{"id":61081,"date":"2014-01-03T09:50:28","date_gmt":"2014-01-03T08:50:28","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=61081"},"modified":"2014-01-03T09:50:28","modified_gmt":"2014-01-03T08:50:28","slug":"le-seuil-par-dominique-temple","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2014\/01\/03\/le-seuil-par-dominique-temple\/","title":{"rendered":"<b>LE SEUIL<\/b>, par Dominique Temple"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Un ou deux principes de l\u2019\u00e9conomie\u00a0? S\u2019il y en a deux, l\u2019un est masqu\u00e9 par l\u2019autre \u00e0 moins qu\u2019il ne soit disqualifi\u00e9\u00a0! La soci\u00e9t\u00e9 capitaliste en effet ne reconna\u00eet que le principe de <i>l\u2019\u00e9change<\/i>, et lorsque le second est \u00e9voqu\u00e9, la <i>r\u00e9ciprocit\u00e9<\/i>, notamment par l\u2019anthropologie, il est aussit\u00f4t interpr\u00e9t\u00e9 comme une forme archa\u00efque de l\u2019\u00e9change.<\/p>\n<p>Le d\u00e9fi est pourtant de taille\u00a0: s\u2019il n\u2019existe qu\u2019un principe, il n\u2019y a pas d\u2019autre avenir que d\u2019en explorer toutes les possibilit\u00e9s, et de parer \u00e0 celles qui mettent en danger l\u2019avenir de la plan\u00e8te en se r\u00e9f\u00e9rant aux raisons \u00e9thiques qui nous seront impos\u00e9es par la n\u00e9cessit\u00e9. Le probl\u00e8me est tout autre s\u2019il existe deux principes, mais cette alternative soul\u00e8ve une forte r\u00e9ticence. Pourquoi ?<\/p>\n<p>Lorsque Aristote d\u00e9finit l\u2019homme comme <i>animal politique,<\/i> c\u2019est bien entendu dans le <i>politique<\/i> qu\u2019il inscrit sa manifestation d\u2019homme, mais il entend bien que l\u2019esprit (le <i>politique<\/i>) requiert la vie (<i>l\u2019animal<\/i>). Et personne, \u00e0 part les mystiques, n\u2019a remis en cause cet a priori au point que les termes de <i>croissance, d\u00e9veloppement, progr\u00e8s<\/i> sont des substantifs qui se passent de compl\u00e9ment. Celui-ci est sous-entendu : la <i>vie<\/i>. La r\u00e9ticence devant une alternative t\u00e9moigne de cette crainte que la vie ne soit plus le dynamisme de l\u2019activit\u00e9 humaine alors que tout manifeste qu\u2019elle est son moteur naturel.<\/p>\n<p><!--more-->Pourtant, les attributs de la <i>vie<\/i> (croissance, d\u00e9veloppement, organisation, complexification) sont aussi ceux de <i>l\u2019esprit<\/i>. Quel rapport y a-t-il donc entre <i>l\u2019animal<\/i> et le <i>politique\u00a0<\/i>? Serait-ce seulement un simple transfert de comp\u00e9tence\u00a0? L\u2019un prend-il le relais de l\u2019autre comme sa forme la plus d\u00e9velopp\u00e9e, comme l\u2019affirme par exemple Claude L\u00e9vi-Strauss.<\/p>\n<p>Le <i>mat\u00e9rialisme biologique<\/i> bien qu\u2019il ne pr\u00e9voie rien des formes de l\u2019avenir postule que l\u2019organisation des formes nouvelles toujours plus comp\u00e9tentes dans la <i>mat\u00e9rialisation de l\u2019\u00e9nergie<\/i> est d\u2019ordre syst\u00e9mique. La fin d\u2019une forme de la vie ne serait possible que par l\u2019invention d\u2019une nouvelle. L\u2019\u00eatre pour la naissance serait la raison de l\u2019\u00eatre pour la mort. Cet optimisme en \u201cla vie qui ne saurait mourir\u201d permet de surmonter l\u2019inqui\u00e9tude que suscitent les limites de toute phase du d\u00e9veloppement \u00e9conomique. Il se temp\u00e8re toutefois de l\u2019incertitude qui p\u00e8se sur un de ses axiomes\u00a0: est-il prouv\u00e9 que l\u2019esprit soit une forme sup\u00e9rieure de la vie\u00a0? Est-il certain qu\u2019il y ait continuit\u00e9 entre la vie et l\u2019esprit, et que l\u2019un et l\u2019autre ob\u00e9issent au m\u00eame principe\u00a0?