{"id":62373,"date":"2014-02-17T00:44:12","date_gmt":"2014-02-16T23:44:12","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=62373"},"modified":"2014-02-17T00:44:12","modified_gmt":"2014-02-16T23:44:12","slug":"la-zone-euro-entre-reprise-et-pressions-deflationnistes-plaidoyer-pour-une-vraie-politique-europeenne-de-relance-par-jean-pierre-page","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2014\/02\/17\/la-zone-euro-entre-reprise-et-pressions-deflationnistes-plaidoyer-pour-une-vraie-politique-europeenne-de-relance-par-jean-pierre-page\/","title":{"rendered":"<b>LA ZONE EURO ENTRE REPRISE ET PRESSIONS D\u00c9FLATIONNISTES. Plaidoyer pour une vraie politique europ\u00e9enne de relance<\/b>, par Jean-Pierre Pag\u00e9"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Quelle est la situation r\u00e9elle de la Zone Euro\u00a0?<\/p>\n<p>Notons, tout d\u2019abord, que celle-ci n\u2019a pas implos\u00e9. Des progr\u00e8s institutionnels ont m\u00eame \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s. Il s\u2019agit de la d\u00e9cision de principe sur l\u2019<i>Union bancaire<\/i>. Toutefois, il faut souligner que beaucoup reste \u00e0 faire pour que l\u2019on passe du principe \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 et que de nombreux acteurs freinent, en fait, cette avanc\u00e9e institutionnelle, ne serait-ce qu\u2019en raison des dispositions concernant la s\u00e9paration entre activit\u00e9s pour le compte de leurs clients et activit\u00e9s sp\u00e9culatives pour leur compte propre.<\/p>\n<p>En second lieu, sur le plan macro\u00e9conomique, on parle beaucoup de fin de r\u00e9cession et de reprise. Mais ceci est loin d\u2019\u00eatre assur\u00e9. Certes, \u00e0 force de cures r\u00e9p\u00e9t\u00e9es d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 coupl\u00e9es \u00e0 des \u00ab\u00a0d\u00e9valuations internes\u00a0\u00bb (on qualifie ainsi les baisses de salaires, des prestations sociales et des d\u00e9penses publiques), les pays les plus touch\u00e9s par la crise enregistrent une am\u00e9lioration de la situation de leurs finances publiques et de leur comp\u00e9titivit\u00e9 qui se traduit par une certaine reprise de leurs exportations et un redressement de leur balance commerciale avec l\u2019ext\u00e9rieur. Mais ces am\u00e9liorations ponctuelles ont lieu dans des conditions g\u00e9n\u00e9rales tr\u00e8s critiques\u00a0: si les d\u00e9ficits publics se rapprochent du seuil de 3% du PIB, le niveau des dettes publiques reste tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9, ainsi que celui du ch\u00f4mage (surtout en ce qui concerne les \u00ab\u00a0jeunes\u00a0\u00bb pour lesquels il tutoie les 50% en Espagne et en Gr\u00e8ce)\u00a0et la situation sociale des populations est tr\u00e8s d\u00e9grad\u00e9e (provoquant une forte pouss\u00e9e d\u2019\u00e9migration) avec des in\u00e9galit\u00e9s fortement creus\u00e9es.<\/p>\n<p><!--more-->Tout ceci marque les limites de la doctrine lib\u00e9rale qui a inspir\u00e9 le comportement des dirigeants de la Zone Euro, les prescriptions de la \u00ab\u00a0Tro\u00efka\u00a0\u00bb,\u00a0et qui est fond\u00e9e sur deux piliers\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0 le redressement des finances publiques par le moyen de politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 r\u00e9duisant les d\u00e9penses,<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0 le redressement de la comp\u00e9titivit\u00e9 par les r\u00e9formes\u00a0dites \u00ab\u00a0structurelles\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>En d\u2019autres termes, tout se passe comme si ces dirigeants raisonnaient de la fa\u00e7on suivante\u00a0: