{"id":62358,"date":"2014-02-16T15:12:24","date_gmt":"2014-02-16T14:12:24","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=62358"},"modified":"2014-02-16T15:12:24","modified_gmt":"2014-02-16T14:12:24","slug":"la-reciprocite-generalisee-fonde-la-cite-sur-une-base-democratique-par-dominique-temple","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2014\/02\/16\/la-reciprocite-generalisee-fonde-la-cite-sur-une-base-democratique-par-dominique-temple\/","title":{"rendered":"<b>La r\u00e9ciprocit\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e fonde la cit\u00e9 sur une base d\u00e9mocratique<\/b>, par Dominique Temple"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9. \u00c0 propos de <a title=\"Lire D\u00e9construction aristot\u00e9licienne de la malhonn\u00eatet\u00e9 financi\u00e8re par la reconstitution de la d\u00e9mocratie, par Pierre Sarton du Jonchay\" href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=62088\">D\u00e9construction aristot\u00e9licienne de la malhonn\u00eatet\u00e9 financi\u00e8re par la reconstitution de la d\u00e9mocratie<\/a>, par Pierre Sarton du Jonchay.<\/p><\/blockquote>\n<p>Pierre Sarton du Jonchay propose une d\u00e9mocratisation de la gestion du cr\u00e9dit fond\u00e9e sur la\u00a0<i>philia\u00a0<\/i>:<\/p>\n<p>\u00ab<i>\u00a0La th\u00e9orie aristot\u00e9licienne du prix suppose la d\u00e9mocratie form\u00e9e sur la philia. la d\u00e9mocratie, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des droits \u00e0 participer par son statut \u00e9conomique et politique r\u00e9el \u00e0 la diagonalisation des prix de tout ce qui peut l\u00e9galement avoir une valeur marchande\u00a0<\/i>\u00bb.<\/p>\n<p>Il ajoute :<\/p>\n<p>\u00ab<i>\u00a0Mais la d\u00e9mocratie est \u00e9galement la libert\u00e9 de n\u00e9gocier les lois et les r\u00e8glements comme valeurs n\u00e9gociables qu&rsquo;on paie par un prix si l&rsquo;on est personnellement d&rsquo;accord et qu&rsquo;on vend si l&rsquo;on n&rsquo;est pas d&rsquo;accord ni donc engag\u00e9 \u00bb.<\/i><\/p>\n<p>Cette alternative serait celle de la r\u00e9ciprocit\u00e9 mutuellement consentie et de la non-r\u00e9ciprocit\u00e9 organis\u00e9e dans l&rsquo;int\u00e9r\u00eat du plus habile.<\/p>\n<p><!--more-->Aristote d\u00e9finissait comme proprement humain le premier terme de cette alternative. Pourtant aujourd&rsquo;hui c&rsquo;est le second qui s&rsquo;est impos\u00e9. Ses limites dramatiques obligent cependant \u00e0 repenser la question \u00e0 partir des fondements philosophiques de l&rsquo;\u00e9conomie politique.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<i>Dans sa th\u00e9orie fondatrice de l&rsquo;\u00e9conomie v\u00e9ritable, de la science \u00e9conomique, du calcul des prix et de la monnaie, Aristote pose une \u00e9thique de l&rsquo;acteur \u00e9conomique en le d\u00e9finissant comme citoyen de la d\u00e9mocratie\u00bb<\/i>.<\/p>\n<p>C&rsquo;est vrai mais l&rsquo;on pourrait pr\u00e9ciser que l&rsquo;<i>\u00e9conomie v\u00e9ritable<\/i>\u00a0selon Aristote ne saurait se limiter \u00e0\u00a0<b>l&rsquo;\u00e9change selon une \u00e9thique<\/b>, parce que l&rsquo;\u00e9thique elle-m\u00eame doit \u00eatre produite, et qu&rsquo;elle est produite par des\u00a0<b>relations de r\u00e9ciprocit\u00e9 qui ont une dimension imm\u00e9diatement \u00e9conomique<\/b>\u00a0puisqu&rsquo;elles sont dict\u00e9es par la reconnaissance d&rsquo;autrui d&rsquo;apr\u00e8s