{"id":61436,"date":"2014-01-16T22:35:49","date_gmt":"2014-01-16T21:35:49","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=61436"},"modified":"2014-01-18T20:28:57","modified_gmt":"2014-01-18T19:28:57","slug":"corinne-hoex-et-la-famille-pas-sainte-du-tout","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2014\/01\/16\/corinne-hoex-et-la-famille-pas-sainte-du-tout\/","title":{"rendered":"<b>Corinne Hoex et la famille pas sainte du tout<\/b>"},"content":{"rendered":"<p>J&rsquo;ai d\u00een\u00e9 mercredi soir avec Corinne Hoex. \u00ab\u00a0Oe\u00a0\u00bb en flamand repr\u00e9sente le son \u00ab\u00a0ou\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0x\u00a0\u00bb final se prononce, Corinne Hoex, se dit donc \u00ab\u00a0Corinne Houks\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Cela faisait quarante-trois ans que nous n&rsquo;avions pas d\u00een\u00e9 ensemble. \u00c0 une \u00e9poque, nous le faisions pourtant tous les soirs. Nous nous connaissions bien. Nous voyagions ensemble. Elle a m\u00eame encore, para\u00eet-il, la photo dans un album d&rsquo;une masure en ruines dans la r\u00e9gion de Lamballe, dont nous avions, selon elle, cherch\u00e9 a convaincre ses parents de l&rsquo;acheter. Nous nous connaissions au point d\u2019avoir un fils ensemble.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 inform\u00e9 de temps \u00e0 autre au cours de ces quarante-trois ann\u00e9es de ce qu&rsquo;elle faisait. Qu&rsquo;elle \u00e9tait antiquaire par exemple \u00e0 une \u00e9poque.<\/p>\n<p>En 2001, Corinne Hoex a publi\u00e9 aux \u00c9ditions de l&rsquo;Olivier un roman\u00a0: <i>Le grand menu<\/i>. Je l\u2019ai lu et beaucoup aim\u00e9\u00a0; j&rsquo;\u00e9tais content de voir que la presse en rendait compte \u00e9logieusement.<\/p>\n<p><i>Le grand menu<\/i> parle de l\u2019enfance : la narratrice, qu\u2019il est tentant d\u2019assimiler \u00e0 l\u2019auteur de l\u2019ouvrage, y met en sc\u00e8ne ses parents. Le p\u00e8re et la m\u00e8re qu&rsquo;on trouve d\u00e9crits l\u00e0, le premier, fantasque et violent, la seconde, prosa\u00efque et distante, sont \u00e9trangers aux personnes que j&rsquo;ai connues quant \u00e0 moi. Il s&rsquo;agit pourtant apparemment dans <i>Le grand menu<\/i>, de portraits, puisque tous les d\u00e9tails sont par ailleurs fid\u00e8les : la maison familiale \u00e0 Anderlecht, un quartier de Bruxelles, avec son verger au fond duquel il y a une maisonnette pour enfants, l&rsquo;autre maison \u00e0 la mer, \u00e0 Coxyde, le p\u00e8re \u00e0 la t\u00eate de son usine\u00a0: son imposante scierie de bois pr\u00e9cieux o\u00f9 un \u00e9norme tronc de bois africain se voyait soigneusement d\u00e9roul\u00e9 en un mince feuillet qui servirait au placage (Corinne m\u2019apprend que l\u2019usine fut achet\u00e9e, d\u00e9mont\u00e9e et remont\u00e9e \u00e0 l\u2019identique en Tunisie), sa Jaguar un peu incongrue et sa passion pour la voile, la m\u00e8re dirigeant elle d\u2019une main de fer sa bagagerie et sa maroquinerie de luxe, deux magasins l\u00e9gendaires du Bruxelles s\u00e9culaire, sa passion pour le scrabble et les mots crois\u00e9s.<\/p>\n<p><!