{"id":58359,"date":"2013-09-15T11:26:43","date_gmt":"2013-09-15T09:26:43","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=58359"},"modified":"2013-09-15T13:42:41","modified_gmt":"2013-09-15T11:42:41","slug":"le-combat-guaino-jorion-par-zebu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2013\/09\/15\/le-combat-guaino-jorion-par-zebu\/","title":{"rendered":"<b>LE COMBAT GUAINO \u2013 JORION<\/b>, par Z\u00e9bu"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<blockquote><p>Rien n&rsquo;est si dangereux qu&rsquo;un ignorant ami ;<br \/>\nMieux vaudrait un sage ennemi.<\/p>\n<p>Lafontaine<\/p><\/blockquote>\n<p>Dans une salle de l\u2019Op\u00e9ra Com\u00e9die montpelli\u00e9rain, surchauff\u00e9e par un \u00e9t\u00e9 qui n\u2019a pas dit son dernier mot, aux hauts plafonds dus \u00e0 Ernest Michel, Grand Prix de Rome 1860, un parterre de femmes chefs d&rsquo;entreprises attendait patiemment que la superstar Henri Guaino arrive pour enfin l&rsquo;acclamer\u00a0; Paul Jorion \u00e9tait lui arriv\u00e9 dans les temps.<\/p>\n<p>Quand \u00ab\u00a0L\u2019homme du jour\u00a0\u00bb arriva enfin et que, pass\u00e9es les pr\u00e9sentations d&rsquo;usage, on se d\u00e9pla\u00e7a vers le pr\u00e9 pour le choix des armes, celles-ci s\u2019av\u00e9r\u00e8rent \u00eatre non pas \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=56908\">Imaginons notre futur, \u00e9conomie ou \u00e9conomies<\/a>\u00a0\u00bb, mais bien \u00ab\u00a0La crise\u00a0: pourquoi\u00a0? comment\u00a0? mais o\u00f9 est donc Ornicar ?\u00a0\u00bb, spectre que l&rsquo;animateur avait pourtant pris un soin infini de circonscrire pr\u00e9alablement pour en extirper le kyste. Le public fit alors silence pour assister \u00e0 la joute dont on avait pris soin sur la plaquette d&rsquo;annoncer la forme \u00e0 venir\u00a0: un envoi, auquel il serait r\u00e9pondu.<\/p>\n<p>Durant les deux heures et plus qui suivirent, les duellistes firent bien assaut mais avant tout de politesse et si les \u00e9changes assur\u00e8rent la dur\u00e9e, ce fut la plupart du temps pour souligner combien la parole de l&rsquo;Autre fondait la sienne, \u00e0 tel point que si Paul Jorion put se passer de donner la premi\u00e8re partie de son analyse de la crise, c&rsquo;est parce que \u2013 comme il le souligna \u2013 Henri Guaino avait d\u00e9j\u00e0 dit sur le sujet tout ce qu\u2019il importait de dire.<\/p>\n<p><!--more-->Paul Jorion et Henri Guaino partagent bon nombre d\u2019analyses\u00a0: c\u2019est Guaino qui mentionna Keynes et ses \u00ab\u00a0esprits animaux\u00a0\u00bb et situa la <i>Th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale<\/i> de celui-ci comme point de r\u00e9f\u00e9rence\u00a0; c\u2019est Guaino qui rejeta comme l\u2019aurait fait Jorion, la dichotomie \u00ab\u00a0finance\u00a0\u00bb versus \u00ab\u00a0\u00e9conomie r\u00e9elle\u00a0\u00bb, et c\u2019est lui qui pesta contre l&rsquo;<i>idiocratie<\/i> de la croissance \u00ab\u00a0croissantiste\u00a0\u00bb (quand bien m\u00eame celle-ci ne d\u00e9passerait pas les 1 %), qui rejeta le r\u00eave de revenir un jour au niveau o\u00f9 la croissance nous permettrait de rembourser nos dettes accumul\u00e9es, mesur\u00e9es de mani\u00e8re inepte en \u00ab\u00a0points de PIB\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Qu&rsquo;on se rassure toutefois\u00a0: Henri Guaino a aussi cit\u00e9 Milton Friedman. Je veux dire\u00a0: en bien, arguant de la n\u00e9cessit\u00e9 de repousser de toutes ses forces toute forme dogmatique, en raison de la n\u00e9cessit\u00e9 de conceptualiser les questions de mani\u00e8re ad\u00e9quate si l\u2019on veut pouvoir les r\u00e9soudre (point sur lequel Guaino conclura d&rsquo;ailleurs le d\u00e9bat\u00a0: la clart\u00e9 intellectuelle \u00e9tant