{"id":60055,"date":"2013-11-18T22:11:01","date_gmt":"2013-11-18T21:11:01","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=60055"},"modified":"2013-11-18T22:12:07","modified_gmt":"2013-11-18T21:12:07","slug":"lactualite-de-demain-effet-tenaille-et-potion-magique-par-francois-leclerc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2013\/11\/18\/lactualite-de-demain-effet-tenaille-et-potion-magique-par-francois-leclerc\/","title":{"rendered":"<i>L&rsquo;actualit\u00e9 de demain<\/i> : <b>EFFET TENAILLE ET POTION MAGIQUE<\/b>, par Fran\u00e7ois Leclerc"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Dans la derni\u00e8re livraison de son bulletin mensuel, la BCE constate la chute de la croissance de l\u2019Eurozone, qui est tomb\u00e9e de 2,5% en 2009 \u00e0 0,5% cette ann\u00e9e. Rapport\u00e9 au taux d\u2019inflation de 0,7%, est-il besoin d\u2019\u00eatre particuli\u00e8rement perspicace pour pr\u00e9dire une longue p\u00e9riode d\u2019an\u00e9mie de l\u2019\u00e9conomie, et en conclure que la r\u00e9duction du d\u00e9ficit public ne pourra pas \u00eatre effective sans de nouveaux trains de mesures de rigueur budg\u00e9taire et d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 ? Parall\u00e8lement, la crise sociale s\u2019accentue, plus particuli\u00e8rement au sein d\u2019une jeunesse dont l\u2019avenir est sombre, dont <a href=\"http:\/\/www.nytimes.com\/2013\/11\/16\/world\/europe\/youth-unemployement-in-europe.html?_r=0\">rend compte<\/a> l\u2019International New York Times (anciennement Herald Tribune). Telles sont les m\u00e2choires de la tenaille qui se referment.<\/p>\n<p>Le co\u00fbt du d\u00e9sendettement s\u2019av\u00e9rant insoutenable, escamoter la dette devient une grande tentation. Wolfgang M\u00fcnchau pr\u00e9conise dans le Financial Times que la BCE s\u2019engage r\u00e9solument dans une politique d\u2019achat d\u2019actifs, la carte de la derni\u00e8re chance, peu confiant dans les effets de la diminution de son taux au jour le jour et d\u2019une nouvelle et ultime baisse qui l\u2019am\u00e8nerait \u00e0 z\u00e9ro\u2026 La <i>forward guidance<\/i>, qui tente d\u2019influencer les anticipations du march\u00e9 en rompant le tabou de l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 et de l\u2019incertitude qui jusqu\u2019alors pr\u00e9valait ayant par ailleurs donn\u00e9 ce qu\u2019elle pouvait, c\u2019est \u00e0 dire pas grand chose. Ministre fran\u00e7ais au titre un peu pompeux &#8211; du redressement productif &#8211; Arnaud Montebourg se donne une posture en s\u2019inscrivant dans le sillage de Janet Yellen de la Fed qui laisse filer la poursuite des achats de titres de cette derni\u00e8re, selon lui un exemple \u00e0 suivre par la BCE. Enfin, Juan Ignacio Crespo, directeur Europe de Thomson Reuters, signe une chronique dans El Pais dans laquelle il sugg\u00e8re d\u2019aller plus loin encore, et que la BCE apr\u00e8s avoir proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 ces m\u00eames achats sur le second march\u00e9, les \u00e9change ensuite avec les \u00c9tats \u00e9metteurs pour des obligations perp\u00e9tuelles (dont le principal n\u2019est jamais rembours\u00e9, seuls les int\u00e9r\u00eats sont pay\u00e9s). La condition sine qua non, selon lui, pour parvenir au ratio de 3% maximum de d\u00e9ficit par rapport au PIB. <\/p>\n<p><!--more-->Tous sont pour le moins tr\u00e8s en avance sur les autorit\u00e9s politiques europ\u00e9ennes. C\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 le cas de certains, lors du d\u00e9bat sur les euro-obligations et la mutualisation de la dette, dont le principe a depuis \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9. Faut-il en d\u00e9duire qu\u2019un m\u00eame destin attend ce tour de passe-passe, ou que cette fois-ci, forc\u00e9 et contraint, il faudra se r\u00e9soudre \u00e0 l&rsquo;op\u00e9rer ? Comme on va le voir, cela ne ferait que cr\u00e9er un nouveau risque.