{"id":59134,"date":"2013-10-20T19:36:27","date_gmt":"2013-10-20T17:36:27","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=59134"},"modified":"2013-10-20T19:36:47","modified_gmt":"2013-10-20T17:36:47","slug":"projet-darticle-pour-lencyclopedie-au-xxieme-siecle-rapport-de-forces-par-michel-leis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2013\/10\/20\/projet-darticle-pour-lencyclopedie-au-xxieme-siecle-rapport-de-forces-par-michel-leis\/","title":{"rendered":"<b>PROJET D&rsquo;ARTICLE POUR \u00ab\u00a0L&rsquo;ENCYCLOP\u00c9DIE AU XXI<sup>\u00e8me<\/sup> SI\u00c8CLE\u00a0\u00bb &#8211; RAPPORT DE FORCES<\/b>, par Michel Leis"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<h2>Rapport de forces<\/h2>\n<p>Un rapport de forces d\u00e9crit un \u00e9tat possible de la relation entre deux parties, il r\u00e9sulte de la volont\u00e9 de l&rsquo;un ou l&rsquo;autre protagoniste d&rsquo;imposer son point de vue. Une hi\u00e9rarchie implicite se construit, elle repose sur une \u00e9valuation a priori du statut, de la force ou de la capacit\u00e9 de nuisance de l&rsquo;autre partie. Il arrive parfois qu&rsquo;aucune hi\u00e9rarchie claire ne se d\u00e9gage, le rapport de forces s&rsquo;\u00e9quilibre et conduit au pire \u00e0 une situation de statu quo, et dans le meilleur des cas, \u00e0 des formes plus ou moins \u00e9tendues de coop\u00e9ration. Une situation de d\u00e9s\u00e9quilibre permet au vainqueur de cette confrontation tacite de se passer de l&rsquo;accord d&rsquo;autrui ou d&rsquo;obtenir des avantages dans le cadre d&rsquo;un accord n\u00e9cessitant le consentement de l&rsquo;autre partie. L&rsquo;\u00e9thologie nous montre comment l&rsquo;\u00e9mergence du m\u00e2le (ou de la femelle) dominant(e) dans une meute repose sur une hi\u00e9rarchie int\u00e9gr\u00e9e par l&rsquo;ensemble des individus, mais o\u00f9 le statut de dominant reste r\u00e9guli\u00e8rement remis en cause. Pourtant, au moment exact o\u00f9 le recours \u00e0 la force se substitue \u00e0 la potentialit\u00e9 de son usage, le rapport de forces dispara\u00eet en tant que tel, la violence remplace un \u00e9tat de la relation devenu inutile et qui n&rsquo;existe que dans le cadre \u00e9troit de sa virtualit\u00e9.<\/p>\n<p><!--more-->Parmi les d\u00e9finitions classiques de l&rsquo;\u00c9tat se trouve en bonne place celle de Max Weber : \u00ab L&rsquo;\u00c9tat exerce le monopole de la violence physique l\u00e9gitime sur un territoire donn\u00e9 \u00bb, autrement dit, L&rsquo;\u00c9tat est le seul \u00e0 pouvoir construire un rapport de forces fond\u00e9 sur l&#8217;emploi de la force physique ou de la coercition. Le fonctionnement des d\u00e9mocraties occidentales tend \u00e0 faire de son usage une exception, mais cette possibilit\u00e9 de recourir unilat\u00e9ralement \u00e0 la force physique ne recouvre qu&rsquo;une situation tr\u00e8s sp\u00e9cifique. Dans les soci\u00e9t\u00e9s modernes, les rapports de forces se sont construits tout d&rsquo;abord sur des diff\u00e9rences de statut ou des relations de d\u00e9pendances, auquel s&rsquo;est rajout\u00e9e la capacit\u00e9 de nuisance, une version \u00e9largie de l&#8217;emploi de la force physique. En tout \u00e9tat de cause, l&rsquo;\u00c9tat participe \u00e0 ce jeu complexe en fixant un cadre l\u00e9gal qui formalise en partie les statuts, apporte (ou non) des limitations aux relations de d\u00e9pendances et restreint (ou non) la capacit\u00e9 de nuisance. L&rsquo;\u00c9tat n&rsquo;est donc pas neutre dans les rapports de forces qui s&rsquo;\u00e9tablissent entre les grands acteurs du syst\u00e8me. Le droit social fixe