ses besoins (<b><i>chreia<\/i><\/b>) et par la sollicitude que suppose la prise en consid\u00e9ration de ces besoins. Cette bienveillance n&rsquo;est pas un postulat. Elle est inscrite, pr\u00e9cise Aristote, dans la nature entre tous les membres d&rsquo;une m\u00eame esp\u00e8ce. En ce sens elle est universelle. L&rsquo;\u00e9conomie de r\u00e9ciprocit\u00e9 est donc une \u00e9conomie naturelle mais cependant proprement humaine car seule la r\u00e9ciprocit\u00e9 (attribu\u00e9e en propre aux hommes) permet que deux ou plusieurs bienveillances concourent pour engendrer la <i>philia.<\/i><\/p>\n<p>Aristote ajoute que seule la r\u00e9ciprocit\u00e9 peut fonder le sentiment de justice et le traduire concr\u00e8tement par la mesure entre les biens \u00e9chang\u00e9s, c&rsquo;est-\u00e0-dire donner une base l\u00e9gale pour d\u00e9finir les prix dans les \u00e9changes que nous qualifions d\u00e8s lors d&rsquo;<i>\u00e9changes de r\u00e9ciprocit\u00e9,<\/i>\u00a0base l\u00e9gale qui sera abolie par le libre-\u00e9change. Il y a donc bien une \u00e9conomie d&rsquo;\u00e9change fond\u00e9e sur une \u00e9thique mais plus encore int\u00e9gr\u00e9e dans une \u00e9conomie de r\u00e9ciprocit\u00e9 qu&rsquo;elle d\u00e9multiplie.<\/p>\n<p>Les relations \u00e9conomiques qui fondent l&rsquo;\u00e9conomie v\u00e9ritable sont donc des relations de r\u00e9ciprocit\u00e9. Les statuts de production engendr\u00e9s par la r\u00e9ciprocit\u00e9 sont \u00e9gaux ce qui est la base de la d\u00e9mocratie : institu\u00e9e, la d\u00e9mocratie devient le cadre dans lequel les \u00e9changes peuvent se constituer en relations \u00e9gales entres elles car la norme qu&rsquo;ils respectent est dict\u00e9e par la relation des statuts entre eux.<\/p>\n<p>S&rsquo;il est vrai comme le dit Pierre que \u00ab\u00a0<i>L&rsquo;int\u00e9r\u00eat du citoyen est de reconna\u00eetre ses alter-ego dans la cit\u00e9 afin d&rsquo;\u00e9changer avec eux ce qu&rsquo;il ne peut pas produire tout seul \u00bb<\/i>, on peut aussi pr\u00e9ciser que pour Aristote ce n&rsquo;est pas initialement dans son int\u00e9r\u00eat que chacun s&rsquo;adresse \u00e0 autrui. A l&rsquo;origine, dit Aristote, les familles sont autonomes et s&rsquo;invitent mutuellement pour cr\u00e9er la\u00a0<i>philia<\/i>. Ce n&rsquo;est que lorsque la soci\u00e9t\u00e9 est assur\u00e9e de la satisfaction de ses besoins, satisfaction r\u00e9gul\u00e9e par le partage (<i>m\u00e9tadosis<\/i>), que la diff\u00e9renciation du travail induit que les uns d\u00e9pendent des autres, et que se pr\u00e9cisent des statuts de production ordonn\u00e9s au bonheur de chacun. La satisfaction des besoins des statuts plus sp\u00e9cifiquement ordonn\u00e9s au bien commun comme celui du magistrat, leur est due avec un suppl\u00e9ment qui atteste le sacrifice consenti de leur autonomie. L&rsquo;interd\u00e9pendance et l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 des statuts ne d\u00e9rogent pas \u00e0 la r\u00e9ciprocit\u00e9 mais conf\u00e8rent \u00e0 certains d&rsquo;entre eux une plus haute dignit\u00e9 car ils sont au service des autres (le magistrat). Cette in\u00e9galit\u00e9 des statuts v\u00e9rifie que le prix juste d\u00e9pend de la r\u00e9ciprocit\u00e9 qui leur a donn\u00e9 naissance et non pas de l&rsquo;\u00e9change en fonction d&rsquo;un rapport de force.