{"id":59219,"date":"2013-10-21T13:49:01","date_gmt":"2013-10-21T11:49:01","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=59219"},"modified":"2013-11-01T22:13:04","modified_gmt":"2013-11-01T21:13:04","slug":"le-monde-dexia-et-les-vaches-a-lait-lundi-21-mardi-22-octobre-2013","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2013\/10\/21\/le-monde-dexia-et-les-vaches-a-lait-lundi-21-mardi-22-octobre-2013\/","title":{"rendered":"<b>LE MONDE : \u00ab\u00a0Dexia et les vaches \u00e0 lait\u00a0\u00bb<\/b>, lundi 21 &#8211; mardi 22 octobre 2013"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/economie\/article\/2013\/10\/20\/dexia-et-les-vaches-a-lait_3499735_3234.html?xtmc=dexia&#038;xtcr=1\" target=\"_blank\">Dexia et les vaches \u00e0 lait<\/a><\/p>\n<p>Il y a dans <i>Dexia, une banque toxique<\/i>, le livre de Nicolas Cori et Catherine Le Gall (La D\u00e9couverte 2013), un passage qui nous fait comprendre la nature m\u00eame du mal qui a terrass\u00e9 cet \u00e9tablissement bancaire n\u00e9 en 1996 de la fusion du Cr\u00e9dit Local de France et du Cr\u00e9dit Communal de Belgique, et mort en 2012, du moins pour ce qui touche \u00e0 la nature des produits financiers que Dexia vendait aux collectivit\u00e9s locales.<\/p>\n<p>Le passage en question est celui o\u00f9 les auteurs du livre rencontrent l&rsquo;inventeur du \u00ab cr\u00e9dit structur\u00e9 \u00bb, le produit qui conduira plus d&rsquo;une de ces collectivit\u00e9s \u00e0 la ruine. Celui-ci, dont on nous dit seulement qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un ancien de JP Morgan, accepte de parler sous couvert d&rsquo;anonymat. Si ses propos sont rapport\u00e9s correctement par Cori et Le Gall, une telle attitude est sage car, comme on le verra, il justifie le <i>cr<\/i><i>\u00e9<\/i><i>dit structur<\/i><i>\u00e9<\/i> par ce qu&rsquo;il sait \u00eatre un mensonge.<\/p>\n<p>Rappelons le principe du <i>cr<\/i><i>\u00e9<\/i><i>dit structur<\/i><i>\u00e9<\/i><i> <\/i>: le client, la collectivit\u00e9 locale, contracte un emprunt aupr\u00e8s de Dexia \u00e0 un taux \u00ab bonifi\u00e9 \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire moins \u00e9lev\u00e9 que celui qu&rsquo;offre le march\u00e9 des capitaux au moment de la conclusion du contrat. En contrepartie de cet avantage consenti \u00e0 l&#8217;emprunteur, il existe pour lui une contrainte : si les circonstances changent, par rapport aux taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat sur le march\u00e9 des capitaux ou par rapport au taux de change de l&rsquo;euro par rapport \u00e0 une autre devise, ou pour une autre raison encore, tout cela d\u00e9pendant des termes du contrat, alors l&#8217;emprunteur devra s&rsquo;acquitter de versements d&rsquo;int\u00e9r\u00eats \u00e0 un taux plus \u00e9lev\u00e9 &#8211; et \u00e9ventuellement beaucoup plus \u00e9lev\u00e9 &#8211; comme le taux flottant du march\u00e9 additionn\u00e9 d&rsquo;une marge, ou un taux calcul\u00e9 par rapport au diff\u00e9rentiel de change entre deux devises, etc. Ou, dans les termes m\u00eames des promoteurs du <i>cr\u00e9dit structur\u00e9<\/i> : \u00ab Il s&rsquo;agit d&rsquo;un contrat qui comprend \u00e0 la fois un pr\u00eat classique \u00e0 taux fixe et un <i>swap<\/i> transformant le taux fixe en taux variable si les taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat sur le march\u00e9 augmentent significativement jusqu&rsquo;\u00e0 d\u00e9passer un certain seuil \u00bb. En fait, il ne s&rsquo;agit pas \u00e0 proprement parler d&rsquo;un <i>swap <\/i>: le cr\u00e9dit structur\u00e9 combine un pr\u00eat avec un contrat d&rsquo;assurance, o\u00f9 c&rsquo;est paradoxalement l&#8217;emprunteur qui joue le r\u00f4le de l&rsquo;assureur, et c&rsquo;est le montant implicite de la prime vers\u00e9e par le pr\u00eateur \u00e0 l&#8217;emprunteur qui permet au premier d&rsquo;accorder au second un avantage en retour, sous la forme d&rsquo;une \u00ab bonification \u00bb du taux qu&rsquo;il exige de lui sur le pr\u00eat.