une partie des statuts professionnels et les \u00e9tats possibles de la relation entre les salari\u00e9s et leurs employeurs. La collecte de l&rsquo;imp\u00f4t acte une hi\u00e9rarchie entre les individus, le taux effectif d&rsquo;imposition refl\u00e8te l&rsquo;\u00e9tat des rapports de forces entre les citoyens les plus ais\u00e9s (et les entreprises) vis-\u00e0-vis du monde politique. Le droit des affaires ou de la concurrence fixe aussi des hi\u00e9rarchies implicites entre entreprises, entre les entreprises et les consommateurs, il ne s&rsquo;agit l\u00e0 que de quelques exemples.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 du cadre formel, il existe une interaction forte entre les normes collectives et les rapports de forces. Les normes collectives sont l&rsquo;un des vecteurs du statut, elles fournissent un mod\u00e8le de r\u00e9ussite fond\u00e9 sur l&rsquo;exemplarit\u00e9 et attribue un r\u00f4le de \u00ab mod\u00e8le \u00bb aux comportements d&rsquo;une \u00e9lite reconnue en tant que telle par le groupe, et qui de ce fait acquiert un statut plus \u00e9lev\u00e9. Elles instituent aussi des relations de d\u00e9pendance, la norme de consommation place par exemple le consommateur en situation de double d\u00e9pendance : vis-\u00e0-vis du produit qu&rsquo;il convoite quand celui-ci d\u00e9passe le cadre de la simple satisfaction des besoins de base, et vis-\u00e0-vis de son travail dans la mesure o\u00f9 l&rsquo;essentiel de sa consommation d\u00e9pend des revenus du travail. L&rsquo;approfondissement de la norme de production et de la norme de profit a renforc\u00e9 la capacit\u00e9 de nuisance des grandes entreprises. Concentration de plus en plus grande, d\u00e9veloppement du cr\u00e9dit et de la sp\u00e9culation, division accrue du travail, entre autres au travers du recours g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 \u00e0 la sous-traitance, les grands acteurs \u00e9conomiques ont cr\u00e9\u00e9 de fait une situation leur permettant d&rsquo;exercer en permanence un chantage sur le reste de la soci\u00e9t\u00e9 tout en \u00e9rigeant la d\u00e9pendance comme principe de fonctionnement. L&rsquo;une des victimes en est le monde politique, focalis\u00e9 sur la conqu\u00eate du pouvoir et qui a mis l&rsquo;\u00e9conomie au centre de ces pr\u00e9occupations. Mauvais choix ! En confondant croissance \u00e9conomique et prosp\u00e9rit\u00e9 collective, il s&rsquo;est mis \u00e0 la merci d&rsquo;un monde \u00e9conomique qui lui a peu \u00e0 peu impos\u00e9 de modifier les r\u00e8gles du jeu et de r\u00e9pondre \u00e0 la plupart de ses exigences. Le sauvetage des banques par les gouvernements est l&rsquo;un des exemples de cette capacit\u00e9 de nuisance renforc\u00e9e. Enfin, il faut ajouter la visibilit\u00e9 m\u00e9diatique, au centre de la fabrication de la norme et du consentement et qui est l&rsquo;un des leviers par lesquels des groupes confortent leur statut. La complaisance des m\u00e9dias (r\u00e9sultant elle-m\u00eame souvent d&rsquo;un rapport de forces &#8211; souvent celui des annonceurs en vertu du principe de la survie \u00e9conomique) vis-\u00e0-vis de certains discours met sous pression accrue le monde politique toujours tr\u00e8s sensible \u00e0 ce qui peut influencer l&rsquo;opinion publique. Mais cette relation est sym\u00e9trique, si les rapports de forces sont en partie issus de la norme, la norme int\u00e8gre les rapports de forces dans le r\u00e9f\u00e9rentiel collectif, banalisant de fait leur g\u00e9n\u00e9ralisation dans la relation entre les acteurs du syst\u00e8me.