{"id":59475,"date":"2013-11-01T19:19:27","date_gmt":"2013-11-01T18:19:27","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=59475"},"modified":"2013-11-01T19:19:27","modified_gmt":"2013-11-01T18:19:27","slug":"projet-darticle-pour-lencyclopedie-au-xxieme-siecle-rente-par-bertrand-rouzies-leonardi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2013\/11\/01\/projet-darticle-pour-lencyclopedie-au-xxieme-siecle-rente-par-bertrand-rouzies-leonardi\/","title":{"rendered":"<b>PROJET D&rsquo;ARTICLE POUR \u00ab\u00a0L&rsquo;ENCYCLOP\u00c9DIE AU XXI<sup>\u00e8me<\/sup> SI\u00c8CLE\u00a0\u00bb &#8211; RENTE<\/b>, par Bertrand Rouzi\u00e8s-L\u00e9onardi"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9<\/p><\/blockquote>\n<p>RENTE &#8211; Voyons ce que nous en dit l&rsquo;<i>Encyclop\u00e9die <\/i>de Diderot et d&rsquo;Alembert : \u00ab\u00a0Revenu, soit en argent, grain, volaille ou autre chose, qui est d\u00fb \u00e0 quelqu&rsquo;un par une autre personne.\u00a0\u00bb C&rsquo;est un peu court, plut\u00f4t vague, vrai du point de vue du droit ancien, mais faux de notre point de vue. Une rente n&rsquo;est pas n&rsquo;importe quelle dette ; elle n&rsquo;est en tout cas pas un \u00ab\u00a0revenu\u00a0\u00bb au sens strict pour celui qui la touche. Un salaire est un revenu. C&rsquo;est ce qui nous <i>revient<\/i> en \u00e9change d&rsquo;un service ou d&rsquo;un <i>travail<\/i> contractuel et tarif\u00e9 (tant de l&rsquo;heure) que nous avons accompli. La rente n&rsquo;est pas le salaire du rentier, puisqu&rsquo;elle ne r\u00e9mun\u00e8re pas son labeur. On veut voir la rente partout, soit pour la banaliser et l&rsquo;excuser, soit pour s&rsquo;en d\u00e9soler st\u00e9rilement et l&rsquo;ajouter \u00e0 d&rsquo;autres motifs de parano\u00efa, mais elle n&rsquo;est pr\u00e9sente en force qu&rsquo;en de certains secteurs du corps social. On se gardera bien de qualifier de rente les droits d&rsquo;auteurs. Sauf imposture n\u00e9gri\u00e8re, les droits per\u00e7us par un auteur en acompte et sur les ventes de son ou de ses livre(s) ne sont pas une rente. Ils le soutiennent dans son effort d&rsquo;\u00e9crire et viennent g\u00e9n\u00e9ralement en appoint d&rsquo;autres sources de revenu. Aux quelques privil\u00e9gi\u00e9s qui pourraient en vivre et qui ont l&rsquo;\u00e9criture dans le sang, ils permettent surtout de ralentir un rythme de production pr\u00e9judiciable \u00e0 la qualit\u00e9 des oeuvres publi\u00e9es.<\/p>\n<p><!--more-->Il faut aller dans le <i>Nouveau Larousse illustr\u00e9<\/i> (1898) pour gagner en pr\u00e9cision : \u00ab\u00a0Le contrat de rente consiste \u00e0 donner un bien ou un capital pour obtenir des prestations p\u00e9riodiques en argent ou en nature, soit \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9, soit pour un temps donn\u00e9.\u00a0\u00bb Larousse et Aug\u00e9 ne parlent pas de \u00ab\u00a0revenu\u00a0\u00bb mais de \u00ab\u00a0prestation\u00a0\u00bb. C&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 mieux. Toutefois, si nous nous arr\u00eatons \u00e0 cette d\u00e9finition, la part de notre salaire pr\u00e9lev\u00e9e pour nos vieux jours par notre caisse de retraite par r\u00e9partition semble financer une rente. D\u00e9non\u00e7ons tout de suite cette similitude. Souscrire une assurance-vie, c&rsquo;est souscrire une rente. On apporte un capital, bien ou mal acquis, et on charge l&rsquo;assureur de le faire \u00ab\u00a0travailler\u00a0\u00bb, de le faire cro\u00eetre, par des placements plus ou moins \u00ab\u00a0dynamiques\u00a0\u00bb (c&rsquo;est-\u00e0-dire plus ou moins risqu\u00e9s), pour nous le faire retourner plus tard ou en faire b\u00e9n\u00e9ficier