<\/p>\n<p><!--more-->L&rsquo;inventeur suppos\u00e9 du <i>cr\u00e9dit structur\u00e9<\/i> explique aux auteurs du livre : \u00ab Si les taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat offerts par les banques sont bas, [les collectivit\u00e9s locales] empruntent en taux fixe (et se prot\u00e8gent ainsi contre une hausse probable et future des taux). Si les taux sont \u00e9lev\u00e9s, elles font le pari qu&rsquo;ils vont baisser et, pour en profiter, elles empruntent en taux variable \u00bb (p. 44). Ce serait cette constatation de bon sens qui aurait d\u00e9bouch\u00e9 sur l&rsquo;invention du fameux <i>cr\u00e9dit structur\u00e9<\/i>. Nous allons<i> <\/i>voir par quel biais.<\/p>\n<p>\u00ab Dans l&rsquo;esprit de son concepteur, pr\u00e9cisent Cori et Le Gall, l&rsquo;op\u00e9ration peut se r\u00e9v\u00e9ler gagnante pour les deux parties \u00bb. Pour la banque pr\u00eateuse qui s&rsquo;immunise de fait contre la hausse des taux, puisque son emprunteur joue le r\u00f4le d&rsquo;un assureur contre toute perte sur ce plan l\u00e0, le gain ne fait en effet aucun doute, mais pour l&#8217;emprunteur ?<\/p>\n<p>Rappelons l&rsquo;argument initial : quand les taux sont bas, les collectivit\u00e9s emprunteuses pr\u00e9f\u00e8rent les taux fixes, tandis que quand ils sont \u00e9lev\u00e9s, elles pr\u00e9f\u00e8rent les taux flottants, esp\u00e9rant qu&rsquo;ils baisseront. Or, nous affirme son vendeur, le <i>cr\u00e9dit structur\u00e9<\/i> leur offre le tout en un : un taux fixe quand les taux sur le march\u00e9 des capitaux sont bas et un taux flottant quand ils sont \u00e9lev\u00e9s. Voil\u00e0 donc le produit financier dont les collectivit\u00e9s locales auraient pr\u00e9tendument r\u00eav\u00e9 !<\/p>\n<p>Il est \u00e0 craindre qu&rsquo;il s&rsquo;agisse l\u00e0 de ce dont on a cherch\u00e9 \u00e0 persuader les collectivit\u00e9s emprunteuses, alors que le produit est l&rsquo;inverse exact de ce dont elles pouvaient r\u00eaver : elles n&rsquo;aspiraient certainement pas \u00e0 ce que dans un environnement o\u00f9 les taux grimpent et o\u00f9 elles b\u00e9n\u00e9ficient d&rsquo;un taux fixe bas, celui-ci se transforme alors en taux flottant \u00e9lev\u00e9 et risquant de grimper encore davantage. Or, c&rsquo;est bien cela qu&rsquo;elles achetaient en fait : l&rsquo;obligation de devenir les assureurs contre le risque de taux de leurs banques et non seulement cela, mais en sus de devoir payer pour l&rsquo;immense honneur de jouer ce r\u00f4le d&rsquo;assureur. Les auteurs citent ailleurs dans le livre, Michel Klopfer, qualifi\u00e9 de \u00ab gourou des collectivit\u00e9s \u00bb, parlant de produits financiers qu&rsquo;on \u00ab remarge \u00bb (p. 81), d&rsquo;un produit qui pr\u00e9senterait \u00ab un risque tout \u00e0 fait raisonnable [&#8230;] si bien entendu il n&rsquo;\u00e9tait pas surmarg\u00e9 \u00bb (p. 130), ce qui attire l&rsquo;attention sur la tromperie.