{"id":6002,"date":"2009-12-19T08:15:52","date_gmt":"2009-12-19T07:15:52","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=6002"},"modified":"2009-12-19T12:53:34","modified_gmt":"2009-12-19T11:53:34","slug":"lactualite-de-la-crise-a-la-recherche-des-capitaux-perdus-par-francois-leclerc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2009\/12\/19\/lactualite-de-la-crise-a-la-recherche-des-capitaux-perdus-par-francois-leclerc\/","title":{"rendered":"L&rsquo;actualit\u00e9 de la crise : \u00e0 la recherche des capitaux perdus, par Fran\u00e7ois Leclerc"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>A LA RECHERCHE DES CAPITAUX PERDUS<\/strong><\/p>\n<p>Il  y a des fins de semaine o\u00f9 il n\u2019est pas bon d\u2019\u00eatre une banque, quoi qu\u2019on en dise\u00a0! Jeudi, le Comit\u00e9 de B\u00e2le rendait public un projet de r\u00e9glementation financi\u00e8re, tr\u00e8s attendu, qui laisse des ouvertures mais va leur imposer de ferrailler dur. Vendredi, la BCE en faisait autant avec son rapport semestriel, qui annonce que de lourdes d\u00e9pr\u00e9ciations (estim\u00e9es \u00e0 187 milliards de dollars d\u2019ici \u00e0 la fin 2010) devront encore \u00eatre pass\u00e9es par les banques de la zone euro, qui vont devoir faire face \u00e0 des pertes accrues (en particulier dans les secteurs du cr\u00e9dit immobilier commercial et dans les pays d\u2019Europe centrale et orientale). La pente, d\u00e9cid\u00e9ment, se r\u00e9v\u00e8le longue et lente \u00e0 remonter. Comment la gravir fait probl\u00e8me. <\/p>\n<p>De quoi les banques disposent-elles dans leur bo\u00eete \u00e0 outils ? Les obligations hybrides, ou contingentes, ne seraient prochainement plus admises par le Comit\u00e9 de B\u00e2le pour renforcer le <i>noyau dur des fonds propres<\/i>. On ne peut donc plus compter sur elles, alors qu\u2019elles ont \u00e9t\u00e9 abondamment utilis\u00e9es et qu\u2019elles ne vont plus \u00eatre prises en consid\u00e9ration. Le sort des CoCos (les obligations <i>convertibles<\/i> contingentes), ces nouveaux instruments de dette encore peu \u00e9prouv\u00e9s et dans lequel de grands espoirs sont fond\u00e9s, afin de les remplacer, reste encore incertain. Leur formule <i>new look<\/i> pr\u00e9voit un dispositif de transformation automatique en actions de l\u2019\u00e9metteur, un \u00e9v\u00e9nement identifi\u00e9 \u00e0 l\u2019avance le d\u00e9clenchant (par exemple le passage sous un seuil donn\u00e9 de ratio de solvabilit\u00e9). C\u2019est pourquoi il est esp\u00e9r\u00e9 par les banques que le Comit\u00e9 de B\u00e2le les regardera d\u2019un oeil doux et consid\u00e9rera ces <i>quasi fonds propres<\/i> comme \u00e9ligibles \u00e0 son <i>noyau dur<\/i>, sur la base duquel leur ratio de solvabilit\u00e9 est calcul\u00e9. <\/p>\n<p><!--more-->Les banques sont \u00e0 la recherche de la formule magique qui permettra de colmater les br\u00e8ches, tout en satisfaisant leur autorit\u00e9 supr\u00eame de tutelle. Prises en tenaille entre les march\u00e9s, dont les r\u00e9actions doivent \u00eatre test\u00e9s, et celle-ci, avec laquelle elle va n\u00e9gocier. Elles se pr\u00e9parent \u00e0 en priorit\u00e9 demander du temps, car c\u2019est la seule issue possible, faute de solution imm\u00e9diate sous la main. Ainsi qu\u2019\u00e0 n\u00e9gocier des portes