<\/p>\n<p>Dans les all\u00e9es du pouvoir, la question est omnipr\u00e9sente : comment d\u00e9gager des marges de man\u0153uvre dans une situation marqu\u00e9e par le danger de <i>convulsions sociales<\/i> d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et <i>d\u2019incertitude juridique<\/i> (autre magnifique formule) d\u00e9nonc\u00e9e par le patronat de l\u2019autre ? Apr\u00e8s le chantage \u00e0 <i>la fuite des talents<\/i>, voici brandi la menace que les investisseurs d\u00e9sertent les pays qui, pris de \u00ab\u00a0folie\u00a0\u00bb, dresseraient des barri\u00e8res \u00e0 l\u2019optimisation fiscale. C\u00f4t\u00e9 syndicats, une r\u00e9forme fiscale est revendiqu\u00e9e, au nom de la lutte contre les in\u00e9galit\u00e9s. C\u00f4t\u00e9 analystes, le nettoyage du bilan des banques zombies est pr\u00e9conis\u00e9, au regard des similitudes discern\u00e9es entre la situation dans laquelle l\u2019Europe menace d\u2019entrer et celle dont le Japon ne parvient pas \u00e0 sortir. Les deux rem\u00e8des ne sont pas incompatibles !<\/p>\n<p>Mais leur adoption est bien incertaine, d\u2019o\u00f9 la tentation d\u2019une potion magique dont seule la BCE a la recette : la mise en route de la planche \u00e0 billets. Avec comme argument que ses nouvelles responsabilit\u00e9s en mati\u00e8re de surveillance du syst\u00e8me bancaire peuvent l\u2019autoriser \u00e0 plus d\u2019audace dans le d\u00e9ploiement de sa politique mon\u00e9taire, lui permettant notamment de d\u00e9celer la formation de bulles financi\u00e8res. Le programme <i>OMT<\/i> de 2012 a jou\u00e9 son r\u00f4le en apaisant le march\u00e9 obligataire, est-il poursuivi, mais la menace ne suffisant pas, il faut passer \u00e0 l\u2019acte. Consid\u00e9rant comme quantit\u00e9 n\u00e9gligeable que cela signifierait pour la BCE inscrire \u00e0 son bilan de la dette souveraine ne pouvant plus \u00eatre rembours\u00e9e, la transformant encore plus qu&rsquo;elle n&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 en une v\u00e9ritable <i>bad bank<\/i> (quitte \u00e0 utiliser l\u2019artifice de la dette perp\u00e9tuelle g\u00e9n\u00e9ralement utilis\u00e9 aux lendemains des grandes guerres qui laissaient les \u00c9tats surendett\u00e9s). <\/p>\n<p>Une question est ignor\u00e9e, dont la r\u00e9ponse \u00e9claire le danger que cela cr\u00e9erait : \u00ab\u00a0o\u00f9 vont les liquidit\u00e9s d\u00e9vers\u00e9es par les banques centrales dans le syst\u00e8me financi\u00e8re\u00a0? \u00a0\u00bb Il n&rsquo;est pas besoin d&rsquo;aller chercher bien loin la r\u00e9ponse, le Conseil de la Stabilit\u00e9 Financi\u00e8re (FSB) a annonc\u00e9 vendredi dernier que la taille du <i>shadow banking<\/i> allait augmenter de 8% en 2013, atteignant le montant de 70 mille milliards d\u2019actifs, soit sensiblement la moiti\u00e9 de ce qui est g\u00e9r\u00e9 par le secteur bancaire <i>r\u00e9gul\u00e9<\/i> (une fa\u00e7on de parler). La suite en d\u00e9coule. Au vu des retards apport\u00e9s \u00e0 la mise en \u0153uvre de la r\u00e9gulation bancaire et de sa conception m\u00eame, on se sentira autoris\u00e9 \u00e0 \u00eatre dubitatif quand Mark Carney, son pr\u00e9sident, affirme que \u00ab\u00a0Le Conseil va poursuivre son travail de surveillance pour identifier les risques associ\u00e9s aux pratiques de ce secteur\u00a0\u00bb. Le m\u00eame ayant derni\u00e8rement \u00e9mis l\u2019hypoth\u00e8se de rendre accessible en cas de besoin les guichets de distribution de liquidit\u00e9s de la Banque d\u2019Angleterre &#8211; qu\u2019il pr\u00e9side \u00e9galement &#8211; aux hedge funds. Si cela ne renforce pas l\u2019al\u00e9a moral\u2026.