{"id":59642,"date":"2013-11-04T23:13:09","date_gmt":"2013-11-04T22:13:09","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=59642"},"modified":"2013-11-04T23:13:09","modified_gmt":"2013-11-04T22:13:09","slug":"dette-5000-ans-dhistoire-de-david-graeber-par-vincent-presumey","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2013\/11\/04\/dette-5000-ans-dhistoire-de-david-graeber-par-vincent-presumey\/","title":{"rendered":"<b><em>Dette, 5000 ans d&rsquo;histoire<\/em>, de David Graeber<\/b>, par Vincent Pr\u00e9sumey"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p><em>Dette, 5000 ans d&rsquo;histoire<\/em>, de David Graeber, para\u00eet en fran\u00e7ais aux \u00e9ditions Les liens qui lib\u00e8rent, deux ans apr\u00e8s sa parution aux \u00c9tats-Unis o\u00f9 le livre a connu un succ\u00e8s significatif, accompagnant le mouvement Occupy Wall Street. L&rsquo;auteur est un universitaire londonien qui s&rsquo;inscrit dans le courant de pens\u00e9e anarchiste entendu au sens large. Une bonne partie de ce succ\u00e8s d&rsquo;\u00e9dition, sans aucun doute un signe des temps et certainement un bon signe, s&rsquo;explique par la pr\u00e9conisation faite en conclusion : ne plus payer la \u00ab\u00a0dette publique\u00a0\u00bb. Il s&rsquo;explique aussi par le fait que c&rsquo;est un livre agr\u00e9able \u00e0 lire et fourmillant d&rsquo;informations et d&rsquo;anecdotes toujours signifiantes et bien plac\u00e9es. Malgr\u00e9 ses pr\u00e8s de 500 pages on peut donc l&rsquo;avaler assez vite, apr\u00e8s quoi, pass\u00e9 le go\u00fbt sucr\u00e9 et stimulant de ce plat, on se demande qu&rsquo;est-ce que l&rsquo;auteur a voulu formuler exactement, comme explications th\u00e9oriques, historiques et sociales des probl\u00e8mes majeurs auxquels nous sommes aujourd&rsquo;hui confront\u00e9s. Et l&rsquo;on r\u00e9alise qu&rsquo;une certaine l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, pour ne pas dire une certaine inconsistance, est ici pr\u00e9sente. Les m\u00eames caract\u00e8res qui concourent au charme de l&rsquo;ouvrage : le recours illimit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;analogie comme m\u00e9thode dans l&rsquo;analyse et la description des soci\u00e9t\u00e9s humaines en tous lieux et toutes \u00e9poques, fond\u00e9 sur une tendance manifeste \u00e0 consid\u00e9rer que tout se r\u00e9p\u00e8te toujours et qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas beaucoup de nouveaut\u00e9s sous le soleil, apparaissent alors comme ses points faibles.<\/p>\n<p><!--more-->L&rsquo;auteur, apr\u00e8s un chapitre d&rsquo;entr\u00e9e en mati\u00e8re, s&rsquo;attache pourtant \u00e0 nous pr\u00e9senter les grilles d&rsquo;analyse qui ne sont pas les siennes et qu&rsquo;il r\u00e9cuse. Au chapitre II il d\u00e9nonce \u00e0 juste titre le calamiteux \u00ab\u00a0mythe du troc\u00a0\u00bb qui est toujours enseign\u00e9 dans les facult\u00e9s d&rsquo;\u00e9conomie et invoqu\u00e9 dans les \u00e9coles de commerce, qu&rsquo;a formul\u00e9, excellemment, Adam Smith en 1776 dans sa Wealth of Nations : d\u00e9j\u00e0 les hommes pr\u00e9historiques pratiquaient le troc individuel, fl\u00e8ches contre poisson par exemple, et il a fallu inventer la monnaie pour que les \u00e9changes puissent prendre de l&rsquo;ampleur, l&rsquo;\u00c9tat arrivant en bout de course pour garantir que la monnaie n&rsquo;est pas fausse et que tout un chacun respecte les contrats. David Graeber se gausse de ces repr\u00e9sentations mythiques d\u00e9pourvues de tout fondement historique, plus exactement compl\u00e9tement d\u00e9molies par tout ce que l&rsquo;on sait tant par l&rsquo;histoire que par l&rsquo;ethnographie. Il faudrait tout de m\u00eame pr\u00e9ciser ici qu&rsquo;il n&rsquo;invente rien : bien des auteurs, et en particulier, de mani\u00e8re centrale et centr\u00e9e sur ce sujet, Karl Polanyi ont d\u00e9mont\u00e9 ce mythe et \u00e9tabli que des \u00e9changes