il suffira que tous les pays de la zone agissent comme l\u2019ont fait les Allemands (cf. les fameuses \u00ab\u00a0r\u00e9formes Schroeder\u00a0\u00bb)\u00a0 pour am\u00e9liorer leur comp\u00e9titivit\u00e9 et, ainsi, accroitre leurs exportations pour que l\u2019Europe sorte de la crise. Ce raisonnement primaire ne tient pas compte de l\u2019effet n\u00e9gatif du cumul des politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 sur la demande \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019Europe et donc sur les exportations vers l\u2019int\u00e9rieur de la Zone Euro qui sont de l\u2019ordre de 60% du total des exportations de cette zone. Surtout il ne tient pas compte du caract\u00e8re mal d\u00e9fini et ne b\u00e9n\u00e9ficiant pas de la l\u00e9gitimit\u00e9 n\u00e9cessaire pour lui donner un fondement incontestable de la notion de \u00ab\u00a0r\u00e9forme structurelle\u00a0\u00bb \u00e0 laquelle se raccrochent la majorit\u00e9 des d\u00e9cideurs. Un chroniqueur du Monde, Pierre Brian\u00e7on, dans un texte publi\u00e9 dans le num\u00e9ro dat\u00e9 des 9 et 10 f\u00e9vrier 2014, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0La tarte \u00e0 la cr\u00e8me de la r\u00e9forme structurelle\u00a0\u00bb, l\u2019exprime fort bien quand il \u00e9crit, arguments \u00e0 l\u2019appui, \u00ab\u00a0qu\u2019elle confine \u00e0 l\u2019escroquerie intellectuelle, un de ces slogans vides auxquels se r\u00e9sume trop souvent le d\u00e9bat \u00e9conomique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>En outre, ce raisonnement se heurte \u00e0 deux obstacles.<\/p>\n<p>En premier lieu, il s\u2019agit de la sur\u00e9valuation syst\u00e9matique de l\u2019euro. En g\u00e9n\u00e9ral, le r\u00e9\u00e9quilibrage des pays trop d\u00e9ficitaires se fait gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019ajustement de la monnaie par le taux de change. Ceci n\u2019est pas possible dans le cas de la Zone Euro en raison du poids de l\u2019Allemagne et des pays de l\u2019Europe du Nord. Sous l\u2019effet de l\u2019exc\u00e9dent commercial de l\u2019Allemagne vis-\u00e0-vis du reste du monde, notamment, la balance des transactions courantes de la zone serait exc\u00e9dentaire de l\u2019ordre de 3% du PIB de la zone.<\/p>\n<p>En second lieu, il s\u2019agit de la faiblesse de l\u2019inflation dans la Zone Euro, cons\u00e9quence d\u2019ailleurs de la sur\u00e9valuation de l\u2019euro. Cela rench\u00e9rit les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat r\u00e9els (avec une inflation comprise entre 0 et 2%, m\u00eame avec des taux nominaux d\u2019int\u00e9r\u00eat bas, les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat r\u00e9els pour les entreprises peuvent rester \u00e9lev\u00e9s et dissuasifs). En fait, pour que les pays autres que l\u2019Allemagne rattrapent celle-ci en comp\u00e9titivit\u00e9, il faudrait que l\u2019Allemagne ait une inflation plus forte, ce qui est impossible en raison de l\u2019exc\u00e9dent ext\u00e9rieur de l\u2019Allemagne et de la phobie de ce pays \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019inflation pour des raisons historiques. En d\u2019autres termes, il faudrait que les pressions d\u00e9flationnistes qui affectent actuellement une grande partie de l\u2019Europe soient contrebalanc\u00e9es par des pressions\u00a0 \u00ab\u00a0reflationnistes\u00a0\u00bb en Allemagne.<\/p>\n<p>Ceci \u00e9tant, quelle a \u00e9t\u00e9 la situation macro\u00e9conomique dans la zone euro en 2013\u00a0?