<\/p>\n<p>Mais cela n&rsquo;est-il pas dit implicitement dans ce texte :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<i>Le prix juste s&rsquo;il existe, n&rsquo;est pas dissociable d&rsquo;un ordre social o\u00f9 les statuts soient mesurables m\u00eame quand ils \u00e9voluent tr\u00e8s rapidement comme dans notre modernit\u00e9. Si l&rsquo;on pousse jusqu&rsquo;au bout le raisonnement aristot\u00e9licien sur la conditionnalit\u00e9 du prix juste dans la philia, on en vient \u00e0 dire que la philia elle-m\u00eame doit \u00eatre mesurable pour que le changement des statuts sociaux soit incessamment r\u00e9int\u00e9gr\u00e9 dans la diagonalisation des prix. Le capital est la mesure collectivis\u00e9e de la philia dans tous les prix possibles des biens livrables du pr\u00e9sent au futur<\/i>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le capital ? Le capital dans l&rsquo;\u00e9conomie politique d&rsquo;Aristote ! Mais pas le capital issu de la chr\u00e9matistique, certainement pas le capital issu de l&rsquo;exploitation de l&rsquo;homme par l&rsquo;homme\u00a0!<\/p>\n<p>C&rsquo;est ce que l&rsquo;on entend de cette double pr\u00e9cision:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<i>Il est \u00e9vident dans la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique de la d\u00e9mocratie d&rsquo;Aristote que le capital ne peut pas exister sans une loi commune \u00e9galement appliqu\u00e9e \u00e0 tous les citoyens quel que soit le prix \u00e9conomique du capital reconnaissable dans chaque citoyen<\/i>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Tandis que le capital au sens capitaliste lui est oppos\u00e9 si je comprends bien sous cette forme :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<i>Il est non moins \u00e9vident que l&rsquo;int\u00e9r\u00eat purement individuel de chaque citoyen est d&rsquo;imposer par la rh\u00e9torique sa mesure priv\u00e9e indiscutable du capital dans une \u00e9conomie faussement commune des prix<\/i>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>De sorte que l&rsquo;on conclut :<\/p>\n<p>\u00ab <i>Le capital n&rsquo;a pas de r\u00e9alit\u00e9 dans le prix, si la finalit\u00e9 des choses \u00e9chang\u00e9es n&rsquo;est pas partageable dans\u00a0<b>une amiti\u00e9 \u00e9conomique fraternelle<\/b><\/i><b>\u00a0\u00bb<\/b>.<\/p>\n<p>L&rsquo;option retenue est donc bien celle du capital dans une \u00e9conomie de r\u00e9ciprocit\u00e9 (une <i>amiti\u00e9 \u00e9conomique fraternelle<\/i>) \u00e0 laquelle l&rsquo;\u00e9change entre int\u00e9r\u00eats particuliers serait ordonn\u00e9.<\/p>\n<p>Cette option ressort encore du texte suivant :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<i>En langage moderne, la chose, le prix, la loi d&rsquo;\u00e9conomie et les parties n&rsquo;existent pas sans un\u00a0<b>capital de solidarit\u00e9\u00a0<\/b>qui donne\u00a0<b>mati\u00e8re<\/b>\u00a0\u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 sous le prix<\/i>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le c<i>apital de solidarit\u00e9<\/i>\u00a0peut-il \u00eatre assimil\u00e9 au capital constitu\u00e9 dans le syst\u00e8me \u00e9conomique dominant actuel ? Logiquement la r\u00e9ponse devrait \u00eatre n\u00e9gative.<\/p>\n<p>Or le texte se poursuit en introduisant une alternative qui me semble infl\u00e9chir la r\u00e9ponse dans une autre direction :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<i>On voit bien que la logique capitaliste sp\u00e9culative consiste \u00e0 produire une avance de phase permanente de l&rsquo;\u00e9quilibre des prix sur la philia afin que\u00a0<b>personne n&rsquo;ait le temps de poser des rapports de force sur des statuts objectifs<\/b>\u00a0dans la production de \u00ab valeurs \u00bb \u00bb<\/i>.