non marchands ont domin\u00e9 les soci\u00e9t\u00e9s anciennes. Cette non r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;occasion d&rsquo;une convergence apparente (alors que Polanyi figure dans la bibliographie) peut surprendre, mais quand, poursuivant le parcours des nombreux exemples et anecdotes narr\u00e9s par D. Graeber, il appara\u00eet que pour lui des march\u00e9s au sens moderne, avec marchandises et monnaie circulant de mani\u00e8re autonome dans de grandes sph\u00e8res g\u00e9ographiques, existaient en Gr\u00e8ce ancienne, ou que les temples assyriens pratiquaient le grand commerce et son financement, on comprend mieux : le troc est un mythe, certes, mais seulement le troc ; des formes d&rsquo;\u00e9changes ne pr\u00e9sentant pas de diff\u00e9rences sp\u00e9cifiques, qualitatives, par rapport aux relations de cr\u00e9dit les plus modernes, semblent avoir exist\u00e9 d\u00e9s la haute Antiquit\u00e9. Autres mythes que, pr\u00e9cis\u00e9ment, Polanyi a largement d\u00e9construits (voir dans le recueil Essais de Karl Polanyi, Seuil 2002, plusieurs articles sur ces questions). Il semblerait donc que D. Graeber s&rsquo;amuse d&rsquo;autant plus du mythe du troc qu&rsquo;il partage par ailleurs, sous la forme d&rsquo;\u00e9vidences indiscut\u00e9es, les autres mythes des \u00e9conomistes lib\u00e9raux sur l&rsquo;existence \u00e9ternelle de rapports de cr\u00e9dit et de relations contractuelles reposant, ouvertement ou de mani\u00e8re cach\u00e9e, sur l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 et la domination.<\/p>\n<p> De la m\u00eame mani\u00e8re, au chapitre III, il critique la th\u00e9orie de la \u00ab\u00a0dette primordiale\u00a0\u00bb selon laquelle la monnaie n&rsquo;est qu&rsquo;une unit\u00e9 de mesure fix\u00e9e par le pouvoir (et non un artefact utilitaire comme dans le mythe du troc), r\u00e9gulant des rapports de domination dans lesquels les membres du corps social sont immerg\u00e9s par essence. R\u00e9cusant les formes extr\u00eames de cette th\u00e9orie que sont selon lui les versions dans lesquelles le sentiment d&rsquo;\u00eatre en dette envers les dieux serait premier, il en retient toutefois une bonne part, qu&rsquo;il attribue aux repr\u00e9sentants de la tr\u00e8s conservatrice \u00e9cole historique allemande du XIX\u00b0 si\u00e8cle, les chartalistes, Adam M\u00fcller (Essai sur une nouvelle th\u00e9orie de la monnaie, 1816), et Georg Friedrich Knapp (Th\u00e9orie \u00e9tatique de la monnaie, 1905), selon lesquels la monnaie est une construction sociale impos\u00e9e et garantie par le pouvoir \u00e9tatique. <\/p>\n<p>En fait, dans sa critique des conceptions lib\u00e9rales et classiques en \u00e9conomie, D. Graeber concentre tout son feu sur le mythe du troc en ce que celui-ci pose l&rsquo;existence de sujets humains abstraits, libres et \u00e9gaux, avant toute communaut\u00e9, tandis que dans sa critique des conceptions relevant peu ou prou d&rsquo;une th\u00e9orie de l&rsquo;ant\u00e9c\u00e9dence de la dette, il \u00e9limine ce qui ferait de la notion de dette quelque chose d&rsquo;inn\u00e9, ou de plus ancien, ou de pr\u00e9-\u00e9tatique, pour le ramener \u00e0 des rapports de domination sociale. Mais ni dans un cas ni dans l&rsquo;autre il ne se situe lui-m\u00eame sur le terrain d&rsquo;une analyse qui remonterait aux racines tant de la monnaie et de la valeur que de la dette et du cr\u00e9dit en tant que rapport sociaux, et en expliquerait \u00e0 la fois la fonctionnalit\u00e9 effective et la mani\u00e8re dont n\u00e9cessairement les gens se les repr\u00e9sentent. La soci\u00e9t\u00e9 lui appara\u00eet comme fond\u00e9e sur la domination, de mani\u00e8re tout aussi \u00e9vidente et primaire, ind\u00e9montr\u00e9e car n&rsquo;ayant pas \u00e0 \u00eatre d\u00e9montr\u00e9e (on ne trouvera donc pas de d\u00e9monstration de ceci dans ce livre, \u00e9videmment ! ), exactement comme Adam Smith la