de sorties dans le d\u00e9dale obligataire, en sophistiquant leurs instruments, comme \u00e0 l\u2019habitude. A l\u2019arriv\u00e9e, certaines CoCos seront probablement admises, d\u2019autres pas. Les g\u00e9nies de la finance, encore une fois, vont \u00eatre appel\u00e9s \u00e0 la rescousse, il y a du danger dans l\u2019air \u00a0! <\/p>\n<p>Trois obstacles successifs vont devoir \u00eatre franchis\u00a0dans la course de lenteur qui s\u2019annonce : que des CoCos soient m\u00e9daill\u00e9s par B\u00e2le, que les souscripteurs soient ensuite au rendez-vous qui leur sera propos\u00e9, et qu\u2019ils n\u2019imposent pas pour y \u00eatre \u00e0 l\u2019heure des taux trop \u00e9lev\u00e9s. Cela fait beaucoup. Il ne faut pas, dans ces conditions, s\u2019\u00e9tonner de la r\u00e9action de la F\u00e9d\u00e9ration bancaire de l&rsquo;Union europ\u00e9enne (EBF), qui vient de mettre en garde contre les cons\u00e9quences d\u2019exigences r\u00e9glementaires en capital trop s\u00e9v\u00e8res en raison, dit-elle, des cons\u00e9quences n\u00e9gatives que cela aurait pour le financement de l&rsquo;\u00e9conomie. R\u00e9clamant une harmonisation mondiale des r\u00e8gles comptables et prudentielles, leur absence cr\u00e9ant des <i>distorsions de concurrence<\/i> (l\u2019argument permettant aux banques de demander l\u2019alignement sur les conditions qui leur sont les plus favorables). Celles-ci seraient dommageables, car elles repr\u00e9senteraient \u00ab\u00a0un risque accru pour la stabilit\u00e9 bancaire\u00a0\u00bb (autre argument majeur toujours utilis\u00e9 \u00e0 sens unique). Dans ce m\u00eame communiqu\u00e9, l\u2019EBF salue l\u2019ouverture par le Comit\u00e9 de B\u00e2le d\u2019une large consultation (avant de s\u2019engouffrer dans la salle de conf\u00e9rence en ayant soin de bien fermer la porte derri\u00e8re elle) et applaudit \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019un calendrier de mise en place progressive &#8211; afin donc de ne pas compromettre la reprise de l\u2019\u00e9conomie &#8211; des r\u00e8gles qui seront finalement retenues.  <\/p>\n<p>A l\u2019\u00e9tage du dessous, pour financer l&rsquo;activit\u00e9 courante, d\u2019autres difficult\u00e9s sont rencontr\u00e9es par les banques. La titrisation \u00e9tant toujours en petite forme, il n\u2019est plus gu\u00e8re possible de compter sur elle comme avant. Restent les <i>covered bonds<\/i>, les obligations s\u00e9curis\u00e9es, qui sont \u00e9galement adoss\u00e9es \u00e0 des cr\u00e9dits, mais dont la banque \u00e9mettrice reste propri\u00e9taire, \u00e0 l\u2019inverse des op\u00e9rations de titrisation qui leur permettent de s\u2019en d\u00e9faire. Les \u00e9missions d\u2019obligations s\u00e9curis\u00e9es ont fait ces deux derni\u00e8res ann\u00e9es une \u00e9norme progression en Europe, alors que les op\u00e9rations de titrisation r\u00e9gressaient. Signe de la perte de confiance des investisseurs. La BCE a pour sa part soutenu leur march\u00e9 en proc\u00e9dant, en mai dernier, \u00e0 l\u2019achat pour 60 milliards d\u2019euros de ceux-ci, faisant pour l\u2019occasion une entorse \u00e0 sa politique de refus de toute mesure d\u2019assouplissement qualitatif. C&rsquo;est dire l&rsquo;importance de la question. <\/p>\n<p>Mais l\u2019agence Standard &#038; Poor\u2019s vient de jeter