{"id":59255,"date":"2013-10-22T11:15:59","date_gmt":"2013-10-22T09:15:59","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=59255"},"modified":"2013-10-22T11:17:22","modified_gmt":"2013-10-22T09:17:22","slug":"piqure-de-rappel-une-constitution-pour-leconomie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2013\/10\/22\/piqure-de-rappel-une-constitution-pour-leconomie\/","title":{"rendered":"<b>PIQ\u00dbRE DE RAPPEL : UNE CONSTITUTION POUR L&rsquo;\u00c9CONOMIE<\/b>"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Le texte qui suit a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 initialement en tant que tribune Libre dans <em>Le Monde<\/em>, <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=351\" target=\"_blank\">le 11 f\u00e9vrier 2008<\/a>, soit un mois avant la chute de Bear Stearns et sept mois avant la chute de Lehman Brothers.<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>Aux grands maux, les grands rem\u00e8des  <\/strong>(1).<\/p>\n<p>Le syst\u00e8me financier moderne qui, pareil \u00e0 un syst\u00e8me sanguin, irrigue les \u00e9conomies en capitaux, est gravement malade. Je ne suis pas seul \u00e0 le dire : le diagnostic est le m\u00eame chez Joseph Stiglitz, Prix Nobel d&rsquo;Economie, chez Henri Guaino, conseiller sp\u00e9cial du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique ou encore chez Bill Gross, Directeur chez PIMCO, la principale SICAV d\u2019obligations am\u00e9ricaine. Les dysfonctionnements s\u00e9v\u00e8res de la finance ont rapidement envahi notre vie quotidienne et le malaise est soudain ressenti par tous. Comme avec une mauvaise grippe, nous d\u00e9couvrons l\u2019ampleur du mal parce que, sans crier gare, nos jambes soudain se d\u00e9robent. On parle du coup, dans un retour de balancier classique, de r\u00e9guler \u00e0 nouveau ce qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9r\u00e9gul\u00e9 au fil des ans. Mais il faut d\u00e9chanter : les vieilles recettes n\u2019ont h\u00e9las plus cours. La crise est in\u00e9dite car la finance moderne s\u2019est m\u00e9tamorphos\u00e9e en un outil d\u2019une puissance et d\u2019une complexit\u00e9 \u00e9tonnantes. Chacun de ses rouages contribue au m\u00eame effet d\u2019ensemble : assurer au plus petit nombre le plus grand gain possible. Les moyens qu\u2019elle s\u2019est donn\u00e9e ont pour noms : \u00ab prix sp\u00e9culatif, \u00ab effet de levier \u00bb, \u00ab produits d\u00e9riv\u00e9s \u00bb, tous reposent sur le m\u00eame principe : amplifier le plus possible la chance de gain et augmenter concurremment, bien s\u00fbr, le risque de pertes. Par leur effet conjugu\u00e9 ils ont rendu le d\u00e9sastre in\u00e9luctable. Une r\u00e9gulation \u00ab \u00e0 l\u2019ancienne \u00bb serait sans port\u00e9e : insuffisante \u00e0 la t\u00e2che. Ce que la gravit\u00e9 de la crise r\u00e9clame est d\u2019un tout autre ordre, celui, radical, d\u2019une transplantation d\u2019organe : il faut maintenant rendre \u00e0 l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle, celle de la production, de la distribution et de la r\u00e9partition des richesses, un syst\u00e8me sanguin sur lequel elle puisse \u00e0 nouveau compter. Il faut lui offrir une authentique constitution dont ce soit elle, l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle, qui dicte les termes, et veiller \u00e0 ce que le syst\u00e8me financier se conforme \u00e0 ce cadre. <\/p>\n<p><!--more-->L\u2019inclination de la finance au d\u00e9bordement a \u00e9t\u00e9 not\u00e9e d\u00e8s ses d\u00e9buts. On la r\u00e9glementa, mais toujours <em>post festum <\/em>: en une suite de rem\u00e8des ad hoc mis au point chaque fois qu&rsquo;une catastrophe avait d&rsquo;abord fait peser son poids de maux et des mis\u00e8res. L\u2019h\u00e9ritage est celui d\u2019une r\u00e9glementation qui, quelle que soit son ad\u00e9quation apparente \u00e0 son but, s\u2019assimile en r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 une longue s\u00e9rie de palliatifs qui furent chacun de circonstance. Cette histoire est donc celle du cantonnement : aucune de ces mesures ne d\u00e9passe la juridiction \u00e9troite qui lui fut attribu\u00e9e lors de sa mise en place ; aucune ne d\u00e9borde de son cadre imm\u00e9diat, ignorant du coup les abus qui s\u2019observent d\u00e9j\u00e0 dans des contextes similaires, et impuissante devant les autres crises qui menacent.