{"id":59065,"date":"2013-10-14T00:00:13","date_gmt":"2013-10-13T22:00:13","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=59065"},"modified":"2013-10-14T00:07:42","modified_gmt":"2013-10-13T22:07:42","slug":"de-la-crise-de-leconomie-a-la-crise-du-savoir-economique-le-grand-retournement-de-paul-krugman-par-jerome-maucourant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2013\/10\/14\/de-la-crise-de-leconomie-a-la-crise-du-savoir-economique-le-grand-retournement-de-paul-krugman-par-jerome-maucourant\/","title":{"rendered":"<b>De la crise de l\u2019\u00e9conomie \u00e0 la crise du savoir \u00e9conomique &#8211; Le grand retournement de Paul Krugman<\/b>, par J\u00e9r\u00f4me Maucourant"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9. J\u00e9r\u00f4me Maucourant, auteur notamment de \u00ab\u00a0Avez-vous lu Polanyi ?\u00a0\u00bb (Flammarion, 2011) dont il a <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=38587\">d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 question sur le blog<\/a>, tient \u00e0 remercier Timiota,\u00a0Bernard Drevon et Jeanne Favret-Saada pour leur lecture du pr\u00e9sent billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Paul Krugman, \u00e9conomiste de grande r\u00e9putation dans la sph\u00e8re acad\u00e9mique, a dans les ann\u00e9es 2000 touch\u00e9 le grand public am\u00e9ricain en \u00e9mettant de judicieuses critiques \u00e0 l\u2019encontre de la pr\u00e9sidence de George W. Bush, dans ses \u00e9ditoriaux du New York Times. Apr\u00e8s la crise de 2008, il est devenu un d\u00e9tracteur f\u00e9roce des politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9, dans une veine n\u00e9okeyn\u00e9sienne. N\u00e9anmoins, \u00e0 l\u2019image de la plupart de ses coll\u00e8gues, il fut tr\u00e8s surpris par l\u2019ampleur de la crise de 2008<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>. Certes, il ne s\u2019agit pas de lui reprocher de n\u2019avoir pas su <i>pr\u00e9dire<\/i> le moment d\u2019une crise. Mais, le r\u00f4le de la connaissance en \u00e9conomie est assur\u00e9ment de <i>comprendre<\/i> ce \u00e0 quoi nous <i>expose<\/i> un type d\u2019organisation de l\u2019\u00e9conomie. C&rsquo;est, par cons\u00e9quent, la \u00ab\u00a0science \u00e9conomique\u00a0\u00bb qui fait probl\u00e8me, compte tenu de son r\u00f4le important dans l\u2019organisation m\u00eame de l\u2019\u00e9conomie et de son enseignement. Notre hypoth\u00e8se est que Krugman, comme d\u2019autres \u00e9conomistes devenus contestataires de la pens\u00e9e dominante, ne tire pas toutes les cons\u00e9quences n\u00e9cessaires d\u2019une contestation d\u2019un savoir fond\u00e9 sur la centralit\u00e9 du march\u00e9.<\/p>\n<p>Pr\u00e9cis\u00e9ment, Krugman, alors qu\u2019il d\u00e9non\u00e7ait avec force et brio une in\u00e9galit\u00e9 croissante de la r\u00e9partition des revenus dans son livre de 2007<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>, ne reliait pas ce fait \u00e0 la menace qui p\u00e8se sur le capitalisme\u00a0: la crise des d\u00e9bouch\u00e9s de la production marchande. La possibilit\u00e9 d\u2019une demande insuffisante est accrue par le fait que les des gains de productivit\u00e9 sont capt\u00e9s par une couche sociale de plus en plus mince. L\u2019effondrement de l\u2019\u00e9pargne aux \u00c9tats-Unis et le surendettement des classes moyennes et populaires a ajourn\u00e9 longtemps ce probl\u00e8me<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>. La croissance am\u00e9ricaine d\u2019avant crise a d\u00fb, en effet, beaucoup aux \u00ab\u00a0progr\u00e8s\u00a0\u00bb des techniques de la finance, ce qui a occult\u00e9, surtout durant les ann\u00e9es 2000, les cons\u00e9quences d\u2019un endettement excessif.