<\/p>\n<p>Voici oppos\u00e9e la logique sp\u00e9culative capitaliste \u00e0 celle de ceux qui voudraient poser des <b>rapports de force<\/b>\u00a0sur des statuts objectifs.<\/p>\n<p>Il me semble qu&rsquo;est introduit une nouvelle donne qui fait intervenir deux forces oppos\u00e9es, et sinon la lutte des classes du moins comme le dira Z\u00e9bu dans <a title=\"Lire La prime \u00e0 la Vertu, par Z\u00e9bu\" href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=62307\">La prime \u00e0 la Vertu<\/a>, l&rsquo;opposition des citoyens et des bourgeois qui luttent pour la ma\u00eetrise du capital, mais quel capital ?<\/p>\n<p>La difficult\u00e9 est que si l&rsquo;on fonde la d\u00e9mocratie sur des rapports de force, l\u00e0 o\u00f9 le rapport de force est en faveur de l&rsquo;une des parties celle-ci peut pr\u00e9tendre imposer ses conditions l\u00e9galement. Elle se redouble du fait que si le capital est circonscrit par la privatisation de la propri\u00e9t\u00e9 il n&rsquo;est pas possible de le d\u00e9finir comme un capital de solidarit\u00e9.<\/p>\n<p>Envisageons d&rsquo;abord cette seconde question.<\/p>\n<p>Ecartons une confusion \u00e9trange mais pourtant r\u00e9it\u00e9r\u00e9e constamment, la confusion entre propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e et propri\u00e9t\u00e9 individuelle, \u00e9trange car la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e des compagnies internationales ou transnationales, des soci\u00e9t\u00e9s anonymes, des coop\u00e9ratives ou des entreprises capitalistes n&rsquo;a rien d&rsquo;une propri\u00e9t\u00e9 individuelle ! Selon l&rsquo;\u00e9conomie politique non-capitaliste la propri\u00e9t\u00e9 signifie la responsabilit\u00e9 exclusive de l&rsquo;usage d&rsquo;un bien dans le respect de celui-ci c&rsquo;est-\u00e0-dire de ce que l&rsquo;on vient de convenir d&rsquo;appeler sa fonction sociale, dit autrement dans le respect de la relation de r\u00e9ciprocit\u00e9 qui fonde le titre ou statut de chacun comme sujet de droit. Le droit \u00e0 la r\u00e9ciprocit\u00e9 est alors sous-jacent ou premier par rapport au droit de propri\u00e9t\u00e9 qu&rsquo;elle soit individuelle, familiale, communale, nationale, etc. puisque c&rsquo;est la r\u00e9ciprocit\u00e9 qui fonde le sujet de la propri\u00e9t\u00e9 comme tel. La propri\u00e9t\u00e9 individuelle ne peut \u00eatre privatis\u00e9e sans briser la r\u00e9ciprocit\u00e9 et sans que le sujet ne perdre son statut vis-\u00e0-vis d&rsquo;autrui.<\/p>\n<p>On \u00e9cartera une autre confusion celle-ci voulue et non pas accidentelle qui fait de la propri\u00e9t\u00e9 et de la privatisation des synonymes alors que du point de vue de la r\u00e9ciprocit\u00e9 l&rsquo;expression propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e est un oxymore. Si la propri\u00e9t\u00e9 par son appartenance \u00e0 la r\u00e9ciprocit\u00e9 peut \u00eatre dite un droit universel, il me semble impossible de privatiser la propri\u00e9t\u00e9 sans en exproprier autrui et sans nier l&rsquo;universalit\u00e9 de ce droit. Ce qui est en jeu est sans doute l&rsquo;usage de la propri\u00e9t\u00e9. Lorsque la bourgeoisie l&rsquo;a soustraite