la ou les personne(s) de notre choix. L&rsquo;actionnaire d&rsquo;une entreprise qui court apr\u00e8s les hauts dividendes ne vaut pas mieux que l&rsquo;assur\u00e9 qui court apr\u00e8s les hauts rendements. Ces deux-l\u00e0 suivent leur apport \u00e0 la trace. \u00c0 l&rsquo;antipode, dans le syst\u00e8me bismarckien par r\u00e9partition, cotiser pour la retraite, c&rsquo;est verser des sommes qui ne travaillent pas et dont le total ne correspondra jamais \u00e0 ce qui nous sera donn\u00e9<i> effectivement<\/i>. Ce qui travaille, dans ce cas, ce n&rsquo;est pas l&rsquo;argent mais la solidarit\u00e9, la compensation, lesquelles, pour \u00eatre imparfaites, n&rsquo;en sont pas moins d\u00e9sirables. Le cotisant accepte l&rsquo;id\u00e9e de toucher moins que son salaire comme retrait\u00e9 pour que d&rsquo;autres, plus pauvres que lui, aient acc\u00e8s \u00e0 un minimum d\u00e9cent. Le rentier, seul ou en tontine, la joue perso. La haine de l&rsquo;imp\u00f4t, dans une r\u00e9publique d\u00e9mocratique, est une haine de rentier. S&rsquo;il paie ses imp\u00f4ts, le rentier attend de l&rsquo;\u00c9tat qu&rsquo;il en fasse ceci ou cela, pour lui et ses proches, qu&rsquo;il fasse <i>fructifier<\/i> l&rsquo;argent collect\u00e9 pour leur jouissance exclusive. Il veut bien payer, pourvu que l&rsquo;\u00c9tat affecte des unit\u00e9s de police \u00e0 la garde de ses biens, qu&rsquo;il pr\u00e9serve ses enfants de l&rsquo;attouchement des basses castes en subventionnant les \u00e9tablissements et les fili\u00e8res \u00e9litaires, qu&rsquo;il laisse se reconcentrer dans les parages de son domicile tous les services utiles, ainsi que les meilleurs praticiens de la m\u00e9decine v\u00e9nale. Quand on est riche, plus riche que la moyenne, verser l&rsquo;imp\u00f4t devrait signifier qu&rsquo;on accepte que l&rsquo;\u00c9tat corrige par ce moyen des in\u00e9galit\u00e9s de d\u00e9part.<\/p>\n<p>On notera que le contrat de rente est n\u00e9 sous l&rsquo;Ancien R\u00e9gime comme un recours et qu&rsquo;il s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9 \u00e0 l&rsquo;av\u00e8nement de la bourgeoisie d&rsquo;affaires comme un id\u00e9al. Le r\u00e9gime f\u00e9odal, contrairement aux apparences, n&rsquo;\u00e9tait pas une rente de situation. C&rsquo;\u00e9tait, dans les faits, un r\u00e9gime d&rsquo;interd\u00e9pendances qui faisait l&rsquo;objet de ren\u00e9gociations constantes entre tous ses acteurs. Pour n&rsquo;en retenir que deux, le seigneur et l&rsquo;un quelconque de ses tenanciers, il faut se rappeler que le second payait une redevance au premier pour \u00eatre prot\u00e9g\u00e9 et d\u00e9fendu, et qu&rsquo;un manquement du premier \u00e0 ses devoirs autorisait le second \u00e0 lui en demander justice devant l&rsquo;\u00c9glise ou devant le roi. L&rsquo;imposition normale d&rsquo;alors ne nous para\u00eet lourde que parce que nous minimisons les co\u00fbts d&rsquo;\u00e9quipement et d&rsquo;entretien d&rsquo;une garnison mont\u00e9e, en sus du train seigneurial. La gestion d&rsquo;un fief n&rsquo;\u00e9tait pas de tout repos. Si l&rsquo;on s&rsquo;imagine que les banalit\u00e9s, four, moulin ou pressoir, assuraient une rente tranquille au seigneur, on se trompe. Le seigneur finan\u00e7ait leur construction mais ne s&rsquo;en lavait pas les mains ensuite en se contentant de r\u00e9colter les fruits d&rsquo;un monopole technologique. Il \u00e9tait tenu, comme ses tenanciers \u00e9taient <i>tenus<\/i> d&rsquo;une autre mani\u00e8re \u00e0 son \u00e9gard, d&rsquo;entretenir les chemins y conduisant et d&rsquo;en payer les r\u00e9parations. Un seigneur m\u00e9di\u00e9val \u00e9tait astreint au service