<\/p>\n<p><!--more-->Mais, vendre en payant le moins possible les travailleurs-consommateurs, gr\u00e2ce \u00e0 la mondialisation, n\u2019a fait que d\u00e9placer les termes du probl\u00e8me : s\u2019il peut sembler profitable d\u2019importer \u00e0 bas co\u00fbt, ceci a impliqu\u00e9 une d\u00e9sindustrialisation qui a fait que la d\u00e9pense globale d\u00e9passe syst\u00e9matiquement la production. Les fameux exc\u00e9dents chinois, par exemple, sont ainsi la contrepartie comptable d\u2019une partie du d\u00e9ficit commercial am\u00e9ricain. Notre probl\u00e8me se pose en des termes nouveaux :\u00a0 combien de temps les pays d\u00e9tenteurs de surplus commerciaux accepteront-ils de financer l\u2019exc\u00e8s de la d\u00e9pense globale de l\u2019\u00e9conomie am\u00e9ricaine ? Dit autrement, l\u2019Asie troque ses biens export\u00e9s contre du papier \u00e9mis par les Am\u00e9ricains<a title=\"\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a> !<\/p>\n<p>Mais, combien de temps cette suj\u00e9tion sera-t-elle accept\u00e9e ? Se pose, de toute fa\u00e7on la question de la <i>qualit\u00e9<\/i> des dettes, avant m\u00eame un changement du r\u00e9gime mon\u00e9taire international qui mettrait fin au privil\u00e8ge des Am\u00e9ricains : r\u00e9gler leur dette gr\u00e2ce \u00e0 de la monnaie qu\u2019ils \u00e9mettent. Comme l\u2019a montr\u00e9 la crise de 2008, en effet, la faillite annonc\u00e9e de nombre d\u2019\u00e9tablissements financiers am\u00e9ricains signifiait simplement que les cr\u00e9diteurs \u00e9trangers en seraient pour leurs frais. C\u2019est pourquoi l\u2019Etat am\u00e9ricain fut contraint de s\u2019endetter lourdement pour garantir des dettes sans qualit\u00e9 &#8230;. sans quoi c\u2019en \u00e9tait fini du r\u00f4le du dollar. Finalement, le capitalisme am\u00e9ricain n\u2019a pas r\u00e9solu ses contradictions, il les a simplement export\u00e9es avant, finalement, d\u2019endetter lourdement le peuple am\u00e9ricain pour sauver sa position \u00e9minente : on a socialis\u00e9 les co\u00fbts pour continuer la privatisation des gains &#8230;.<\/p>\n<p>Or, pour Krugman, la question <i>sociale<\/i> ne devenait jamais, dans son ouvrage de 2007, un probl\u00e8me <i>\u00e9conomique\u00a0<\/i>; comme si le capitalisme pouvait s\u2019exon\u00e9rer durablement et \u00e0 bon compte de son refus essentiel de reconna\u00eetre la valeur cr\u00e9atrice du travail humain. Le probl\u00e8me lui semblait donc, pour l\u2019essentiel, celui des cons\u00e9quences sociales calamiteuses de l\u2019\u00e9conomie sous sa forme n\u00e9olib\u00e9rale<a title=\"\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>, et non celui de coh\u00e9rence macro\u00e9conomique de cette nouvelle forme de capitalisme. La raison de cet aveuglement nous semble simple\u00a0: elle r\u00e9sidait dans l\u2019illusion de la capacit\u00e9 du capitalisme contemporain \u00e0 faire de la dette une