{"id":5898,"date":"2009-12-13T23:00:05","date_gmt":"2009-12-13T22:00:05","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=5898"},"modified":"2017-09-07T18:56:13","modified_gmt":"2017-09-07T16:56:13","slug":"note-de-lecture-de-%c2%ab-l%e2%80%99origine-du-capitalisme-%c2%bb-de-ellen-meiksins-wood-par-alain-adriaens","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2009\/12\/13\/note-de-lecture-de-%c2%ab-l%e2%80%99origine-du-capitalisme-%c2%bb-de-ellen-meiksins-wood-par-alain-adriaens\/","title":{"rendered":"Note de lecture de <i>\u00ab L\u2019origine du capitalisme \u00bb<\/i> de Ellen Meiksins Wood, par Alain Adriaens"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p><b>1. Avant-propos<\/b><\/p>\n<p>La th\u00e9orie dominante voudrait que l\u2019apparition du capitalisme soit \u00ab naturelle \u00bb et que, lorsque le commerce et ses profits ont atteint un certain niveau, le capitalisme se soit naturellement d\u00e9velopp\u00e9 vu la nature tr\u00e8s \u00e9go\u00efste de l\u2019<i>homo oeconomicus<\/i>. Une analyse historique alternative montre, elle, que cette vision des choses serait mythique et que le capitalisme est n\u00e9 en un lieu pr\u00e9cis et \u00e0 une \u00e9poque d\u00e9termin\u00e9e. Le livre d\u2019Ellen Meiksins Wood (\u00ab L\u2019origine du capitalisme, une \u00e9tude approfondie \u00bb, Ellen Meiksins Wood, Lux Editeur, collection Humanit\u00e9s, 2009 traduit de l\u2019anglais par Fran\u00e7ois T\u00e9traux &#8211; <i>The Origin of Capitalism. A longer view<\/i>, 2002) est une recension des controverses sur ce sujet et sur l\u2019\u00e9mergence progressive d\u2019une lecture qui voit dans le capitalisme, non pas un r\u00e9gime qui n\u2019attendait que des conditions favorables pour \u00e9merger, mais une construction sociale issue d\u2019une configuration politique originale.<\/p>\n<p><b>2. Le retour des sciences sociales en \u00e9conomie<\/b><\/p>\n<p>L\u2019\u00e9conomie classique est le terrain de jeux de math\u00e9maticiens pointus qui inventent des th\u00e9ories totalement d\u00e9sincarn\u00e9es, en rupture compl\u00e8te avec le r\u00e9el. Aujourd\u2019hui, la crise financi\u00e8re a montr\u00e9 l\u2019absurdit\u00e9 de ces montages abstraits, au mieux inutiles et souvent nuisibles. L\u2019\u00e9conomie redevient donc un peu ce qu\u2019elle aurait toujours d\u00fb rester, une science humaine, une esp\u00e8ce de philosophie politique d\u00e9terminant les meilleures modalit\u00e9s du vivre ensemble sur le plan des \u00e9changes mat\u00e9riels et ce \u00e0 partir des enseignements de la sociologie, de l\u2019anthropologie, de la philosophie\u2026 Ellen Meiksins Wood, \u00e9tats-unienne d\u2019origine Lituanienne, enseigna les sciences politiques \u00e0 l\u2019universit\u00e9 York de Toronto de 1967 \u00e0 1996, et est une grande sp\u00e9cialiste de l\u2019\u00e9tude des origines historiques du capitalisme. Avec \u00ab L\u2019origine du capitalisme \u00bb, elle offre une analyse de la naissance du capitalisme qui allie approches historique, sociologique, politique, \u00e9conomique\u2026 Ce regard n\u2019est pas sans points communs avec celui d\u2019une autre \u00e9conomiste, Elinor Ostrom, qui vient de recevoir le prix de la banque de Su\u00e8de (\u00ab Nobel d\u2019\u00e9conomie \u00bb) pour ses travaux sur la mutation des <i>commons<\/i> (les communs) : d\u00e8s le XIII\u00e8me si\u00e8cle anglais, la captation (<i>enclosure<\/i>) des terres ouvertes \u00e0 tous par le roi Jean et ses barons a plong\u00e9 dans la mis\u00e8re les membres de la communaut\u00e9 des paysans qui vivaient en bonne partie des