{"id":58485,"date":"2013-09-19T20:13:12","date_gmt":"2013-09-19T18:13:12","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=58485"},"modified":"2013-09-19T20:39:08","modified_gmt":"2013-09-19T18:39:08","slug":"philosophie-magazine-compte-rendu-de-nassim-nicholas-taleb-antifragile-les-bienfaits-du-desordre-n-73","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2013\/09\/19\/philosophie-magazine-compte-rendu-de-nassim-nicholas-taleb-antifragile-les-bienfaits-du-desordre-n-73\/","title":{"rendered":"<b>PHILOSOPHIE MAGAZINE, Compte rendu de Nassim Nicholas Taleb, Antifragile. Les bienfaits du d\u00e9sordre<\/b>, N\u00b0 73"},"content":{"rendered":"<p>Compte rendu de <a href=\"http:\/\/www.philomag.com\/les-livres\/grand-angle\/antifragile-les-bienfaits-du-desordre-8120\" target=\"_blank\">Nassim Nicholas Taleb, Antifragile. Les bienfaits du d\u00e9sordre<\/a><\/p>\n<p>L&rsquo;AMOUR DU RISQUE. Paul Jorion a lu Nassim Nicholas Taleb : un ex-trader lit un autre ex-trader, tous deux critiques du nouveau d\u00e9sordre \u00e9conomique. Mais quand Nassim Nicholas Taleb, dans son dernier essai, voit dans les chocs et les al\u00e9as une source de bienfaits, Jorion, lui, rappelle que ce sont surtout les plus fragiles qui souffrent.<\/p>\n<div>\n<div>\n<h3>Publi\u00e9 dans<\/h3>\n<div>\n<div id=\"image-8182\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Philosophie magazine num\u00e9ro 73, octobre 2013\" alt=\"Philosophie magazine num\u00e9ro 73, octobre 2013\" src=\"http:\/\/www.philomag.com\/sites\/default\/files\/styles\/cover_90x116\/public\/image\/8182\/pmfr73p1couv.jpg?itok=AwabsTwW\" width=\"90\" height=\"116\" \/><\/div>\n<div>n\u00b073<\/div>\n<p>19\/09\/2013<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<p><strong>En lisant le titre du nouveau livre de Nassim Nicolas Taleb, votre premi\u00e8re r\u00e9action est peut-\u00eatre, comme la mienne, de vous dire qu\u2019il existe d\u00e9j\u00e0 des mots, comme \u00ab\u202frobustesse\u202f\u00bb, \u00ab\u202fsolidit\u00e9\u202f\u00bb, \u00ab\u202fr\u00e9sistance\u202f\u00bb, alors pourquoi \u00ab\u202fantifragilit\u00e9\u202f\u00bb ?<\/strong> Mais, une fois que Taleb a d\u00e9fini ce qu\u2019il entend par \u00ab\u202ffragilit\u00e9\u202f\u00bb, nous comprenons pourquoi ces mots ne pourraient pas \u00eatre le contraire de ce qu\u2019il a \u00e0 l\u2019esprit.<\/p>\n<p><!--more-->De petits objets en porcelaine dans une vitrine sont \u00ab\u202ffragiles\u202f\u00bb, et je peux d\u00e9finir fragile comme \u00ab\u202fne r\u00e9sistant pas \u00e0 un bon coup de marteau\u202f\u00bb. En ce sens, ses contraires sont bien \u00ab\u202frobuste\u202f\u00bb, \u00ab\u202fsolide\u202f\u00bb et \u00ab\u202fr\u00e9sistant\u202f\u00bb. Mais si je d\u00e9finis \u00ab\u202ffragile\u202f\u00bb comme : \u00ab\u202fauquel les al\u00e9as sont dommageables\u202f\u00bb, alors, son antonyme est : \u00ab\u202fauquel les al\u00e9as sont b\u00e9n\u00e9fiques\u202f\u00bb. Et \u00ab\u202frobuste\u202f\u00bb, \u00ab\u202fsolide\u202f\u00bb et \u00ab\u202fr\u00e9sistant\u202f\u00bb ne font plus l\u2019affaire, parce que m\u00eame ces objets \u00ab\u202frobustes\u202f\u00bb, \u00ab\u202fsolides\u202f\u00bb et \u00ab\u202fr\u00e9sistants\u202f\u00bb ne b\u00e9n\u00e9ficient pas d\u2019\u00eatre frapp\u00e9s, secou\u00e9s, d\u00e9plac\u00e9s, et un adjectif comme \u00ab\u202fantifragile\u202f\u00bb se justifie. Ou plut\u00f4t se justifierait s\u2019il existait vraiment des choses de ce genre.