pr\u00e9sentait comme fond\u00e9e sur des interactions d&rsquo;individus ind\u00e9pendants, sans \u00e9prouver lui non plus le besoin de le d\u00e9montrer. Autrement dit, dans sa m\u00e9thode de pr\u00e9sentation et d&rsquo;exposition transpara\u00eet en ce qui concerne l&rsquo;analyse une m\u00e9thode, ou une non-m\u00e9thode, qui rapproche beaucoup notre auteur subversif \u00e0 succ\u00e8s, \u00e0 succ\u00e8s parce que subversif, de l&rsquo;acceptation de l&rsquo;apparence des rapports sociaux comme des \u00e9vidences (sauf que pour lui ces rapports sont d\u00e9sagr\u00e9ables), de l&rsquo;absence de critique radicale, de la non critique, qui pr\u00e9valent dans les formes officielles de l&rsquo;\u00e9conomie et de l&rsquo;\u00e9tude des soci\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n<p> Il est en effet des plus difficile, et en fait impossible, de d\u00e9gager une conception th\u00e9orique structur\u00e9e des chapitres qui suivent et qui sont cens\u00e9s poser les conceptions propres de l&rsquo;auteur, quand bien m\u00eame ceux-ci nous pr\u00e9sentent un fourmillement passionnant et agr\u00e9able comme un bon film, qu&rsquo;\u00e9voquent bien leurs titres : Cruaut\u00e9 et r\u00e9demption, Bref trait\u00e9 sur les fondements moraux des relations \u00e9conomiques, Jeux avec le sexe et la mort, Honneur et avilissement. Dans ce foisonnement surviennent la violence dans les rapports entre les sexes (les hommes dominant les femmes), dans les rapports sociaux internes, et dans les rapports avec les \u00e9trangers, au point que le rapport arch\u00e9typal semble bien \u00eatre pour D. Graeber les traces (au demeurant, t\u00e9nues et non compl\u00e9tement attest\u00e9es comme faits historiques \u2026) d&rsquo;\u00e9talonnage mon\u00e9taire des valeurs dans une Irlande ancienne plus ou moins mythique par le moyen de femmes esclaves. Finalement, c&rsquo;est en somme la Bris\u00e9is de l&rsquo;Iliade, objet pr\u00e9cieux conquis de haute lutte par le guerrier Achille (et ch\u00e9rie par lui), le support \u00ab\u00a0initial\u00a0\u00bb des rapports mon\u00e9taires entendus comme \u00e9tant d&#8217;embl\u00e9e des rapports de dette, dans lesquels un oblig\u00e9 doit trimer pour rendre son d\u00fb \u00e0 son donateur, son cr\u00e9ancier. Ce serait donc la violence la fondatrice de l&rsquo;histoire, puisqu&rsquo;ici l&rsquo;histoire commence \u00e0 Sumer et est en m\u00eame temps l&rsquo;histoire de la dette : s&rsquo;il est question d&rsquo;observations ethnographiques au Congo, au Nigeria et \u00e0 Madagascar, il faut en effet dire que d&rsquo;histoire ant\u00e9rieure \u00e0 Sumer, ce qu&rsquo;autrefois on appelait pr\u00e9histoire et protohistoire, il n&rsquo;est absolument pas question dans ce livre. <\/p>\n<p> Cette focalisation sur la violence \u00e0 l&rsquo;origine des rapports sociaux de domination et de la dette comme forme \u00e9conomique de la domination, qui ressort de ces pages sans \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9e sous forme syst\u00e9matique, fait en effet table rase des \u00e9l\u00e9ments de continuit\u00e9 entre communaut\u00e9s \u00ab\u00a0pr\u00e9historiques\u00a0\u00bb non \u00e9tatiques, et soci\u00e9t\u00e9s cens\u00e9es domin\u00e9es par des classes, des \u00c9tats et des cr\u00e9anciers-donateurs. Si le mythe du communisme primitif est par la m\u00eame occasion \u00e9vacu\u00e9, ce dont on ne se plaindra pas, sont \u00e9vacu\u00e9es aussi les recherches sur les rapports sociaux non seulement ant\u00e9rieurs, mais sous-jacents \u00e0 \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9conomie\u00a0\u00bb. Or D. Graeber, au chapitre 5, affirme l&rsquo;existence du communisme dans les relations sociales fondamentales, quand la maman donne \u00e0 manger \u00e0 son enfant, quand des gens s&rsquo;entraident spontan\u00e9ment, dans des rapports de mutualit\u00e9 : un communisme qui n&rsquo;est fond\u00e9 ni sur