--more-->S&rsquo;agissait-il dans <i>Le grand menu<\/i> de fiction, o\u00f9 l\u2019abondance des d\u00e9tails authentiques ne sont convoqu\u00e9s qu\u2019au titre de ces <i>effets de r\u00e9el <\/i>dont Roland Barthes nous parla avec affection ? Napol\u00e9on Bonaparte sonnant ex abrupto \u00e0 la porte de rue, et s\u2019invitant \u00e0 l\u2019ap\u00e9ritif, pour le simple plaisir de mettre en \u00e9vidence qu\u2019un r\u00e9cit qui se faisait passer jusque-l\u00e0 pour de la fiction, \u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 du reportage. C&rsquo;est ce qu&rsquo;il me semblait : des personnes que j\u2019avais connues aimables \u00e9taient d\u00e9peintes l\u00e0 en individus maussades, m\u00e9diocres, \u00e0 la limite souvent m\u00eame du monstrueux. Ma propre m\u00e8re aurait-elle v\u00e9ritablement pu devenir l\u2019amie intime de la m\u00e8re de Corinne Hoex d\u00e9crite dans <i>Le grand menu<\/i> et, comme ce fut le cas dans la vie, le demeurer de nombreuses ann\u00e9es\u00a0? \u00c0 moins que je n&rsquo;aie rien compris dans ces ann\u00e9es l\u00e0 ni \u00e0 son p\u00e8re, ni \u00e0 sa m\u00e8re&#8230; ni \u00e0 ma propre m\u00e8re d&rsquo;ailleurs si ce devait \u00eatre ainsi.<\/p>\n<p>Vendredi de la semaine derni\u00e8re, avant que je ne monte sur le podium, pr\u00eat \u00e0 d\u00e9battre de mon livre <i>Le capitalisme \u00e0 l\u2019agonie<\/i>, je la d\u00e9couvrais l\u00e0, venue m&rsquo;\u00e9couter\u00a0; quarante-trois ans plus tard donc. Apr\u00e8s, nous avons bavard\u00e9 et, au moment de se quitter, elle m&rsquo;offrit certains de ses autres ouvrages, dont des exemplaires \u00e9taient stock\u00e9s dans le coffre de son automobile parce qu&rsquo;elle \u00e9tait en route vers une salle \u00e0 Schaerbeek pour une lecture \u00e0 voix haute de certains de ses textes en soir\u00e9e.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai ainsi re\u00e7u <i>Ma robe n&rsquo;est pas froiss\u00e9e<\/i> (2008), consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019adolescence : le p\u00e8re violent, la m\u00e8re et un fianc\u00e9 brutal dont j\u2019ignorais jusque-l\u00e0 l\u2019existence m\u00eame, <i>D\u00e9cid\u00e9ment je t&rsquo;assassine<\/i> (2010), sur la maladie de la m\u00e8re, puis sa mort, et enfin la maison de l\u2019enfance, vide d\u00e9sormais. Et puis deux opuscules de po\u00e8mes : <i>Cendres<\/i> (2002), une tendre invective adress\u00e9e au corps mort du p\u00e8re et <i>celles d&rsquo;avant<\/i> (2013), \u00e0 savoir \u2013 selon moi \u2013 la m\u00e8re, la grand-m\u00e8re et sa s\u0153ur la grand-tante, enfin l&rsquo;arri\u00e8re-grand-m\u00e8re.<\/p>\n<p>L&rsquo;arri\u00e8re-grand-m\u00e8re, morte \u00e0 104 ans, avec qui j&rsquo;ai eu l&rsquo;occasion de parler \u00e0 plusieurs reprises\u00a0: mao\u00efste militante, dont l\u2019une des filles \u2013 bon sang ne peut mentir \u2013 alla d\u00e9fendre la R\u00e9publique en Espagne, tandis que l\u2019autre fut reconnue \u00ab\u00a0Juste \u00bb au lendemain de la Seconde guerre mondiale, qui me d\u00e9signait dans des magazines en provenance de l&rsquo;Orient rouge, des tracteurs ant\u00e9diluviens en s&rsquo;exclamant : \u00ab Vous voyez ce que ces Chinois arrivent \u00e0 faire ! \u00bb (et elle n\u2019aura jamais su que leur <i>Lapin de jade<\/i> ratisse d\u00e9sormais la surface de la Lune). Qui m&rsquo;avait racont\u00e9 avec fougue la premi\u00e8re manifestation socialiste \u00e0 Bruxelles, et quand je m&rsquo;\u00e9tonnais qu&rsquo;elle ait pu participer \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements qui me paraissaient \u00e0 ce point perdus dans la brume des temps, m&rsquo;avait interrompu : \u00ab\u00a0Attendez ! Bien des ann\u00e9es plus t\u00f4t j&rsquo;avais particip\u00e9 \u00e0 la premi\u00e8re manifestation lib\u00e9rale\u00a0!