{"id":57083,"date":"2013-08-07T15:48:54","date_gmt":"2013-08-07T13:48:54","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=57083"},"modified":"2013-08-07T15:48:54","modified_gmt":"2013-08-07T13:48:54","slug":"au-dela-du-bruit-par-un-belge","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2013\/08\/07\/au-dela-du-bruit-par-un-belge\/","title":{"rendered":"<b>Au del\u00e0 du bruit<\/b>, par Un Belge"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Il me semble que tout ce qui conserve un sens en ce monde ne demeure accessible qu\u2019au prix d\u2019une d\u00e9termination farouche, visant \u00e0 rester \u00e9veill\u00e9 malgr\u00e9 l\u2019hallucinante accumulation de bruits susceptibles de nous \u00e9tourdir.<\/p>\n<p>Le plus imm\u00e9diatement perceptible est sans doute le bruit des machines, dont notre brillante civilisation s\u2019est abondamment dot\u00e9e, bien avant d\u2019avoir compris quoi que ce soit \u00e0 sa propre nature\u00a0: automobiles, moteurs en tous genres, alarmes stridentes, sonneries de t\u00e9l\u00e9phones, bips d\u00e9coratifs multiples, etc.<\/p>\n<p>Le bruit de la r\u00e9clame vient ensuite\u00a0: publicit\u00e9 toujours plus envahissante, occupant d\u00e9sormais chaque espace ou chaque temps laiss\u00e9 scandaleusement libre. Pollution tapageuse ou sournoise, \u00e0 laquelle il est impossible de se soustraire sous nos latitudes, puisque c\u2019est l\u2019une des derni\u00e8res sources de financement disponible pour \u00e0 peu pr\u00e8s n\u2019importe quoi.<\/p>\n<p>Le bruit du divertissement se m\u00eale au pr\u00e9c\u00e9dent. Les industries du r\u00eave et de l\u2019oubli sont pr\u00eates \u00e0 toutes les surench\u00e8res pour saturer les yeux, les oreilles, les nez, les panses et les cerveaux des consommateurs cent fois repus. Des leurres con\u00e7us en quantit\u00e9s innombrables mobilisent ici et l\u00e0 des cort\u00e8ges entiers de somnambules envo\u00fbt\u00e9s, qu\u2019il peut \u00eatre dangereux de r\u00e9veiller.<\/p>\n<p><!--more-->Le bruit des faux discours et des propos vides de sens constitue la couche suivante. Lorsque la machine, la r\u00e9clame et le divertissement se taisent miraculeusement, par exemple lors d\u2019une crise\u2026 Quand survient tout \u00e0 coup quelque chose qui ressemble \u00e0 un d\u00e9but de silence, propice \u00e0 quelque chose qui ressemble \u00e0 une prise de conscience\u2026 \u00e0 ce moment-l\u00e0, pr\u00e9cis\u00e9ment, s\u2019\u00e9l\u00e8ve le verbe fr\u00e9n\u00e9tique et confus des menteurs volontaires ou involontaires. Car faire et raconter n\u2019importe quoi est plus simple que se taire face au R\u00e9el, chacun en fait r\u00e9guli\u00e8rement l\u2019exp\u00e9rience.<\/p>\n<p>Plus subtil, le plus souvent inaudible, noy\u00e9 sous les pr\u00e9c\u00e9dents, \u00e9merge parfois le bruit des respirations oppress\u00e9es\u00a0: celles des hommes et des femmes de ce temps en proie \u00e0 la col\u00e8re et la peur. Entendre ce son-l\u00e0 suppose un minimum d\u2019attention \u00e0 son propre corps et \u00e0 celui de ses semblables\u2026 On s\u2019aper\u00e7oit alors que la vie a un rythme, un poids, une \u00e9paisseur qu\u2019il convient de sentir et de respecter durant le temps qui nous est imparti. Peu d\u2019entre nous en sont encore capables.<\/p>\n<p>Un peu plus bas\u00a0encore\u2026 le bruit de son propre c\u0153ur, ou mieux\u00a0: celui d\u2019un \u00eatre aim\u00e9\u2026 Sans aucun doute l\u2019un des sons primordiaux qui nous ram\u00e8nent \u00e0 nous-m\u00eames et \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 que nous pourrions nous remettre \u00e0 chercher. Les rares secondes o\u00f9 le c\u0153ur se fait entendre ressemblent aux moments de gr\u00e2ce o\u00f9, lors d\u2019une nuit favorable, on per\u00e7oit \u00e0 nouveau la vo\u00fbte \u00e9toil\u00e9e dans toute sa myst\u00e9rieuse grandeur.<\/p>\n<p>Il arrive alors qu\u2019on entrevoie, au del\u00e0 du bruit, que l\u2019on n\u2019est propri\u00e9taire de rien\u00a0: ni des \u00e9toiles, ni du c\u0153ur de l\u2019\u00eatre aim\u00e9, ni m\u00eame de son propre c\u0153ur\u2026 C\u2019est \u00e0 cet instant pr\u00e9cis que le plus ent\u00eatant, le plus obs\u00e9dant\u00a0de tous les bruits monte des profondeurs de nous-m\u00eames, pour nous d\u00e9tourner <i>in extremis<\/i> de cette intuition vertigineuse\u2026<\/p>\n<p>Le silence c\u00e8de soudain la place au monologue d\u00e9lirant de l\u2019Ego, cet usurier sentimental, chantant ou pleurant son petit patrimoine apparu soudain si fragile&#8230; <i>Propri\u00e9taire de rien\u00a0? Moi\u00a0? Moi si rare, moi si important, moi si malin ? Moi qui ai tant v\u00e9cu, tant accompli d\u00e9j\u00e0\u00a0! Semblable aux autres, Moi\u00a0? C\u2019est ce qu\u2019on va voir\u00a0!<\/i><\/p>\n<p>Et c\u2019est reparti pour un tour\u2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il me semble que tout ce qui conserve un sens en ce monde ne demeure accessible qu\u2019au prix d\u2019une d\u00e9termination farouche, visant \u00e0 rester \u00e9veill\u00e9 malgr\u00e9 l\u2019hallucinante accumulation de bruits susceptibles de nous \u00e9tourdir.<\/p>\n<p>Le plus imm\u00e9diatement perceptible est sans doute le bruit des machines, dont notre brillante civilisation s\u2019est abondamment dot\u00e9e, bien [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","footnotes":""},"categories":[833,6],"tags":[],"class_list":["post-57083","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-la-vie-de-tous-les-jours","category-questions-essentielles"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57083","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=57083"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57083\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":57095,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57083\/revisions\/57095"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=57083"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=57083"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=57083"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}