p\u00e2turages libres, du ramassage du bois, des champignons, du miel sauvage\u2026 (Robin des Bois serait le l\u00e9gendaire symbole de la r\u00e9sistance \u00e0 cette d\u00e9possession). On le verra, cette \u00ab privatisation \u00bb progressive des terres a eu une influence notable sur la gen\u00e8se du capitalisme. De plus, en ce d\u00e9but de XXI\u00e8me si\u00e8cle, les <i>commons<\/i> reviennent au devant de l\u2019actualit\u00e9, ne fut-ce que parce que Internet est un nouvel espace commun qu\u2019il convient de prot\u00e9ger de l\u2019accaparement par les nouveaux barons du capital et que ce m\u00e9dia est le support de nouvelles formes de mise en commun du savoir (les wiki, les licences <i>creative commons<\/i>\u2026).<\/p>\n<p><!--more--><b>3. Qu\u2019est ce que le capitalisme ?<\/b><\/p>\n<p>En pr\u00e9alable \u00e0 son analyse historico-\u00e9conomique, Ellen Wood d\u00e9finit ce qui, selon elle, fait la sp\u00e9cificit\u00e9 du capitalisme. Elle le r\u00e9p\u00e8te inlassablement au long de son livre : le capitalisme se caract\u00e9rise pour elle par \u00ab les imp\u00e9ratifs de concurrence, l\u2019accumulation, la maximisation des profits et l\u2019accroissement de la rentabilit\u00e9 du travail \u00bb. Le mot imp\u00e9ratif, on le verra, est important pour Ellen Wood : le capitalisme est une modification des rapports sociaux et des rapports de production qui s\u2019impose \u00e0 tous. En marxiste plut\u00f4t orthodoxe, notre autrice centre ses analyses sur les rapports sociaux de production et peu sur les aspects financiers du syst\u00e8me. Contrairement \u00e0 Paul Jorion elle n\u2019insiste pas sur les aspects mon\u00e9taires et financiers du capitalisme (qui, il est vrai, prendront plus d\u2019importance apr\u00e8s les d\u00e9buts du capitalisme). Mais nos deux auteurs partagent totalement le point de d\u00e9part : le f\u00e9odalisme et l\u2019accaparement des richesses par une noblesse qui s\u2019est impos\u00e9e par la force des armes. Wood et Paul Jorion insistent sur le fait qu\u2019apr\u00e8s les rapines pures et simple, les seigneurs se sont enrichis par la location de leur vastes propri\u00e9t\u00e9s conquises par le fer aux paysans sans terre, ils abordent aussi d\u2019autres modes de captation du surplus cr\u00e9\u00e9s par les activit\u00e9s agricoles : les taxes, imp\u00f4ts et autres gabelle (sp\u00e9cialit\u00e9 plut\u00f4t fran\u00e7aise) ; tous moyens de concentrer les richesses en quelques mains oisives.<\/p>\n<p>Avant d\u2019avancer ses propres analyses, Ellen Wood passe en revue et discute  p\u00e9dagogiquement les hypoth\u00e8ses classiques quant aux origines du capitalisme. Elle balaie assez rapidement l\u2019hypoth\u00e8se \u00ab environnementale \u00bb (avantage de l\u2019Europe d\u00fb \u00e0 son climat temp\u00e9r\u00e9) et s\u2019attarde plus \u00e0 d\u00e9monter la th\u00e8se que la capitalisme avance de sa propre origine, le mod\u00e8le de la commercialisation. Selon ce mod\u00e8le \u00ab profond\u00e9ment implant\u00e9 dans la culture occidentale, le capitalisme est consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019aboutissement plus ou moins naturel de pratiques ancestrales pour ainsi dire  universelles, celles des \u00e9changes commerciaux qui auraient vu le jour, non seulement dans les villes depuis des tempos imm\u00e9moriaux mais \u00e9galement dans les soci\u00e9t\u00e9s agricoles \u00bb. Wood d\u00e9crit les travaux de chercheurs qui \u00ab ont tendance \u00e0 tenir le capitalisme pour acquis, \u00e0 estimer qu\u2019il existait sous une forme latente depuis la nuit des temps et, dans le meilleur des cas, ils d\u00e9crivent son d\u00e9veloppement en d\u00e9crivant comment les obstacles dress\u00e9s contre lui, freinant sa progression naturelle, ont \u00e9t\u00e9 lev\u00e9s dans certaines r\u00e9gions du monde et pas dans d\u2019autres \u00bb.