marchandise vendable, selon une soi-disant juste \u00e9valuation math\u00e9matique du risque. Tout se passait, alors, comme si la question des d\u00e9bouch\u00e9s de la production \u00e9tait d\u00e9pass\u00e9e, gr\u00e2ce aux nouvelles techniques de \u00ab\u00a0 gestion du risque\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Depuis 2009, Krugman pr\u00f4ne, il est vrai, un contr\u00f4le \u00e9tatique de la finance, de larges nationalisations des banques et une progressivit\u00e9 forte de l\u2019imp\u00f4t. Il admet m\u00eame que la mondialisation a eu une incidence sur la d\u00e9flation salariale, se situant ainsi bien loin des propos qui lui avaient obtenu l\u2019assentiment de ses coll\u00e8gues durant les ann\u00e9es 1990<a title=\"\" href=\"#_ftn6\">[6]<\/a>. Mais, pour manifester une opposition vigoureuse contre les int\u00e9r\u00eats \u00e9tablis, il a attendu de s&rsquo;\u00eatre suffisamment distingu\u00e9 dans le monde acad\u00e9mique<a title=\"\" href=\"#_ftn7\">[7]<\/a>\u2026\u00a0 Ainsi, sa d\u00e9claration \u00ab\u00a0<i>Les \u00e9conomistes deviennent plus politiques en vieillissant\u00a0<\/i>\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn8\">[8]<\/a> signifie, en r\u00e9alit\u00e9, que la distance croissante par rapport \u00e0 certaines n\u00e9cessit\u00e9s professionnelles permet un autre rapport \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie r\u00e9gnante. Mais, avant que cette parole savante ne se lib\u00e8re, avant qu\u2019elle nous renseigne sur le capitalisme r\u00e9ellement existant, elle aura fait l\u2019apologie d\u2019un libre-\u00e9change qui, accroissant les in\u00e9galit\u00e9s, a augment\u00e9 dangereusement la dette priv\u00e9e devenue ressort ultime de la croissance. Imagine-t-on quelle \u00e9volution aurait pu prendre le savoir \u00e9conomique si, en d\u00e9but de carri\u00e8re, des \u00e9conomistes avaient os\u00e9 pr\u00e9tendre que la croissance de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 avait r\u00e9sult\u00e9 d\u2019un changement dans les rapports de force entre groupes sociaux ?<\/p>\n<p>Ce type d\u2019hypoth\u00e8se forte, qu\u2019on a peine \u00e0 imaginer depuis les ann\u00e9es 1980, est le fait du Krugman tardif de l\u2019ouvrage <i>The conscience of a liberal<\/i>, paru en 2007. Il y affirme que l\u2019explosion des in\u00e9galit\u00e9s, la \u00ab\u00a0<i>grande divergence\u00a0<\/i>\u00bb, ne doit presque rien \u00e0 la nature du progr\u00e8s technique qui r\u00e9duirait la demande de travail d\u00e9qualifi\u00e9. Ce faisant, il s\u2019oppose, par exemple, \u00e0 Lazear<a title=\"\" href=\"#_ftn9\">[9]<\/a> et aux \u00e9crits des ann\u00e9es 1990 de Jensen<a title=\"\" href=\"#_ftn10\">[10]<\/a>. L\u2019argument de Krugman est simple\u00a0: l\u2019essentiel des gains de la croissance est all\u00e9, depuis trente ans, non pas aux salari\u00e9s instruits mais \u00e0 \u00ab\u00a0<i>un tout petit groupe d\u2019individus<\/i> <i>extr\u00eamement bien pay\u00e9s\u00a0<\/i>\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn11\">[11]<\/a>. Ce constat est fort ennuyeux pour la caste dont l\u2019id\u00e9ologie est majoritaire, car il ne permet plus de naturaliser le creusement des in\u00e9galit\u00e9s, ce que Krugman reconna\u00eet parfaitement \u00e0 sa fa\u00e7on<a