\u00a0\u00bb. \u00c0 l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 les lib\u00e9raux constituaient le nec plus ultra en mati\u00e8re de progressisme. Les lib\u00e9raux \u00e9taient les \u00ab\u00a0Bleus\u00a0\u00bb et les familles catholiques, soutiens logiques du Parti Catholique conservateur, de leur balcon, les arrosaient de seaux d&rsquo;eau teint\u00e9e du bleu de m\u00e9thyl\u00e8ne que l&rsquo;on mettait dans la lessive pour rendre le blanc plus blanc.<\/p>\n<p>La pr\u00e9cision m\u00e9dico-l\u00e9gale des trois romans familiaux constitue leur principale caract\u00e9ristique\u00a0: les parents et le fianc\u00e9 sont autant de mammif\u00e8res au comportement st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9, des robots humains bourr\u00e9s de tics et aux exigences extravagantes et tyranniques,\u00a0d\u00e9crits avec la rigueur d\u2019un expert-comptable par une narratrice incr\u00e9dule devant tant d\u2019insensibilit\u00e9, s&rsquo;effor\u00e7ant de les d\u00e9chiffrer\u00a0: mobilisant sa tr\u00e8s belle \u00e9criture comme le moyen de traduire leur comportement en des termes qui les rendront compr\u00e9hensibles.<\/p>\n<p>J\u2019ai pos\u00e9 mercredi la question de la r\u00e9alit\u00e9 ou de la fiction, et Corinne Hoex m\u2019a dit de son p\u00e8re, de sa m\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0Je les ai d\u00e9crits de la mani\u00e8re dont je les ai ressentis\u00a0\u00bb. D\u2019o\u00f9 vient alors qu\u2019ils me soient \u00e0 moi \u00e0 ce point m\u00e9connaissables\u00a0? Comment expliquer ces incidents \u2013 ou m\u00eame ces accidents \u2013 dont nous nous souvenons elle et moi, \u00e0 la diff\u00e9rence que les \u00e9v\u00e9nements rapport\u00e9s par l\u2019une et par l\u2019autre sont incompatibles\u00a0: les sc\u00e9narios sont contradictoires dans le temps comme dans l\u2019espace.<\/p>\n<p>Une partie de l\u2019explication se trouve d\u00e9j\u00e0 dans ses \u00e9crits\u00a0: dans le contraste entre les m\u00eames personnages tels qu\u2019ils sont d\u00e9peints d\u2019une part dans les po\u00e8mes et d\u2019autre part dans les romans, \u00e0 savoir que leur portrait dress\u00e9 en vers est intime et ouvert \u00e0 la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, m\u00eame si c\u2019est avec une prudence mesur\u00e9e, alors que celui des romans est distant et, par principe d\u2019\u00e9criture j\u2019imagine, sans piti\u00e9. La prose, pourrait-on dire, nous d\u00e9crit le monde d\u2019avant la r\u00e9conciliation et le po\u00e8me, apr\u00e8s que celle-ci a eu lieu, la transition de la premi\u00e8re \u00e0 la seconde semblant signaler le processus du pardon \u00e0 l\u2019\u0153uvre.<\/p>\n<p>Dans <i>Cendres\u00a0<\/i>:<\/p>\n<p>Ton corps<br \/>\nsi grand<br \/>\npr\u00eat pour une s\u00e9pulture.<br \/>\nRevenu<br \/>\n\u00e0 son exacte taille.<br \/>\nLibre<br \/>\nenfin<br \/>\nde ne te conduire<br \/>\nnulle part.<\/p>\n<p>Et aussi\u00a0:<\/p>\n<p>Plus de lieu.