{"id":62507,"date":"2014-02-22T13:41:32","date_gmt":"2014-02-22T12:41:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=62507"},"modified":"2014-02-22T13:41:32","modified_gmt":"2014-02-22T12:41:32","slug":"transition-par-michel-leis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2014\/02\/22\/transition-par-michel-leis\/","title":{"rendered":"<b>TRANSITION<\/b>, par Michel Leis"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<div>\n<p><span style=\"font-family: Calibri; font-size: medium;\">Les discours politiques des partis de pouvoir ne sont plus en phase avec la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019aujourd\u2019hui. Au-del\u00e0 de leur dimension id\u00e9ologique, ils font appel \u00e0 des r\u00e9f\u00e9rentiels d\u00e9pass\u00e9s ou en voie d\u2019\u00e9puisement. Cette situation refl\u00e8te peu ou prou l\u2019\u00e9tat pr\u00e9sent des normes collectives\u00a0: la norme de progr\u00e8s a disparu et la norme de consommation s\u2019effrite tous les jours un peu plus. De norme sociale dominante, r\u00f4le qu\u2019elle a jou\u00e9 sur une tr\u00e8s courte p\u00e9riode, la norme de consommation est en train de devenir une machine \u00e0 exclure et fragmenter notre soci\u00e9t\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Calibri;\"><span style=\"font-size: medium;\">Depuis la naissance des formes modernes de la d\u00e9mocratie, le succ\u00e8s des partis politiques a presque toujours repos\u00e9 sur leur capacit\u00e9 \u00e0 \u00eatre en phase avec la norme sociale dominante, dans le discours comme dans les actes. Se pose alors une question\u00a0: est-il possible de reconstruire un discours et une action politique en l\u2019absence d\u2019une norme sociale qui joue son r\u00f4le\u00a0? \u00a0\u00a0<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Calibri; font-size: medium;\">Le retour en force dans les ann\u00e9es 80 du discours lib\u00e9ral en Occident s\u2019est fond\u00e9 sur une ambigu\u00eft\u00e9. La place accord\u00e9e \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e9conomique \u00e9tait parfaitement en phase avec la mont\u00e9e de la norme de consommation, mais le contexte de crise qui a accompagn\u00e9 cette perc\u00e9e lui donnait une autre dimension\u00a0: le retour \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 promis apr\u00e8s de n\u00e9cessaires et douloureuses r\u00e9formes (rien de nouveau sous le soleil\u00a0!) renvoyait \u00e0 la promesse de beaux lendemains. La crise serait bient\u00f4t vaincue\u00a0: l\u2019annonce d\u2019un futur meilleur est l\u2019essence m\u00eame de la norme de progr\u00e8s, ce discours jouait donc sur les deux tableaux. Certes, la consommation a prosp\u00e9r\u00e9 au prix d\u2019une lutte \u00e9conomique impitoyable, mais la crise a perdur\u00e9. Un peu plus de dix ans apr\u00e8s la perc\u00e9e des id\u00e9es lib\u00e9rales, Jacques Chirac fait de la fracture sociale un th\u00e8me de campagne, vingt ans apr\u00e8s, le th\u00e8me reste plus que jamais d\u2019actualit\u00e9, mais il est exploit\u00e9 sous d\u2019autres formes et par d\u2019autres partis.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Calibri; font-size: medium;\"><!--more-->Aujourd\u2019hui, le discours des partis au pouvoir n\u2019a pas \u00e9volu\u00e9, la place accord\u00e9e aux entreprises dans le discours et les actes s\u2019est accompagn\u00e9e d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne de contamination et de r\u00e9tr\u00e9cissement de l\u2019action politique. Partout on retrouve ces gouvernements obs\u00e9d\u00e9s par la gestion avec comme seul horizon le budget, les d\u00e9ficits, la fiscalit\u00e9, un peu le ch\u00f4mage, la s\u00e9curit\u00e9. Chaque probl\u00e8me est trait\u00e9 ind\u00e9pendamment du probl\u00e8me voisin. Leur devise pourrait-\u00eatre celle du royaume des Pays-Bas\u00a0: \u00ab\u00a0Je maintiendrai \u00bb, mais ils en sont bien incapables, r\u00e9duits \u00e0 ce paradoxe qui me sert de fil rouge, \u00ab\u00a0il fallait se d\u00e9p\u00eacher de tout changer afin que rien ne change\u00a0<\/span><a title=\"\" rel=\"nofollow\"><span style=\"color: #0000ff;\">[i]<\/span><\/a><span style=\"font-family: Calibri; font-size: medium;\">\u00a0\u00bb. Sans r\u00e9elle ma\u00eetrise sur les \u00e9l\u00e9ments, ils affrontent les temp\u00eates qu\u2019ils ont eux-m\u00eames d\u00e9clench\u00e9es. Restent les \u00e0-c\u00f4t\u00e9s\u00a0: utiliser les r\u00e9formes soci\u00e9tales pour donner l\u2019illusion de l\u2019action. C\u2019est finalement le seul domaine o\u00f9 les r\u00e9f\u00e9rences id\u00e9ologiques jouent encore un peu, le progr\u00e8s serait encore devant nous pour la gauche, alors que pour la droite, la solution est le retour vers l\u2019ordre moral qui, \u00e0 d\u00e9faut de r\u00e9soudre les crises, donne des rep\u00e8res rassurants. Ces d\u00e9bats focalisent l\u2019attention de l\u2019opinion publique. En interpellant les convictions et les croyances de chacun, ils cristallisent les antagonismes, avec le risque de r\u00e9veiller de vieux d\u00e9mons. En r\u00e9veillant de vieilles lignes de fractures, ils \u00e9vitent de s\u2019interroger sur la coh\u00e9sion sociale\u00a0: pourquoi se poser cette question puisque la soci\u00e9t\u00e9 est par nature fragment\u00e9e\u00a0?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Calibri;\"><span style=\"font-size: medium;\">Les discours d\u2019une droite d\u00e9sign\u00e9e sous le vocable politiquement correct de populiste rel\u00e8vent exactement de la m\u00eame ambigu\u00eft\u00e9 qui avait si bien r\u00e9ussi au discours lib\u00e9ral au milieu des ann\u00e9es 80. Des lendemains qui chantent gr\u00e2ce \u00e0 des mesures \u00e9nergiques et la prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e9conomique retrouv\u00e9e qui permettront \u00e0 chacun de consommer en paix. La modernit\u00e9 du style ne doit pas cacher que les id\u00e9es sentent la naphtaline et que la m\u00e9thode a d\u00e9j\u00e0 servi c\u2019est la m\u00eame sauce lib\u00e9rale avec des ingr\u00e9dients diff\u00e9rents. \u00a0<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Calibri; font-size: medium;\">Outre cet air de d\u00e9j\u00e0-vu, c\u2019est bien la m\u00e9thode qui pose probl\u00e8me. Jeter par-dessus bord une fraction de la population d\u2019un pays sous le triple pr\u00e9texte qu\u2019ils n\u2019ont pas la m\u00eame culture, qu\u2019ils occupent des emplois qui pourraient \u00eatre occup\u00e9s par des nationaux et qu\u2019ils co\u00fbtent plus en aides qu\u2019ils ne rapportent peut \u00eatre efficace en terme \u00e9lectoral\u00a0: aucune r\u00e9alit\u00e9<\/span>\u00a0<span style=\"color: #0000ff; font-family: Calibri; font-size: medium;\"><a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=http:\/\/www.oecd.org\/fr\/eco\/perspectives\/2086176.pdf&amp;sa=U&amp;ei=cvEFU4XSJeXnywOXzICoBg&amp;ved=0CAUQFjAA&amp;client=internal-uds-cse&amp;usg=AFQjCNG2ihQrwAKQME44jgN4twrub9cw2w\" rel=\"nofollow\">collective<\/a>\u00a0<\/span><a title=\"\" rel=\"nofollow\"><span style=\"color: #0000ff;\">[ii]<\/span><\/a>\u00a0<span style=\"font-family: Calibri; font-size: medium;\">ne peut fonder une telle politique (en plus de son \u00e9thique d\u00e9testable). Le repli sur la nation, d\u00e9connect\u00e9e en grande partie des \u00e9changes internationaux et \u00e0 l\u2019abri de barri\u00e8res douani\u00e8res est aussi une illusion. Les plus pauvres et la classe moyenne en paieront le prix fort, le rench\u00e9rissement de certains produits ne s\u2019accompagnera pas de hausses de salaires correspondantes, il faut bien maintenir le niveau de profit de ces pauvres patrons, n\u2019est-ce pas\u00a0? Les forteresses ont toujours \u00e9t\u00e9 construites dans l\u2019int\u00e9r\u00eat des puissants\u2026<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Calibri;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il n\u2019y a plus de norme sociale dominante positive, c&rsquo;est-\u00e0-dire un r\u00e9f\u00e9rentiel partag\u00e9 qui construit la coh\u00e9sion de la soci\u00e9t\u00e9 et qui a un sens ou qui constitue un mod\u00e8le pour les individus. La force des discours de la droite populiste, c\u2019est d\u2019\u00eatre en phase avec le p\u00f4le n\u00e9gatif des normes sociales\u00a0: la peur. Comme rien de ce qui pr\u00e9c\u00e8de ne traite les probl\u00e8mes de fond \u00e9voqu\u00e9s \u00e0 longueur de billets dans ce blog (merci Paul Jorion), le risque suppl\u00e9mentaire avec les partis \u00ab\u00a0populistes\u00a0\u00bb, c\u2019est la d\u00e9rive totalitaire au-del\u00e0 d\u2019un programme x\u00e9nophobe et nationaliste. La culture d\u00e9mocratique n\u2019est une r\u00e9f\u00e9rence pour ces partis que lorsqu\u2019elle sert leurs objectifs (il suffit de voir l\u2019exemple hongrois) ou elle est consid\u00e9r\u00e9e comme un privil\u00e8ge r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 une \u00ab\u00a0\u00e9lite\u00a0\u00bb de citoyens de souche, nul ne sait quels crit\u00e8res restrictifs peuvent restreindre demain l\u2019usage de ce privil\u00e8ge. L\u2019\u00e9ventail de lois et le d\u00e9ploiement des forces de l\u2019ordre n\u00e9cessaires \u00e0 la mise en \u0153uvre des programmes populistes peuvent tr\u00e8s bien \u00eatre mis au service du maintien d\u2019une paix int\u00e9rieure \u00e0 tout prix\u00a0: o\u00f9 sont les limites en ce domaine\u00a0? Enfin, si une situation de repli sur soi devait se g\u00e9n\u00e9raliser, l\u2019Europe pourrait bien se retrouver dans un contexte similaire \u00e0 celui qui a pr\u00e9sid\u00e9 aux conflits du 19<\/span><span style=\"font-size: small;\">e<\/span>\u00a0<span style=\"font-size: medium;\">et du 20<\/span><span style=\"font-size: small;\">e<\/span>\u00a0<span style=\"font-size: medium;\">Si\u00e8cle en Europe. Des tensions et des rivalit\u00e9s exacerb\u00e9es o\u00f9 la limite entre la guerre et la paix ne tient finalement que dans les mains d\u2019un nombre limit\u00e9 de dirigeants. \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Calibri; font-size: medium;\">Est-ce \u00e0 dire que les discours port\u00e9s par une gauche radicale sont plus en phase avec la situation actuelle\u00a0? Rien n\u2019est moins s\u00fbr. Dans l\u2019\u00e9ventail tr\u00e8s large qui va d\u2019une gauche populiste \u00e0 des courants de pens\u00e9e qui proposent des alternatives plus radicales, deux probl\u00e8mes se posent. Pour les partis d\u2019une gauche populiste, la faiblesse du discours tient \u00e0 la fois au gap \u00e9norme entre les mesures propos\u00e9es et la situation \u00e9conomique martel\u00e9e par les m\u00e9dias, ainsi qu\u2019aux exp\u00e9riences pass\u00e9es synonymes d\u2019\u00e9chec qui sont associ\u00e9es \u00e0 ces partis. Comment croire \u00e0 une hausse de salaire g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e quand les m\u00e9dias mart\u00e8lent \u00e0 longueur de journ\u00e9e qu\u2019il existe un probl\u00e8me de comp\u00e9titivit\u00e9 (entendez, de co\u00fbt du travail)\u00a0? Dans le contexte actuel, c\u2019est un discours qui attise les peurs et qui finit par \u00eatre contre-productif.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Calibri; font-size: medium;\">En ce qui concerne les tenants d\u2019alternatives plus radicales, on est dans le domaine des utopies. Poser un paradigme en rupture radicale avec le pr\u00e9sent (gratuit\u00e9, suppression de la propri\u00e9t\u00e9) comme seule solution aux enjeux actuels suppose que l&rsquo;individu s&rsquo;adapte instantan\u00e9ment \u00e0 ce nouveau contexte. Pr\u00e9supposer que la transition n&rsquo;est qu&rsquo;une contingence, qu&rsquo;une norme sociale \u00e9mergera imm\u00e9diatement, ce n&rsquo;est pas seulement reprendre la c\u00e9l\u00e8bre formule \u00ab du pass\u00e9 faisons table rase \u00bb, c&rsquo;est n\u00e9gliger l&rsquo;un des r\u00f4les fondamentaux d&rsquo;une norme sociale : canaliser les pulsions en un comportement socialement int\u00e9gr\u00e9 et r\u00e9guler la violence associ\u00e9e. L\u2019\u00e9puisement de la norme sociale dominante ne signifie pas pour autant que l\u2019on part d\u2019une page blanche. L\u2019envie de se raccrocher \u00e0 ce qui subsiste de normes sociales, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui explique qu\u2019aucune r\u00e9volte collective ne soit venue balayer cet Ancien Monde.