<\/p>\n<p>La croissance est r\u00e9apparue au deuxi\u00e8me trimestre de 2013 (+0,3% par rapport au trimestre pr\u00e9c\u00e9dent) ce qui a fait parler de reprise. Mais ceci ne s\u2019est pas r\u00e9ellement confirm\u00e9 au troisi\u00e8me trimestre (+0,1% par rapport au trimestre pr\u00e9c\u00e9dent). Selon les premi\u00e8res estimations, la croissance au quatri\u00e8me trimestre retrouverait le chiffre de 0,3%. En moyenne annuelle, en 2013, l\u2019\u00e9volution du PIB d\u2019une ann\u00e9e sur l\u2019autre, telle qu\u2019elle est estim\u00e9e, reste encore n\u00e9gative et serait de l\u2019ordre de 0,4%.<\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9e d\u2019une sortie de la r\u00e9cession (les pr\u00e9visions pour 2014 de la BCE et de l\u2019OCDE envisagent une croissance de l\u2019ordre de 1%) demeure, donc, tr\u00e8s hypoth\u00e9tique. Observons tout d\u2019abord que la consommation des m\u00e9nages qui p\u00e8se toujours tr\u00e8s lourd dans l\u2019\u00e9volution de la demande demeure tr\u00e8s affaiblie en raison de l\u2019impact du ch\u00f4mage sur les salaires et des pressions sur la demande int\u00e9rieure de nombreux pays en raison de la politique d\u2019aust\u00e9rit\u00e9. Cette atonie de la demande interne \u00e0 la zone euro a nourri les pressions d\u00e9flationnistes. Si une partie des d\u00e9s\u00e9quilibres (d\u00e9ficits budg\u00e9taires et d\u00e9ficits courants) se r\u00e9sorbent sous l\u2019effet des politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9, d\u2019autres se cr\u00e9ent. En particulier, le ch\u00f4mage de longue dur\u00e9e continue \u00e0 augmenter et maintient de nombreux m\u00e9nages dans des situations extr\u00eames de pauvret\u00e9. Dans les pays les plus touch\u00e9s par la crise, la demande int\u00e9rieure tr\u00e8s atone ne peut pas \u00eatre le moteur de la croissance. La demande adress\u00e9e aux entreprises ne peut \u00eatre impuls\u00e9e que par le commerce ext\u00e9rieur dans la mesure o\u00f9 des progr\u00e8s de comp\u00e9titivit\u00e9 (r\u00e9sultant pour l\u2019essentiel des pressions sur les salaires) ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s. C\u2019est ainsi que des pays comme la Gr\u00e8ce et l\u2019Espagne enregistrent un mieux du c\u00f4t\u00e9 des exportations. Mais la croissance ne pourra r\u00e9ellement repartir et les pressions d\u00e9flationnistes \u00eatre endigu\u00e9es que lorsque l\u2019investissement des entreprises, bloqu\u00e9 par l\u2019insuffisance de la demande au-del\u00e0 des impulsions cr\u00e9\u00e9es par la n\u00e9cessit\u00e9 de pallier l\u2019obsolescence des moyens de production, repartira.<\/p>\n<p>Non seulement, la reprise demeure hypoth\u00e9tique, mais \u2013 et c\u2019est le deuxi\u00e8me ph\u00e9nom\u00e8ne notable \u2013 les disparit\u00e9s dans la Zone Euro, au lieu de s\u2019att\u00e9nuer, se creusent. La Zone Euro reste \u00e9cartel\u00e9e entre une partie o\u00f9 la crise n\u2019a qu\u2019un impact affaibli (l\u2019Europe du Nord) et une partie fortement affect\u00e9e \u00e9conomiquement, financi\u00e8rement et socialement (l\u2019Europe du Sud).<\/p>\n<p>Donc, si l\u2019on veut que la Zone Euro \u00e9chappe aux pressions d\u00e9flationnistes qui la travaillent et retrouve un dynamisme \u00e0 la mesure de sa place et de sa taille dans le monde, on ne peut se contenter de la politique actuelle de r\u00e9\u00e9quilibrage et de recherche de la comp\u00e9titivit\u00e9 pays par pays. Si on laisse la situation en l\u2019\u00e9tat, la probabilit\u00e9 pour que la Zone Euro retrouve rapidement une croissance significative est faible.