la condition premi\u00e8re pour sortir de la crise). Un examen plus minutieux permettait aussi de mettre en \u00e9vidence quelques diff\u00e9rences, fondamentales, entre les deux participants, \u00e0 commencer par le \u00ab\u00a0Too Big to Jail\u00a0\u00bb d\u00e9fini par Paul Jorion comme connivence du politique, enclin \u00e0 d\u00e9p\u00e9naliser les \u00ab\u00a0crimes en col blanc\u00a0\u00bb selon un deux poids, deux mesures dont la finalit\u00e9 est d\u2019exon\u00e9rer ceux que l\u2019on reconna\u00eet comme les siens, pierre dans le jardin politique de son <i>alter ego<\/i> d&rsquo;un jour.<\/p>\n<p>Sur un autre plan, fondamental, pendant qu&rsquo;Henri Guaino \u2013 on n\u2019en attendait pas moins d\u2019un ancien Commissaire au Plan \u2013 soulignait la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;exclure de la logique de march\u00e9 une part de l&rsquo;\u00e9pargne, non d\u00e9finie en proportion mais n\u00e9anmoins suffisante pour peser, afin de la mettre \u00e0 l\u2019abri d\u2019une sp\u00e9culation sans doute in\u00e9vitable, Paul Jorion d\u00e9livrait \u00e0 l&rsquo;assistance m\u00e9dus\u00e9e non seulement l&rsquo;historique de la l\u00e9galisation de cette m\u00eame sp\u00e9culation que l&rsquo;on tend \u00e0 pr\u00e9senter comme existant \u00ab\u00a0naturellement\u00a0\u00bb de toute \u00e9ternit\u00e9, mais aussi la facilit\u00e9 \u00e0 la d\u00e9finir comme toute op\u00e9ration g\u00e9n\u00e9ratrice d\u2019un risque jusque-l\u00e0 inexistant, et la n\u00e9cessit\u00e9 de l&rsquo;interdire dans un contexte \u00e9conomique o\u00f9 la fin du pillage colonialiste fait appara\u00eetre son parasitisme en pleine lumi\u00e8re. On mesure sur ce point-l\u00e0 le chemin qu&rsquo;Henri Guaino aurait \u00e0 parcourir pour parvenir l\u00e0 o\u00f9 se d\u00e9finit Paul Jorion, m\u00eame si l\u2019exercice mental permet aussi de mesurer la distance qui s\u00e9pare un Henri Guaino de ses compagnons de route habituels de l&rsquo;UMP mais aussi et paradoxalement, de la m\u00eame mani\u00e8re exactement, des adversaires politiques qui l\u2019ont succ\u00e9d\u00e9 au pouvoir.<\/p>\n<p>Quand la conf\u00e9rence prit fin, Henri Guaino \u00e9tait encore \u00e0 r\u00e9pondre sur l&rsquo;estrade \u00e0 ses nombreuses admiratrices dans l\u2019auditoire, quand Paul Jorion \u00e9tait lui emport\u00e9 vers la sortie de la salle par la foule \u00c9dith Piaffienne, se retrouvant en conversation solitaire avec l\u2019auteur de ces lignes. Que l&rsquo;on ne s&rsquo;y m\u00e9prenne pas\u00a0: la foule des (femmes) chefs d&rsquo;entreprises n&rsquo;\u00e9tait pas hostile \u00e0 Paul Jorion par principe, tout juste \u00e9tait-elle plong\u00e9e dans la perplexit\u00e9 \u00e0 la description \u00ab\u00a0martienne\u00a0\u00bb d&rsquo;un monde produite par un professeur estimable (car estim\u00e9 \u2013 semblait-il \u2013 par Henri Guaino), un monde qui ne se laisse r\u00e9duire ni aux factures pressantes auxquelles sont confront\u00e9es les PME, ni aux exigences tatillonnes envers elles d\u2019administrations changeant de cap \u00e0 tout bout de champ, ni au volontarisme politique \u2013 aussi libre soit-il d\u2019entraves intellectuelles quand c\u2019est Henri Guaino qui le professe.<\/p>\n<p>Deux enseignements peuvent \u00eatre tir\u00e9s d&rsquo;un tel \u00e9v\u00e9nement.<\/p>\n<p>D&rsquo;abord qu&rsquo;il y a un certain courage de la part de Paul Jorion, non pas d&rsquo;aller affronter ses opposants, ce qui accompagne apr\u00e8s tout la fonction, mais mieux que cela, d\u2019accepter de se confronter \u00e0 l&rsquo;indiff\u00e9rence ou \u00e0 l&rsquo;incompr\u00e9hension d\u2019une foule a priori peu r\u00e9ceptive et de parier sur le fait qu&rsquo;au bout du compte, il ne restera pas seul mais sera rejoint, quand d&rsquo;autres, pareils \u00e0 des rentiers, se satisfont de capitaliser leurs acquis.