<\/p>\n<p>Parce que la question qui se pose aussit\u00f4t est : la cat\u00e9gorie des choses\u00a0<em>antifragiles<\/em>\u00a0n\u2019est-elle pas en r\u00e9alit\u00e9 vide d\u2019exemples ? Prenons le cas de l\u2019homme : au contraire des bibelots, c\u2019est quand il est mis dans une vitrine qu\u2019il s\u2019abime rapidement, et en ce sens il est\u00a0<em>antifragile <\/em>; mais il est aussi\u00a0<em>fragile<\/em> : il y a des tas de moyens de le casser ; et \u00e9galement\u00a0<em>robuste<\/em> : il peut vivre plus de cent ans. S\u2019il b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une certaine mani\u00e8re des al\u00e9as du monde ext\u00e9rieur, l\u2019homme en souffre aussi et doit s\u2019en prot\u00e9ger de mani\u00e8re instinctive sur un plan purement biologique mais aussi par des actions d\u00e9lib\u00e9r\u00e9es, en se mettant \u00e0 l\u2019abri des \u00ab\u202fm\u00e9t\u00e9ores\u202f\u00bb (comme dans le mot \u00ab\u202fm\u00e9t\u00e9orologie\u202f\u00bb) : des intemp\u00e9ries, des catastrophes naturelles et de celles produites par les hommes eux-m\u00eames. Tout ce qui existe ne pr\u00e9sente-t-il pas en fait une combinaison qui lui est propre de fragilit\u00e9 et de robustesse ?<\/p>\n<div>\n<h3>\u00ab Tout ce qui existe ne pr\u00e9sente-t-il pas une combinaison qui lui est propre de fragilit\u00e9 et de robustesse ? \u00bb<\/h3>\n<\/div>\n<p>Quand il aborde les questions \u00e9conomiques, Taleb se pla\u00eet \u00e0 souligner les vertus de l\u2019al\u00e9a et de la position\u00a0<em>antifragile\u00a0<\/em>capable d\u2019en tirer parti. Ainsi quand il \u00e9crit :\u00a0<em>\u00ab\u202fLes artisans comme, mettons, les chauffeurs de taxi, les prostitu\u00e9es (un tr\u00e8s, tr\u00e8s vieux m\u00e9tier), les charpentiers, les plombiers, les tailleurs et les dentistes ont des revenus plut\u00f4t instables, mais ils sont assez robustes pour faire face \u00e0 un Cygne Noir\u00a0<\/em>[un \u00e9v\u00e9nement de tr\u00e8s faible probabilit\u00e9]<em> professionnel mineur, qui tarit brusquement leur source de revenus\u202f\u00bb<\/em>\u00a0(pp. 108 et 109), il pr\u00e9cise que\u00a0<em>\u00ab\u202fde l\u00e9g\u00e8res fluctuations les obligent \u00e0 s\u2019adapter et \u00e0 changer sans cesse en apprenant de leur environnement, comme si\u00a0<\/em>[les professions]<em>\u00a0\u00e9taient continuellement soumises \u00e0 une source de stress pour rester en forme\u202f\u00bb,<\/em>\u00a0pour ajouter m\u00eame quelques exemples comme celui du chauffeur de taxi faisant une course de trois mille kilom\u00e8tres en raison d\u2019un volcan islandais capricieux ou de la prostitu\u00e9e recevant de l\u2019un de ses clients un\u00a0<em>\u00ab\u202fdiamant hors de prix\u202f\u00bb<\/em>\u00a0assorti d\u2019une proposition de mariage. Il n\u2019en reste pas moins que l\u2019intervalle dans lequel des al\u00e9as sont tol\u00e9rables par des \u00eatres humains demeure tr\u00e8s restreint. Mes propres recherches ont attir\u00e9 