militaire, au service juridique, mais \u00e9galement au service \u00e9conomique. La situation commen\u00e7a \u00e0 se modifier quand l&rsquo;\u00c9tat royal s&rsquo;affermit et empi\u00e9ta sur les m\u00e9tiers et pr\u00e9rogatives des barons. Lentement mais s\u00fbrement, son vaste bouclier protecteur et captateur se substitua \u00e0 la myriade de boucliers locaux, devenus passoires. Comme le pr\u00eat \u00e0 int\u00e9r\u00eat \u00e9tait interdit par le droit canon, la vieille noblesse, sentant s&rsquo;effriter sa l\u00e9gitimit\u00e9, n&rsquo;eut d&rsquo;autre choix, pour tenir au moins financi\u00e8rement son rang, que de courir apr\u00e8s la rente et de s&rsquo;allier \u00e0 la haute bourgeoisie.<\/p>\n<p>La Restauration, en France, marqua un d\u00e9collage de la rente. Il suffit de relire Balzac pour se persuader que le fin du fin, pour le bourgeois, quel que f\u00fbt son niveau de fortune, \u00e9tait de s&rsquo;\u00e9lever \u00e0 la dignit\u00e9 de rentier, de vivre de ses seules rentes sans travailler. On ne s&rsquo;\u00e9tonnera pas outre mesure que la constitution d&rsquo;un patrimoine immobilier en ait \u00e9t\u00e9 la condition la plus pl\u00e9biscit\u00e9e (l&rsquo;immobilier repr\u00e9sentait 48 % des fortunes bourgeoises au d\u00e9c\u00e8s dans les ann\u00e9es 1820 \u00e0 Paris). La rente immobili\u00e8re, dans les pays capitalistes, a connu bien des vicissitudes, du fait des guerres, mais elle n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 \u00e9radiqu\u00e9e et prosp\u00e8re \u00e0 nouveau, par le jeu des h\u00e9ritages et de la sp\u00e9culation, en l&rsquo;absence d&rsquo;une imposition dissuasive et d&rsquo;entraves juridiques \u00e0 l&rsquo;accumulation patrimoniale.<\/p>\n<p>La morale bourgeoise \u00e9tait fl\u00e9trie \u00e0 juste titre par tous les romanciers du XIXe si\u00e8cle, qui ne craignaient pas de vilipender la principale composante de leur lectorat. Il y avait en effet une grande hypocrisie \u00e0 d\u00e9clarer d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 que tout travail m\u00e9rite salaire et \u00e0 manoeuvrer de l&rsquo;autre pour n&rsquo;avoir plus \u00e0 travailler pour le m\u00e9riter. Bien s\u00fbr, il se trouvera toujours certains rentiers plus subtils, comme Pierre Kosciusko-Morizet, PDG de PriceMinister, pour soutenir que leur rente (la sienne provient de la vente de son entreprise au groupe japonais Rakuten) est la r\u00e9compense d&rsquo;une id\u00e9e \u00ab\u00a0g\u00e9niale\u00a0\u00bb, qui n&rsquo;aurait pas \u00e9t\u00e9 assez pay\u00e9e du temps qu&rsquo;il fallait travailler pour la mettre en oeuvre. Sauf qu&rsquo;un g\u00e9nie ne capitalise pas sur une seule id\u00e9e ; un g\u00e9nie est dans l&rsquo;auto-engendrement permanent, ce qui n&rsquo;est pas compatible avec l&rsquo;ambition de s&rsquo;\u00e9tablir dans le monde. Pierre Kosciusko-Morizet, \u00e0 trente-six ans, est un homme fini, davantage qu&rsquo;un homme achev\u00e9 : il n&rsquo;a plus \u00e0 travailler et a int\u00e9gr\u00e9 Le Si\u00e8cle, club transpartisan des puissants qui sont et qui font la France par-dessus le peuple et que Rousseau e\u00fbt qualifi\u00e9 de vulgaire brigue [1]. Il a tout, la rente financi\u00e8re et la rente de situation. Que d\u00e9sirer de plus ?<\/p>\n<p>Les plus acharn\u00e9s \u00e0 mettre le citoyen au travail sont souvent les m\u00eames qui se reposent sur le travail de leur argent, h\u00e9ritage et\/ou bonne id\u00e9e capitalis\u00e9e. \u00c9voquant l&rsquo;\u00e9cart entre la rente du capital, en moyenne de 5 %, et les faibles gains de croissance de nos \u00e9conomies en crise, l&rsquo;\u00e9conomiste Thomas Piketty l&rsquo;illustre par une image terrifiante : \u00ab\u00a0C&rsquo;est le pass\u00e9 qui d\u00e9vore l&rsquo;avenir.