<\/p>\n<p>Nous avons introduit une r\u00e9serve sur la conjonction de l&rsquo;esprit et de la vie\u00a0: \u201csauf les mystiques\u201d\u00a0: les mystiques posent la question de savoir si l\u2019\u00e9nergie psychique ne repose pas sur un autre principe que celui de la vie. La puissance mystique requiert en effet que la vie soit neutralis\u00e9e par <i>l\u2019asc\u00e8se<\/i>. Admettons un instant avec eux que la relativisation de la vie r\u00e9ponde \u00e0 un nouveau principe, et qu\u2019apparaisse ainsi une troisi\u00e8me dynamique\u00a0: l\u2019\u00e9nergie psychique.<\/p>\n<p>Si le principe d\u2019\u00e9quivalence entre <i>mati\u00e8re<\/i> et <i>\u00e9nergie<\/i> est universel, le fait que la <i>mat\u00e9rialisation<\/i> et la <i>d\u00e9mat\u00e9rialisation de l&rsquo;\u00e9nergie<\/i> soient des dynamismes antith\u00e9tiques sugg\u00e8re que leur <i>relativisation<\/i> mutuelle produise une <i>r\u00e9sultante<\/i> qui soit aussi leur \u00e9quivalent, et peut-on d\u00e8s lors \u00e9carter l\u2019hypoth\u00e8se\u00a0que cette r\u00e9sultante soit le principe de <i>l\u2019\u00e9nergie<\/i> <i>psychique <\/i>?<\/p>\n<p>La <i>relativisation des contraires<\/i> (la vie, la mort) pourrait donc bien produire le <i>soi<\/i> de tout \u00eatre vivant<i> <\/i>d\u00e8s l\u2019origine. C\u2019est sans doute l\u00e0 que peut se fonder l\u2019id\u00e9e que l\u2019<i>hom\u00e9ostasie <\/i>pourrait \u00eatre la finalit\u00e9 du <i>vivant<\/i>. La vie serait alors confondue avec le fait que chaque esp\u00e8ce tente de soumettre les forces de la physique et de la vie \u00e0 la pr\u00e9servation de l\u2019\u00e9quilibre auquel elle doit son existence.<\/p>\n<p>Cependant, si l\u2019\u00e9quilibre hom\u00e9ostatique \u00e9tait le principe de ce <i>quant \u00e0 soi<\/i>, la vie ne serait plus toute puissante, ni libre. Elle serait riv\u00e9e \u00e0 son milieu au lieu de le dominer. Or, <i>l\u2019adaptation<\/i> se r\u00e9v\u00e8le une impasse car il suffit que le milieu disparaisse, comme la banquise pour l\u2019ours polaire, pour que la vie soit sans avenir. Et d\u00e8s lors le soi de chaque \u00eatre vivant est lui-m\u00eame sans espoir.<\/p>\n<p>Les partisans de la vie pour la vie donnent \u00e0 la vie une importance d\u00e9cisive, mais non \u00e0 sa <i>relativisation<\/i> pourtant n\u00e9cessaire pour que le soi puisse se d\u00e9velopper, parce qu\u2019ils n\u2019imaginent pas que l\u2019\u00e9nergie psychique r\u00e9sulte de la relativisation des contraires. Ils n\u2019admettent que deux mati\u00e8res\u00a0: la mati\u00e8re physique et la mati\u00e8re vivante. Du coup,\u00a0 ils privent tous les \u00eatres vivants dits inf\u00e9rieurs \u00e0 l\u2019homme de toute forme d\u2019esprit qu\u2019ils r\u00e9servent seulement \u00e0 la vie de l\u2019homme.