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Calibri; font-size: medium;\">D\u2019aucuns imaginent qu\u2019une telle r\u00e9volte est la seule mani\u00e8re de faire bouger les choses, de faire \u00e9merger un monde nouveau. C\u2019est le propre d\u2019une avant-garde \u00e9clair\u00e9e\u00a0: comprendre les faiblesses d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 pour reb\u00e2tir une nouvelle structure de pouvoir, l\u2019exercice n\u2019est pas sans risque. J&rsquo;\u00e9voque souvent l&rsquo;objet du d\u00e9sir et le d\u00e9sir de l&rsquo;objet, mais je pense que beaucoup de pulsions sont de m\u00eame nature : pouvoir, puissance reconnaissance. Un nouveau paradigme issu d\u2019une r\u00e9volte conduite par une minorit\u00e9 d\u2019individus et plaqu\u00e9 ex nihilo a peu de chance de d\u00e9boucher sur un monde plus juste. Sans une nouvelle norme sociale, le paradigme ne deviendrait qu&rsquo;un cadre diff\u00e9rent dans lequel s&rsquo;exprimeraient les m\u00eames questions : celles du pouvoir, de la reconnaissance, de la puissance&#8230; C&rsquo;est ce que j&rsquo;exprimais d\u00e9j\u00e0 dans mon questionnement sur<\/span>\u00a0<a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=61812\" rel=\"nofollow\"><span style=\"color: #0000ff; font-family: Calibri; font-size: medium;\">le rapport entre les utopies et le pouvoir<\/span><\/a><span style=\"font-family: Calibri; font-size: medium;\">.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Calibri;\"><span style=\"font-size: medium;\">Les normes actuelles ont failli, elles posent de moins en moins de limites et elles conduisent \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 de plus en plus d\u00e9structur\u00e9e o\u00f9 la violence individuelle ou collective n&rsquo;est encore que largement potentielle (un rapport de force), mais jusqu&rsquo;\u00e0 quand encore ? La question de la transition devient centrale. Dans le d\u00e9sert en train de na\u00eetre de l\u2019\u00e9puisement des normes, il est peut-\u00eatre temps d\u2019associer le discours politique \u00e0 une nouvelle dimension, sa capacit\u00e9 \u00e0 faire \u00e9merger une nouvelle norme sociale, \u00e0 g\u00e9rer une transition. \u00a0<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Calibri; font-size: medium;\">Entre le court-termisme qui a montr\u00e9 toutes ses limites et des changements radicaux qui ne seront jamais mis en \u0153uvre, n&rsquo;y-a-t-il pas la place pour un discours qui se focaliserait uniquement sur le changement de cap, sans pr\u00e9supposer ce que doit \u00eatre monde futur, mais sans perdre de vue non plus ce que sont les enjeux majeurs (\u00e9cologie, \u00e9nergie\u2026)\u00a0?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Calibri; font-size: medium;\">Penser la transition c\u2019est cesser de raisonner \u00e0 la mani\u00e8re des entreprises\u00a0: fixer des objectifs pr\u00e9cis et des moyens pour y parvenir est un mode de pens\u00e9e profond\u00e9ment inadapt\u00e9 \u00e0 l\u2019action politique. Outre que les moyens font d\u00e9faut de par la volont\u00e9 m\u00eame des hommes politiques, cette approche voit le corps social fonctionner comme un tout tendu vers un objectif commun, elle n\u00e9glige la complexit\u00e9 des interactions sociales, les rapports de force, le nombre de param\u00e8tres qui \u00e9chappe au contr\u00f4le, les lignes de fracture et les objectifs divergents des diff\u00e9rents acteurs du syst\u00e8me.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Calibri; font-size: medium;\">Penser la transition, c\u2019est \u00e9largir les perspectives et remonter aux sources r\u00e9elles d\u2019une situation. Il n\u2019y a pas de probl\u00e8me du ch\u00f4mage ou de financement des retraites, il y a un probl\u00e8me global de r\u00e9partition du travail. Il se pose avec d\u2019autant plus d\u2019acuit\u00e9 que les rapports de forces entre l\u2019\u00e9conomie et la politique ont permis ces d\u00e9rives, parce que la norme de profit a pu s\u2019\u00e9lever sans que des limites politiques soient pos\u00e9es en ce domaine. La dette des \u00c9tats n\u2019est pas le r\u00e9sultat d\u2019une gabegie g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, elle est le r\u00e9sultat de l\u2019explosion des d\u00e9penses sociales qui ne conna\u00eetront pas de limite si on laisse les attentes de profit s\u2019exprimer librement (c\u2019est