{"id":59045,"date":"2013-10-12T11:37:04","date_gmt":"2013-10-12T09:37:04","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=59045"},"modified":"2013-10-12T11:37:04","modified_gmt":"2013-10-12T09:37:04","slug":"nous-le-tiers-etat-par-bertrand-rouzies-leonardi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2013\/10\/12\/nous-le-tiers-etat-par-bertrand-rouzies-leonardi\/","title":{"rendered":"<b>NOUS LE TIERS-\u00c9TAT<\/b>, par Bertrand Rouzi\u00e8s-L\u00e9onardi"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Qui donc oserait dire que le Tiers-\u00c9tat n&rsquo;a pas en lui tout ce qu&rsquo;il faut pour former une nation compl\u00e8te ? Il est l&rsquo;homme fort et robuste dont un bras est encore encha\u00een\u00e9. Si l&rsquo;on \u00f4tait l&rsquo;ordre privil\u00e9gi\u00e9, la nation ne serait pas quelque chose de moins, mais quelque chose de plus. Ainsi, qu&rsquo;est-ce que le Tiers ? Tout, mais un tout entrav\u00e9 et opprim\u00e9. Que serait-il sans l&rsquo;ordre privil\u00e9gi\u00e9 ? Tout, mais un tout libre et florissant. Rien ne peut aller sans lui, tout irait infiniment mieux sans les autres. Il ne suffit pas d&rsquo;avoir montr\u00e9 que les privil\u00e9gi\u00e9s, loin d&rsquo;\u00eatre utiles \u00e0 la nation, ne peuvent que l&rsquo;affaiblir et lui nuire, il faut prouver encore que l&rsquo;ordre noble n&rsquo;entre point dans l&rsquo;organisation sociale ; qu&rsquo;il peut bien \u00eatre une charge pour la nation, mais qu&rsquo;il n&rsquo;en saurait faire une partie. D&rsquo;abord, il n&rsquo;est pas possible, dans le nombre de toutes les parties \u00e9l\u00e9mentaires d&rsquo;une nation, de trouver o\u00f9 placer la caste des nobles. Je sais qu&rsquo;il est des individus, en trop grand nombre, que les infirmit\u00e9s, l&rsquo;incapacit\u00e9, une paresse incurable, ou le torrent des mauvaises m\u0153urs, rendent \u00e9trangers aux travaux de la soci\u00e9t\u00e9. <\/p>\n<p>L&rsquo;exception et l&rsquo;abus sont partout \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la r\u00e8gle, et surtout dans un vaste empire. Mais au moins conviendra-t-on que, moins il y a de ces abus, mieux l&rsquo;\u00c9tat passe pour \u00eatre ordonn\u00e9. Le plus mal ordonn\u00e9 de tous serait celui o\u00f9 non seulement des particuliers isol\u00e9s, mais une classe enti\u00e8re de citoyens mettrait sa gloire \u00e0 rester immobile au milieu du mouvement g\u00e9n\u00e9ral et saurait consumer la meilleure part du produit, sans avoir concouru en rien \u00e0 le faire na\u00eetre. Une telle classe est assur\u00e9ment \u00e9trang\u00e8re \u00e0 la nation par sa fain\u00e9antise. L&rsquo;ordre noble n&rsquo;est pas moins \u00e9tranger au milieu de nous, par ses pr\u00e9rogatives civiles et publiques. Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;une nation ? Un corps d&rsquo;associ\u00e9s vivant sous une loi commune et repr\u00e9sent\u00e9s par la m\u00eame l\u00e9gislature. N&rsquo;est-il pas trop certain que l&rsquo;ordre noble a des privil\u00e8ges, des dispenses, m\u00eame des droits s\u00e9par\u00e9s des droits du grand corps des citoyens ? Il sort par l\u00e0 de l&rsquo;ordre commun, de la loi commune. Ainsi, ses droits civils en font d\u00e9j\u00e0 un peuple \u00e0 part dans la grande nation. C&rsquo;est v\u00e9ritablement imperium in imperio.\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Abb\u00e9 Siey\u00e8s, <em>Qu&rsquo;est-ce que le Tiers-\u00c9tat ?<\/em>, janvier 1789, chap. I. <\/p>\n<p><!