un pav\u00e9 dans la mare en revoyant sa politique de notation des obligations s\u00e9curis\u00e9es, ce qui va avoir comme cons\u00e9quence d\u2019abaisser la notation de la majorit\u00e9 de leurs \u00e9missions. Il s\u2019agit, explique l\u2019agence, de dor\u00e9navant non seulement tenir compte de la qualit\u00e9 des actifs sur lesquels les obligations reposent, mais \u00e9galement de celle de l\u2019\u00e9metteur, c\u2019est \u00e0 dire des banques\u00a0! Cette d\u00e9cision est dans la logique des r\u00e9sultats de l\u2019\u00e9tude de S&#038;P\u2019s, publi\u00e9e r\u00e9cemment, qui \u00e9valuait s\u00e9v\u00e8rement le ratio de solvabilit\u00e9 des banques, tr\u00e8s en dessous, selon son appr\u00e9ciation. des exigences r\u00e9glementaires actuelles. Dans la zone euro, elle va aller \u00e0 l\u2019encontre du d\u00e9but de reconfiguration par la BCE de sa politique d\u2019injections de liquidit\u00e9, qui a pour objectif d\u2019inciter les banques \u00e0 se tourner \u00e0 nouveau vers les march\u00e9s. Car ceux-ci sont plus regardants que la banque centrale sur la note des actifs qu\u2019ils acceptent en garantie. <\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 des banques am\u00e9ricaines, on est un peu \u00e0 contretemps de cette \u00e9volution. Ces derniers temps, celles-ci avaient tendance \u00e0 regarder de haut leurs consoeurs europ\u00e9ennes ou japonaises, et m\u00eame \u00e0 les cafarder en toute confraternit\u00e9. Insinuant que la qualit\u00e9 de leurs fonds propres laissait \u00e0 d\u00e9sirer, pour avoir abus\u00e9 des obligations hybrides, contrairement aux banques am\u00e9ricaines. Car cela revenait \u00e0 renforcer leur capital en \u00e9mettant de la dette, ce qui est somme toute une facilit\u00e9, on le leur accordera. Mais elles oubliaient de mentionner qu\u2019elles ont eu abondamment recours, pour se donner elles aussi de bonnes couleurs, \u00e0 un autre grand subterfuge\u00a0: au lieu d\u2019augmenter les fonds propres par ce qui peut \u00eatre qualifi\u00e9 d&rsquo;artifice fragile, elles ont escamot\u00e9 de leurs bilans les actifs \u00e0 probl\u00e8mes, en utilisant des <i>special investment vehicles<\/i> (<i>SIV<\/i>), ces structures hors bilan utilis\u00e9es dans le cadre de leurs op\u00e9rations de titrisation. Dont elles ont \u00e9t\u00e9 les championnes toutes cat\u00e9gories des \u00e9missions, bien devant les banques europ\u00e9ennes, qui ne se sont engag\u00e9es qu&rsquo;ensuite sur leur voie. <\/p>\n<p>La titrisation n\u2019\u00e9tant plus ce qu\u2019elle \u00e9tait, en d\u00e9pit du colossal programme de soutien financier de la Fed qui vise \u00e0 en favoriser le red\u00e9marrage, avec peu de r\u00e9sultats, cela am\u00e8ne aujourd\u2019hui les banques \u00e0 s\u2019int\u00e9resser de pr\u00e8s aux obligations s\u00e9curis\u00e9es, et \u00e0 demander \u00e0 Barney Franck, le pr\u00e9sident de la commission financi\u00e8re de la Chambre des repr\u00e9sentants, de l\u00e9gif\u00e9rer au plus vite afin que les souscripteurs de ces obligations puissent, en cas de probl\u00e8me d\u2019un \u00e9metteur bancaire, \u00eatre dor\u00e9navant rembours\u00e9s en priorit\u00e9. Avant la FDIC, qui saisit \u00e0 cette fin les titres de dette poss\u00e9d\u00e9s par les banques afin de financer sa garantie des d\u00e9p\u00f4ts, les m\u00eames qui deviendraient les collat\u00e9raux des nouvelles obligations. Afin de pr\u00e9senter aux investisseurs leurs futures \u00e9missions sous leur plus beau jour.