title=\"\" href=\"#_ftn12\">[12]<\/a> : \u00ab\u00a0L\u2019hypoth\u00e8se SBTC [skill-biaised technical change]<i> est de celle qui permet aux \u00e9conomistes de se sentir \u00e0 l\u2019aise\u00a0: tout est question d\u2019offre et de demande, sans qu\u2019il soit besoin de faire intervenir le genre de sujet dont la sociologie parle mais que l\u2019\u00e9conomie a bien du mal \u00e0 int\u00e9grer dans ses mod\u00e8les \u2013 les institutions, les normes, le pouvoir politique<\/i> [\u2026]<i>\u00a0avec l\u2019hypoth\u00e8se SBTC, la hausse de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 n\u2019est la faute de personne. Elle est le pur effet de la technologie, qui \u0153uvre par le biais de la main invisible\u00a0<\/i>\u00bb.<\/p>\n<p>Ce faisant, Krugman d\u00e9montre que l\u2019on peut finalement effectuer un travail s\u00e9rieux et suffisamment scientifique sans r\u00e9duire la totalit\u00e9 des faits sociaux \u00e0 des calculs co\u00fbt-avantage (ce que le langage dominant nomme \u00ab\u00a0\u00e9conomie\u00a0\u00bb). Nous y trouvons la confirmation du fait que cette mince classe sociale, la classe dirigeante, a gagn\u00e9 une bataille politique et culturelle, en l\u00e9gitimant implicitement la remont\u00e9e des in\u00e9galit\u00e9s au niveau atteint il y a un si\u00e8cle&#8230; De m\u00eame que la <i>grande compression<\/i> trouvait son origine dans le <i>New Deal<\/i> et la Seconde Guerre Mondiale, la <i>grande divergence <\/i>actuelle dans la r\u00e9partition des richesses a une cause politique<a title=\"\" href=\"#_ftn13\">[13]<\/a>.<\/p>\n<p>Avant de s\u2019affirmer comme un critique r\u00e9solu de la pens\u00e9e dominante qui r\u00e8gne dans le monde acad\u00e9mique et celui des affaires, Krugman semble donc avoir commenc\u00e9 son grand retournement en d\u00e9couvrant un fait d\u00e9cisif\u00a0: la forme sociale de l\u2019\u00e9conomie n\u2019est pas d\u00e9termin\u00e9e de fa\u00e7on univoque par la technique. Mais, malheureusement, peut-\u00eatre parce qu&rsquo;il s&rsquo;illusionnait sur la capacit\u00e9 du march\u00e9 \u00e0 r\u00e9gler les d\u00e9rives de la dette, il a n\u00e9glig\u00e9 ce que l\u2019\u00e9conomie politique, de Malthus \u00e0 Keynes, en passant par Sismondi et Marx, consid\u00e8re comme une question centrale, celle de l\u2019absorption des d\u00e9bouch\u00e9s de la production marchande.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, le fait que Krugman refuse le d\u00e9terminisme technique est encourageant, en ce que cela conduit notre auteur \u00e0 reconna\u00eetre le r\u00f4le d\u00e9cisif des rapports politiques et des antagonismes sociaux. Voil\u00e0 qui ne surprendra sans doute pas le lecteur fran\u00e7ais ou europ\u00e9en, habitu\u00e9 \u00e0 ce type de consid\u00e9rations, issues, notamment, des controverses suscit\u00e9es par l\u2019\u0153uvre de Marx<a title=\"\" href=\"#_ftn14\">[14]<\/a>. Mais, rares, trop rares demeurent les \u00e9conomistes qui osent trouver des fondements extra-\u00e9conomiques \u00e0 certains ph\u00e9nom\u00e8nes \u00e9conomiques, et se situer contre la pens\u00e9e dominante, pour laquelle les explications non-\u00e9conomiques sont n\u00e9cessairement <i>ad hoc, <\/i>c&rsquo;est-\u00e0-dire subjectives<i>.