{"id":58284,"date":"2013-09-11T17:32:30","date_gmt":"2013-09-11T15:32:30","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=58284"},"modified":"2013-09-14T23:28:18","modified_gmt":"2013-09-14T21:28:18","slug":"projet-darticle-pour-lencyclopedie-au-xxieme-atmosphere-par-bertrand-rouzies-leonardi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2013\/09\/11\/projet-darticle-pour-lencyclopedie-au-xxieme-atmosphere-par-bertrand-rouzies-leonardi\/","title":{"rendered":"<b>PROJET D&rsquo;ARTICLE POUR \u00ab\u00a0L&rsquo;ENCYCLOP\u00c9DIE AU XXI<sup>\u00e8me<\/sup> SI\u00c8CLE\u00a0\u00bb &#8211; ATMOSPH\u00c8RE<\/b>, par Bertrand Rouzi\u00e8s-L\u00e9onardi"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9<\/p><\/blockquote>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"color: #0b333c;\">ATMOSPH\u00c8RE : litt\u00e9ralement \u00ab\u00a0boule d&rsquo;\u00e9manation\u00a0\u00bb. Les physiciens grecs antiques ont eu le pressentiment que l&rsquo;atmosph\u00e8re n&rsquo;est pas une protection ext\u00e9rieure \u00e0 nous, cr\u00e9atures de l&rsquo;humus aspirant au d\u00e9collage, mais une protection interagissant avec nous. L&rsquo;<i>Encyclop\u00e9die\u00a0<\/i>de Diderot et d&rsquo;Alembert part de ce pressentiment et le raffine (article ATMOSPH\u00c8RE) :\u00a0<i>\u00ab\u00a0<\/i>[L&rsquo;atmosph\u00e8re]\u00a0<i>est<\/i>\u00a0[&#8230;]\u00a0<i>la cause de plusieurs alt\u00e9rations consid\u00e9rables dans l&rsquo;\u00e9conomie animale, &amp; et qui ont rapport \u00e0 la sant\u00e9, \u00e0 la vie, aux maladies.\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0Ailleurs :\u00a0<i>\u00ab\u00a0Un auteur moderne regarde l&rsquo;atmosph\u00e8re comme un grand vaisseau<\/i>[1]<i>chimique, dans lequel la mati\u00e8re de toutes les esp\u00e8ces de corps sublunaires flotte en grandequantit\u00e9. Ce vaisseau est, dit-il, comme un grand fourneau, continuellement expos\u00e9 \u00e0 l&rsquo;action du soleil ; d&rsquo;o\u00f9 il r\u00e9sulte une quantit\u00e9 innombrable d&rsquo;op\u00e9rations, de sublimations, de s\u00e9parations, de compositions, de digestions, de fermentations, de putr\u00e9factions, &amp;c.\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0Dans un long article paru dans le\u00a0<i>Die Welt\u00a0<\/i>du 17 d\u00e9cembre 2009 (\u00ab\u00a0Wie gro\u00df ist \u00ab\u00a0gro\u00df\u00a0\u00bb ?\u00a0\u00bb &#8211; \u00ab\u00a0De quelle grandeur est le grand ?\u00a0\u00bb), Peter Sloterdijk note que l&rsquo;atmosph\u00e8re, dans toutes ses strates, de la troposph\u00e8re (1er niveau) \u00e0 l&rsquo;exosph\u00e8re (dernier niveau), garde la m\u00e9moire des rejets d&rsquo;origine naturelle et industrielle, quoique la moiti\u00e9 d&rsquo;entre eux soit \u00e9pong\u00e9e par les oc\u00e9ans et la biosph\u00e8re[2]. Les pr\u00e9l\u00e8vements atmosph\u00e9riques des climatologues et des m\u00e9t\u00e9orologues sont l&rsquo;\u00e9quivalent des carottages des g\u00e9ologues. Qu&rsquo;elle soit l&rsquo;athanor de l&rsquo;alchimie du vivant ou le conservatoire de nos \u00e9manations, l&rsquo;atmosph\u00e8re est le barom\u00e8tre ultime des d\u00e9traquements de la machine monde, du\u00a0<i>vaisseau<\/i>\u00a0monde, pour reprendre la m\u00e9taphore de Richard Buckminster Fuller[3]. L&rsquo;impalpable de l&rsquo;air devrait nous rendre plus prudents. Le vide sid\u00e9ral n&rsquo;est pas loin. Il se devine par transparence. Un accroc est si vite arriv\u00e9.