<\/p>\n<p>Quant aux <i>SIV<\/i>, leur utilisation devrait \u00eatre remise en question, cr\u00e9ant la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une op\u00e9ration v\u00e9rit\u00e9 (ne faisant que d\u00e9voiler un secret de polichinelle), car cela impliquera de rapatrier les actifs qui s\u2019y trouvent et d\u2019augmenter \u00e0 nouveau les fonds propres des banques. Cela permet de mieux comprendre le revirement de politique du Tr\u00e9sor, qui a soudainement incit\u00e9 les banques ayant b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de fonds publics (le programme TARP) \u00e0 les rembourser apr\u00e8s les en avoir dissuad\u00e9s. L&rsquo;un des objectifs est qu\u2019elles puissent continuer \u00e0 lever des capitaux sur les march\u00e9s sans ce boulet aux pieds. L&rsquo;autre, plus politique, est que l&rsquo;administration Obama puisse se pr\u00e9valoir d&rsquo;une bonne op\u00e9ration financi\u00e8re, utilisant qui plus est une partie des fonds pour am\u00e9liorer l&#8217;emploi. Toutefois, les remboursements par les banques des aides publiques gouvernementales re\u00e7ues ne doivent pas faire oublier qu&rsquo;elles continuent d&rsquo;\u00eatre massivement soutenues par la Fed, comme le sont les banques europ\u00e9ennes ou japonaises par leurs banques centrales respectives. <\/p>\n<p>Le syst\u00e8me financier reste en crise profonde. Les mesures propos\u00e9es par le Comit\u00e9 de B\u00e2le visent \u00e0 le consolider \u00e0 terme, mais il est si fragile que cela ne peut \u00eatre fait qu&rsquo;en prenant de grandes pr\u00e9cautions et du temps. Et en diminuant la port\u00e9e de ce qui a \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9, \u00e0 la demande des banques, car cela restera inaccessible pour elles et elles vont le faire savoir. Les banques am\u00e9ricaines, elles, continueront \u00e0 faire cavalier seul. <\/p>\n<p>Plus les Am\u00e9ricains et les Europ\u00e9ens avancent (tr\u00e8s lentement pour ces derniers, les Britanniques s&rsquo;y employant) dans les mesures de r\u00e9gulation qu&rsquo;ils envisagent de prendre, plus il appara\u00eet qu&rsquo;elles ne raccorderont pas, ou tr\u00e8s difficilement, dans tous les domaines. Un probl\u00e8me qui n&rsquo;est pas nouveau, mais qui va prendre une nouvelle dimension. Minant un dispositif d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s peu contraignant. <\/p>\n<p>Voil\u00e0 donc ce que l&rsquo;on trouve quand on p\u00e9n\u00e8tre dans les cuisines des banques et que l&rsquo;on y go\u00fbte les sauces qui vont nous \u00eatre servies. Le probl\u00e8me reste toujours celui des ingr\u00e9dients de leurs bases, qui sont g\u00e2t\u00e9es.  <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong>A LA RECHERCHE DES CAPITAUX PERDUS<\/strong><\/p>\n<p>Il y a des fins de semaine o\u00f9 il n\u2019est pas bon d\u2019\u00eatre une banque, quoi qu\u2019on en dise\u00a0! Jeudi, le Comit\u00e9 de B\u00e2le rendait public un projet de r\u00e9glementation financi\u00e8re, tr\u00e8s attendu, qui laisse des ouvertures mais va leur imposer de ferrailler dur. 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