<\/p>\n<p>La d\u00e9gradation du syst\u00e8me financier n&rsquo;est pas encore entr\u00e9e dans sa phase finale : la crise de l&rsquo;immobilier am\u00e9ricain n&rsquo;en est encore qu&rsquo;\u00e0 ses d\u00e9buts et la gangr\u00e8ne qui ronge le march\u00e9 des capitaux atteint chaque jour de nouveaux secteurs qui se ferment alors l&rsquo;un apr\u00e8s l&rsquo;autre (2). Les faits parlent, les responsables aussi mais leurs propos ne rayonnent pas de la confiance et de la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 que l\u2019on attendrait d\u2019eux : leurs d\u00e9clarations combinent de mani\u00e8re inqui\u00e9tante voeux de r\u00e9forme et assurances que rien dans la situation actuelle n\u2019est r\u00e9ellement pr\u00e9occupant. Ils trahissent ainsi partager le sentiment g\u00e9n\u00e9ral : que la solution salvatrice ne sera pas trouv\u00e9e dans la science abstraite et d\u00e9gag\u00e9e des contingences humaines que nous proposent les \u00e9conomistes. Les mesures envisag\u00e9es pr\u00e9sentent en cons\u00e9quence le m\u00eame caract\u00e8re qu\u2019elles eurent toujours par le pass\u00e9 : ponctuelles, c&rsquo;est-\u00e0-dire sans g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9, et \u00e0 court terme, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 la vue trop \u00e9troite. En raison du caract\u00e8re fragmentaire qu\u2019elles pr\u00e9sentent aussi bien dans la chronologie que sur le plan conceptuel, elles ne tarderont pas \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler leurs insuffisances. <\/p>\n<p>La faiblesse de mesures qui furent en leur temps prises au cas par cas, appara\u00eet en pleine lumi\u00e8re lorsqu&rsquo;elles sont \u00e9limin\u00e9es l&rsquo;une apr\u00e8s l&rsquo;autre dans un effort de d\u00e9r\u00e9gulation, lorsque le souvenir de la crise (parfois majeure) qui avait justifi\u00e9 leur mise en place s&rsquo;estompe au fil du temps. Dans les rares cas o\u00f9 une conception d&rsquo;ensemble avait pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 leur institution, cette dilution progressive contribue \u00e0 la saper : ainsi pour le New Deal am\u00e9ricain de 1933, dont les survivances isol\u00e9es se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9es incapables de r\u00e9pondre ad\u00e9quatement \u00e0 la crise des <em>subprimes<\/em> et au tarissement du cr\u00e9dit qui lui embo\u00eeta le pas. <\/p>\n<p>C\u2019est une telle <em>conception d\u2019ensemble <\/em>que la crise actuelle r\u00e9clame : celle d\u2019une constitution ax\u00e9e sur la reconstruction du syst\u00e8me financier qui lui rendra sa fonction premi\u00e8re \u2013 celle requise en effet d\u2019un syst\u00e8me sanguin : d\u2019\u00eatre au service de l\u2019\u00e9conomie, plut\u00f4t que de drainer ses ressources pour le b\u00e9n\u00e9fice de quelques\u2013uns. Une constitution substitue \u00e0 une situation o\u00f9 les \u00e9tats de fait dictent leur loi, une autre o\u00f9 c\u2019est au contraire une loi qui d\u00e9finit un cadre g\u00e9n\u00e9ral auquel ils sont appel\u00e9s \u00e0 se conformer (3). <\/p>\n<p>Les r\u00e9glementations actuelles de la finance sont aujourd\u2019hui si complexes que, comme les \u00e9v\u00e9nements r\u00e9cents l\u2019ont rappel\u00e9, bien peu nombreux sont ceux qui en ma\u00eetrisent les arcanes, m\u00eame parmi ses praticiens. Une constitution \u00e9vite ces \u00e9cueils en se contentant d&rsquo;\u00e9tablir des principes directeurs, sans se pr\u00e9occuper du cas par cas. Elle s&rsquo;abstient \u00e9galement de viser \u00e0 contr\u00f4ler dans le moindre d\u00e9tail le comportement de chacun et \u00e0 chaque instant, comme entendaient le faire celles des r\u00e9gimes autoritaires d&rsquo;inspiration marxiste. Elle constitue cependant le cadre de r\u00e9f\u00e9rence permettant de juger non seulement ce qui est, mais encore ce qui adviendra.