vrai pas seulement dans le domaine du travail, mais aussi dans le domaine de la sant\u00e9)\u2026<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Calibri;\"><span style=\"font-size: medium;\">Penser la transition, c\u2019est focaliser l\u2019action politique sur les conditions n\u00e9cessaires au changement. Une mesure n\u2019est pas efficace car elle a obtenu tel ou tel r\u00e9sultat souvent \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, elle est efficace, car elle contraint l\u2019environnement des acteurs, elle les oblige \u00e0 reconsid\u00e9rer leur comportement, elle modifie les rapports de forces. En d\u2019autres termes, il est inutile de r\u00e9former les retraites ou de cr\u00e9er de nouveaux incitants fiscaux. Si les attentes de profits ne sont pas mod\u00e9r\u00e9es, si les rapports de forces ne sont pas r\u00e9\u00e9quilibr\u00e9s en faveur des salari\u00e9s, les r\u00e9sultats ne peuvent qu\u2019\u00eatre transitoires et ne seront qu\u2019un nouveau palier dans la descente aux enfers. \u00a0\u00a0<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Calibri;\"><span style=\"font-size: medium;\">Si je suis souvent en accord avec des mesures \u00e9voqu\u00e9 sur ce blog, ce n\u2019est pas par rapport \u00e0 un objectif affich\u00e9 sur lequel j\u2019exprime parfois des doutes, c\u2019est qu\u2019elles interviennent sur les rapports de forces, c\u2019est qu\u2019elles sont de nature \u00e0 changer le comportement des acteurs. Se positionner par rapport \u00e0 un futur lointain o\u00f9 faire des r\u00e9formes pour figer un \u00e9tat de choses sont des alternatives qui ne r\u00e9pondent pas aux enjeux imm\u00e9diats, l\u2019intelligence du monde, c\u2019est de le penser comme un syst\u00e8me dynamique, perp\u00e9tuellement en transition, y a-t-il un parti pr\u00eat \u00e0 relever le d\u00e9fi\u00a0? \u00a0 \u00a0\u00a0<\/span><\/span><\/p>\n<div>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" rel=\"nofollow\"><span style=\"color: #0000ff;\">[i]<\/span><\/a>\u00a0<span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Calibri;\">\u00ab\u00a0Crises \u00e9conomiques et r\u00e9gulations collectives \u2013 Le paradoxe du gu\u00e9pard aux \u00e9ditions du Cygne<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" rel=\"nofollow\"><span style=\"color: #0000ff;\">[ii]<\/span><\/a>\u00a0<span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Calibri;\">M\u00eame une institution aussi peu gauchiste que l\u2019OCDE le dit\u2026 C\u2019est pourquoi les partis populistes partent toujours d\u2019exemples particuliers qu\u2019ils g\u00e9n\u00e9ralisent, comme on peut g\u00e9n\u00e9raliser par exemple le cas d\u2019une entreprise qui embauche ou la vie sentimentale plut\u00f4t agit\u00e9e de nos pr\u00e9sidents.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<div>\n<p><span style=\"font-family: Calibri; font-size: medium;\">Les discours politiques des partis de pouvoir ne sont plus en phase avec la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019aujourd\u2019hui. Au-del\u00e0 de leur dimension id\u00e9ologique, ils font appel \u00e0 des r\u00e9f\u00e9rentiels d\u00e9pass\u00e9s ou en voie d\u2019\u00e9puisement. Cette situation refl\u00e8te peu ou prou l\u2019\u00e9tat pr\u00e9sent des normes collectives\u00a0: la norme de progr\u00e8s a [&hellip;]<\/span><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","footnotes":""},"categories":[1603,17],"tags":[292,338,768],"class_list":["post-62507","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-grand-tournant","category-politique","tag-populisme","tag-salaires","tag-transition"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/62507","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=62507"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/62507\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":62508,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/62507\/revisions\/62508"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=62507"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=62507"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=62507"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}