l&rsquo;\u00e9change ni sur la r\u00e9ciprocit\u00e9, bien qu&rsquo;il suppose des attentes et des responsabilit\u00e9s mutuelles. D. Graeber en fait un \u00ab\u00a0principe moral\u00a0\u00bb, qui est en fait au fondement de toute soci\u00e9t\u00e9 qui, quelle que soit la mani\u00e8re dont elle le pi\u00e9tine et le contredit dans ses \u00e9tages sup\u00e9rieurs et visibles, ne peut que reposer sur lui. A vouloir ainsi \u00e9vacuer de ce \u00ab\u00a0communisme\u00a0\u00bb spontan\u00e9 et g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 tout rapport d&rsquo;\u00e9change et de r\u00e9ciprocit\u00e9, notre auteur \u00e9vacue en fait sans le dire, mais il serait tout de m\u00eame \u00e9tonnant qu&rsquo;il ne le fasse pas d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment, l&rsquo;apport de Marcel Mauss dont l&rsquo;Essai sur le don a justement pr\u00e9sent\u00e9 comme ayant une certaine universalit\u00e9 sociale humaine les relations de r\u00e9ciprocit\u00e9 ne comportant pas n\u00e9cessairement de domination, tout en pr\u00e9sentant aussi des formes de transition vers la domination et le cr\u00e9dit (le potlatch par exemple peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme une telle \u00ab\u00a0d\u00e9viation\u00a0\u00bb, bien que Mauss l&rsquo;avait quant \u00e0 lui appr\u00e9hend\u00e9 comme ant\u00e9rieur \u00e0 la kula, syst\u00e8me non marchand de r\u00e9ciprocit\u00e9 \u00e0 grande \u00e9chelle). <\/p>\n<p> Certes, je vais un peu vite : D. Graeber donne plusieurs descriptions int\u00e9ressantes, en particulier chez les L\u00e9l\u00e9 du Congo et chez les Tiv du Nigeria, de la d\u00e9viation des relations sociales internes non forc\u00e9ment frapp\u00e9es du sceau de la violence et de la domination, par l&rsquo;intrusion d&rsquo;une violence, en clair de la chasse \u00e0 l&rsquo;homme, et, fortement, \u00e0 la femme, qui modifie les rapports sociaux internes ; mais cette intrusion est toujours en derni\u00e8re instance chez lui celle d&rsquo;une sorte de deus ex machina externe et mal\u00e9fique, dont la gen\u00e8se endog\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de l&rsquo;histoire n&rsquo;est pas abord\u00e9e, dans la mesure o\u00f9 cette question n&rsquo;est, \u00e0 proprement parler, pas pos\u00e9e.<\/p>\n<p>A partir de l\u00e0, le restant du livre (chapitres 8 \u00e0 12) nous pr\u00e9sente une conception globale de l&rsquo;histoire comme fonction des formes de la monnaie. <\/p>\n<p>Quand la monnaie se pr\u00e9sente comme mesure des valeurs par le pouvoir (sans circulation d&rsquo;esp\u00e8ces sonnantes et tr\u00e9buchantes, ph\u00e9nom\u00e8ne qui n&rsquo;a rien de naturel), dans les empires antiques, M\u00e9sopotamie, \u00c9gypte, Inde et Chine, la dette r\u00e8gne mais dans une relative r\u00e9gulation, car l&rsquo;\u00c9tat veille en dernier ressort \u00e0 l&rsquo;\u00e9quilibre global, dans l&rsquo;int\u00e9r\u00eat des dominants sans doute, mais un int\u00e9r\u00eat bien compris qui s&rsquo;efforce de saisir le long terme ; c&rsquo;est pourquoi l&rsquo;\u00c9tat, par exemple Hammourapi de Babylone, remet p\u00e9riodiquement les dettes. Des valeurs spirituelles justifiant travail domin\u00e9 et endettement pr\u00e9valent (premi\u00e8re \u00e9poque, chapitre 8). <\/p>\n<p>Pour David Graeber, les moments des philosophies mat\u00e9rialistes sont beaucoup plus violents et destructeurs, au fond plus n\u00e9gatifs : c&rsquo;est alors que, lors de l&rsquo; \u00ab\u00a0\u00e2ge axial\u00a0\u00bb (formule reprise ici de Karl Jaspers, d&rsquo;une mani\u00e8re tr\u00e8s flexible), apparaissent les pi\u00e8ces de monnaies propag\u00e9es par les arm\u00e9es en campagne, les \u00c9tats constituant des march\u00e9s en pr\u00e9levant des imp\u00f4ts en esp\u00e8ces pour payer les soldats, le tout dans une explosion de violence dont l&rsquo;esclavage de masse dans l&rsquo;Antiquit\u00e9 classique est une manifestation exemplaire (deuxi\u00e8me \u00e9poque, chapitre 9). <\/p>\n<p>Tout cela se termine dans une liquidation des \u00c9tats imp\u00e9riaux antiques (sauf en Chine, mais de peu) o\u00f9 les pi\u00e8ces se cachent \u00e0 nouveau pour les \u00e9changes quotidiens, les religions universalistes (les grands monoth\u00e9ismes plus le bouddhisme et l&rsquo;hindouisme r\u00e9nov\u00e9, ainsi que la morale confuc\u00e9enne jouant un r\u00f4le similaire dans son secteur) assumant le r\u00f4le de r\u00e9gulateur spirituel dans des soci\u00e9t\u00e9s certes toujours r\u00e9gies par la dette, mais moins violemment : le \u00ab\u00a0Moyen Age\u00a0\u00bb (chapitre 10), appliqu\u00e9 de mani\u00e8re extensive \u00e0 toute cette p\u00e9riode, est pens\u00e9 par D. Graeber comme fonci\u00e8rement moins violent et plus \u00ab\u00a0humain\u00a0\u00bb que l&rsquo;\u00e2ge axial et le temps des Lumi\u00e8res, rationalisme et cynisme de la violence guerri\u00e8re et pr\u00e9datrice \u00e9tant d\u00e9cid\u00e9ment associ\u00e9s (c&rsquo;est bien dans un sens tr\u00e8s large que D. Graber se rattache \u00e0 l&rsquo;anarchisme : Bakounine n&rsquo;aurait pas appr\u00e9ci\u00e9 ce r\u00f4le mod\u00e9rateur de Dieu ! ). <\/p>\n<p>La grande lib\u00e9ration des esp\u00e8ces m\u00e9talliques, la nouvelle explosion plan\u00e9taire de violence, commence aux XV\u00b0 et XVI\u00b0 si\u00e8cle avec les grandes d\u00e9couvertes et le r\u00f4le moteur des conquistadores, ces grands endett\u00e9s angoiss\u00e9s, dans une dynamique mondiale dont la fin du papier-monnaie fiduciaire et le monnayage mon\u00e9taire massif en Chine pourrait bien avoir \u00e9t\u00e9 l&rsquo;impulsion premi\u00e8re (chapitre 11). Le capitalisme europ\u00e9en, puis occidental, et finalement mondial, na\u00eet de ce second \u00e2ge axial de violence g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, avec une grande vari\u00e9t\u00e9 d&rsquo;instruments mon\u00e9taires, qui sont autant d&rsquo;instruments de dette, le tout aboutissant au r\u00e8gne de l&rsquo;\u00e9talon or \u00e0 la fin du XIX\u00b0 si\u00e8cle. <\/p>\n<p>Sans s&rsquo;appesantir sur le XX\u00b0 si\u00e8cle, l&rsquo;auteur suppose qu&rsquo;avec la fin de la convertibilit\u00e9 des principales monnaies en or, cl\u00f4tur\u00e9e par l&rsquo;inconvertibilit\u00e9 du dollar en 1971, s&rsquo;amorce une \u00e8re nouvelle (chapitre 12), encore  ind\u00e9termin\u00e9e, dans laquelle l&rsquo;explosion parall\u00e8le et combin\u00e9e des dettes et des d\u00e9penses militaires \u00e0 la fin du XX\u00b0 si\u00e8cle et au d\u00e9but du XXI\u00b0 pourrait \u00eatre le chant du cygne meurtrier de l&rsquo;h\u00e9ritage de l&rsquo;\u00e9poque pr\u00e9c\u00e9dente, conduisant, \u00e0 partir de la crise de 2008, \u00e0 un affrontement entre humanit\u00e9 d\u00e9biteuse et dominateurs cr\u00e9anciers, qui doit logiquement, \u00e0 supposer que l&rsquo;histoire ait un sens, conduire \u00e0 apurer les dettes du pass\u00e9 r\u00e9cent en les liquidant.<\/p>\n<p>Il y aurait beaucoup \u00e0 dire sur ce r\u00e9sum\u00e9 universel \u00e0 la fois tr\u00e8s intelligent dans les d\u00e9tails et mani\u00e9 \u00e0 coups de serpe, pour ne pas dire \u00e0 la pioche, dans ses grandes articulations. L&rsquo;un des domaines o\u00f9 les libert\u00e9s prises avec les faits, et pour tout dire le culot sans borne dans le maniement de l&rsquo;affirmation p\u00e9remptoire, atteint des sommets, est celui du r\u00f4le g\u00e9n\u00e9ralement positif attribu\u00e9 aux religions monoth\u00e9istes en mati\u00e8re de gestion et de r\u00e9gulation sociale des dettes et des rapports d&rsquo;\u00e9change. <\/p>\n<p>Concernant le juda\u00efsme, il semble bien que D. Graber prenne au pied de la lettre, comme v\u00e9rit\u00e9 historique acquise, le th\u00e8me de l&rsquo;ann\u00e9e sabbatique, o\u00f9 l&rsquo;on remet les dettes et o\u00f9 on lib\u00e8re les esclaves. Si la monarchie tribale et th\u00e9ocratique d&rsquo;Isra\u00ebl, ou celle de Juda, ou leurs h\u00e9riti\u00e8res dans les ensemble perses, hell\u00e9nistique puis romain, avaient effectivement abrog\u00e9 toutes les dettes et lib\u00e9r\u00e9 tous les esclaves de mani\u00e8re fr\u00e9quente et coutumi\u00e8re, on devrait pourtant avoir d&rsquo;autres preuves que les passages de la Torah et de l&rsquo;Ancien Testament qui mettent de tels usages dans la bouche de Dieu.