<\/p>\n<p>Aux sources traditionnelles du rapport de forces s&rsquo;ajoute l&rsquo;effet d&rsquo;une double fragmentation : celle li\u00e9e \u00e0 la multiplication des statuts dans des formes d&rsquo;organisations hi\u00e9rarchis\u00e9es, et celle de la multiplication des acteurs intervenants dans des processus de plus en plus complexes. Pour reprendre l&rsquo;exemple de la norme de production et sa combinaison avec la norme de profit, la cha\u00eene de valeur implique une multitude d&rsquo;intervenants. L&rsquo;entreprise dominante (en g\u00e9n\u00e9ral, celle qui ma\u00eetrise le marketing) accapare le meilleur dans la cha\u00eene de valeur, une multitude d&rsquo;intervenants et de sous-traitants sont en comp\u00e9tition, ils sont le plus souvent interchangeables, ce qui rend leur statut extr\u00eamement pr\u00e9caire. Le prix (i) est l&rsquo;expression de ces rapports de forces dans la relation marchande, ceux impos\u00e9s \u00e0 la sous-traitance refl\u00e8tent le statut d&rsquo;acteurs \u00e9conomiques de deuxi\u00e8me cat\u00e9gorie. Si l&rsquo;on remonte \u00e0 des p\u00e9riodes plus anciennes, l&rsquo;organisation dite scientifique du travail a rendu inutile les savoir-faire sp\u00e9cifiques, l&rsquo;abondance de main-d&rsquo;oeuvre a mis la pression sur les salaires, situation \u00e0 peine contrebalanc\u00e9e dans un premier temps par la concentration en grandes unit\u00e9s de production. Quand la norme de production impose le recours accru \u00e0 la sous-traitance, l&rsquo;impact ne se limite pas aux points \u00e9voqu\u00e9s plus haut. La multiplication des unit\u00e9s de production souvent plus petites, l&rsquo;accroissement du nombre de travailleurs offrant leur capacit\u00e9 de travail, la possibilit\u00e9 de d\u00e9localiser se combinent et emp\u00eachent toute possibilit\u00e9 de r\u00e9\u00e9quilibrage des rapports de forces. Il n&rsquo;y a de moins en moins de limites \u00e0 la pression exerc\u00e9e sur les salaires, le salaire n&rsquo;\u00e9tant apr\u00e8s tout que le cas particulier du prix appliqu\u00e9 au travail.<\/p>\n<p>En ce qui concerne les organisations hi\u00e9rarchiques complexes, la multiplication des fonctions et des \u00e9chelons dilue en apparence l&rsquo;intensit\u00e9 des rapports de forces originaux qui reposaient sur une diff\u00e9rence de statut consid\u00e9rable et un nombre tr\u00e8s limit\u00e9 de personnes. La cr\u00e9ation de multiples statuts interm\u00e9diaires devrait att\u00e9nuer l&rsquo;expression de cette violence potentielle. En r\u00e9alit\u00e9, c&rsquo;est \u00e0 un r\u00e9sultat inverse que l&rsquo;on assiste. Si l&rsquo;on prend l&rsquo;exemple des grandes entreprises, la norme de profit tend \u00e0 concentrer le pouvoir dans les mains de quelques super-managers dont la force paradoxale r\u00e9side tr\u00e8s souvent dans une m\u00e9connaissance partielle des d\u00e9tails du m\u00e9tier, ce qui leur permet de fixer des objectifs extr\u00eamement \u00e9lev\u00e9s. La combinaison de leur position hi\u00e9rarchique et de leur distance vis-\u00e0-vis des fondamentaux du m\u00e9tier leur donne un statut d&rsquo;exception au sein des entreprises. Chaque \u00e9tage interm\u00e9diaire de la hi\u00e9rarchie mis sous pression ajoute sa propre couche. La complexit\u00e9 croissante des probl\u00e8mes et l&rsquo;organisation en silo ne permet pas \u00e0 l&rsquo;expertise m\u00e9tier de contrebalancer des relations de plus en plus pesantes et conflictuelles au sein des entreprises. Cette \u00e9volution des rapports de forces se traduit dans ces grilles de salaires de plus en plus distendues o\u00f9 les \u00ab super-managers \u00bb se taillent la part du lion et qui sont devenues la r\u00e8gle dans les tr\u00e8s grandes entreprises.