<\/i><\/p>\n<p>Or, ce type de pens\u00e9e \u00e9conomique, qui se fonde sur un \u00e9tat de la technique et sur le culte du march\u00e9, et qui ignore le r\u00f4le de l\u2019imagination sociale et des conflits politiques \u00e0 m\u00eame d\u2019inventer une autre \u00e9conomie, porte une responsabilit\u00e9 dans les impasses dont nous avons le plus grand mal \u00e0 sortir aujourd\u2019hui. Le probl\u00e8me g\u00eet donc dans cette foi en <i>une<\/i> \u00ab\u00a0science \u00e9conomique\u00a0\u00bb unifi\u00e9e : elle constitue un trait essentiel de cette pens\u00e9e dominantequi structure et qui justifie le monde tel qu&rsquo;il est par la r\u00e9f\u00e9rence centrale au march\u00e9. Un Krugman &#8211; et ceux qu\u2019il peut entra\u00eener intellectuellement avec lui &#8211; trouveront-ils une sortie de ces impasses ? Peut-\u00eatre, mais cela prendra du temps. Plut\u00f4t interroger d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent la g\u00e9n\u00e9ration suivante, ce qui pourrait \u00eatre l\u2019objet de prochains billets.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\">[1]<\/a> Krugman, au moment de la crise de 2008, fut autant terrifi\u00e9 que surpris par l\u2019ampleur du choc. Il est ainsi rapport\u00e9, le 13\/10\/2008, sous le titre\u00a0: <i>L&rsquo;\u00e9conomiste am\u00e9ricain Paul Krugman, prix Nobel d&rsquo;\u00e9conomie 2008, \u00ab\u00a0s&rsquo;est d\u00e9clar\u00e9 <\/i>\u00ab\u00a0terrifi\u00e9\u00a0\u00bb<i> lundi par la crise financi\u00e8re actuelle qui lui rappelle la d\u00e9pression des ann\u00e9es 1930\u00a0\u00bb\u00a0<\/i>; \u00ab\u00a0<i>Ca s&rsquo;annonce mieux qu&rsquo;il y a cinq jours, mais la crise financi\u00e8re me terrifie\u00a0<\/i>\u00bb, a confi\u00e9 le laur\u00e9at \u00e0 l&rsquo;agence de presse su\u00e9doise TT\u00a0; \u00ab\u00a0<i>Je n&rsquo;aurais jamais cru voir se r\u00e9p\u00e9ter 1931 de mon vivant, mais cette crise m&rsquo;y fait penser \u00e0 bien des \u00e9gards\u00a0<\/i>\u00bb, a-t-il ajout\u00e9 (http:\/\/www.levif.be\/actualite\/monde\/72-58-23936\/paul-krugman&#8212;la-crise-financiere-me-terrifie-.html).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\">[2]<\/a> Paul Krugman, (2007) <i>L\u2019Am\u00e9rique que nous voulons,<\/i> traduit par Paul Chemla, Paris, Flammarion, 2008 (titre original\u00a0: <i>The conscience of a Liberal<\/i>).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\">[3]<\/a> Apr\u00e8s avoir constat\u00e9 que \u00ab <i>la part des revenus du travail dans la richesse mondiale tend \u00e0 se r\u00e9duire\u00a0<\/i>\u00bb, un ancien expert du patronat fran\u00e7ais \u00e9crit, avant la crise de 2008, \u00e0 propos de la \u00ab\u00a0<i>corporation des \u00e9conomistes m\u00e9diatis\u00e9s\u00a0<\/i>\u00bb, si silencieuse \u00e0 l\u2019\u00e9gard des politiques mon\u00e9taires expansionnistes et acharn\u00e9e \u00e0 d\u00e9fendre sans rel\u00e2che la mondialisation\u00a0: \u00ab\u00a0<i>La beaut\u00e9 id\u00e9ologique du projet n\u00e9cessite d\u2019ensevelir la question th\u00e9orique et pratique de la limite qu\u2019il conviendrait de poser \u00e0 la capacit\u00e9 d\u2019emprunt croissante des m\u00e9nages occidentaux, capacit\u00e9 sans laquelle le processus serait vou\u00e9 \u00e0 s\u2019arr\u00eater\u00a0<\/i>\u00bb. <i>Cf.<\/i> J-L Gr\u00e9au, <i>La trahison des \u00e9conomistes<\/i>, Gallimard, 2008, et bien s\u00fbr Paul Jorion qui annonce, <i>d\u00e8s 2004<\/i>, le m\u00e9canisme de la crise (<i>La revue du MAUSS<\/i> publiant un extrait de ce livre en 2005).