au domaine de la r\u00e9ciprocit\u00e9, ses juristes durent caract\u00e9riser le droit de propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e par le pouvoir d&rsquo;en faire ce que l&rsquo;on en veut ind\u00e9pendamment d&rsquo;autrui, et ils pr\u00e9cis\u00e8rent donc que ce pouvoir implique celui de m\u00e9conna\u00eetre le besoin d&rsquo;autrui, et m\u00eame de faire injure \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 elle-m\u00eame si telle est la jouissance de son possesseur : c&rsquo;est le droit d&rsquo;abus.<\/p>\n<p>Le capital garanti par la privatisation de la propri\u00e9t\u00e9 conditionne la lutte entre les uns et les autres que celle-ci ait pour r\u00e9sultat la domination des uns sur les autres ou l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 entre les uns et les autres si cette \u00e9galit\u00e9 permet d&rsquo;\u00e9viter le pire.<\/p>\n<p>Il me semble donc que l&rsquo;on ne peut faire l&rsquo;impasse sur la question de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e sans se condamner \u00e0 donner une d\u00e9finition du capital qui soit l&rsquo;inverse de celle du\u00a0<i>capital de solidarit\u00e9<\/i>\u00a0et par suite sans \u00eatre contraint de r\u00e9soudre le probl\u00e8me des in\u00e9galit\u00e9s en termes de\u00a0<i>rapports de force.<\/i><\/p>\n<p>Envisageons donc cette deuxi\u00e8me question du rapport de force.<\/p>\n<p>Dans son commentaire, Z\u00e9bu reprend l&rsquo;argumentation de Pierre Sarton du Jonchay\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab<i>\u00a0Le renversement d&rsquo;une tel syst\u00e8me (sp\u00e9culatif) serait comme le propose Pierre de poser le principe de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 d&rsquo;acc\u00e8s de tous au cr\u00e9dit et le droit de tous \u00e0 pouvoir s&rsquo;ins\u00e9rer dans un\u00a0<b>rapport de force social r\u00e9ciproque<\/b>\u00a0qui lui permette \u00e0 la fois de participer r\u00e9ellement \u00e0 la formation de la prime de cr\u00e9dit mais aussi que cette prime puisse \u00eatre \u00e9valu\u00e9e collectivement sur un march\u00e9 de cotation des primes de cr\u00e9dit. Plus largement, dans un syst\u00e8me politique r\u00e9ellement d\u00e9mocratique, c&rsquo;est bien l&rsquo;\u00e9valuation d\u00e9mocratique de cette prime \u00e0 l&rsquo;aune des principes d\u00e9mocratiques qui permet de conna\u00eetre le juste prix du cr\u00e9dit et de son acc\u00e8s pour chacun et pour tous \u00bb.<\/i><\/p>\n<p>Z\u00e9bu propose de soumettre les rapports de force \u00e0 des principes d\u00e9mocratiques mais comment les instituer face \u00e0 la force qui les nie ?<\/p>\n<p>\u00ab<i>\u00a0Il semblerait donc, en dehors d&rsquo;une nationalisation ou d&rsquo;une socialisation du cr\u00e9dit que le pouvoir politique se r\u00e9pugne \u00e0 effectuer (sauf, bien entendu, en cas de grande d\u00e9bandade financi\u00e8re, afin de &lsquo;sauvegarder les int\u00e9r\u00eats des d\u00e9posants&rsquo;), que seule la force puisse \u00eatre de quelque utilit\u00e9, \u00e0 moins d&rsquo;attendre le prochain conflit mondial et d&rsquo;\u00eatre assur\u00e9 d&rsquo;en sortir : le rapport de force social, bien \u00e9videmment \u00bb.<\/i><\/p>\n<p>Que les forces sociales puissent imposer la raison aux oligarques par la force n&rsquo;est-ce pas donner \u00e0 la force une pr\u00e9rogative que tout autre que les d\u00e9mocrates peut aussi invoquer ?