{"id":60978,"date":"2013-12-28T16:15:36","date_gmt":"2013-12-28T15:15:36","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=60978"},"modified":"2013-12-28T16:15:36","modified_gmt":"2013-12-28T15:15:36","slug":"leur-force-vient-aussi-de-nos-divisions-et-de-nos-faiblesses-par-vincent-migeat","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2013\/12\/28\/leur-force-vient-aussi-de-nos-divisions-et-de-nos-faiblesses-par-vincent-migeat\/","title":{"rendered":"<b>Leur force vient (aussi) de nos divisions et de nos faiblesses&#8230;<\/b>, par Vincent Migeat"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Durant des ann\u00e9es, le discours dominant en mati\u00e8re \u00e9conomique \u00e9crasait sans vergogne tous les autres. C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;\u00e9poque du r\u00e8gne sans partage de la fameuse T.I.N.A (<i>there is no alternative<\/i>) ch\u00e8re \u00e0 Mrs Thatcher, \u00a0une doxa certes vieillissante mais encore bien vaillante. Il \u00e9tait alors rigoureusement impossible de faire entendre un autre discours. Dans les discussions, remettait-on en question cette pens\u00e9e unique que l&rsquo;on \u00e9tait imm\u00e9diatement \u00e9pingl\u00e9, tel un imprudent papillon \u00e9gar\u00e9, sur un carr\u00e9 de feutre rouge, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;un cadre. Mus\u00e9ifi\u00e9, en quelque sorte, et renvoy\u00e9 \u00e0 ses pr\u00e9tendues r\u00e9f\u00e9rences. Je ne vous fais pas un dessin. Puis vint 2008, la chute de Lehman Brothers, et toutes les cons\u00e9quences bien connues des lecteurs de ce blog. Dans le sillage de cette ann\u00e9e-l\u00e0, le monde semblait devoir changer, du moins l&rsquo;estimait-on \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque \u00a0emmen\u00e9 par la conviction enthousiasmante que sous la pression de \u00e9v\u00e8nements, les pouvoirs en viendraient \u00e0 changer enfin leur fusil d&rsquo;\u00e9paule. Plus jamais \u00e7a.<\/p>\n<p>Las, nous sommes en 2013, soit cinq ans apr\u00e8s la derni\u00e8re crise et rien ne semble devoir vraiment changer : la pr\u00e9tendue science \u00e9conomique reste englu\u00e9e dans son ensemble dans un conservatisme consternant. Je ne parle pas des excellents invit\u00e9s de cette non moins excellente <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=60835\">\u00e9mission diffus\u00e9e ce matin m\u00eame sur France Culture<\/a>, et consacr\u00e9e \u00e0 la science \u00e9conomique justement, mais de tous ceux, \u00e9conomistes m\u00e9diatiques de profession qui squattent <i>ad nauseam<\/i> les plateaux de t\u00e9l\u00e9vision, o\u00f9 comme chacun sait, la doxa se d\u00e9ploie, et se r\u00e9pand dans les chaumi\u00e8res. Au sommet de l&rsquo;\u00c9tat m\u00eame, en d\u00e9pit de coups de menton d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 \u00e0 l&rsquo;autre de l&rsquo;\u00e9chiquier, \u00ab\u00a0les paradis fiscaux, c&rsquo;est fini\u00a0\u00bb (Nicolas Sarkozy), \u00ab\u00a0Mon ennemi, c&rsquo;est la finance\u00a0\u00bb (Fran\u00e7ois Hollande) rien n&rsquo;a vraiment chang\u00e9. On parle, certes, mais objectivement la sph\u00e8re \u00e9conomique dans tous les compartiments du jeu, non seulement n&rsquo;a gu\u00e8re modifi\u00e9 ses comportements, mais le temps passant, les observateurs avis\u00e9s s&rsquo;alarment que tout recommence comme avant. Bref, c&rsquo;est \u00e0 d\u00e9sesp\u00e9rer Billancourt&#8230;<\/p>\n<p><!