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\">[4]<\/a> C\u2019est-\u00e0-dire que ses banques centrales acqui\u00e8rent de la dette am\u00e9ricain libell\u00e9e en dollar<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\">[5]<\/a> <i>Cf. ibid.<\/i> p. 284, ses d\u00e9veloppements sur la crise du syst\u00e8me de sant\u00e9 aux Etats-Unis et son \u00e9loge du mod\u00e8le fran\u00e7ais.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\">[6]<\/a> Voir Paul R. Krugman, (1996) <i>La Mondialisation n\u2019est pas coupable \u2013 Vertus et limites du libre-\u00e9change,<\/i> Paris, La d\u00e9couverte, 2000 (titre original\u00a0: <i>Pop internationalism<\/i>), qui c\u00e9l\u00e8bre la pens\u00e9e \u00e9conomique dominante. Mais, Paul. R. Krugman, (2007) <i>Trade and Inequality, revisited<\/i>, 15 juin, \u00e9crit : \u00ab\u00a0<i>What all this comes down to is that it\u2019s no longer safe to assert, as we could a dozen years ago, that the effects of trade on income distribution in wealthy countries are fairly minor. There\u2019s now a good case that they are quite big, and getting bigger\u00a0<\/i>\u00bb (<a href=\"http:\/\/www.voxeu.org\/index.php?q=node\/261\">http:\/\/www.voxeu.org\/index.php?q=node\/261<\/a>). Nous avons tir\u00e9 cette citation de Jacques Sapir, \u00ab Une d\u00e9cade prodigieuse. La crise financi\u00e8re entre temps court et temps long \u00bb, <i>Revue de la r\u00e9gulation<\/i> [En ligne], n\u00b03\/4 | 2e semestre 2008, mis en ligne le 30 septembre 2008.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\">[7]<\/a> Comment ne pas penser que ce biais, pesant sur le travail savant n\u2019aurait pas d\u2019impact sur la production intellectuelle\u00a0? \u00c0 l\u2019inverse, Andr\u00e9 Orl\u00e9an d\u00e9crit ainsi le projet de l\u2019Association Fran\u00e7aise d\u2019\u00c9conomie Politique (AFEP) : \u00ab\u00a0 <i>Pourquoi cette association ? Nous nous sommes r\u00e9unis parce que, tous, nous partageons une m\u00eame conception de ce que doit \u00eatre le travail de l\u2019\u00e9conomiste : une conception qui met au premier plan le pluralisme et l\u2019ouverture intellectuelle, autrement dit la n\u00e9cessit\u00e9 du d\u00e9bat contradictoire. Au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es, nous avons tous v\u00e9cu ce sentiment angoissant d\u2019une fermeture progressive de la r\u00e9flexion \u00e9conomique autour de propositions et de m\u00e9thodes devenues dogmes, ce que certains \u00e9tudiants n\u2019avaient pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 qualifier d\u2019autisme\u00a0<\/i>\u00bb. <i>Cf<\/i>. <a href=\"http:\/\/www.assoeconomiepolitique.org\/spip.php?article35\">http:\/\/www.assoeconomiepolitique.org\/spip.php?article35<\/a>.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\">[8]<\/a> Paul Krugman, \u00ab\u00a0<i>Les \u00e9conomistes deviennent plus politiques en vieillissant\u00a0<\/i>\u00bb, <i>Lib\u00e9ration,<\/i> le 14 octobre 2008 (Entretien du 8 ao\u00fbt 2008).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\">[9]<\/a> Paul Krugman, (2007) <i>L\u2019Am\u00e9rique que nous voulons, op.cit., <\/i>p. 159.