<\/p>\n<p>Avant que Platon, Aristote et leurs pairs, ne traitent la question du fondement d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 humaine, les Grecs s&rsquo;\u00e9taient pos\u00e9s cette question \u00ab Qui dicte le droit\u00a0? \u00bb \u00c0 l&rsquo;issue de l&rsquo;affrontement de Th\u00e8bes et d&rsquo;Ath\u00e8nes, les Th\u00e9bains vaincus envoy\u00e8rent une d\u00e9l\u00e9gation aux Ath\u00e9niens pour \u00e9crire en commun un trait\u00e9 de paix. Et les Ath\u00e9niens r\u00e9pondirent que si le droit est le droit, c&rsquo;est au vainqueur de le dire et non pas aux vaincus. \u00c0 s&rsquo;en tenir \u00e0 cette disposition il faudrait esp\u00e9rer aujourd&rsquo;hui que le peuple un jour vainqueur de l&rsquo;oligarchie actuellement r\u00e9gnante soit capable de lui imposer le droit comme il le fit de 1789 \u00e0 1793. Mais alors la r\u00e9ponse du berger \u00e0 la berg\u00e8re est toujours possible, et l&rsquo;on se souviendra de ce pr\u00e9c\u00e9dent historique : apr\u00e8s l&rsquo;assassinat des Jacobins la partie la plus forte dans les rangs de la r\u00e9volution fran\u00e7aise fut la bourgeoisie qui dicta le droit \u00e0 partir de son int\u00e9r\u00eat : la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e !<\/p>\n<p>Mais le Philosophe a mis en doute qu&rsquo;il soit l\u00e9gitime que le plus fort dicte le droit car le plus fort est a priori non pas celui qui choisit la r\u00e9ciprocit\u00e9 de bienveillance mais celui qui choisit le rapport de force ! Le philosophe \u00e9carte donc ce postulat car il d\u00e9finit le but de la soci\u00e9t\u00e9 comme le bonheur et d\u00e9montre que le bonheur r\u00e9sulte de la\u00a0<i>philia<\/i>, et celle-ci de la participation de chacun \u00e0 la solution des besoins de tous selon le principe de r\u00e9ciprocit\u00e9. Il d\u00e9finit la d\u00e9mocratie par les relations de r\u00e9ciprocit\u00e9 de bienveillance entre citoyens, et la propri\u00e9t\u00e9 comme la responsabilit\u00e9 de l&rsquo;usage des biens de sorte que l&rsquo;activit\u00e9 de chacun se trouve associ\u00e9e \u00e0 ce que l&rsquo;on appelle aujourd&rsquo;hui une fonction sociale bien que le mot \u00ab fonction \u00bb ne soit pas ad\u00e9quat.<\/p>\n<p>Que l&rsquo;\u00e9change soit in\u00e9gal et permette au pr\u00eateur d&rsquo;imposer \u00e0 l&#8217;emprunteur un int\u00e9r\u00eat \u00e0 sa guise ou que l&rsquo;\u00e9change soit \u00e9gal et que l&rsquo;int\u00e9r\u00eat soit \u00e9quilibr\u00e9, si l&rsquo;accord conclu est l&rsquo;issue d&rsquo;un rapport de force on est loin de l&rsquo;\u00e9conomie politique aristot\u00e9licienne et de la r\u00e9ciprocit\u00e9 de bienveillance, on est dans une \u00e9conomie de libre-\u00e9change o\u00f9 le plus fort impose sa loi au plus faible et o\u00f9 ne se cr\u00e9e aucune valeur commune !<\/p>\n<p>Je cherche donc \u00e0 comprendre pourquoi la critique condamne fermement l&rsquo;abus du plus fort sur le plus faible et d&rsquo;autre part maintient l&rsquo;id\u00e9e que le rapport \u00e0 autrui se traduit par un rapport de force ; comment peut-elle soumettre la d\u00e9mocratie et la r\u00e9ciprocit\u00e9 \u00e0 une lutte des int\u00e9r\u00eats des uns face aux int\u00e9r\u00eats des autres dans l&rsquo;espoir de parvenir \u00e0 l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 ?