<\/p>\n<p>Le retour \u00e0 la croissance d\u00e9pendra principalement du r\u00e9veil de l\u2019investissement. Dans le climat actuel, compte tenu des pressions d\u00e9flationnistes, l\u2019app\u00e9tence des entreprises \u00e0 investir risque d\u2019\u00eatre limit\u00e9e et les possibilit\u00e9s de stimulation par les gouvernements nationaux sont r\u00e9duites. D\u00e8s lors, le risque d\u2019un sc\u00e9nario \u00e0 la japonaise avec une longue p\u00e9riode de stagnation ou de croissance tr\u00e8s basse est important. Surtout, la division de la Zone Euro, opposant une zone de prosp\u00e9rit\u00e9 relative \u00e0 une zone de langueur, risque de perdurer.<\/p>\n<p>Or l\u2019Europe, apr\u00e8s cette crise, a besoin d\u2019investir\u00a0et ceci \u00e0 long terme : investir pour construire les infrastructures qu\u2019appelle son d\u00e9veloppement futur\u00a0; investir pour adapter son mode de consommation et de vie \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de\u00a0 pr\u00e9server son environnement et, par un effort d\u2019\u00e9conomie, diminuer sa d\u00e9pendance en mati\u00e8re d\u2019importations d\u2019\u00e9nergie\u00a0; investir pour d\u00e9velopper les innovations que le potentiel de ses chercheurs lui permet de concevoir.<\/p>\n<p>Pour faire tout cela, les efforts des pays membres risquent d\u2019\u00eatre insuffisants voire de faire d\u00e9faut.<\/p>\n<p>Il convient donc de passer \u00e0 une vitesse sup\u00e9rieure \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019Europe sans attendre pour cela que les pays-membres se mettent d\u2019accord sur de nouvelles institutions. D\u2019ores et d\u00e9j\u00e0, dans le cadre des institutions actuelles, en attendant de pouvoir miser sur un v\u00e9ritable budget f\u00e9d\u00e9ral \u00e0 la mesure des besoins de l\u2019Europe, des instruments existent. On les conna\u00eet. Il s\u2019agit, d\u2019abord, de transformer la Banque europ\u00e9enne d\u2019investissement, assise sur un magot financier qu\u2019elle s\u2019attache \u00e0 faire fructifier en bon p\u00e8re de famille, en v\u00e9ritable banque d\u2019investissement prenant des risques et empruntant sur les march\u00e9s pour financer les projets d\u2019envergure europ\u00e9enne. Le commissaire Michel Barnier fait remarquer que la BEI peut accro\u00eetre le montant de ses pr\u00eats pour le d\u00e9veloppement des infrastructures dans les domaines des transports et de l\u2019\u00e9nergie de plus de 50% au cours de la p\u00e9riode 2013-2015. Notons aussi que, suite \u00e0 la d\u00e9cision, \u00e0 la mi-2012, des \u00c9tats-membres de l\u2019Union d\u2019apporter de l\u2019argent frais \u00e0 la BEI (dont 1,6 Md provenant de la France), cette derni\u00e8re a d\u00e9j\u00e0 augment\u00e9, en 2013, de 40% ses cr\u00e9dits dans l\u2019UE (et de 80% en France, \u00e0 destination\u00a0 des entreprises et des collectivit\u00e9s locales) et a travaill\u00e9, en France, de concert avec la BPI et en coop\u00e9ration avec la Caisse des D\u00e9p\u00f4ts et Consignations.<\/p>\n<p>Il s\u2019agit aussi des euro-obligations dont l\u2019usage pourrait \u00eatre limit\u00e9 \u00e0 la collecte de l\u2019\u00e9pargne abondante disponible en Europe en vue de la mettre \u00e0 la disposition de fonds d\u2019investissement europ\u00e9ens. On peut fonder, \u00e0 cet \u00e9gard, quelque espoir dans les modifications de la donne politique en Allemagne avec la reconstitution de la \u00ab\u00a0grande coalition\u00a0\u00bb associant \u00e0 la droite le SPD dont on sait qu\u2019il est favorable \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019euro-obligations. Au demeurant, ces id\u00e9es sont reprises dans un ouvrage cosign\u00e9 par trois \u00e9conomistes &#8211; un grec (Yanis Varoufakis, ex-conseiller de Georges Papandr\u00e9ou), un anglais (Stuart Holland) et un am\u00e9ricain (James Galbraith) &#8211; et pr\u00e9fac\u00e9 dans sa version fran\u00e7aise par Michel Rocard. On y retrouve des propositions analogues \u00e0 celles qui ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9es ci-avant, \u00e0 savoir\u00a0: que la BCE serve d\u2019interm\u00e9diaire financier pour le compte des \u00c9tats en \u00e9mettant ses propres obligations \u00e0 hauteur d\u2019un endettement de 60% du PIB de chaque pays\u00a0; que, ce faisant, elle contribue \u00e0 mettre en place un grand programme d\u2019investissement pour cofinancer des infrastructures avec la BEI.