetables \u00e0 volont\u00e9, les droits f\u00e9odaux quelconques ; et que les lois que vous allez promulguer an\u00e9antiront jusqu&rsquo;aux moindres traces de ce r\u00e9gime oppresseur \u00bb&#8230;<\/p>\n<p><!--more-->Lapoule, d\u00e9put\u00e9 de Franche-Comt\u00e9, parla de pr\u00e9tendues obligations impos\u00e9es \u00e0 des vassaux de nourrir les chiens de leurs seigneurs. Il osa dire qu&rsquo;il existait, dans certains cantons, un droit qui autorisait le seigneur \u00e0 faire \u00e9ventrer deux de ses vassaux au retour de la chasse, pour se d\u00e9lasser en mettant ses pieds dans leurs ventres sanglans !<\/p>\n<p>Les nobles s&rsquo;\u00e9lev\u00e8rent, avec indignation, contre ces impostures grossi\u00e8res ; ils somm\u00e8rent Le Guen de Kerangal et Lapoule de prouver l&rsquo;existence, et surtout l&rsquo;usage de ces droits ridicules et atroces mais leurs voix furent \u00e9touff\u00e9es par des clameurs.<\/p>\n<p>Le duc du Ch\u00e2telet, tourment\u00e9 d&rsquo;inqui\u00e9tudes et de folles terreurs, saisit une occasion si favorable de se montrer attach\u00e9 aux int\u00e9r\u00eats du peuple ; il t\u00e9moigne son regret d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 devanc\u00e9 par le vicomte de Noailles et par le duc d&rsquo;Aiguillon, dans la motion de d\u00e9truire les droits f\u00e9odaux ; il assure l&rsquo;Assembl\u00e9e qu&rsquo;il a \u00e9crit \u00e0 ses gens d&rsquo;affaires de cesser le recouvrement de quelques-uns de ces droits, et d&rsquo;admettre ses vassaux au rachat des autres mais, ajoute le duc, si mes bonnes intentions ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9venues, je demande que l&rsquo;Assembl\u00e9e abolisse les d\u00eemes en nature, et les convertisse dans une prestation en argent fix\u00e9e \u00e0 un taux mod\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Chartres alors pr\u00e9sente comme un acte de justice l&rsquo;extinction du droit exclusif de la chasse ; Virieu, proscrivant la race enti\u00e8re des pigeons, vote la destruction des fuies (petite voli\u00e8re pouvant abriter quelques pigeons) et des colombiers ; l&rsquo;avocat Babey conclut \u00e0 la suppression des justices seigneuriales ; un noble demande l&rsquo;administration gratuite de la justice ; un autre, l&rsquo;abolition de la v\u00e9nalit\u00e9 des charges de magistrature ; un troisi\u00e8me, celle des jurandes et des ma\u00eetrises ; deux cur\u00e9s \u00e0 portion congrue r\u00e9clament l&rsquo;ex\u00e9cution des lois canoniques, contre la pluralit\u00e9 des b\u00e9n\u00e9fices ; un cur\u00e9, que l&rsquo;on r\u00e9duise les imp\u00f4ts aux taux o\u00f9 ils \u00e9taient sous le cardinal de Fleury ; l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Nimes, que l&rsquo;on exempte de toute imposition et de toute charge les artisans et les manoeuvres qui n&rsquo;ont aucune propri\u00e9t\u00e9&#8230;<\/p>\n<p>Toutes ces motions re\u00e7ues avec des acclamations bruyantes, sont d\u00e9cr\u00e9t\u00e9es. Il est inutile, dit-on, de les r\u00e9diger ; il suffit d&rsquo;\u00e9tablir les principes : des lois r\u00e9glementaires, conservatrices, garantiront les droits d&rsquo;une l\u00e9gitime propri\u00e9t\u00e9. On interrompt, par des murmures, ceux qui tentent de pr\u00e9senter quelques consid\u00e9rations sur la pr\u00e9cipitation et la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 avec laquelle on prononce du sort et de la fortune d&rsquo;une foule d&rsquo;individus de tous les ordres&#8230; Les d\u00e9put\u00e9s debout, et confondus p\u00eale-m\u00eale au milieu de la salle, s&rsquo;agitent et parlent \u00e0 la fois : ceux des communes par un feint enthousiasme, par des applaudissements prodigu\u00e9s \u00e0 chaque nouvel abandon, s&rsquo;efforcent d&rsquo;entretenir le d\u00e9lire : l&rsquo;Assembl\u00e9e offre l&rsquo;aspect d&rsquo;une troupe de gens ivres, plac\u00e9s dans un magasin de meubles pr\u00e9cieux, qui cassent et brisent \u00e0 l&rsquo;envi, tout ce qui se trouve sous leurs mains. Lally-Tollendal, t\u00e9moin passif de ces extravagances, fait passer un billet \u00e0 Chapelier, sur lequel il \u00e9crit \u00ab Personne n&rsquo;est plus ma\u00eetre de soi, levez la s\u00e9ance \u00bb.<\/p>\n<p>Tout \u00e0 coup, une foule de voix s&rsquo;\u00e9crient que les particuliers ayant fait l&rsquo;abandon de leurs droits et de leurs privil\u00e8ges, il est juste que les provinces et les villes abandonnent \u00e9galement des privil\u00e8ges et des droits qui p\u00e8sent sur la plus grande partie du royaume, et mettent une disproportion choquante dans la r\u00e9partition de l&rsquo;imp\u00f4t. Apr\u00e8s un moment de tumulte, le marquis de Blacons, au nom du Dauphin\u00e9, prononce une renonciation solennelle ; les autres provinces suivent l&rsquo;exemple du Dauphin\u00e9 ; les villes imitent les provinces&nbsp;; des invitations imp\u00e9rieuses h\u00e2tent les d\u00e9put\u00e9s qui balancent ; un sentiment de haine, un d\u00e9sir aveugle de vengeance, et non l&rsquo;amour du bien, semblent animer les esprits ; chaque parti veut atteindre son adversaire, lui porter des coups, sans s&#8217;embarrasser de ceux qu&rsquo;il re\u00e7oit lui-m\u00eame en se mettant trop \u00e0 d\u00e9couvert ; tous les int\u00e9r\u00eats, toutes les passions se heurtent, se combattent. Bient\u00f4t l&rsquo;antique constitution fran\u00e7aise, s&rsquo;\u00e9croulant avec fracas sous les coups redoubl\u00e9s que lui portent une troupe de furieux, n&rsquo;offre plus, aux regards \u00e9tonn\u00e9s, qu&rsquo;un amas informe de ruines et de d\u00e9bris. <\/p>\n<p>Marquis de Ferri\u00e8res, <em>M\u00e9moires<\/em>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9. \ud83d\ude09<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le sieur Le Guen de Kerangal, propri\u00e9taire-cultivateur et d\u00e9put\u00e9 de Bretagne, monta en habit de paysan \u00e0 la tribune, et lut, avec peine, un long discours compos\u00e9 pour la circonstance.<\/p>\n<p>\u00ab Vous eussiez pr\u00e9venu, messieurs, l&rsquo;incendie des ch\u00e2teaux, si vous eussiez \u00e9t\u00e9 plus prompts \u00e0 d\u00e9clarer que les armes terribles qu&rsquo;ils contenaient, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7,6],"tags":[392],"class_list":["post-56988","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-histoire","category-questions-essentielles","tag-nuit-du-4-aout"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/56988","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=56988"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/56988\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":67652,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/56988\/revisions\/67652"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=56988"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=56988"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=56988"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}