<\/p>\n<p>Elle fait appel \u00e0 la\u00a0<i>philia<\/i>\u00a0comme principe qui viendra r\u00e9genter les dispositions des uns vis-\u00e0-vis des autres quand la d\u00e9mocratie l&#8217;emportera sur l&rsquo;oligarchie mais elle sait bien que si ce principe anime les uns il n&rsquo;anime pas les autres, et c&rsquo;est donc bien \u00e0 la force qu&rsquo;elle demande d&rsquo;instituer la\u00a0<i>philia<\/i>\u00a0!<\/p>\n<p>Si le recours \u00e0 la force lui para\u00eet n\u00e9cessaire c&rsquo;est parce que celui qui ne pratique pas la r\u00e9ciprocit\u00e9 a recours \u00e0 la force et de ce fait oblige autrui \u00e0 se d\u00e9fendre et donc \u00e0 avoir aussi recours \u00e0 la force.<\/p>\n<p>Mais ne pourrait-on interpr\u00e9ter cette situation paradoxale (le recours \u00e0 la force pour combattre la force !) \u00e0 la lumi\u00e8re de la r\u00e9ciprocit\u00e9 ?<\/p>\n<p>Pour \u00eatre cons\u00e9quent avec notre pr\u00e9c\u00e9dente analyse, il nous faut nier que l&rsquo;exercice de la force puisse fonder le l\u00e9gislateur. Puisque nous sommes dans une situation de fait o\u00f9 la violence est premi\u00e8re vis-\u00e0-vis d&rsquo;autrui et que nous nions qu&rsquo;elle puisse \u00eatre la raison d&rsquo;une relation humaine, il nous faut partir de celui qui subit la violence, disons donc la <i>souffrance.<\/i>\u00a0L&rsquo;id\u00e9e du philosophe est alors de construire la r\u00e9ciprocit\u00e9 et pour cela il fait en sorte que celui qui agit par la violence subisse la\u00a0<i>souffrance<\/i>\u00a0comme celui qui subit la violence, ce qui oblige celui qui a subi la violence d&rsquo;agir \u00e0 son tour comme cause de la souffrance de son agresseur. La raison de cette r\u00e8gle (le\u00a0<i>talion<\/i>) est d&rsquo;instituer une relation de\u00a0<i>r\u00e9ciprocit\u00e9 de souffrance (antipeponthos)<\/i>\u00a0et non pas de\u00a0<i>violence<\/i>\u00a0en laquelle chacun puisse \u00e9prouver le sentiment qui en est issu comme une r\u00e9f\u00e9rence commune : l&rsquo;<b>\u00e9thique <\/b>de l&rsquo;<i>honneur<\/i>. Eh bien ! toutes les communaut\u00e9s du monde connaissent cette r\u00e9ciprocit\u00e9 (dite de vengeance !) parce que c&rsquo;est elle qui permet de\u00a0<i>ma\u00eetriser la violence<\/i>\u00a0! Des soci\u00e9t\u00e9s enti\u00e8res du Caucase ou de la Mongolie en passant par les Nuers et les Dinka o\u00f9 cette question fut \u00e9tudi\u00e9e en d\u00e9tail par E.E. Evans Pritchard, et de l&rsquo;Alaska \u00e0 la Patagonie, se sont construites sur cette forme de r\u00e9ciprocit\u00e9 guerri\u00e8re. Il est vrai que l&rsquo;imaginaire dans lequel se repr\u00e9sente l&rsquo;honneur conduit \u00e0 une dialectique de la vengeance&#8230; Laissons cette question de c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n<p>C&rsquo;est bien de cette r\u00e9ciprocit\u00e9-l\u00e0 qu&rsquo;il s&rsquo;agit lorsque les \u00e9conomistes soutiennent que c&rsquo;est par un rapport de force invers\u00e9 que les victimes de l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 doivent restaurer l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 : une \u00e9galit\u00e9 toutefois qui n&rsquo;engendre pas la\u00a0<i>philia<\/i>\u00a0mais seulement le sentiment de justice dans l&rsquo;imaginaire de l&rsquo;honneur.