<\/p>\n<p>Mais il ne suffirait pas de disposer d\u2019instruments de financement europ\u00e9ens des investissements s\u2019il n\u2019y a pas de projets de dimension europ\u00e9enne clairement d\u00e9finis \u00e0 financer discut\u00e9s dans les instances europ\u00e9ennes. En fait, de tels projets, notamment concernant les infrastructures transeurop\u00e9ennes et la transition \u00e9nerg\u00e9tique, existent dans les \u00ab\u00a0cartons\u00a0\u00bb (certains remontent \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la pr\u00e9sidence de Jacques Delors). Mais, force est de constater que cela ne semble pas retenir l\u2019attention de nos dirigeants beaucoup plus pr\u00e9occup\u00e9s par la d\u00e9fense des sujets int\u00e9ressant sp\u00e9cifiquement leur pays, de leur \u00ab\u00a0pr\u00e9 carr\u00e9\u00a0\u00bb, que par la mise en place de projets d\u2019investissements de dimension europ\u00e9enne. Un premier progr\u00e8s consisterait donc \u00e0 mettre de tels sujets \u00e0 l\u2019ordre du jour des instances europ\u00e9ennes (Conseil europ\u00e9en, Parlement europ\u00e9en). Ceci parait d\u2019autant plus envisageable que l\u2019on reviendrait ainsi \u00e0 une m\u00e9thode qui a prouv\u00e9 son efficacit\u00e9 et sa r\u00e9ussite dans les premiers temps de la construction europ\u00e9enne avec, notamment, le \u00ab\u00a0Plan charbon-acier\u00a0\u00bb, Euratom, et la cr\u00e9ation de Airbus.<\/p>\n<p>L\u2019exp\u00e9rience des grandes crises au XX\u00e8me si\u00e8cle montre que c\u2019est seulement dans des circonstances extr\u00eames que certains dirigeants de ce monde ont su trouver les ressources intellectuelles pour sauver leurs pays en menant des\u00a0politiques consid\u00e9r\u00e9es comme h\u00e9t\u00e9rodoxes. Une premi\u00e8re fois, apr\u00e8s la grande crise des ann\u00e9es 30, un homme, Franklin Roosevelt, a su mettre en \u0153uvre une parade pour relancer l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique dans son pays avec des programmes de grands travaux, alors que tous autour de lui ancraient leurs pays dans la crise en menant des politiques suicidaires de r\u00e9\u00e9quilibrage d\u2019inspiration n\u00e9o-lib\u00e9rale voisines de celles qui sont mises en \u0153uvre aujourd\u2019hui. \u00c0 la fin de la Seconde Guerre Mondiale, tirant les le\u00e7ons des erreurs \u00e9conomiques commises \u00e0 la fin de la Guerre de 14-18 au titre des \u00ab\u00a0r\u00e9parations\u00a0\u00bb, les dirigeants des \u00c9tats-Unis (le m\u00eame Franklin Roosevelt, puis son successeur, Harry Truman, inspir\u00e9s par le G\u00e9n\u00e9ral Marshall) ont su trouver la recette pour faire repartir les \u00e9conomies de tous les protagonistes occidentaux de la Guerre, \u00e0 commencer par leur propre pays, en bousculant carr\u00e9ment les r\u00e8gles de la politique \u00e9conomique. Ce fut l\u2019id\u00e9e absolument g\u00e9niale de comprendre qu\u2019il fallait financer la reconstruction de l\u2019Europe, largement d\u00e9truite et exsangue, par des dons financiers dont les \u00c9tats-Unis ont tir\u00e9 ensuite les b\u00e9n\u00e9fices par leur r\u00e9emploi en achats \u00e0 l\u2019industrie am\u00e9ricaine.