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la d\u00e9fense et illustration du shadow banking, qui met en avant pour d\u00e9dramatiser cette malheureuse expression que les compagnies d\u2019assurance en sont une des composantes &#8211; et pas seulement les hedge funds et les soci\u00e9t\u00e9s de courtage &#8211; elle n\u2019est gu\u00e8re plus convaincante \u00e0 voir les mesures de r\u00e9gulation qui ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9es pour celles-ci. <i>Solvency II<\/i> (solvabilit\u00e9) va \u00eatre aux compagnies d\u2019assurance ce que <i>B\u00e2le III<\/i> est aux banques, d\u00e9finissant notamment les r\u00e8gles de d\u00e9tention de fonds propres du secteur. Immanquablement, les m\u00eames probl\u00e9matiques r\u00e9apparaissent : valorisation des actifs, utilisation d\u2019un mod\u00e8le standard ou de mod\u00e8les internes, <i>ajustement de volatilit\u00e9<\/i> destin\u00e9 \u00e0 pond\u00e9rer les \u00e9carts de valeur (comme c\u2019est bien dit !). Nul autre qu\u2019un assureur traduisant ainsi le soulagement qui a parcouru toute la profession, ne pouvait mieux exprimer ce qu\u2019il faut en penser, en se f\u00e9licitant dans Les \u00c9chos d\u2019avoir observ\u00e9 \u00ab\u00a0une intelligence commune entre l\u2019industrie et ses superviseurs\u00a0\u00bb (Antoine Lissowski, directeur financier de CNP assurances).<\/p>\n<p>Aux derni\u00e8re informations, la Fed \u00e9tudie la possibilit\u00e9 de repousser la date de mise en \u0153uvre de la mesure la plus redout\u00e9e et combattue par les banques am\u00e9ricaines de la loi Dodd-Frank : l\u2019interdiction qui leur est faire de sp\u00e9culer sur fonds propres, directement ou via des filiales et des investissements dans des hedge funds. La planche \u00e0 billet alimente ce secteur \u00e0 la recherche d\u2019un rendement maximum, via les banques qui ont acc\u00e8s aux liquidit\u00e9s de la Fed. Ces m\u00eames banques pourraient donc subir en retour les r\u00e9percussions de risques pris au sein du shadow banking. La magie de la potion aurait donc des effets secondaires potentiels tr\u00e8s ind\u00e9sirables : demander \u00e0 la BCE d\u2019acheter de la dette souveraine reviendrait \u00e0 financer le secteur le plus risqu\u00e9 et le moins contr\u00f4l\u00e9 de tout le syst\u00e8me financier et pourrait mettre celui-ci en p\u00e9ril, banques comprises. On retombe toujours sur le m\u00eame probl\u00e8me, qui est esquiv\u00e9 : il faut prioritairement faire une op\u00e9ration v\u00e9rit\u00e9 et le m\u00e9nage dans le secteur bancaire. <\/p>\n<p>Yves Mersch, membre du directoire de la BCE, continue de tourner autour du pot \u00e0 propos du futur traitement des obligations souveraines par la BCE lors de sa revue de d\u00e9tail \u00e0 venir des bilans bancaires. Si elles ne devraient pas subir de d\u00e9cote, pour satisfaire au principe qu&rsquo;elles sont \u00e0 z\u00e9ro risque et ne pas faire un aveu de faiblesse, leur poids dans les bilans devrait \u00eatre n\u00e9anmoins pris en compte ! La BCE et l&rsquo;Autorit\u00e9 bancaire europ\u00e9enne (EBA) vont devoir trouver ensemble la recette de cette dr\u00f4le de cuisine. C&rsquo;est le moment qu&rsquo;a choisi le pr\u00e9sident de cette derni\u00e8re, Andrea Enria, pour soulever un s\u00e9rieux li\u00e8vre. \u00a0\u00bb Je suis convaincu que trop peu de banques europ\u00e9ennes ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9mantel\u00e9es et ont disparu du march\u00e9\u00a0\u00bb, a-t-il d\u00e9clar\u00e9, avant de poursuivre : \u00ab\u00a0les gouvernements ont voulu maintenir en vie leurs banques, et cela a frein\u00e9 le processus de convalescence\u00a0\u00bb. Il intervient ainsi dans le d\u00e9bat sur l&rsquo;union bancaire en s&rsquo;opposant \u00e0 la conception allemande du m\u00e9canisme de r\u00e9solution, son second pilier, qui privil\u00e9gie des instances nationales. Ce qui fait \u00e9cho au compromis trouv\u00e9 vendredi dernier par les ministres des finances europ\u00e9ens de l&rsquo;Ecofin, approuvant l&rsquo;intervention financi\u00e8re en derni\u00e8re instance du M\u00e9canisme europ\u00e9en de stabilit\u00e9 (MES), et Wolfgang Sch\u00e4uble affirmant d\u00e8s la sortie de la r\u00e9union le contraire. Cela fait d\u00e9sordre, tout de m\u00eame !<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans la derni\u00e8re livraison de son bulletin mensuel, la BCE constate la chute de la croissance de l\u2019Eurozone, qui est tomb\u00e9e de 2,5% en 2009 \u00e0 0,5% cette ann\u00e9e. 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