<\/p>\n<p>J\u2019entends dire qu&rsquo;appeler de ses voeux une constitution pour l&rsquo;\u00e9conomie est irr\u00e9aliste. Mais cette r\u00e9flexion \u00e9met\u2013elle un jugement quant \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 ou non du projet ou bien refl\u00e8te\u2013t\u2013elle plus simplement le d\u00e9couragement de ceux qui estiment la t\u00e2che irr\u00e9alisable, soit en raison de sa complexit\u00e9 apparente, soit en raison de la puissance attribu\u00e9e \u00e0 ceux qui en seraient les adversaires ? Il est vrai que rien de ce qui n&rsquo;existe encore n&rsquo;est garanti de se voir un jour r\u00e9alis\u00e9 et le d\u00e9couragement anticip\u00e9 s\u2019alimente de cette observation banale. Le \u00ab c&rsquo;est impossible puisque si c&rsquo;\u00e9tait possible, ce serait d\u00e9j\u00e0 \u00bb qui la sous\u2013tend, proc\u00e8de d\u2019un raisonnement fallacieux et se voit d\u00e9menti quand la volont\u00e9 et l&rsquo;adh\u00e9sion de tous conduit au brassage et \u00e0 la conjugaison des inventivit\u00e9s et deviennent ainsi les garants du succ\u00e8s.<\/p>\n<p>La constitution pour l&rsquo;\u00e9conomie a d\u00e9j\u00e0 d\u00e9couvert le lit o\u00f9 elle viendra se couler : dans la chance historique que lui offre aujourd&rsquo;hui la prise de conscience par chacun que l\u2019ensemble des probl\u00e8mes \u00e0 r\u00e9soudre sont en r\u00e9alit\u00e9 li\u00e9s : que sont les appels au \u00ab d\u00e9veloppement durable \u00bb et \u00e0 la \u00ab d\u00e9croissance \u00bb sinon mani\u00e8res d&rsquo;exprimer que l&rsquo;avenir du monde est bien trop pr\u00e9cieux pour \u00eatre abandonn\u00e9 \u00e0 un syst\u00e8me financier aujourd\u2019hui en plein d\u00e9sarroi pour n&rsquo;avoir jamais propos\u00e9 que ce que la nature livr\u00e9e \u00e0 elle-m\u00eame offrait d\u00e9j\u00e0 : la concurrence de tous avec tous, r\u00e9gl\u00e9e par le simple rapport de force et d\u00e9bouchant sur l&rsquo;asservissement d&rsquo;une majorit\u00e9 de perdants \u00e0 une poign\u00e9e de vainqueurs.<\/p>\n<p>La r\u00e9ussite du projet d&rsquo;une constitution pour l&rsquo;\u00e9conomie ne n\u00e9cessite pour le soutenir que ce qu&rsquo;il convient d&rsquo;appeler par son nom, quitte \u00e0 recourir alors \u00e0 une expression que les partisans de la politique du pire aimeront qualifier de d\u00e9su\u00e8te : la volont\u00e9 d&rsquo;un peuple. <\/p>\n<p>========================================================<br \/>\n(1) Ce texte doit beaucoup \u00e0 mes discussions avec Nikad\u00e9mus, mon conseiller sp\u00e9cial. <\/p>\n<p>(2) Ce furent d&rsquo;abord les <em>Asset-Backed Securities <\/em>adoss\u00e9es \u00e0 des pr\u00eats <em>subprime<\/em>, ensuite les <em>Collateralized-Debt Obligations<\/em>, enfin les <em>Asset-Backed Commercial Papers<\/em>.<\/p>\n<p>(3) Une constitution \u00ab pour l&rsquo;\u00e9conomie \u00bb est bien entendu l\u2019inverse d\u2019une constitution \u00ab \u00e9conomiste \u00bb, tel le <em>Trait\u00e9 Constitutionnel Europ\u00e9en<\/em>, visant simplement \u00e0 g\u00e9n\u00e9raliser les principes de l&rsquo;\u00e9conomie telle qu&rsquo;elle existe sous sa forme spontan\u00e9e d\u2019organisation ou de d\u00e9sorganisation. Les tentatives de ce type se contentent de repr\u00e9senter les r\u00e9glementations en vigueur sous la forme d\u2019un bref catalogue et ne sont donc porteuses d\u2019aucune information neuve ; elles constituent une caricature de ce que serait une authentique constitution \u00ab pour l\u2019\u00e9conomie \u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Le texte qui suit a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 initialement en tant que tribune Libre dans <em>Le Monde<\/em>, <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=351\" target=\"_blank\">le 11 f\u00e9vrier 2008<\/a>, soit un mois avant la chute de Bear Stearns et sept mois avant la chute de Lehman Brothers.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong>Aux grands maux, les grands rem\u00e8des <\/strong>(1).<\/p>\n<p>Le syst\u00e8me financier moderne qui, pareil \u00e0 un [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[19],"tags":[],"class_list":["post-59255","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-constitution-pour-leconomie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/59255","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=59255"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/59255\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":59264,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/59255\/revisions\/59264"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=59255"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=59255"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=59255"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}