<\/p>\n<p>L&rsquo;enjeu des r\u00e9volutions politiques et de l&rsquo;instauration de r\u00e9gimes d\u00e9mocratiques \u00e0 la fin du XVIII<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle \u00e9taient aussi le r\u00e9\u00e9quilibrage des rapports de forces qui \u00e9taient port\u00e9s pour l&rsquo;essentiel dans les monarchies par des diff\u00e9rences de statuts : Duch\u00e9, Comt\u00e9, Vicomt\u00e9, mais aussi charges royales h\u00e9rit\u00e9es ou acquises fondaient une hi\u00e9rarchie dont il n&rsquo;\u00e9tait d&rsquo;autre choix que de s&rsquo;y soumettre. L&rsquo;apparente \u00e9galit\u00e9 des citoyens devant les instances politiques et juridiques n\u00e9es des institutions d\u00e9mocratiques modernes ainsi que la multiplication des statuts n&rsquo;ont pourtant pas att\u00e9nu\u00e9 l&rsquo;intensit\u00e9 des rapports de forces. Parce qu&rsquo;il est victime de la capacit\u00e9 de nuisance et de sa d\u00e9pendance au monde \u00e9conomique, le monde politique ne s&rsquo;est pas oppos\u00e9 au d\u00e9veloppement de cette double limite impos\u00e9e \u00e0 la d\u00e9mocratie. Il est difficile pour le personnel politique de garder une neutralit\u00e9 en la mati\u00e8re dans la mesure o\u00f9 l&rsquo;app\u00e9tence pour le pouvoir manifest\u00e9 par le personnel politique est aussi cette qu\u00eate d&rsquo;un statut et la potentialit\u00e9 d&rsquo;exercer un rapport de forces fond\u00e9 sur une l\u00e9gitimit\u00e9 institutionnelle. Ils sont pourtant victime d&rsquo;une illusion : le statut n&rsquo;est plus le moteur du rapport de forces, ce sont ses autres composantes, nuisance et d\u00e9pendance qui cr\u00e9ent le statut. De la m\u00eame mani\u00e8re, cette nouvelle forme dominante du rapport de forces change subrepticement la nature de la relation. Le recours \u00e0 la violence existe, mais il reste confin\u00e9 \u00e0 un nombre limit\u00e9 d&rsquo;individus, elle repose sur le caract\u00e8re \u00ab exemplaire \u00bb li\u00e9 \u00e0 son usage limit\u00e9, la capacit\u00e9 de nuisance ne n\u00e9cessite plus une punition globale, une forme de \u00ab d\u00e9cimation \u00bb suffit pour faire rentrer les r\u00e9calcitrants dans le rang. Quant \u00e0 la relation de d\u00e9pendance, elle pourrait \u00eatre compar\u00e9e \u00e0 celle du drogu\u00e9, la situation de manque accepte toutes les extr\u00e9mit\u00e9s pour pouvoir continuer. Cette forme diffuse de violence laisse croire que l&rsquo;on est encore dans un mode traditionnel o\u00f9 le rapport de forces pr\u00e9domine, alors que le recours effectif \u00e0 la violence est d&rsquo;une autre nature, celle d&rsquo;une dictature qui ne dit pas son nom et qui se propage de plus en plus vite.<\/p>\n<p>Le manque de courage des hommes politiques est une faiblesse majeure, il contribue \u00e0 l&rsquo;affaiblissement global de la politique sous sa forme traditionnelle qui n&rsquo;a toujours pas compris ce nouvel enjeu et qui reste focalis\u00e9 sur une lecture p\u00e9rim\u00e9e de l&rsquo;ordre du monde. Les formes anciennes de la d\u00e9mocratie sont de bien peu de poids face \u00e0 la mont\u00e9e d&rsquo;un pouvoir fond\u00e9 sur les rapports de forces et exerc\u00e9 en dehors de la sph\u00e8re politique. Peut-\u00eatre la d\u00e9pendance du monde politique est telle que seul compte le maintien de la l\u00e9gitimit\u00e9 vis-\u00e0-vis du monde \u00e9conomique, partant du principe que le monde \u00e9conomique ne laisserait pas un groupe politique qui nuirait \u00e0 ses int\u00e9r\u00eats arriver au pouvoir. Raisonnement \u00e0 courte vue qui fait bien peu de cas des processus d\u00e9mocratiques et de l&rsquo;exasp\u00e9ration des citoyens. La prise en otage d&rsquo;un pays comme on l&rsquo;a encore observ\u00e9 r\u00e9cemment en Italie ou aux \u00c9tats-Unis n&rsquo;a pour seul r\u00e9sultat que l&rsquo;\u00e9rosion du statut des hommes politiques aux yeux de leurs \u00e9lecteurs. La force paradoxale des discours d&rsquo;extr\u00eame droite, c&rsquo;est de remettre en cause ce statut d\u00e9valoris\u00e9 et de promettre implicitement un r\u00e9\u00e9quilibrage des rapports de forces fond\u00e9s sur des valeurs traditionnelles. Il s&rsquo;agit bien \u00e9videmment d&rsquo;un leurre, l&rsquo;ordre promis par l&rsquo;extr\u00eame droite n&rsquo;est jamais que la volont\u00e9 d&rsquo;utiliser la force physique et la coercition envers les plus faibles d&rsquo;entre tous, tout en maintenant le statu quo pour l&rsquo;existant.<\/p>\n<p>S&rsquo;il est un moment dans l&rsquo;histoire o\u00f9 les rapports de forces ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e9quilibr\u00e9s, c&rsquo;est pendant la p\u00e9riode des Trente glorieuses. Sorte d&rsquo;accident historique, r\u00e9sultat d&rsquo;une conjonction particuli\u00e8re, faite de plein emploi, d&rsquo;aspirations g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es au progr\u00e8s et de concurrence entre blocs, il est difficile de dire si c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9quilibre pr\u00e9caire entre les grandes puissances qui s&rsquo;est propag\u00e9 vers le bas ou si c&rsquo;est la mobilisation vers un objectif commun (faire mieux que l&rsquo;autre bloc) qui a permis le d\u00e9veloppement de cette longue p\u00e9riode d&rsquo;\u00e9quilibre relatif. Il ne s&rsquo;agit pas ici de nostalgie, il s&rsquo;agit de tirer des le\u00e7ons d&rsquo;ordre g\u00e9n\u00e9ral sur une forme de fonctionnement d\u00e9mocratique qui a aujourd&rsquo;hui disparu.<\/p>\n<p>Le fondement m\u00eame de l&rsquo;exercice du pouvoir r\u00e9side dans la possibilit\u00e9 d&rsquo;exercer un rapport de forces, et pour reprendre la d\u00e9finition de Max Weber, dans la capacit\u00e9 de transformer sa potentialit\u00e9 en un exercice effectif de la violence. Dans des d\u00e9mocraties repr\u00e9sentatives, sa l\u00e9gitimit\u00e9 repose sur la reconnaissance du statut du personnel politique par les citoyens et le contr\u00f4le d\u00e9mocratique : l&rsquo;homme politique doit appliquer le programme politique pour lequel il est \u00e9lu sous peine de perdre son statut lors des prochaines \u00e9lections. Avec l&rsquo;usage permanent des rapports de forces par une minorit\u00e9, ni l&rsquo;une, ni l&rsquo;autre de ces conditions n&rsquo;est remplie. L&rsquo;\u00e9conomie exerce une forme de violence sur le pouvoir r\u00e9el en dehors du cadre institutionnel, tandis que le personnel politique voit la reconnaissance de son statut s&rsquo;\u00e9roder au fur et \u00e0 mesure qu&rsquo;il perd sa capacit\u00e9 effective \u00e0 exercer le pouvoir. Le r\u00e9tablissement de la d\u00e9mocratie passe par le r\u00e9\u00e9quilibrage des rapports de forces entre les diff\u00e9rents acteurs, c&rsquo;est aussi la condition de survie du personnel politique se r\u00e9clamant de cette m\u00eame d\u00e9mocratie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h2>Rapport de forces<\/h2>\n<p>Un rapport de forces d\u00e9crit un \u00e9tat possible de la relation entre deux parties, il r\u00e9sulte de la volont\u00e9 de l&rsquo;un ou l&rsquo;autre protagoniste d&rsquo;imposer son point de vue. 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