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\">[10]<\/a> <i>Ibid.,<\/i> p. 177. Toutefois, alors que Jensen craignait que \u00ab\u00a0<i>ces gars-l\u00e0 [les PDG] ne soient pas assez pay\u00e9s\u00a0<\/i>\u00bb, il est maintenant \u00ab\u00a0<i>troubl\u00e9\u00a0<\/i>\u00bb (p. 179).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\">[11]<\/a> <i>Ibid., <\/i>p. 165.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\">[12]<\/a> <i>Ibid.,<\/i> p. 161.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\">[13]<\/a> L\u2019Etat rooseveltien en est venu \u00e0 contr\u00f4ler les prix durant la guerre ainsi que \u00ab\u00a0<i>dicter le niveau des salaires au secteur priv\u00e9\u00a0<\/i>\u00bb (ibid. p. 69) vers un sens \u00e9galitaire. Krugman commente\u00a0ainsi : \u00ab\u00a0<i>Et le plus stup\u00e9fiant, c\u2019est que \u00e7a a tenu<\/i> [\u2026] <i>aucune des cons\u00e9quences n\u00e9fastes qu\u2019on aurait pu attendre d\u2019un nivellement radical des revenus ne s\u2019est concr\u00e9tis\u00e9e\u00a0<\/i>\u00bb (<i>ibid<\/i>. p. 69-70).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\">[14]<\/a>Ainsi, dans une veine n\u00e9omarxiste, Pierre Dock\u00e8s et Bernard Rosier, pr\u00e9cisaient leur conception du d\u00e9veloppement socio\u00e9conomique selon une dialectique \u201c\u00a0innovation-conflit\u00a0\u201d : \u00ab\u00a0<i>Alors, comme aujourd\u2019hui, les changements techniques ne repr\u00e9sentent pas le progr\u00e8s technique, mais une des formes contingentes que celui-ci peut prendre pour un \u00e9tat donn\u00e9 des connaissances scientifiques\u00a0: l\u2019innovation est une production sociale<\/i> <i>et la nouvelle domination du groupe des entrepreneurs fit que ses besoins fa\u00e7onn\u00e8rent l\u2019offre de produits nouveaux\u00a0\u00bb<\/i>. <i>Cf.<\/i> Pierre Dock\u00e8s P. &amp; Bernard Rosier, <i>L\u2019histoire ambigu\u00eb \u2013 croissance et d\u00e9veloppement en question<\/i>, Paris, PUF, 1988, p. 127.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9. J\u00e9r\u00f4me Maucourant, auteur notamment de \u00ab\u00a0Avez-vous lu Polanyi ?\u00a0\u00bb (Flammarion, 2011) dont il a <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=38587\">d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 question sur le blog<\/a>, tient \u00e0 remercier Timiota,\u00a0Bernard Drevon et Jeanne Favret-Saada pour leur lecture du pr\u00e9sent billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Paul Krugman, \u00e9conomiste de grande r\u00e9putation dans la sph\u00e8re acad\u00e9mique, a dans les ann\u00e9es 2000 touch\u00e9 le [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":38,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[1052],"class_list":["post-59065","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","tag-paul-krugman"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/59065","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/38"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=59065"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/59065\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":59071,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/59065\/revisions\/59071"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=59065"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=59065"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=59065"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}