<\/p>\n<p>Concernant le christianisme, notre auteur tient pour acquis que la victoire de cette religion dans l&#8217;empire romain a fait radicalement reculer l&rsquo;esclavage, ignorant la plupart des travaux historiques r\u00e9cents ainsi que les tr\u00e8s nombreuses sources qui nous disent parfois le contraire \u2013 que l&rsquo;esclavage faisant des \u00eatres humains des marchandises s&rsquo;accro\u00eet consid\u00e9rablement quand triomphe le christianisme et dans les si\u00e8cles du haut moyen \u00e2ge, ne prenant v\u00e9ritablement fin en Occident qu&rsquo;entre le IX\u00b0 et le X\u00b0 si\u00e8cle, et que ce sont d&rsquo;ailleurs les marchands chr\u00e9tiens et juifs qui ont donn\u00e9 \u00e0 tout un groupe de peuples une d\u00e9nomination indiquant quel \u00e9tait l&rsquo;usage qu&rsquo;ils en faisaient : les Slaves.<\/p>\n<p> Concernant l&rsquo;islam, D. Graeber a priori aurait d\u00fb se heurter \u00e0 un probl\u00e8me par rapport \u00e0 son d\u00e9coupage de l&rsquo;histoire universelle : \u00e0 l&rsquo;instar des conqu\u00eates d&rsquo;A\u00e7oka ou d&rsquo;Alexandre le Grand \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque \u00ab\u00a0axiale\u00a0\u00bb, ou de celles des conquistadores au XVI\u00b0 si\u00e8cle, les conqu\u00eates arabo-musulmanes sont un magnifique exemple d&rsquo;articulation entre arm\u00e9e, mise en place du pr\u00e9l\u00e8vement des imp\u00f4ts et tributs, institution \u00e9tatique d&rsquo;un march\u00e9, et d&rsquo;une ample circulation mon\u00e9taire de pi\u00e8ces. Qu&rsquo;\u00e0 cela ne tienne, la mise en place de la circulation double des dinars d&rsquo;or prenant dans l&rsquo;espace omayyade la place du nomisma byzantin, et du dirhem d&rsquo;argent prenant celle des pi\u00e8ces perses sassanides, par les califes au d\u00e9but du VIII\u00b0 si\u00e8cle (II\u00b0 si\u00e8cle de l&rsquo;H\u00e9gire) est simplement tue, et l&rsquo;expansion musulmane du commerce et des routes du commerce est postul\u00e9e comme essentiellement pacifique et d\u00e9connect\u00e9e du pouvoir \u00e9tatique. D. Graeber repr\u00e9sente l&rsquo;espace commercial arabo-musulman pratiquement comme un pur march\u00e9 sans relations de domination et sans dette ! Finalement, lui aussi avait son utopie \u00e0 la Adam Smith \u00e0 caser : il semble l&rsquo;avoir cas\u00e9e l\u00e0, acceptant pour argent comptant la fable bigote selon laquelle la finance islamique ignore le pr\u00eat \u00e0 int\u00e9r\u00eat et passant sous la trappe l&rsquo;endettement impos\u00e9 aux peuples, aux communaut\u00e9s paysannes, dans toute la zone arabo-musulmane m\u00e9di\u00e9vale !<\/p>\n<p>Les penseurs historiques et g\u00e9ographiques de l&rsquo;anarchie que furent Bakounine, Kropotkine et \u00c9lis\u00e9e Reclus peuvent en l&rsquo;occurrence se retourner dans leur tombe, mais ce sont surtout les faits qui sont ici all\u00e8grement pass\u00e9s sous silence ou au tamis de l&rsquo;interpr\u00e9tation contraignante. Il y aurait au contraire beaucoup \u00e0 dire sur les relations entre monoth\u00e9isme et capitalisme, dans la lign\u00e9e de Max Weber et de Karl Marx et en int\u00e9grant, pour le monde contemporain, l&rsquo;excellent rapport que l&rsquo;islam sunnite sous ses formes les plus orthodoxes (sans lib\u00e9ralisme ni complications soufies et \u00e9sot\u00e9riques), dont l&rsquo;islamisme politique, entretient avec le capitalisme. C&rsquo;est ici l&rsquo;occasion de remarquer que la seule fois o\u00f9 dans ce livre D. Graeber se risque \u00e0 faire des