--more-->Mais le tableau est-il pour autant si sombre? Effectivement, depuis 2008 une certaine \u00e9volution s&rsquo;est fait jour. Les \u00e9conomistes dits h\u00e9t\u00e9rodoxes sont un peu plus visibles. Leur discours, maintenant entendu sur les ondes (tr\u00e8s peu encore \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, ou alors \u00e0 une heure tardive), la foison de livres publi\u00e9s en t\u00e9moigne, commence tout doucement \u00e0 irriguer la soci\u00e9t\u00e9. Mieux, m\u00eame dans les cercles les plus conservateurs, certains arguments, certaines analyses, inimaginables voici seulement cinq ans, sont d\u00e9sormais en passe d&rsquo;\u00eatre admis et m\u00eame valid\u00e9s. Mais n&rsquo;est-ce pas l\u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne en trompe l&rsquo;\u0153il ? Je ne sais plus si c&rsquo;est Xavier Timbeau ou Olivier Pastr\u00e9 qui le rappelait ce matin sur France Culture, mais h\u00e9las sur le plan d\u00e9cisionnel, au sommet de l&rsquo;\u00c9tat, dans les diff\u00e9rentes institutions, \u00e0 Bruxelles, rien n&rsquo;a encore boug\u00e9. En Europe, ce sont encore et toujours les m\u00eames politiques qui sont men\u00e9es. On en mesure en temps r\u00e9el les cons\u00e9quences, mais rien n&rsquo;y fait. C&rsquo;est comme si le logiciel ne pouvait \u00eatre mis \u00e0 jour. En fait, en d\u00e9pit des diagnostics pos\u00e9s, d&rsquo;une effarante somme de documentation sur la crise, accessible \u00e0 chacun, en d\u00e9pit des alertes r\u00e9guli\u00e8rement lanc\u00e9es par quantit\u00e9 d&rsquo;experts, dont le cr\u00e9ateur de ce blog fait partie, rien ne semble devoir bouger en haut lieu. Des r\u00e9formes sont envisag\u00e9es, d\u00e9battue, m\u00eame au c\u0153ur de nos assembl\u00e9es, mais lorsqu&rsquo;elles arrivent \u00e0 maturit\u00e9, elles sont litt\u00e9ralement vid\u00e9es de leur substance. Je pense notamment \u00e0 la r\u00e9forme bancaire. Mais on pourrait aussi \u00e9voquer la r\u00e9forme fiscale. Bref, tout semble indiquer que de\u00a0s\u00e9v\u00e8res\u00a0blocages emp\u00eachent toute r\u00e9forme \u00e0 ce niveau. A gauche, de nombreux partis, EELV, le Front de gauche, Nouvelle donne, le parti lanc\u00e9 r\u00e9cemment par Pierre Larrouturou et Bruno Gaccio, et dans une moindre mesure l&rsquo;aile gauche du parti Socialiste, tous sont \u00e0 peu de choses pr\u00e8s d&rsquo;accord au moins sur les diagnostics.\u00a0Quant\u00a0aux propositions, m\u00eame si elles sont encore parfois \u00e9loign\u00e9es les unes des autres, de fortes lignes de convergences sont pr\u00e9sentes. Il y a donc l\u00e0, potentiellement, des forces politiques convergentes. Et donc une possibilit\u00e9 de rassemblement.<\/p>\n<p>Mais comme souvent h\u00e9las, les choses sont plus compliqu\u00e9es.<\/p>\n<p>En 2013, mis \u00e0 part Cuba (quoique) et la Cor\u00e9e du Nord, force est de constater que l&rsquo;\u00e9conomie dite \u00ab\u00a0de march\u00e9\u00a0\u00bb s&rsquo;est impos\u00e9e partout d&rsquo;une mani\u00e8re quasi darwinienne. Mais si l&rsquo;on regarde maintenant \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de son p\u00e9rim\u00e8tre, toute une gamme de doctrines sont possibles. Le n\u00e9o-lib\u00e9ralisme d\u00e9r\u00e9gul\u00e9, celui m\u00eame que pr\u00f4naient Friedrich Hayek ou Milton Friedman, pr\u00e9dateur de ressources (humaines, financi\u00e8res, mati\u00e8res premi\u00e8res) a fait des ravages consid\u00e9rables. C&rsquo;est au c\u0153ur de cette doctrine, encore vivace h\u00e9las, que si\u00e8gent aujourd&rsquo;hui les conservatismes les plus rabougris. N\u00e9anmoins, le constat de sa nocivit\u00e9 est dress\u00e9, et partag\u00e9 par la plupart des forces de progr\u00e8s, du moins de ce c\u00f4t\u00e9-ci de l&rsquo;Atlantique.\u00a0Pour autant, sous des formes masqu\u00e9es, att\u00e9nu\u00e9es parfois, il continue \u00e0 broyer nos soci\u00e9t\u00e9s et \u00e0 saper la marche du progr\u00e8s. En pactisant avec lui, en tentant vainement de le contraindre, en n\u00e9gociant pied \u00e0 pied au lieu de le combattre frontalement, la social-d\u00e9mocratie n&rsquo;aura pour l&rsquo;instant fait que le conforter dans ses positions. Car le n\u00e9o-lib\u00e9ralisme est r\u00e9silient et prot\u00e9iforme : il s&rsquo;adapte constamment aux nouveaux climats. Il y a quelques ann\u00e9es, Jacques Julliard \u00e9crivait (cela m&rsquo;avait alors frapp\u00e9) : \u00ab\u00a0Pendant que nous (il parlait de la deuxi\u00e8me gauche) regardions en l&rsquo;air, le n\u00e9o-lib\u00e9ralisme nous faisait les poches\u00a0\u00bb\u00a0Cette formule\u00a0\u00e0 