<\/p>\n<p>Et ils ont doublement raison : la m\u00eame source anthropologique pr\u00e9cise en effet que le passage de la r\u00e9ciprocit\u00e9 n\u00e9gative \u00e0 la r\u00e9ciprocit\u00e9 positive n&rsquo;est possible que lorsque les deux formes de r\u00e9ciprocit\u00e9 sont \u00e9gales non pas au sens o\u00f9 une r\u00e9ciprocit\u00e9 positive asym\u00e9trique serait \u00e9gale \u00e0 une r\u00e9ciprocit\u00e9 n\u00e9gative asym\u00e9trique mais \u00e9gale au sens ou chacune des deux formes de r\u00e9ciprocit\u00e9 doit avoir \u00e9t\u00e9 rendue sym\u00e9trique pour que l&rsquo;une puisse se substituer \u00e0 l&rsquo;autre : c&rsquo;est alors en effet que le gage de l&rsquo;une (la monnaie en termes \u00e9conomiques actuels) peut-\u00eatre le m\u00eame que celui de l&rsquo;autre et permettre la substitution d&rsquo;une forme \u00e0 l&rsquo;autre. Il est donc n\u00e9cessaire avant que d&rsquo;envisager une r\u00e9ciprocit\u00e9 de bienveillance que la r\u00e9ciprocit\u00e9 de souffrance ait \u00e9t\u00e9 rendue sym\u00e9trique.<\/p>\n<p>La violence doit \u00eatre ma\u00eetris\u00e9e en recourant \u00e0 une force qui la neutralise. Mais une fois neutralis\u00e9e, le rapport \u00e0 l&rsquo;autre ne peut pas se maintenir sur la base d&rsquo;un rapport de force sans se vouer \u00e0 la st\u00e9rilit\u00e9 ou d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer en nouvelle violence. La violence une fois supprim\u00e9e, c&rsquo;est la r\u00e9ciprocit\u00e9 de bienveillance qui seule peut engendrer la\u00a0<i>philia<\/i>, en aucun cas un rapport de force ! La r\u00e9ciprocit\u00e9 peut alors lib\u00e9rer les forces productives dans la construction du bien commun et du bonheur de chacun. Mais pour cela, il faut encore que le \u00ab citoyen \u00bb, puisse opposer au \u00ab bourgeois \u00bb, d&rsquo;autres principes que la libre concurrence, le libre-\u00e9change et la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e qui engendrent l&rsquo;oligarchie capitaliste. Il lui est n\u00e9cessaire de se d\u00e9finir comme sujet par une libre participation \u00e0 la r\u00e9ciprocit\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e qui fonde la cit\u00e9 sur une base d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9. \u00c0 propos de <a title=\"Lire D\u00e9construction aristot\u00e9licienne de la malhonn\u00eatet\u00e9 financi\u00e8re par la reconstitution de la d\u00e9mocratie, par Pierre Sarton du Jonchay\" href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=62088\">D\u00e9construction aristot\u00e9licienne de la malhonn\u00eatet\u00e9 financi\u00e8re par la reconstitution de la d\u00e9mocratie<\/a>, par Pierre Sarton du Jonchay.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pierre Sarton du Jonchay propose une d\u00e9mocratisation de la gestion du cr\u00e9dit fond\u00e9e sur [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3,2597,276,1],"tags":[359,3267,639,3115],"class_list":["post-62358","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-anthropologie","category-democratie-2","category-droit","category-economie","tag-aristote","tag-oligarchie","tag-philia","tag-reciprocite"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/62358","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=62358"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/62358\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":62361,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/62358\/revisions\/62361"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=62358"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=62358"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=62358"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}