<\/p>\n<p>On a pu penser que, pour g\u00e9rer la crise occidentale du d\u00e9but du XXI\u00e8me si\u00e8cle, les responsables des pays concern\u00e9s avaient tir\u00e9 les le\u00e7ons des crises pr\u00e9c\u00e9dentes puisqu\u2019ils n\u2019ont pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 ouvrir toutes les vannes financi\u00e8res pour emp\u00eacher le blocage de l\u2019\u00e9conomie occidentale, au m\u00e9pris des r\u00e8gles en vigueur (y compris celles r\u00e9sultant du Trait\u00e9 de Maastricht). Mais ils n\u2019ont pas su g\u00e9rer les cons\u00e9quences de leur audace et, au lieu de pratiquer des politiques de relance de l\u2019activit\u00e9 en utilisant les liquidit\u00e9s ainsi lib\u00e9r\u00e9es, par exemple pour r\u00e9pondre aux grands d\u00e9fis comme celui de la protection de l\u2019environnement, ils se sont repli\u00e9s sur les vieilles r\u00e8gles de r\u00e9\u00e9quilibrage comptable, raisonnant comme des \u00ab\u00a0boutiquiers\u00a0\u00bb. Un seul d\u2019entre eux, Jacques Delors, ancien Pr\u00e9sident de la Commission Europ\u00e9enne, avait pourtant eu l\u2019intelligence de comprendre cela et avait anticip\u00e9, d\u00e8s les ann\u00e9es 90, en concevant un plan de relance de l\u2019Europe dont celle-ci aurait grand besoin aujourd\u2019hui. Mais il n\u2019a pas eu de successeur en cela et ceux qui ont assur\u00e9 sa rel\u00e8ve n\u2019avaient pas l\u2019envergure leur permettant de prendre le relai. C\u2019est que, aujourd\u2019hui, on n\u2019a plus besoin de comptables, mais de visionnaires capables d\u2019ouvrir l\u2019Europe au vent du grand large. Il ne s\u2019agit plus de g\u00e9rer celle-ci comme une collection de pays avec les vieilles r\u00e8gles impuissantes, mais d\u2019en imaginer de nouvelles \u00e0 la mesure de la dimension de l\u2019Europe. Il y a l\u00e0 urgence, faute de quoi la \u00ab\u00a0construction europ\u00e9enne\u00a0\u00bb, qui a r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 tant d\u2019attaques et de d\u00e9viations par rapport \u00e0 son esprit initial, risque de se d\u00e9liter compl\u00e8tement. Ce qui peut donner un peu d\u2019espoir est que de plus en plus de voix commencent \u00e0 le dire haut et fort et \u00e0 plaider tr\u00e8s vigoureusement pour une vraie politique de relance dans la zone euro (dont on oublie qu\u2019elle n\u2019est pas endett\u00e9e).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Quelle est la situation r\u00e9elle de la Zone Euro\u00a0?<\/p>\n<p>Notons, tout d\u2019abord, que celle-ci n\u2019a pas implos\u00e9. Des progr\u00e8s institutionnels ont m\u00eame \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s. Il s\u2019agit de la d\u00e9cision de principe sur l\u2019<i>Union bancaire<\/i>. Toutefois, il faut souligner que beaucoup reste \u00e0 faire pour que l\u2019on passe du principe \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 et [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,204],"tags":[96,1403,165,1593,243],"class_list":["post-62373","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","category-europe","tag-croissance","tag-plans-dausterite","tag-relance","tag-troika","tag-zone-euro"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/62373","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=62373"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/62373\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":62374,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/62373\/revisions\/62374"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=62373"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=62373"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=62373"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}