<br \/>\nPlus de ciel.<br \/>\nTu es \u00e0 l\u2019estuaire.<br \/>\nLa lumi\u00e8re<br \/>\ndevient eau.<br \/>\nEt la houle<br \/>\nau-dedans.<\/p>\n<p>La seconde partie de l\u2019explication de ces deux versions de faits inconciliables doit \u00eatre recherch\u00e9e du c\u00f4t\u00e9 de la pr\u00e9sence de deux <i>personae<\/i> distinctes au sein m\u00eame de Corinne Hoex. Je m\u2019explique. Lorsque nous nous rencontrons pour la premi\u00e8re fois, nous avons seize ou dix-sept ans. Nous appartenons tous deux \u00e0 la m\u00eame poign\u00e9e d\u2019adolescents id\u00e9alistes qui, dans des arri\u00e8re-salles de caf\u00e9s bruxellois qui ont entendu avant les n\u00f4tres, les harangues de Karl Marx, Elis\u00e9e Reclus ou Vladimir Ilitch Oulianov, passons nos mercredis apr\u00e8s-midi \u00e0 mettre sur pied un syndicat des lyc\u00e9ens du cru\u00a0: le <i>Comit\u00e9 inter-ath\u00e9n\u00e9es<\/i> (c\u2019est elle qui dans notre conversation se souviendra de son intitul\u00e9 exact). Et l\u00e0, dans ces lieux hant\u00e9s aussi de Baudelaire, Hugo, Verlaine ou Rimbaud, pench\u00e9s sur leur cahier, Corinne Hoex n\u2019est pas ce personnage absent, simple t\u00e9moin \u00ab\u00a0\u00e0 la Julien Green\u00a0\u00bb, que la perplexit\u00e9 fige au spectacle d\u2019un monde tout entier priv\u00e9 de signification et o\u00f9 p\u00e8re, m\u00e8re, fianc\u00e9 personnifient l\u2019absurdit\u00e9 sous sa forme ultime, la plus aboutie, elle est au contraire <i>pasionaria<\/i> du mouvement lyc\u00e9en bruxellois de ces ann\u00e9es 1960 d\u00e9butantes. L\u00e0, durant ces apr\u00e8s-midi du mercredi, elle n\u2019est en aucune mani\u00e8re la statuette en biscuit d\u2019une enfant unique et tr\u00e8s sage, encadr\u00e9e sur le manteau de la chemin\u00e9e par les deux potiches sans imagination d\u2019un p\u00e8re artisan et d\u2019une m\u00e8re commer\u00e7ante ; d\u00e9livr\u00e9e de cette pesanteur, elle saute la g\u00e9n\u00e9ration qui la pr\u00e9c\u00e8de imm\u00e9diatement pour retrouver celles v\u00e9ritablement \u00ab\u00a0d\u2019avant\u00a0\u00bb\u00a0: la grand-m\u00e8re r\u00e9sistante et \u00ab\u00a0Juste\u00a0\u00bb, la grand-tante combattante de la guerre d\u2019Espagne, et l\u2019arri\u00e8re-grand-m\u00e8re militante qui fut de toutes les manifestations, de tous les meetings d\u2019extr\u00eame-gauche en Belgique depuis 1880 jusqu\u2019\u00e0 sa mort \u00e0 104 ans, et qui rendit le dernier soupir, toujours mao\u00efste.<\/p>\n<p>Dans <i>celles d\u2019avant<\/i>\u00a0:<\/p>\n<p>elles sont l\u00e0<br \/>\ntu ouvres<br \/>\net elles sont l\u00e0<br \/>\n<i>c\u2019est chez nous<\/i><br \/>\ndisent-elles<br \/>\n<i>fais attention de ne rien casser<\/i><br \/>\ndans chaque placard<br \/>\nderri\u00e8re chaque porte<\/p>\n<p>Aussi\u00a0:<\/p>\n<p>elles sont en ton \u00e2ge<br \/>\nchaque nuit en ton \u00e2ge<br \/>\n<i>une ruine<\/i><br \/>\n<i>une pauvre ruine<\/i><br \/>\nleur voix monte<br \/>\ndu fond d\u2019un puits<\/p>\n<p>Ou encore\u00a0:<\/p>\n<p>et toujours elles s\u2019\u00e9loignent<br \/>\nen manteau de voyage<br \/>\njetant de grandes ombres<br \/>\n<i>nous sommes le silence<\/i><br \/>\nelles tombent et disparaissent<br \/>\n<i>entre toi et le monde<\/i><\/p>\n<p>Quand Corinne Hoex \u00e9voque les manuscrits qu\u2019elle lit pour