<\/p>\n<p>Un assureur doit se constituer des r\u00e9serves, les collectivit\u00e9s locales le faisaient-elles ? Non, bien entendu, comme on s&rsquo;en aper\u00e7ut quand le taux de change de l&rsquo;euro par rapport au franc suisse devint d\u00e9favorable au premier. Qu&rsquo;allaient-elles donc faire \u00e0 sp\u00e9culer sur l&rsquo;\u00e9volution du franc suisse, par exemple ? C&rsquo;\u00e9tait \u00ab \u00e0 la page \u00bb, para\u00eet-il ; les amis de la sp\u00e9culation ne se sont-ils pas toujours plu \u00e0 vanter son \u00e9tonnante \u00ab modernit\u00e9 \u00bb?<\/p>\n<p>Cori et Le Gall pr\u00e9cisent encore : \u00ab Pour r\u00e9sumer sa d\u00e9marche, l&rsquo;ancien de JP Morgan dit qu&rsquo;il a voulu &lsquo;mon\u00e9tiser l&rsquo;indiff\u00e9rence&rsquo;, c&rsquo;est-\u00e0-dire faire gagner de l&rsquo;argent \u00e0 sa banque en tirant parti du comportement &lsquo;normal&rsquo; des collectivit\u00e9s, passant leur temps\u00a0 \u00e0 \u00e9changer leurs emprunts \u00e0 taux fixes contre des emprunts \u00e0 taux variable \u00bb (p. 45). Dit en des termes moins choisis, l&rsquo;ancien de JP Morgan a consid\u00e9r\u00e9 qu&rsquo;il avait affaire \u00e0 des imb\u00e9ciles et les a trait\u00e9s comme tels. \u00ab Le client \u00e9tait satisfait du produit qu&rsquo;on lui offrait \u00bb, n&rsquo;h\u00e9siterait-il certainement pas \u00e0 commenter. Bien entendu, mais n&rsquo;est-ce pas l\u00e0 pr\u00e9cis\u00e9ment ce qu&rsquo;affirment tous les escrocs : \u00ab Je disais \u00e0 mon client que je doublerais sa mise en un mois et, croyez-moi Monsieur le Juge : il faisait des bonds de joie \u00bb. L&rsquo;escroc n&rsquo;a &#8211; pour commencer &#8211; que des clients enthousiastes, ce n&rsquo;est qu&rsquo;ensuite que les choses se compliquent singuli\u00e8rement.<\/p>\n<p>Qui sont les responsables de cet \u00e9tat de fait ? Ceux qui ont laiss\u00e9 se r\u00e9pandre dans une banque dont la vocation \u00e9tait de pr\u00eater aux collectivit\u00e9s locales la peste <i>friedmanienne<\/i> : le mot d&rsquo;ordre que l&rsquo;entreprise travaille pour ses actionnaires uniquement &#8211; et accessoirement pour ses dirigeants grassement r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s, ses clients devant se contenter du r\u00f4le peu gratifiant de vaches \u00e0 lait.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/economie\/article\/2013\/10\/20\/dexia-et-les-vaches-a-lait_3499735_3234.html?xtmc=dexia&#038;xtcr=1\" target=\"_blank\">Dexia et les vaches \u00e0 lait<\/a><\/p>\n<p>Il y a dans <i>Dexia, une banque toxique<\/i>, le livre de Nicolas Cori et Catherine Le Gall (La D\u00e9couverte 2013), un passage qui nous fait comprendre la nature m\u00eame du mal qui a terrass\u00e9 cet \u00e9tablissement bancaire n\u00e9 en 1996 de la fusion du Cr\u00e9dit Local de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","footnotes":""},"categories":[307,18],"tags":[3086,3106,434,3107,3085],"class_list":["post-59219","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-finance","category-monde-financier","tag-catherine-le-gall","tag-credit-structure","tag-dexia","tag-escroquerie","tag-nicolas-cori"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/59219","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=59219"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/59219\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":59229,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/59219\/revisions\/59229"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=59219"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=59219"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=59219"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}