{"id":58937,"date":"2013-10-08T12:54:17","date_gmt":"2013-10-08T10:54:17","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=58937"},"modified":"2013-10-08T12:54:17","modified_gmt":"2013-10-08T10:54:17","slug":"lactualite-de-demain-piketty-et-graeber-des-issues-par-le-haut-par-francois-leclerc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2013\/10\/08\/lactualite-de-demain-piketty-et-graeber-des-issues-par-le-haut-par-francois-leclerc\/","title":{"rendered":"<i>L&rsquo;actualit\u00e9 de demain<\/i> : <b>PIKETTY ET GRAEBER, DES ISSUES PAR LE HAUT<\/b>, par Fran\u00e7ois Leclerc"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9<\/p><\/blockquote>\n<p>Alors que la lancinante question de la dette est une fois de plus de retour, mais cette fois-ci de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Atlantique, l\u2019\u00e9conomiste Thomas Piketty et l\u2019anthropologue David Graeber publient en France deux ouvrages (*) qui ont en commun de pr\u00e9coniser des solutions radicales. Le premier propose de lever un imp\u00f4t mondial sur le patrimoine &#8211; occasion d\u2019en faire l\u2019inventaire d\u00e9taill\u00e9 &#8211; le second d\u2019annuler une fois de plus la dette, en se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 5.000 ans d\u2019histoire. Tous les deux s\u2019inscrivent dans la perspective mondiale qui s\u2019impose.<\/p>\n<p>Au vu de la dimension qu\u2019elle a progressivement atteinte, la dette est globalement insoutenable, il faudra bien un jour en convenir, m\u00eame tardivement. La Gr\u00e8ce et le Portugal ne sont pas des cas particuliers, mais l\u2019expression du cas g\u00e9n\u00e9ral. Pour preuve, il suffit de remarquer que stopper sa progression est d\u00e9j\u00e0 insurmontable pour la premi\u00e8re puissance \u00e9conomique mondiale, les \u00c9tats-Unis &#8211; seule Angela Merkel parlant de la r\u00e9duire en Allemagne &#8211; et que rien aujourd\u2019hui ne permet d\u2019affirmer sans crainte d&rsquo;\u00eatre d\u00e9tromp\u00e9 que les Europ\u00e9ens pourront respecter les objectifs de stabilisation qu\u2019ils se sont fix\u00e9s. Mais c\u2019est un tabou qu\u2019il faut \u00e0 tout prix respecter, car le bousculer est trop lourd de cons\u00e9quences.<\/p>\n<p><!--more-->Employ\u00e9 par les \u00e9conomistes, le terme \u00ab\u00a0insoutenable\u00a0\u00bb pr\u00eate d\u2019ailleurs \u00e0 interpr\u00e9tation : la dette l\u2019est-elle pour des raisons morales ou \u00e9conomiques, ou pour les deux \u00e0 la fois ? De quel point de vue se place-t-on ? La premi\u00e8re option n\u2019est pas sans fondement : dimension morale renvoyant \u00e0 action politique, le choix se pose concr\u00e8tement entre la poursuite de l\u2019endettement ou la r\u00e9duction budg\u00e9taire des cr\u00e9dits sociaux, de sant\u00e9 publique et d\u2019enseignement, avec l\u2019Espagne, le Portugal et la Gr\u00e8ce comme meilleures illustrations. S\u2019y apparente, en guise de rem\u00e8de, l\u2019approche de ceux qui veulent faire un tri au sein de la dette \u00e0 l\u2019issue d\u2019un <i>audit citoyen<\/i>, pour en extraire ce qui serait \u00ab ill\u00e9gitime \u00bb, r\u00e9sultant de la crise financi\u00e8re et \u00e0 la charge de ceux qui l\u2019ont suscit\u00e9e. <\/p>\n<p>La seconde option s\u2019appuie sur un raisonnement d\u00e9j\u00e0 valid\u00e9 par les faits : la r\u00e9duction du d\u00e9ficit engendre la r\u00e9cession, et sans croissance suffisante il n\u2019y a pas de r\u00e9duction possible de la dette. Et la croissance est malencontreusement en panne pour des raisons un peu myst\u00e9rieuses sur lesquelles les avis divergent. <\/p>\n<p>Si l\u2019insoutenabilit\u00e9 d\u2019une dette dont l\u2019on ne parvient pas \u00e0 stopper la progression &#8211; et peut-\u00eatre demain \u00e0 simplement la <i>rouler<\/i>, si d\u2019aventure une hausse g\u00e9n\u00e9rale des taux prenait corps &#8211; est vou\u00e9e \u00e0 \u00eatre plus tard reconnue, sans autre \u00e9chappatoire, comment d\u00e8s lors la restructurer ? Un tri entre les cr\u00e9anciers pourrait alors s\u2019imposer, au gr\u00e9 des rapports de force du moment, d\u00e9jouant l\u2019argument facile selon lequel une restructuration ruinerait les d\u00e9tenteurs d\u2019assurance-vie et les souscripteurs de fonds de pension. Une instance faisant autorit\u00e9 pourrait moduler la restructuration selon la nature des cr\u00e9anciers pour en prot\u00e9ger certains. La finance a habitu\u00e9 \u00e0 d\u00e9m\u00ealer l&rsquo;\u00e9cheveau, les comptes enchev\u00eatr\u00e9s de Lehman Brothers ont ainsi pu \u00eatre \u00e9claircis. Ceux de la dette ne sont pas plus complexes.