\u00a0\u00bb On pourrait dire du rentier, sans craindre d&rsquo;offenser les m\u00e2nes de Goya, que sa thune d\u00e9vore les enfants (des autres). C&rsquo;est d\u00e9vorer un enfant que de lui barrer l&rsquo;avenir. L&rsquo;image de l&rsquo;infanticide s&rsquo;applique on ne peut mieux \u00e0 la rente immobili\u00e8re, que Lord Adair Turner, ancien pr\u00e9sident de la Financial Services Authority (r\u00e9gulateur des march\u00e9s financiers britanniques), a qualifi\u00e9e r\u00e9cemment d&rsquo;activit\u00e9 \u00ab\u00a0socialement inutile\u00a0\u00bb, pour ne pas dire nuisible [2]. Cependant, le rentier est un anthropophage moins goulu qu&rsquo;il n&rsquo;y para\u00eet. Dans la mesure o\u00f9 la croissance continue, pour beaucoup d&rsquo;observateurs attard\u00e9s dans le XXe si\u00e8cle, de se mesurer en points de PIB et que le PIB est fichu de grimper en cas d&rsquo;h\u00e9catombe des plus faibles (boom de l&rsquo;\u00e9conomie mortuaire), on trouvera \u00e9trange que l&rsquo;exacerbation des in\u00e9galit\u00e9s ne donne pas des ailes \u00e0 un indice en berne. Les gens ne meurent pas en masse, non, ils agonisent plus longtemps, voil\u00e0 tout. Le pass\u00e9 rogne l&rsquo;avenir. C&rsquo;est une lente d\u00e9gustation, d&rsquo;autant plus savoureuse pour le rentier que nombre de ses victimes, ayant le temps de se voir mourir, utilisent ce d\u00e9lai non pour trouver une \u00e9chappatoire, mais pour t\u00e2cher de savoir de qui elles pourraient elles-m\u00eames se nourrir.<\/p>\n<p>La principale alli\u00e9e de la rente capitalistique est la rente politique. L&rsquo;alliance va souvent jusqu&rsquo;\u00e0 la confusion des genres. S&rsquo;attaquer \u00e0 l&rsquo;une sans toucher \u00e0 l&rsquo;autre est la meilleure garantie de la r\u00e9surgence des deux. La rente politique peut prendre la forme du cumul des mandats, forme honnie du peuple mais presque toujours excus\u00e9e par les int\u00e9ress\u00e9s, du pantouflage &#8211; il suffit que vous n&rsquo;ayez rien fait durant votre mandature qui l\u00e8se le capital pour que celui-ci vous assure un point de chute p\u00e9p\u00e8re dans une de ses succursales &#8211; et de la traite \u00e9ditoriale &#8211; la plupart des hommes et femmes politiques n&rsquo;\u00e9crivent pas les livres publi\u00e9s sous leur nom et per\u00e7oivent donc des droits indus sur le dos de leurs n\u00e8gres.<\/p>\n<p>Il est patent que la rente capitalistique, politis\u00e9e ou pas, continue la rente d&rsquo;Ancien R\u00e9gime et l&rsquo;amplifie m\u00eame dans des proportions in\u00e9dites (en ce d\u00e9but de XXIe si\u00e8cle, la moiti\u00e9 de l&rsquo;humanit\u00e9 se partage 1 % &#8211; les rogatons &#8211; de la richesse mondiale). Cela se traduit par l&rsquo;actualit\u00e9 d\u00e9sesp\u00e9rante de certains textes pol\u00e9miques pr\u00e9r\u00e9volutionnaires :<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Qui donc oserait dire que le Tiers-\u00c9tat n&rsquo;a pas en lui tout ce qu&rsquo;il faut pour former une nation compl\u00e8te ? Il est l&rsquo;homme fort et robuste dont un bras est encore encha\u00een\u00e9. Si l&rsquo;on \u00f4tait l&rsquo;ordre privil\u00e9gi\u00e9, la nation ne serait pas quelque chose de moins, mais quelque chose de plus. Ainsi, qu&rsquo;est-ce que le Tiers ? Tout, mais un tout entrav\u00e9 et opprim\u00e9. Que serait-il sans l&rsquo;ordre privil\u00e9gi\u00e9 ? Tout, mais un tout libre et florissant. Rien ne peut aller sans lui, tout irait infiniment mieux sans les autres. Il ne suffit pas d&rsquo;avoir montr\u00e9 que les privil\u00e9gi\u00e9s, loin