suppositions sur ce que pourrait \u00eatre une id\u00e9ologie de lutte contre le capitalisme contemporain dans le cadre de la nouvelle \u00e8re encore ind\u00e9termin\u00e9e qui aurait commenc\u00e9 en 1971-2008, c&rsquo;est pour parler de \u00ab\u00a0mouvement ouvrier\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0f\u00e9minisme\u00a0\u00bb d&rsquo;inspiration islamique (p. 469). Et c&rsquo;est aussi l\u00e0 une des rares fois o\u00f9 il parle aussi de perspectives pour le mouvement ouvrier et le f\u00e9minisme ! Pour surprenant qu&rsquo;elle soit, cette constatation est coh\u00e9rente avec la conception globale de l&rsquo;histoire de l&rsquo;auteur, ainsi qu&rsquo;\u00e0 la faveur qu&rsquo;il conf\u00e8re aux id\u00e9ologies spiritualistes et aux grandes religions, par rapport aux conceptions scientifiques et mat\u00e9rialistes, du point de vue de leur r\u00f4le social.<\/p>\n<p>Ceci dit, le principal probl\u00e8me de cette conception est que, m\u00eame si l&rsquo;auteur pr\u00e9cise \u00e7a et l\u00e0 que l&rsquo;histoire ne se r\u00e9p\u00e8te pas, elle fait table rase des discontinuit\u00e9s et des sp\u00e9cificit\u00e9s distinguant tel rapport social de tel autre, tel mode de production, tel id\u00e9altype \u2026 Et en particulier, le capitalisme perd toute sp\u00e9cificit\u00e9. C&rsquo;est ainsi que, par exemple, l&rsquo;auteur peut estimer que les fondations bouddhistes en Chine \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque Tang \u00e9taient v\u00e9ritablement capitalistes, puisque conduisant en th\u00e9orie \u00e0 une accumulation illimit\u00e9e : ce serait vrai si la production capitaliste ignorait rien moins que la valeur, que la production de plus-value et que l&rsquo;accroissement de la productivit\u00e9, donc le caract\u00e8re contradictoire et exponentiel de cette accumulation.<br \/>\n Ici, les traits propres \u00e0 la finance, au capital productif d&rsquo;int\u00e9r\u00eat, sont transpos\u00e9s \u00e0 toutes les \u00e9poques de l&rsquo;histoire et simultan\u00e9ment, les rapports sociaux propres au r\u00e8gne du capital sont ignor\u00e9s : g\u00e9n\u00e9ralisation du salariat, de l&rsquo;achat et vente de la force de travail qui suppose des travailleurs libres mais d\u00e9pourvus de tous moyens de production, march\u00e9 foncier et rente fonci\u00e8re qui r\u00e9alisent cette expropriation et lib\u00e9ration g\u00e9n\u00e9rales de la population, et marchandisation g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, tels sont les rapports mis \u00e0 jour par Marx. Mais, selon D. Graeber, Marx aurait \u00e9tudi\u00e9 le capitalisme comme une abstraction, en supposant la seule production industrielle salariale et en posant donc comme absents les rapports fondamentaux de l&rsquo;endettement, de la contrainte \u00e9tatique et de l&rsquo;esclavage : cette affirmation surprenante ou consternante pour tout lecteur du Capital permet \u00e0 l&rsquo;auteur de lui tirer un coup de chapeau tout en rangeant son \u0153uvre dans le champ de ce qui est, au fond, inessentiel. Polanyi n&rsquo;a m\u00eame pas droit \u00e0 un tel coup de chapeau, et c&rsquo;est peut-\u00eatre tant mieux pour lui dans ces conditions ; l&rsquo;institution d&rsquo;un march\u00e9 foncier, faisant pour la premi\u00e8re fois de la terre une marchandise, d&rsquo;un march\u00e9 du travail (et non d&rsquo;un march\u00e9 des esclaves), constituant le travail humain en marchandise, et d&rsquo;un march\u00e9 mon\u00e9taire, faisant de l&rsquo;argent lui-m\u00eame une marchandise sp\u00e9cifique, cette triple transformation appuy\u00e9e sur l&rsquo;id\u00e9ologie des \u00e9conomistes anglais classiques et op\u00e9rant le d\u00e9sencastrement de l&rsquo;\u00e9conomie par rapport \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9, instituant en fait l&rsquo;\u00e9conomie, d\u00e9crit dans La grande transformation, est elle aussi pass\u00e9e sous silence et implicitement consid\u00e9r\u00e9e soit comme inexistante, soit comme secondaire.