elle seule\u00a0r\u00e9sume h\u00e9las le sujet. La puissance des pouvoirs financiers est telle qu&rsquo;elle se joue des \u00c9tats-nations. Le constat est amer, mais il doit \u00eatre pos\u00e9 tranquillement, courageusement. La plupart des grandes firmes sont transnationales et leur appartenance \u00e0 une nation ne se pose m\u00eame pas. Elles se moquent comme d&rsquo;une guigne des r\u00e9gulateurs qu&rsquo;elles contr\u00f4lent gr\u00e2ce aux nombreux lobbies qu&rsquo;elles ont les moyens de r\u00e9tribuer grassement. Les enjeux sont l\u00e0. Et malheureusement, force est de constater que les forces en pr\u00e9sence ne sont gu\u00e8re \u00e9quilibr\u00e9es. Dans ce jeu l\u00e0, si tant est qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;un jeu, la d\u00e9mocratie reste malgr\u00e9 tout la seule carte que les peuples peuvent jouer&#8230;<\/p>\n<p>Il y a pourtant \u00a0place pour une doctrine souple qui accepte l&rsquo;\u00e9conomie de march\u00e9 mais lui impose des r\u00e8gles strictes, \u00e9labor\u00e9es et \u00e9nonc\u00e9es par le l\u00e9gislatif en fonction\u00a0non plus des int\u00e9r\u00eats particuliers, mais\u00a0de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral et en fonction aussi, et c&rsquo;est peut-\u00eatre encore plus essentiel, des droits de la plan\u00e8te \u00e0 r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer son \u00e9cosyst\u00e8me, \u00a0donc le n\u00f4tre. Cela ne signifie nullement entrer dans un syst\u00e8me centralis\u00e9 et bureaucratique, honni par les milieux patronaux, qui sont des partenaires, mais esquisser les contours d&rsquo;une nouvelle mani\u00e8re de gouverner pour appr\u00e9hender les d\u00e9fis pendants. Si la social-d\u00e9mocratie, qui reste une force consid\u00e9rable \u00e9lectoralement parlant veut s&rsquo;adapter aux temps qui viennent (vite) et prendre le train du progr\u00e8s, il faut d&rsquo;urgence qu&rsquo;elle revoie son logiciel, et fasse, ironie de l&rsquo;histoire, un nouvel \u00ab\u00a0Aggiornamento. Celui-ci passera par l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 participative, interconnect\u00e9e, de r\u00e9seaux, d&rsquo;intelligence collective et partag\u00e9e. Tout l&rsquo;indique, il suffit d&rsquo;ouvrir les yeux.<\/p>\n<p>H\u00e9las, je dois \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 de dire que je ne suis pas exag\u00e9r\u00e9ment optimiste quant \u00e0 la possibilit\u00e9 que tout cela se discute entre gens de bonne compagnie et aboutisse par la n\u00e9gociation. Plus exactement, j&rsquo;y crois moins aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;hier, et sans doute un peu plus que demain. Car j&rsquo;observe, pour r\u00e9sumer qu&rsquo;\u00e0 part de belles et bonnes paroles, les choses ne semblent pas beaucoup \u00e9voluer. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;amour, seulement des preuves d&rsquo;amour. Et j&rsquo;ai bien peur en cons\u00e9quence qu&rsquo;un jour prochain les choses ne se r\u00e8glent au ras du macadam, avec tout ce que cela suppose de d\u00e9raison et de violence.<\/p>\n<p>Faisons tout pour que cela\u00a0n&rsquo;arrive pas. Mettons nos divergences de c\u00f4t\u00e9, travaillons \u00e0 nous rassembler lorsque nous partageons l&rsquo;essentiel, rassemblons nos forces et b\u00e2tissons sans rel\u00e2che. Nous sommes du c\u00f4t\u00e9 du progr\u00e8s.<\/p>\n<p>Leur force vient\u00a0(aussi)\u00a0de nos divisions et de nos faiblesses&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Durant des ann\u00e9es, le discours dominant en mati\u00e8re \u00e9conomique \u00e9crasait sans vergogne tous les autres. C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;\u00e9poque du r\u00e8gne sans partage de la fameuse T.I.N.A (<i>there is no alternative<\/i>) ch\u00e8re \u00e0 Mrs Thatcher, \u00a0une doxa certes vieillissante mais encore bien vaillante. Il \u00e9tait alors rigoureusement impossible de faire entendre un autre discours. 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