<\/p>\n<p>Or, tous les \u00eatres vivants sont dot\u00e9s d\u2019un soi de nature psychique, interface entre la vie et le milieu physique, qui se d\u00e9veloppe d\u00e9j\u00e0 de fa\u00e7on complexe chez les animaux, dans le cerveau, gr\u00e2ce aux informations transmises par les organes des sens et le syst\u00e8me nerveux\u00a0: trois <i>mati\u00e8res<\/i> donc, la troisi\u00e8me r\u00e9sultant de la relativisation des deux autres\u00a0!<\/p>\n<p>Comment expliquer d\u00e8s lors la confusion de la vie et de l\u2019esprit\u00a0? Cette confusion peut se comprendre du fait que la connaissance du monde physique que l\u2019esprit donne au vivant doit respecter les lois de la physique puisque la vie en d\u00e9pend. Mais pourquoi l\u2019esprit s\u2019inf\u00e9oderait-il pour autant \u00e0 la vie\u00a0? Son id\u00e9al ne consiste-t-il pas \u00e0 s\u2019affranchir de toute d\u00e9pendance\u00a0?<\/p>\n<p>Le soi dispose pour cela d\u2019un concours d\u00e9cisif. Aristote observait qu\u2019une sorte de bienveillance caract\u00e9risait tous les membres d\u2019une m\u00eame esp\u00e8ce. Le sentiment de bienveillance, \u00e0 l\u2019origine de la <i>philia,<\/i> peut \u00eatre d\u00e9clar\u00e9 naturel. La <i>r\u00e9ciprocit\u00e9 de bienveillances<\/i> est alors une structure ind\u00e9pendante de toute d\u00e9termination particuli\u00e8re. Elle peut \u00eatre dite universelle. Elle cr\u00e9e entre les membres d\u2019une m\u00eame esp\u00e8ce une appartenance de r\u00e9f\u00e9rence commune. C\u2019est la d\u00e9finition aristot\u00e9licienne du <i>prochain<\/i>.<\/p>\n<p>La biologie confirme l\u2019observation du philosophe en d\u00e9montrant que la r\u00e9ciprocit\u00e9 se manifeste dans de nombreuses esp\u00e8ces animales comme la matrice de leur \u00eatre commun, qui peut alors surmonter les contraintes de la s\u00e9lection naturelle.<\/p>\n<p>Dans la r\u00e9ciprocit\u00e9, les deux dynamismes de la mat\u00e9rialisation et de la d\u00e9mat\u00e9rialisation de l\u2019\u00e9nergie qui engendrent le soi d\u2019un \u00eatre vivant sont entrecrois\u00e9s avec les m\u00eames dynamismes qui aboutissent au soi de son prochain, de sorte que leur r\u00e9sultante leur est <i>commune. La relativisation de la vie n\u00e9cessaire \u00e0 la r\u00e9alisation du soi est assur\u00e9e de telle fa\u00e7on qu\u2019\u00e9merge entre les \u00eatres vivants <\/i>un <i>soi commun r\u00e9fl\u00e9chi sur lui-m\u00eame\u00a0qui dispose non seulement de son autonomie mais de sa propre initiative <\/i>: la <i>conscience<\/i>.<\/p>\n<p>Quel est alors le sort de la vie, dans la r\u00e9ciprocit\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>Redisons que la condition n\u00e9cessaire ou pr\u00e9alable \u00e0 la construction de la <i>cit\u00e9 id\u00e9ale<\/i> est la naissance d\u2019une <i>conscience commune<\/i> ou de r\u00e9f\u00e9rence pour tous gr\u00e2ce \u00e0 la <i>r\u00e9ciprocit\u00e9<\/i>. Cette gen\u00e8se implique la relativisation de la vie, et par cons\u00e9quent de tout syst\u00e8me qui pr\u00e9tend se fonder sur la <i>concurrence<\/i> ou le <i>libre-\u00e9change,<\/i> tout autant que de tout syst\u00e8me qui immobiliserait la vie sous son joug (le <i>collectivisme<\/i> par exemple).