mon attention sur d\u2019autres m\u00e9tiers que ceux cit\u00e9s par Taleb : p\u00eacheurs, militaires et mineurs \u2013 ceux-ci fortement soumis \u00e0 l\u2019al\u00e9a \u2013, o\u00f9 la probabilit\u00e9 d\u2019accidents graves est telle qu\u2019un type d\u2019emploi \u00ab\u202ffragile\u202f\u00bb au sens de Taleb, comme celui d\u2019un employ\u00e9 de bureau au statut pr\u00e9caire, s\u2019av\u00e8re de loin pr\u00e9f\u00e9rable en raison d\u2019une esp\u00e9rance de vie plus longue.<\/p>\n<p>Taleb fait une br\u00e8ve allusion \u00e0 l\u2019aphorisme de Nietzsche\u00a0<em>\u00ab\u202fCe qui ne me tue pas me fortifie\u202f\u00bb<\/em>\u00a0(<em>Cr\u00e9puscule des idoles<\/em>, 1888), mais pour n\u2019y voir que le geste du gorille se tambourinant la poitrine pour affirmer sa puissance. Il \u00e9crit :\u00a0<em>\u00ab\u202fCe qui ne m\u2019a pas tu\u00e9<\/em>\u00a0ne m\u2019a pas<em>\u00a0rendu plus fort, mais m\u2019a \u00e9pargn\u00e9<\/em>\u00a0parce que<em>\u00a0je suis plus fort que les autres ; mais cela en a tu\u00e9 d\u2019autres et la population moyenne est d\u00e9sormais plus forte parce que les faibles ont disparu\u202f\u00bb<\/em>\u00a0(p.\u202f98).<\/p>\n<p>Dans cet aphorisme, Nietzsche r\u00e9clame pourtant sans ambigu\u00eft\u00e9 le statut d\u2019<em>antifragilit\u00e9<\/em>\u00a0pour l\u2019homme. Il ne s\u2019agit pas d\u2019une observation d\u2019ordre scientifique sans doute, mais d\u2019une revendication, l\u2019esquisse d\u2019une ligne de vie fond\u00e9e sur la confrontation. De cet affrontement au monde, l\u2019homme se trouve am\u00e9lior\u00e9 en termes de vari\u00e9t\u00e9 d\u2019exp\u00e9riences et d\u2019adaptabilit\u00e9 acquise \u00e0 de nouvelles circonstances. Ce qui donne sa force \u00e0 l\u2019affirmation\u00a0<em>\u00ab\u202fCe qui ne me tue pas me fortifie\u202f\u00bb,<\/em>\u00a0c\u2019est son caract\u00e8re paradoxal, car, chacun le sait, ce qui ne parvient pas \u00e0 me tuer m\u2019affaiblit cependant, en g\u00e9n\u00e9ral. Seule, ma force de caract\u00e8re parvient \u00e0 le transformer en victoire parce que j\u2019int\u00e8gre comme \u00e9l\u00e9ment de ma puissance future le positif que recelait la tentative qui fut faite de m\u2019abattre. De ce point de vue, l\u2019aphorisme nietzsch\u00e9en attire l\u2019attention sur l\u2019<em>antifragilit\u00e9<\/em>, qui consiste essentiellement \u00e0 ne pas rester passif face aux al\u00e9as du monde ext\u00e9rieur, \u00e0 y r\u00e9pondre.<\/p>\n<p>Reste que, si le vivant doit organiser ses \u00e9changes avec le monde ext\u00e9rieur, au sein de ce cadre et une fois celui-ci bien \u00e9tabli, l\u2019al\u00e9a repr\u00e9sente le plus souvent un risque plut\u00f4t qu\u2019un b\u00e9n\u00e9fice \u00e9vident.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Compte rendu de <a href=\"http:\/\/www.philomag.com\/les-livres\/grand-angle\/antifragile-les-bienfaits-du-desordre-8120\" target=\"_blank\">Nassim Nicholas Taleb, Antifragile. Les bienfaits du d\u00e9sordre<\/a><\/p>\n<p>L&rsquo;AMOUR DU RISQUE. Paul Jorion a lu Nassim Nicholas Taleb : un ex-trader lit un autre ex-trader, tous deux critiques du nouveau d\u00e9sordre \u00e9conomique. 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