<\/p>\n<p>Je ne d\u00e9velopperai pas ici les chapitres o\u00f9 Ellen Wood retrace l\u2019\u00e9volution des th\u00e9ories sur l\u2019origine du capitalisme, me contenant de signaler la place importante de Marx (qui, le premier a compris beaucoup de choses, mais pas tout) et des d\u00e9bats marxistes post\u00e9rieurs (avec les travaux d\u2019auteurs comme Hilton Dobbs, Sweezy, Perry Anderson et surtout Robert Brenner &#8211; dont Wood est l\u2019\u00e9l\u00e8ve).<\/p>\n<p><b>4. Des rapports sociaux de propri\u00e9t\u00e9s originaux<\/b><\/p>\n<p>Les arguments qui remettent en cause le mod\u00e8le de la commercialisation se basent principalement sur l\u2019\u00e9tude de r\u00e9gions et d\u2019\u00e9poques o\u00f9 des soci\u00e9t\u00e9s ont mis en place des r\u00e9seaux commerciaux denses (internationaux souvent), ont d\u00e9velopp\u00e9 des techniques innovantes, ont accumul\u00e9 des richesses bien sup\u00e9rieures \u00e0 celle de l\u2019Angleterre du XVI\u00e8me si\u00e8cle et n\u2019ont pourtant pas \u00e9volu\u00e9 vers le capitalisme, simplement parce que les poss\u00e9dants avaient bien d\u2019autres moyens de maintenir leur domination. La Chine, la Florence de la Renaissance, la France absolutiste ou les Provinces-Unies (que Wood voit peupl\u00e9e uniquement de Flamands) sont des exemples d\u00e9velopp\u00e9s.<\/p>\n<p>Peu \u00e0 peu, l\u2019autrice nous am\u00e8ne donc \u00e0 comprendre que si le capitalisme est n\u00e9 en Angleterre et seulement l\u00e0, c\u2019est parce que \u00ab seigneurs et paysans vivant dans certaines conditions particuli\u00e8res \u00e0 l\u2019Angleterre, ont, \u00e0 leur insu, mis en branle un dynamique capitaliste, alors qu\u2019ils recherchaient, par leurs affrontements de classes, \u00e0 reproduire leur position sociale ant\u00e9rieure en l\u2019\u00e9tat \u00bb Ces sp\u00e9cificit\u00e9s de l\u2019Angleterre du XVI\u00e8me si\u00e8cle \u00e9taient, outre l\u2019accaparement par les seigneurs de la majorit\u00e9 des terres depuis pr\u00e8s de 300 ans gr\u00e2ce au principe de l\u2019<i>enclosure<\/i>, le fait que \u00ab les pouvoirs autonomes que d\u00e9tenaient toujours les seigneurs, les corps municipaux et autres entit\u00e9s corporatives dans les autres Etats Europ\u00e9ens, se trouvaient d\u00e9j\u00e0, pour une bonne part, centralis\u00e9s par l\u2019Etat anglais \u00bb. <\/p>\n<p>Wood compare donc souvent l\u2019Angleterre \u00e0 la France, bien plus riche en cette p\u00e9riode, mais o\u00f9 le roi \u00ab devait composer avec des nobles poss\u00e9dant des arm\u00e9es, avec des syst\u00e8mes juridiques r\u00e9gionaux toujours en vigueur, avec des privil\u00e8ges corporatifs \u00bb. Par contre, \u00ab en Angleterre, l\u2019aristocratie, d\u00e9militaris\u00e9es bien avant toutes les autres aristocraties europ\u00e9ennes, jouait un r\u00f4le non n\u00e9gligeable dans la centralisation de l\u2019Etat \u00bb. L\u2019Etat prot\u00e9geait donc cette classe dirigeante mais en faisant respecter le droit, elle privait aussi les aristocrates  de la possibilit\u00e9 de pr\u00e9lever le surplus produit par les paysans par des moyens extra-\u00e9conomiques (taxes locales par exemple). L\u2019aristocratie anglaise poss\u00e9dait cependant la majorit\u00e9 des terres sur lesquelles travaillaient des fermiers (parfois tr\u00e8s prosp\u00e8res). D\u00e9poss\u00e9d\u00e9s