\u00a0<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"color: #0b333c;\">Pour se repr\u00e9senter par une image emprunt\u00e9e \u00e0 la mythologie grecque le rapport d&rsquo;interd\u00e9pendance du ciel et de la terre, il faut se peindre le ciel comme l&rsquo;\u00e9gide qui nous prot\u00e8ge de l&rsquo;ardeur du soleil et la terre comme le bras de Pallas. Un bouclier ne remplit son office que si le bras qui le tient encaisse les chocs sans faiblir. Cette interd\u00e9pendance signifie qu&rsquo;\u00e0 moins de se loger dans l&rsquo;espace, loin au-del\u00e0 de la ceinture de d\u00e9chets satellitaires qui signe l&rsquo;avanc\u00e9e du front pionnier de nos ambitions, il n&rsquo;y a pas, sur notre plan\u00e8te, de sanctuaire qui \u00e9chappe aux retomb\u00e9es de nos activit\u00e9s. Nous respirons les cons\u00e9quences de nos actes, en d\u00e9pit du soin que nous mettons \u00e0 les \u00e9touffer.<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"color: #0b333c;\"><!--more-->L&rsquo;air n&rsquo;est pas plus sain \u00e0 la campagne qu&rsquo;en ville, en plaine qu&rsquo;\u00e0 la montagne. Seules varient les concentrations de substances toxiques. Et contrairement \u00e0 ce qu&rsquo;affirmait le m\u00e9decin Paracelse (1493-1541), la dose ne fait pas toujours le poison. Elle le fait m\u00eame rarement. Une cochonnerie passag\u00e8re peut tuer le costaud du coin, qui, omnipr\u00e9sente ailleurs, n&rsquo;y fera qu&rsquo;importuner le familier des cloaques. La mondialisation des toxines nous force \u00e0 jouer \u00e0 la roulette \u00e0 toute heure du jour et de la nuit. Le grand roi biblique Nemrod, constructeur de la tour de Babel, n&rsquo;est-il pas mort \u00e0 cause d&rsquo;un b\u00eate moustique entr\u00e9 dans son nez ? Victor Hugo, dans\u00a0<i>La Fin de Satan<\/i>(1886), en fait un ravageur inexorable et un a\u00e9rostier lucif\u00e9rien. Rassasi\u00e9 de conqu\u00eates terrestres, Nemrod monte seul dans une nacelle port\u00e9e par des aigles et s&rsquo;en va annexer les confins du ciel. Apr\u00e8s plusieurs jours de navigation ascentionnelle, il se r\u00e9signe \u00e0 tirer la fl\u00e8che qu&rsquo;il destinait \u00e0 Dieu, h\u00f4te g\u00eanant de ces espaces. La conclusion du po\u00e8me dit bien ce qu&rsquo;il en co\u00fbte \u00e0 l&rsquo;homme d&rsquo;aller toujours \u00ab\u00a0plus oultre\u00a0\u00bb (devise de Charles Quint, qui en est revenu). En convoitant l&rsquo;infini, en cherchant \u00e0 l&rsquo;atteindre au prix du sacrifice d&rsquo;un monde fini, c&rsquo;est lui-m\u00eame qu&rsquo;il atteint d&rsquo;une blessure morale mortelle.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Alors, son arc en main, tranquille l&rsquo;homme \u00e9norme<\/em><br \/>\n<em> Sortit hors de la cage et sur la plate-forme<\/em><br \/>\n<em> Se dressa tout debout et cria : Me voil\u00e0.<\/em><br \/>\n<em> Il ne regarda rien en bas ; il contempla,<\/em><br \/>\n<em> Pensif, les bras crois\u00e9s, le ciel toujours le m\u00eame ;<\/em><br \/>\n<em> Puis, calme et sans qu&rsquo;un pli trembl\u00e2t sur son front bl\u00eame,<\/em><br \/>\n<em> Il ajusta la fl\u00e8che \u00e0 son arc redout\u00e9.<\/em><br \/>\n<em> Les aigles frissonnants regardaient de c\u00f4t\u00e9.<\/em><br \/>\n<em> Nemrod \u00e9leva l&rsquo;arc au dessus de sa t\u00eate,<\/em><br \/>\n<em> Le c\u00e2ble l\u00e2ch\u00e9 fit le bruit d&rsquo;une temp\u00eate,<\/em><br \/>\n<em> Et, comme un \u00e9clair meurt quand on ferme les yeux,<\/em><br \/>\n<em> L&rsquo;effrayant javelot disparut dans les cieux.<\/em><\/p>\n<p><em>Et la terre entendit un long coup de tonnerre.<\/em><\/p>\n<p><em>VII<\/em><\/p>\n<p><em>Un mois apr\u00e8s, la nuit, un p\u00e2tre centenaire<\/em><br \/>\n<em> Qui r\u00eavait dans la plaine o\u00f9 Ca\u00efn prit Abel,<\/em><br \/>\n<em> Champ hideux d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;on voit le front noir de Babel,<\/em><br \/>\n<em> Vit tout \u00e0 coup tomber des cieux, dans l&rsquo;ombre \u00e9trange,<\/em><br \/>\n<em> Quelqu&rsquo;un de monstrueux qu&rsquo;il prit pour un archange ;<\/em><br \/>\n<em> C&rsquo;\u00e9tait Nemrod.