<\/p>\n<p> Il ne s&rsquo;agit pas seulement ici de reprocher \u00e0 David Graeber une sorte de d\u00e9sinvolture envers des apports qu&rsquo;il connait et utilise \u00e0 sa fa\u00e7on, ceux de Marx, de Polanyi, de Mauss, et j&rsquo;ajouterai J.G.A. Pocock \u00e0 propos du cr\u00e9dit et de l&rsquo;inqui\u00e9tude des intellectuels anglais envers la dette publique au XVIII\u00b0 si\u00e8cle (il est, lui, absent de la bibliographie). Apr\u00e8s tout, chacun a le droit de traiter les grands apports de la pens\u00e9e comme des ic\u00f4nes, comme des chiens crev\u00e9s, ou comme de grands apports de la pens\u00e9e. Mais nous avons affaire ici \u00e0 un ouvrage pr\u00e9sent\u00e9 et se pr\u00e9sentant comme subversif, et il l&rsquo;est en un certain sens puisqu&rsquo;il propose de ne pas payer la \u00ab\u00a0dette publique\u00a0\u00bb. C&rsquo;est l\u00e0 une position politique que je partage, mais manifestement pas pour les m\u00eames raisons. Dans la perspective tr\u00e8s large de D. Graeber, nous sommes en train de changer de temps historique et de paradigme, et il serait bon que de nouvelles id\u00e9ologies spiritualistes imposent un peu plus de bont\u00e9 dans cette vall\u00e9e de larme, en apurant les dettes r\u00e9guli\u00e8rement. De mon point de vue, je dirai que la question de l&rsquo;\u00e9mancipation humaine et celle de la d\u00e9fense des rapports humains, sociaux et naturels fondamentaux contre l&rsquo;accumulation sans limite du capital ne faisant aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;une, et la dette publique \u00e9tant devenue, ou redevenue, un m\u00e9canisme d&rsquo;accumulation pr\u00e9datrice du capital, sa d\u00e9nonciation devrait devenir, ou il faudrait combattre politiquement pour qu&rsquo;elle devienne, un des tout premiers \u00e9l\u00e9ments d&rsquo;un programme d\u00e9mocratique d&rsquo;urgence, aux \u00e9chelles nationale, europ\u00e9enne et mondiale. D. Graeber serait peut-\u00eatre d&rsquo;accord, mais il n&#8217;emp\u00eache que sa d\u00e9marche globale est tout \u00e0 fait diff\u00e9rente. Faisant fi de toute sp\u00e9cificit\u00e9 sociale et historique des rapports sociaux capitalistes, il fait du m\u00eame coup fi du r\u00f4le contradictoire des conqu\u00eates et constructions d\u00e9mocratiques dans les ruptures qualitatives des \u00e9poques historique. Le salari\u00e9 n&rsquo;est pas un esclave, ni un serf, ni un p\u00e9on, un hilote endett\u00e9 comme Graeber en voit partout \u00e0 toutes les \u00e9poques de Sumer \u00e0 aujourd&rsquo;hui : il est pos\u00e9 comme libre, personne de la soci\u00e9t\u00e9 civile, citoyen de l&rsquo;ordre politique, pourvu de droits, et en m\u00eame temps sa condition r\u00e9elle est la n\u00e9gation syst\u00e9matique de tout ce qu&rsquo;il est cens\u00e9 \u00eatre, elle est un esclavage salarial, et quand elle devient un non-esclavage, dans le ch\u00f4mage, c&rsquo;est pire. La forme sp\u00e9cifique du combat contre cette condition ne peut pas en revenir aux communaut\u00e9s patriarcales ou aux religions universalistes, dans le cadre et le r\u00e8gne desquelles un David Graeber, sympathique intellectuel brisant des idoles sans s&rsquo;apercevoir de celles qu&rsquo;il oublie, ne serait pas concevable. Mouvement ouvrier, f\u00e9minisme et \u00e9mancipation ne peuvent s&rsquo;autoconstruire que sur la base et au del\u00e0 du capital, en r\u00e9alisant dans l&rsquo;effectivit\u00e9 concr\u00e8te le droit et la d\u00e9mocratie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>Dette, 5000 ans d&rsquo;histoire<\/em>, de David Graeber, para\u00eet en fran\u00e7ais aux \u00e9ditions Les liens qui lib\u00e8rent, deux ans apr\u00e8s sa parution aux \u00c9tats-Unis o\u00f9 le livre a connu un succ\u00e8s significatif, accompagnant le mouvement Occupy Wall Street. 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