--more-->Que dit Siey\u00e8s ? Que le Tiers n&rsquo;est pas l&rsquo;attelage, ni m\u00eame la derni\u00e8re roue du carrosse, mais le carrosse tout entier, attelage et cocher compris, et qu&rsquo;il est bien extraordinaire que les voyageurs embarqu\u00e9s, dont toute la peine consiste \u00e0 monter et \u00e0 descendre, se sentent autoris\u00e9s, parce qu&rsquo;ils paient quelques sous pour \u00eatre conduits d&rsquo;un palais \u00e0 l&rsquo;autre, \u00e0 s&rsquo;en attribuer tout l&rsquo;effort et tout le m\u00e9rite. Si les rentiers &#8211; \u00ab\u00a0l&rsquo;ordre privil\u00e9gi\u00e9\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0l&rsquo;ordre noble\u00a0\u00bb &#8211; ont besoin de nous, le mal nomm\u00e9 Tiers, un tiers valant 9\/10 sous l&rsquo;Ancien R\u00e9gime comme sous le nouveau, nous n&rsquo;avons pas besoin d&rsquo;eux. En somme, nous m\u00e9connaissons et trahissons notre force en l&rsquo;arrimant \u00e0 de tels commanditaires, en l&rsquo;orientant vers de tels mod\u00e8les. L&rsquo;avenir de la cit\u00e9 repose sur les \u00e9paules des citoyens qui la servent et non sur les \u00e9paules de ceux qui s&rsquo;en servent dans un dessein \u00e9troit, autopromotionnel. L&rsquo;euthanasie du rentier pr\u00f4n\u00e9e par Keynes est en r\u00e9alit\u00e9 effective du fait m\u00eame de la rente : le rentier, par autolyse, se retranche <em>ipso facto<\/em> de la communaut\u00e9 civique. Il est ce qu&rsquo;elle devrait abhorrer par principe, quoiqu&rsquo;il se voie en maints endroits qu&rsquo;il est ce qu&rsquo;elle courtise, attendant de lui la manne qu&rsquo;elle a renonc\u00e9 \u00e0 cultiver elle-m\u00eame. En tant que mutualisation de l&rsquo;agir, la communaut\u00e9 civique, \u00e0 la diff\u00e9rence de l&rsquo;actionnariat, est bien davantage que la somme des parties qui la constituent.<\/p>\n<p>D\u00e9mystifions un certain discours patronal, tr\u00e8s en vogue au Medef, qui donne \u00e0 entendre que l&rsquo;\u00e9conomie ne tourne que gr\u00e2ce aux d\u00e9tenteurs de capitaux, fussent-ils des nababs confits dans leurs rentes. Un capital ne fait pas automatiquement de son d\u00e9tenteur un entrepreneur et les entrepreneurs ne sont pas toute l&rsquo;\u00e9conomie. Il ferait beau voir que notre Pr\u00e9sident se d\u00e9place \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger avec, en lieu et place du coll\u00e8ge de tiques patronales en qu\u00eate de chairs moins r\u00e9tives \u00e0 sucer, un panel de repr\u00e9sentants de Scop (Soci\u00e9t\u00e9s coop\u00e9ratives et participatives) et de salari\u00e9s de tous secteurs qui t\u00e9moigneraient du bonheur que c&rsquo;est d&rsquo;avoir un code du travail qui rende la ma\u00eetrise du temps et des cadences aux travailleurs, vanteraient le mieux-disant <em>Made in France<\/em> et feraient la d\u00e9monstration de ce qu&rsquo;il est humainement profitable, en d\u00e9mocratie, de travailler non chacun pour soi mais les uns pour les autres. <\/p>\n<p>Les accumulateurs de tout poil, les avares comme les munificents, qu&rsquo;on peut toujours soup\u00e7onner de ne l&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;\u00e0 proportion des gains d\u00e9multipli\u00e9s qu&rsquo;ils en esp\u00e8rent pour eux-m\u00eames, sont quantit\u00e9 dispensable. Un groupe humain, sans autres moyens que ceux, au vrai immenses, que procure le d\u00e9sir de contribuer au bien-\u00eatre commun contre un peu d&rsquo;amour ou d&rsquo;amiti\u00e9, peut d\u00e9placer les montagnes tout autant qu&rsquo;un Rockfeller. \u00c0 la diff\u00e9rence d&rsquo;un Rockfeller, il ne se croira pas fond\u00e9 \u00e0 d\u00e9clarer, pour les avoir d\u00e9plac\u00e9es, que ces montagnes sont \u00e0 lui. Il s&rsquo;excusera m\u00eame aupr\u00e8s des groupes voisins qu&rsquo;un tel chambardement aurait d\u00e9rang\u00e9s et se pr\u00e9occupera d&rsquo;en partager avec eux les fruits. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Qui donc oserait dire que le Tiers-\u00c9tat n&rsquo;a pas en lui tout ce qu&rsquo;il faut pour former une nation compl\u00e8te ? Il est l&rsquo;homme fort et robuste dont un bras est encore encha\u00een\u00e9. 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