<\/em><\/p>\n<p><em>VIII<\/em><\/p>\n<p><em>Couch\u00e9 sur le dos, mort, puni,<\/em><br \/>\n<em> Le noir chasseur tournait encor vers l&rsquo;infini<\/em><br \/>\n<em> Sa t\u00eate aux yeux profonds que rien n&rsquo;avait courb\u00e9e.<\/em><br \/>\n<em> Aupr\u00e8s de lui gisait sa fl\u00e8che retomb\u00e9e.<\/em><br \/>\n<em> La pointe, qui s&rsquo;\u00e9tait enfonc\u00e9e au ciel bleu,<\/em><br \/>\n<em> \u00c9tait teinte de sang. Avait-il bless\u00e9 Dieu ?\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"color: #0b333c;\">Ce dont nous instruit l&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;atmosph\u00e8re, c&rsquo;est que Dieu n&rsquo;est pas \u00e0 l&rsquo;endroit o\u00f9 on l&rsquo;attendait. Notre fin, en revanche, s&rsquo;y trouve assur\u00e9ment. Notre fin au sens de borne qui dit stop \u00e0 notre esprit de conqu\u00eate, notre fin au sens d&rsquo;extinction massive si nous enfon\u00e7ons volontairement ou par n\u00e9gligence cette derni\u00e8re barri\u00e8re du \u00ab\u00a0macro-int\u00e9rieur\u00a0\u00bb[4].\u00a0<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"color: #0b333c;\">________________________<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"color: #0b333c;\">[1]\u00a0<i>Vaisseau<\/i>\u00a0signifie ici \u00ab\u00a0r\u00e9cipient, r\u00e9ceptacle\u00a0\u00bb. Le graal de Chr\u00e9tien de Troyes est un vaisseau.<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"color: #0b333c;\">[2] Peter Sloterdijk, \u00ab\u00a0Wie gro\u00df ist \u00ab\u00a0gro\u00df\u00a0\u00bb ?\u00a0\u00bb,\u00a0<i>Die Welt,\u00a0<\/i>17 d\u00e9cembre 2009, II.<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"color: #0b333c;\">[3] Richard Buckminster Fuller,\u00a0<i>Manuel d&rsquo;instruction pour le vaisseau spatial \u00ab\u00a0Terre\u00a0\u00bb,<\/i>\u00a01969.\u00a0<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"color: #0b333c;\">[4] Sloterdijk, \u00ab\u00a0Wie gro\u00df ist \u00ab\u00a0gro\u00df\u00a0\u00bb ?\u00a0\u00bb,\u00a0<i>ibid<\/i>.\u00a0<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"color: #0b333c;\">ATMOSPH\u00c8RE : litt\u00e9ralement \u00ab\u00a0boule d&rsquo;\u00e9manation\u00a0\u00bb. Les physiciens grecs antiques ont eu le pressentiment que l&rsquo;atmosph\u00e8re n&rsquo;est pas une protection ext\u00e9rieure \u00e0 nous, cr\u00e9atures de l&rsquo;humus aspirant au d\u00e9collage, mais une protection interagissant avec nous. L&rsquo;<i>Encyclop\u00e9die\u00a0<\/i>de Diderot et d&rsquo;Alembert part de ce pressentiment et le raffine (article ATMOSPH\u00c8RE) :\u00a0<i>\u00ab\u00a0<\/i>[L&rsquo;atmosph\u00e8re]\u00a0<i>est<\/i>\u00a0[&#8230;]\u00a0<i>la cause de [&hellip;]<\/i><\/span><\/p>\n","protected":false},"author":38,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2700],"tags":[3024],"class_list":["post-58284","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-encyclopedie","tag-atmosphere"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/58284","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/38"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=58284"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/58284\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":58354,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/58284\/revisions\/58354"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=58284"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=58284"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=58284"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}