des capacit\u00e9s coercitives de leurs homologues europ\u00e9ens, les seigneurs anglais allaient donc tenter de tirer plus de revenus en d\u00e9veloppant des rentes \u00e9conomiques. C\u2019est ainsi que se d\u00e9veloppa un march\u00e9 des baux \u00e0 ferme fix\u00e9, non plus sur la coutume ou une norme juridique quelconque, mais par les conditions du march\u00e9. Cette logique s\u2019imposa bient\u00f4t aussi aux fermiers propri\u00e9taires de leurs champs (yeomen). Pour garder la capacit\u00e9 de payer leur loyer ou pour agrandir leur propri\u00e9t\u00e9, tous les agriculteurs durent \u00ab produire de fa\u00e7on concurrentielle et donc am\u00e9liorer leur productivit\u00e9 \u00bb. On l\u2019a compris, selon Wood, les pr\u00e9misses du capitalisme sont l\u00e0 r\u00e9unies et \u00ab les paysans &#8211; m\u00eame ceux jouissant de droits coutumiers &#8211; devaient toujours vendre leurs produits sur les m\u00eames march\u00e9s et pouvaient tout perdre parce qu\u2019ils se trouvaient dans une situation o\u00f9 des normes concurrentielles de productivit\u00e9 \u00e9taient fix\u00e9es par des fermiers r\u00e9agissant rapidement aux pressions du march\u00e9 \u00bb. Le march\u00e9 anglais fut aussi le premier \u00e0 \u00eatre unifi\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 un r\u00e9seau de transports et \u00e0 une s\u00e9curit\u00e9, tous deux assur\u00e9s par l\u2019Etat central. Ce march\u00e9 national int\u00e9gr\u00e9 et la productivit\u00e9 accrue de l\u2019agriculture permirent de nourrir une population urbaine plus nombreuse, gonfl\u00e9e par l\u2019exode rural d\u00fb \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ralisation des <i>enclosures<\/i> par expropriation des paysans les moins comp\u00e9titifs. Le capitalisme industriel allait ainsi pouvoir se d\u00e9velopper sur la base de ses origines agraires. <\/p>\n<p>Wood montre donc que la (plut\u00f4t paisible) r\u00e9volution anglaise vit l\u2019alliance des seigneurs et de leurs prosp\u00e8res fermiers capitalistes pour lever les obstacles emp\u00eachant les terres de donner leur plein rendement et les emp\u00eachant, eux, d\u2019exploiter leurs propri\u00e9t\u00e9s au maximum. En France, par contre, la bourgeoise (pas encore capitaliste), s\u2019opposa \u00e0 l\u2019aristocratie pour l\u2019acc\u00e8s aux postes tr\u00e8s lucratifs des charges de l\u2019Etat. La bourgeoisie fran\u00e7aise s\u2019allia donc plut\u00f4t au peuple alors que la bourgeoisie anglaise s\u2019allia elle aux nobles. Ce n\u2019est donc pas pour rien qu\u2019il y a toujours une monarchie en Angleterre et que la France \u00e0 d\u00e9capit\u00e9 la sienne\u2026<\/p>\n<p><b>5. Economie de march\u00e9, lib\u00e9ralisme et capitalisme<\/b><\/p>\n<p>Dans d\u2019autres chapitres Ellen Wood d\u00e9taille comment la capitalisme agraire engendra le capitalisme industriel (gr\u00e2ce au salariat par lequel le travail des paysans ayant quitt\u00e9 la terre pour la ville fut transform\u00e9 en marchandise), comment l\u2019imp\u00e9rialisme et la colonialisme (assez tardifs) de la Grande-Bretagne furent \u00ab valoris\u00e9s \u00bb par la capitalisme (contrairement \u00e0 l\u2019\u00e9norme accumulation primitive de l\u2019Espagne qui fut plut\u00f4t \u00e0 l\u2019origine de son d\u00e9clin). Mais ceci nous \u00e9loigne de l\u2019origine du capitalisme et de l\u2019\u00e9clairage qu\u2019elle donne \u00e0 la question pos\u00e9e par Paul sur les rapports entre march\u00e9, lib\u00e9ralisme et capitalisme. Je me permettrai donc de tenter de r\u00e9pondre \u00e0 cette question en m\u2019appuyant sur les enseignements qui pr\u00e9c\u00e8dent.