d\u00e9terminer si leur publication b\u00e9n\u00e9ficiera ou non d\u2019une subvention du Fonds National de la Litt\u00e9rature de Belgique, un mot r\u00e9sume \u00e0 lui tout seul ce qui \u00e9chouera selon elle au test\u00a0: \u00ab\u00a0mi\u00e8vre\u00a0\u00bb. Car qu\u2019il s\u2019agisse de ses romans ou de sa po\u00e9sie, ce qui en fait l\u2019essence, c\u2019est l\u2019absence <i>absolue<\/i> de mi\u00e8vrerie \u2013 comme quand on parle du \u00ab\u00a0z\u00e9ro absolu\u00a0\u00bb pour signifier la disparition totale de tout mouvement.<\/p>\n<p>Dans ses travaux sur Sade, Annie Le Brun aborde l\u2019\u0153uvre du divin marquis comme un questionnement sur l\u2019ath\u00e9isme le plus radical\u00a0: quelle vie peut-on vivre, et comment peut-on se la repr\u00e9senter \u00e0 ses propres yeux, s\u2019il n\u2019y a rien avant ni rien apr\u00e8s, ni rien pendant pour l\u2019observer d\u2019en-haut et sous-peser sa valeur. Dans <i>Le grand menu<\/i>, il est question de la \u00ab\u00a0famille catholique\u00a0\u00bb qui habite la maison voisine et dont la repr\u00e9sentation du monde tout enti\u00e8re est une sorte d\u2019immense cr\u00e9ature rose \u00e0 la Jeff Koons, caniche en plastique de ballon d\u2019enfant nou\u00e9, mi\u00e8vre dans son principe g\u00e9n\u00e9ral comme dans le moindre de ses d\u00e9tails.<\/p>\n<p>Une telle repr\u00e9sentation passe tout enti\u00e8re \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du monde tel qu\u2019il est, comme le souligne cruellement l\u2019histoire du chien mort \u00e0 propos duquel \u00ab\u00a0les enfants catholiques\u00a0\u00bb commencent par expliquer \u00e0 la petite narratrice qu\u2019il est au paradis, pour faire machine arri\u00e8re ensuite, une fois admis qu\u2019\u00e9tant animal il n\u2019a pas d\u2019\u00e2me et se contentera d\u2019\u00eatre mang\u00e9 par les vers dans la fosse o\u00f9 il a rejoint <i>in fine<\/i> les os qu\u2019il th\u00e9saurisa pr\u00e9cieusement durant sa vie enti\u00e8re de chien, l\u2019explication mi\u00e8vre ayant parcouru dans sa d\u00e9sint\u00e9gration progressive une trajectoire parabolique dont le point de chute co\u00efncide avec le lieu pr\u00e9cis o\u00f9 l\u2019attendait d\u00e8s le d\u00e9but l\u2019explication de l\u2019enfant non-catholique, demeur\u00e9e elle inalt\u00e9r\u00e9e, \u00e0 l\u2019abri des rabaissements successifs subis par l\u2019explication \u00ab\u00a0catholique\u00a0\u00bb, cons\u00e9quence des contradictions qui minaient celle-ci dans son essence m\u00eame.<\/p>\n<p>Voici le passage\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le Paradis et l\u2019Enfer pr\u00e9occupent les voisins. Ils m\u2019ont dit que M\u00e9dor \u00e9tait au Paradis, M\u00e9dor mort cet hiver et qu\u2019on a enterr\u00e9 au bout du jardin dans un trou sans m\u00eame son coussin. Maman leur a r\u00e9pondu qu\u2019il n\u2019y a pas de Paradis, que \u00e7a n\u2019existe pas, le Paradis, et que M\u00e9dor \u00e9tait mort, carr\u00e9ment mort et tout pourri et plein de vers, un point c\u2019est tout. Quelques jours plus tard, les voisins m\u2019ont dit qu\u2019en effet M\u00e9dor ne se trouvait pas au Paradis. Il n\u2019\u00e9tait pas permis qu\u2019il soit au Paradis. \u00c0 cause de son \u00e2me. Parce qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas baptis\u00e9 et que son \u00e2me alors n\u2019avait pas pu franchir les portes du Paradis. Ils pensaient que M\u00e9dor devait \u00eatre en Enfer. Moi, j\u2019ai dit que je ne leur pr\u00eatais plus ma balan\u00e7oire. [\u2026] De toute fa\u00e7on, M\u00e9dor est enterr\u00e9 o\u00f9 il cachait ses os et Papa dit que pour lui c\u2019est s\u00fbrement l\u00e0, le Paradis. Apr\u00e8s quelques temps, les voisins m\u2019ont encore apport\u00e9 une nouvelle pr\u00e9cision\u00a0: les chiens ne vont ni au Paradis, ni en Enfer. Ils s\u2019\u00e9taient inform\u00e9s. \u00c0 cause de la balan\u00e7oire. Les chiens n\u2019ont pas d\u2019\u00e2me du tout. Le Paradis et l\u2019Enfer ne sont pas pour les animaux\u00a0\u00bb (81).<\/p>\n<p>On \u00ab\u00a0bouffait du cur\u00e9\u00a0\u00bb, chez elle, note Corinne Hoex. M\u00eame si l\u2019on n\u2019en bouffait pas dans ma propre famille, on y partageait ces m\u00eames valeurs, la hargne en moins. Des vies v\u00e9cues d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre sans mi\u00e8vrerie. Valent-elles la peine d\u2019\u00eatre v\u00e9cues aux yeux de ceux pour qui la mi\u00e8vrerie est l\u2019essence m\u00eame des choses\u00a0? Probablement non.<\/p>\n<p>Dans <i>Le ravissement des femmes<\/i>, publi\u00e9 en 2012 chez Grasset, Corinne Hoex \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Le mistral est tomb\u00e9. Elisabeth respire la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de l&rsquo;air. Elle contemple au-dessus d&rsquo;elle le ciel bleu \u00e9clatant. Ce ciel sans majuscule que l&rsquo;absence de Dieu rend si vaste.\u00a0[\u2026] Elle resterait l\u00e0 des si\u00e8cles, solitaire et heureuse. \u00ab&nbsp;Avec Dieu \u00bb, dirait Constantin. Mais elle ne souhaite pas la compagnie d&rsquo;un dieu. Son jardin, c&rsquo;est le monde. Ces quelques hectares de vignes sur la colline repr\u00e9sentent l&rsquo;univers\u00a0\u00bb\u00a0(199-200).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J&rsquo;ai d\u00een\u00e9 mercredi soir avec Corinne Hoex. \u00ab\u00a0Oe\u00a0\u00bb en flamand repr\u00e9sente le son \u00ab\u00a0ou\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0x\u00a0\u00bb final se prononce, Corinne Hoex, se dit donc \u00ab\u00a0Corinne Houks\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Cela faisait quarante-trois ans que nous n&rsquo;avions pas d\u00een\u00e9 ensemble. \u00c0 une \u00e9poque, nous le faisions pourtant tous les soirs. Nous nous connaissions bien. Nous voyagions ensemble. Elle [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","footnotes":""},"categories":[10,11],"tags":[3209],"class_list":["post-61436","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-arts","category-litterature","tag-corinne-hoex"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/61436","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=61436"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/61436\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":61502,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/61436\/revisions\/61502"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=61436"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=61436"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=61436"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}