<\/p>\n<p>Mais parce qu\u2019elle est n\u00e9cessaire \u00e0 cette relativisation, la vie doit d\u00e9sormais s\u2019accro\u00eetre autant que possible. Pour que l\u2019esprit lui-m\u00eame puisse se d\u00e9ployer, s\u2019il est vrai qu\u2019il proc\u00e8de de la relativisation de la vie, encore faut-il que la vie l\u2019emporte sur toute condition qui la paralyserait et qu\u2019elle transgresse ses limites.<\/p>\n<p>L\u2019effroi devant l\u2019alternative face au syst\u00e8me \u00e9conomique actuel n\u2019a donc pas de raison d\u2019\u00eatre. Il r\u00e9sulte d\u2019une analyse qui limite l\u2019\u00e9conomie \u00e0 la s\u00e9lection naturelle. Cette id\u00e9ologie ignore la relativisation des contraires comme le principe de l\u2019\u00e9nergie psychique\u00a0; elle fait l\u2019impasse sur la singularit\u00e9 de tout \u00eatre vivant (le soi) et sur la r\u00e9ciprocit\u00e9 (au sein des esp\u00e8ces et parfois entre elles) comme la matrice de la conscience. Ce mat\u00e9rialisme \u00e0 courte vue refuse de franchir le <i>seuil<\/i> entre la nature et la culture, dont l\u2019anthropologie ne cesse pourtant de l\u2019entretenir\u00a0: la r\u00e9ciprocit\u00e9 est en effet le principe-seuil de <i>structures sociales<\/i> qui permettent de s\u2019affranchir de la <i>concurrence vitale<\/i>.<\/p>\n<p>Il est donc aussi important de rompre avec le libre-\u00e9change des individus riv\u00e9s \u00e0 leur id\u00e9al du moi qu\u2019avec l\u2019\u00e9change collectivis\u00e9, l\u2019individualisme et le collectivisme entravant les relations de r\u00e9ciprocit\u00e9 qui soutiennent la gen\u00e8se de la conscience commune et la libert\u00e9 de chacun. Et puisque le collectivisme a \u00e9t\u00e9 d\u00e9nonc\u00e9 comme un obstacle \u00e0 la conscience, il reste \u00e0 d\u00e9noncer le lib\u00e9ralisme \u00e9conomique, mais aussi \u00e0 interpr\u00e9ter l&rsquo;\u00e9conomie \u00e0 partir du <b><a href=\"http:\/\/dominique.temple.free.fr\/\">principe de r\u00e9ciprocit\u00e9<\/a><\/b>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un ou deux principes de l\u2019\u00e9conomie\u00a0? S\u2019il y en a deux, l\u2019un est masqu\u00e9 par l\u2019autre \u00e0 moins qu\u2019il ne soit disqualifi\u00e9\u00a0! La soci\u00e9t\u00e9 capitaliste en effet ne reconna\u00eet que le principe de <i>l\u2019\u00e9change<\/i>, et lorsque le second est \u00e9voqu\u00e9, la <i>r\u00e9ciprocit\u00e9<\/i>, notamment par l\u2019anthropologie, il est aussit\u00f4t interpr\u00e9t\u00e9 comme une forme archa\u00efque [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,6,4],"tags":[359,639,3115],"class_list":["post-61081","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","category-questions-essentielles","category-sociologie","tag-aristote","tag-philia","tag-reciprocite"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/61081","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=61081"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/61081\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":61083,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/61081\/revisions\/61083"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=61081"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=61081"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=61081"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}