<\/p>\n<p>Ensuite que, comme l&rsquo;\u00e9crivait Baudelaire\u00a0: \u00ab\u00a0Le mal se connaissant est moins affreux et plus pr\u00e8s de la gu\u00e9rison que le mal s&rsquo;ignorant.\u00a0\u00bb\u00a0Il y aurait l\u00e0 le\u00e7on \u00e0 tirer par un pouvoir qui, aux dires d&rsquo;un Henri Guaino, qui s&rsquo;y entend pour accorder l\u2019accolade empoisonn\u00e9e, adopte bon an mal an les m\u00eames orientations \u00e9conomiques et financi\u00e8res que son pr\u00e9d\u00e9cesseur, pourtant honni selon les dires.<\/p>\n<p>Une perspective qui pourrait \u00eatre mise en ab\u00eeme par exemple avec les allers et retours d&rsquo;un Pierre Moscovici sur la future ex-taxe sur les transactions financi\u00e8res en Europe, o\u00f9 l\u2019on apprend au passage que c&rsquo;est bien la Commission europ\u00e9enne, encore une fois, qui d\u00e9fend le projet contre les nations r\u00e9unies au Conseil europ\u00e9en&#8230;<\/p>\n<p>Et l&rsquo;on mesure ainsi \u00e0 l&rsquo;aune de ces deux duellistes combien le d\u00e9part d&rsquo;un conseiller du Prince, aussi \u00e9gocentrique soit ce dernier, creuse d\u2019embl\u00e9e un d\u00e9ficit pour l\u2019avenir si la fonction de conseiller s&rsquo;\u00e9value \u00e0 la capacit\u00e9 d&rsquo;intelligence transfus\u00e9e au pouvoir, et si le conseiller lui-m\u00eame relaie avec autant de talent (m\u00eame si c\u2019est seulement partiellement) la complexit\u00e9 du monde telle que d\u00e9frich\u00e9e par un Paul Jorion. M\u00eame un Jacques Attali, pourtant familier des lieux et op\u00e9rateur d&rsquo;une <i>\u00e9conomie positive<\/i> \u00e0 venir, n&rsquo;est plus de ces cercles qui permettent au pouvoir de penser et aussi d&rsquo;agir. Car c&rsquo;est bien lui, Henri Guaino, conseiller du pouvoir sortant qui, des ann\u00e9es durant, ne put que constater son incapacit\u00e9 personnelle \u00e0 faire un Prince d&rsquo;un simple pr\u00e9sident&#8230;<\/p>\n<p>Nous comprenons mieux alors cette impression, ce sentiment d&rsquo;impuissance, qui nous noue aujourd\u2019hui les tripes. Ceux qui sont au pouvoir le savent\u00a0: quand ce sont les entrailles du peuple qui l\u2019incommodent, c&rsquo;est qu&rsquo;il est plus que temps d\u2019intervenir, et si possible, intelligemment.<\/p>\n<p>\u00c0 commencer, par exemple, par pr\u00eater l\u2019oreille \u00e0 ce que disent les hommes d&rsquo;intelligence.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p>Rien n&rsquo;est si dangereux qu&rsquo;un ignorant ami ;<br \/> Mieux vaudrait un sage ennemi.<\/p>\n<p>Lafontaine<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans une salle de l\u2019Op\u00e9ra Com\u00e9die montpelli\u00e9rain, surchauff\u00e9e par un \u00e9t\u00e9 qui n\u2019a pas dit son dernier mot, aux hauts plafonds dus \u00e0 Ernest Michel, Grand Prix de Rome 1860, un parterre de femmes chefs d&rsquo;entreprises attendait patiemment [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2597,1,17],"tags":[1506],"class_list":["post-58359","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-democratie-2","category-economie","category-politique","tag-henri-guaino"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/58359","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=58359"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/58359\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":58366,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/58359\/revisions\/58366"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=58359"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=58359"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=58359"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}