<\/p>\n<p>Certes, les cons\u00e9quences syst\u00e9miques d\u2019une restructuration de dette globale auraient l\u2019effet d\u2019une vague de fond sur le syst\u00e8me financier, mais cela ne serait-il pas b\u00e9n\u00e9fique si cela aboutissait \u00e0 r\u00e9duire drastiquement le volume des actifs financiers, de telle sorte que ceux-ci aient un r\u00e9pondant \u00e9conomique et que leur risque puisse \u00eatre syst\u00e9matiquement mesur\u00e9 ? Permettant aux titres de la dette publique d\u2019\u00eatre \u00e0 nouveau sans risque, et de fournir par la m\u00eame les garanties dont les transactions financi\u00e8res ont besoin, et aux \u00e9tablissements financiers des quasi fonds propres ? <\/p>\n<p>Des dispositions sont envisageables pour \u00e9viter que cette restructuration ne tourne au chaos. Le temps que les arbitrages soient rendus, afin de r\u00e9partir les pertes entre les cr\u00e9anciers \u00e0 la faveur d\u2019\u00e9changes de titres suivant leur cat\u00e9gorie, les banques centrales pourraient se substituer au march\u00e9 \u2013 comme elles savent le faire \u2013 afin d\u2019\u00e9viter les effets d\u2019une brutale hausse des taux (quitte \u00e0 \u00eatre rembours\u00e9es une fois les \u00e9changes de titres r\u00e9alis\u00e9s). Les \u00e9tablissements financiers qui ne r\u00e9sisteraient pas aux d\u00e9cotes seraient liquid\u00e9s et leurs \u00e9ventuels d\u00e9p\u00f4ts transf\u00e9r\u00e9s dans des <i>good banks<\/i> cr\u00e9\u00e9es \u00e0 cet effet et capitalis\u00e9es par des fonds publics (\u00e0 la mani\u00e8re du FDIC am\u00e9ricain qui op\u00e8re ces transferts vers des banques saines). Les banques centrales regorgeant de titres de dette accept\u00e9s comme collat\u00e9ral subiraient des pertes qui n\u00e9cessiterait une recapitalisation. Dans le cas particulier de la Fed, elle serait \u00e0 la charge des banques commerciales, ses actionnaires, mais dans les autres cas, les \u00c9tats seraient en premi\u00e8re ligne. Pourquoi alors ne pas \u00e9changer ces titres par de nouveaux titres perp\u00e9tuels \u00e0 taux z\u00e9ro afin de sortir de ce cercle vicieux ? Ce genre de pirouette n&rsquo;est pas domaine r\u00e9serv\u00e9 !<\/p>\n<p>Non seulement les propositions de David Graeber et de Thomas Piketty ne se contredisent pas, mais elles sont compl\u00e9mentaires et pourraient m\u00eame s\u2019encha\u00eener. Car une fois une r\u00e9duction de la dette r\u00e9alis\u00e9e et le pass\u00e9 apur\u00e9, que faire pour ne pas aboutir au red\u00e9marrage de la machine \u00e0 produire de la dette ? Seule la redistribution du patrimoine par l&rsquo;imp\u00f4t, ainsi qu&rsquo;une distribution \u00e9galitaire de la nouvelle richesse produite pourraient ensuite l\u2019\u00e9viter, ce qui est une toute autre histoire. Un troisi\u00e8me volet s\u2019imposerait en compl\u00e9ment : l\u2019interdiction des paris sur les fluctuations des prix, <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=58648\">ainsi que Paul Jorion le propose<\/a>, afin que l\u2019activit\u00e9 financi\u00e8re soit au service de l\u2019\u00e9conomie. <\/p>\n<p>Seules des mesures radicales additionn\u00e9es sont en mesure d\u2019offrir une issue par le haut \u00e0 la crise du syst\u00e8me. <\/p>\n<p>__________ <\/p>\n<p>(*) Thomas Piketty, \u00ab Le Capital au XXI<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle \u00bb, Le Seuil<br \/>\nDavid Graeber, \u00ab Dette : 5.000 ans d\u2019histoire \u00bb, Ed. Les liens qui lib\u00e8rent<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Alors que la lancinante question de la dette est une fois de plus de retour, mais cette fois-ci de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Atlantique, l\u2019\u00e9conomiste Thomas Piketty et l\u2019anthropologue David Graeber publient en France deux ouvrages (*) qui ont en commun de pr\u00e9coniser des solutions radicales. Le premier propose de lever un imp\u00f4t mondial [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":37,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[18],"tags":[2141,1263],"class_list":["post-58937","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-monde-financier","tag-david-graeber","tag-thomas-piketty"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/58937","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/37"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=58937"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/58937\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":58942,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/58937\/revisions\/58942"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=58937"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=58937"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=58937"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}