d&rsquo;\u00eatre utiles \u00e0 la nation, ne peuvent que l&rsquo;affaiblir et lui nuire, il faut prouver encore que l&rsquo;ordre noble n&rsquo;entre point dans l&rsquo;organisation sociale ; qu&rsquo;il peut bien \u00eatre une charge pour la nation, mais qu&rsquo;il n&rsquo;en saurait faire une partie. D&rsquo;abord, il n&rsquo;est pas possible, dans le nombre de toutes les parties \u00e9l\u00e9mentaires d&rsquo;une nation, de trouver o\u00f9 placer la caste des nobles. Je sais qu&rsquo;il est des individus, en trop grand nombre, que les infirmit\u00e9s, l&rsquo;incapacit\u00e9, une paresse incurable, ou le torrent des mauvaises moeurs, rendent \u00e9trangers aux travaux de la soci\u00e9t\u00e9.<\/i><\/p>\n<p><i>L&rsquo;exception et l&rsquo;abus sont partout \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la r\u00e8gle, et surtout dans un vaste empire. Mais au moins conviendra-t-on que, moins il y a de ces abus, mieux l&rsquo;\u00c9tat passe pour \u00eatre ordonn\u00e9. Le plus mal ordonn\u00e9 de tous serait celui o\u00f9 non seulement des particuliers isol\u00e9s, mais une classe enti\u00e8re de citoyens mettrait sa gloire \u00e0 rester immobile au milieu du mouvement g\u00e9n\u00e9ral et saurait consumer la meilleure part du produit, sans avoir concouru en rien \u00e0 le faire na\u00eetre. Une telle classe est assur\u00e9ment \u00e9trang\u00e8re \u00e0 la nation par sa fain\u00e9antise. L&rsquo;ordre noble n&rsquo;est pas moins \u00e9tranger au milieu de nous, par ses pr\u00e9rogatives civiles et publiques. Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;une nation ? Un corps d&rsquo;associ\u00e9s vivant sous une loi commune et repr\u00e9sent\u00e9s par la m\u00eame l\u00e9gislature. N&rsquo;est-il pas trop certain que l&rsquo;ordre noble a des privil\u00e8ges, des dispenses, m\u00eame des droits s\u00e9par\u00e9s des droits du grand corps des citoyens ? Il sort par l\u00e0 de l&rsquo;ordre commun, de la loi commune. Ainsi, ses droits civils en font d\u00e9j\u00e0 un peuple \u00e0 part dans la grande nation. C&rsquo;est v\u00e9ritablement <\/i>imperium in imperio<i>.\u00a0\u00bb <\/i><\/p>\n<p>Emmanuel-Joseph Siey\u00e8s, <i>Qu&rsquo;est-ce que le Tiers-\u00c9tat ?, <\/i>janvier 1789, chap. I.<\/p>\n<p>Remplacer \u00ab\u00a0ordre noble\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0ordre privil\u00e9gi\u00e9\u00a0\u00bb par \u00ab\u00a0ordre rentier\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>_______________<\/p>\n<p>[1] Jean-Jacques Rousseau, <i>Du Contrat social,<\/i> 1762, Livre II, 2.3 : \u00ab\u00a0Quand il se fait des brigues, associations partielles aux d\u00e9pens de la grande, la volont\u00e9 de chacune de ces associations devient g\u00e9n\u00e9rale par rapport \u00e0 ses membres, et particuli\u00e8re par rapport \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat : on peut dire alors qu&rsquo;il n&rsquo;y a plus autant de votants que d&rsquo;hommes, mais seulement autant que d&rsquo;associations.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>[2] <a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/economie\/article\/2013\/04\/08\/lord-turner-et-la-city_3155733_3234.html\">Lien<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>RENTE &#8211; Voyons ce que nous en dit l&rsquo;<i>Encyclop\u00e9die <\/i>de Diderot et d&rsquo;Alembert : \u00ab\u00a0Revenu, soit en argent, grain, volaille ou autre chose, qui est d\u00fb \u00e0 quelqu&rsquo;un par une autre personne.\u00a0\u00bb C&rsquo;est un peu court, plut\u00f4t vague, vrai du point de vue du droit ancien, mais faux de notre point de vue. 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