<\/p>\n<p>Les travaux d\u2019Ellen Wood tendent donc \u00e0 d\u00e9monter que le commerce a exist\u00e9 dans toutes les soci\u00e9t\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 des march\u00e9s et que ces march\u00e9s \u00e9taient des occasions d\u2019enrichissement pour les marchands mais pas des pr\u00e9curseurs du capitalisme. Par contre, ce qui s\u2019est pass\u00e9 en Angleterre aux XVI\u00e8me et XVII\u00e8me si\u00e8cles est qu\u2019un march\u00e9 vaste et int\u00e9gr\u00e9 est devenu concurrentiel et a impos\u00e9 ses contraintes \u00e0 tous. Ce tournant original et d\u00e9cisif pour l\u2019avenir de la plan\u00e8te a \u00e9t\u00e9 rendu n\u00e9cessaire par le fait que les seigneurs anglais ne pouvaient plus s\u2019enrichir en spoliant les paysans mais qu\u2019ils ont d\u00fb imposer des r\u00e8gles de propri\u00e9t\u00e9 particuli\u00e8res en vue de capter le surplus des activit\u00e9s agricoles par des voies \u00e9conomiques. En quelques sorte, la fin de l\u2019absolutisme monarchique et f\u00e9odal, que l\u2019on peut assimiler aux d\u00e9buts du lib\u00e9ralisme politique, a rendu n\u00e9cessaire le capitalisme pour qu\u2019une minorit\u00e9 continue \u00e0 exploiter la majorit\u00e9 des producteurs, alors paysans. Industrialisation colonisation, imp\u00e9rialisme et globalisation n\u00e9olib\u00e9rale ne furent d\u00e8s lors que des suites logiques et progressives de l\u2019extension du capitalisme au reste de l\u2019Humanit\u00e9.<\/p>\n<p>Si l\u2019on suit Ellen Wood on pourrait caricaturer et dire que tout comme la politique est la continuation de la guerre par des moyens beaucoup moins violents et soumis \u00e0 des r\u00e8gles civilis\u00e9es (la d\u00e9mocratie dans le meilleur des cas), le capitalisme est la continuation des dominations f\u00e9odales et monarchiques mais par des moyens moins brutaux et r\u00e9gis par des r\u00e8gles \u00e9conomiques profitant \u00e0 quelques-uns. En r\u00e9sum\u00e9 donc, le lib\u00e9ralisme politique (\u00e0 ne pas confondre avec le n\u00e9olib\u00e9ralisme \u00e9conomique) serait donc un bienfait dont se r\u00e9clament en fait toutes les tendances politiques actuelles, le capitalisme serait l\u2019h\u00e9ritier du f\u00e9odalisme et le march\u00e9, s\u2019il n\u2019\u00e9tait plus le moyen par lequel le capitalisme impose ses diktats \u00e0 l\u2019ensemble de la soci\u00e9t\u00e9, est un outil indispensable aux \u00e9changes.<\/p>\n<p>Sur ce blog, nombreux sont ceux qui estiment que le capitalisme est (devenu) une nuisance. Ellen Wood est d\u2019accord et elle nous dit : \u00ab Il est imp\u00e9ratif de bien comprendre le capitalisme &#8211; et comprendre ce qu\u2019il faut faire pour l\u2019abolir, puis le remplacer par un autre syst\u00e8me social. Nous devons conna\u00eetre non seulement la puissance formidable des imp\u00e9ratifs capitalistes, soit l\u2019obligation d\u2019accumuler, de maximiser les profits et d\u2019accro\u00eetre la productivit\u00e9 du travail, mais aussi les racines syst\u00e9miques de ces imp\u00e9ratifs ; alors nous saurons pourquoi ils s\u2019imposent de la sorte \u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><b>1. Avant-propos<\/b><\/p>\n<p>La th\u00e9orie dominante voudrait que l\u2019apparition du capitalisme soit \u00ab naturelle \u00bb et que, lorsque le commerce et ses profits ont atteint un certain niveau, le capitalisme se soit naturellement d\u00e9velopp\u00e9 vu la nature tr\u00e8s \u00e9go\u00efste de l\u2019<i>homo oeconomicus<\/i>. 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