{"id":64329,"date":"2014-04-23T19:12:44","date_gmt":"2014-04-23T17:12:44","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=64329"},"modified":"2014-04-23T23:28:40","modified_gmt":"2014-04-23T21:28:40","slug":"entre-les-lignes-et-les-tranchees-replique-a-jean-pierre-gueno-par-cedric-mas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2014\/04\/23\/entre-les-lignes-et-les-tranchees-replique-a-jean-pierre-gueno-par-cedric-mas\/","title":{"rendered":"<b>\u00ab\u00a0Entre les lignes et les tranch\u00e9es\u00a0\u00bb : R\u00c9PLIQUE \u00c0 JEAN-PIERRE GU\u00c9NO<\/b>, par C\u00e9dric Mas"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9. Commentaire sur <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=64307\" target=\"_blank\">Entre les lignes et les tranch\u00e9es<\/a>, par Jean-Pierre Gu\u00e9no<\/p><\/blockquote>\n<p>Un document pr\u00e9sent\u00e9 comme l&rsquo;un des \u00ab\u00a0temps forts\u00a0\u00bb d&rsquo;une exposition consacr\u00e9e \u00e0 la Grande Guerre \u00ab\u00a0Entre les lignes et les tranch\u00e9es\u00a0\u00bb au Mus\u00e9e des Lettres et Manuscrits \u00e0 Paris a largement retenu l&rsquo;attention de nombreux commentateurs, qui l&rsquo;ont relay\u00e9 par diff\u00e9rents m\u00e9dias.<\/p>\n<p>Il s&rsquo;agit d&rsquo;une interview d&rsquo;un banquier am\u00e9ricain anonyme par un journaliste Camille Ferri-Pisani, qui est pr\u00e9sent\u00e9e sur le site de l&rsquo;exposition comme \u00ab\u00a0<em>L&rsquo;interview du plus grand banquier des \u00c9tats-Unis qui explique en mars 1917 les vraies causes et les vrais ressorts d&rsquo;une guerre avant tout \u00e9conomique\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9motion suscit\u00e9e par ce document pr\u00e9sent\u00e9 d&rsquo;une mani\u00e8re telle qu&rsquo;il peut laisser penser \u00e0 une lourde responsabilit\u00e9 des banques am\u00e9ricaines sur le d\u00e9clenchement de la Grande Guerre et son d\u00e9roulement, conflit d\u00e9clench\u00e9 dans le seul but de faire du profit et de \u00ab\u00a0sauver\u00a0\u00bb leurs d\u00e9biteurs, a amen\u00e9 <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=64253\" target=\"_blank\">une r\u00e9action de Patrick Osbert<\/a>, que j&rsquo;ai trouv\u00e9 \u00e9quilibr\u00e9e et surtout saine.<\/p>\n<p>Quelle ne fut pas ma surprise (et ma d\u00e9ception) de voir publi\u00e9e aujourd&rsquo;hui une r\u00e9ponse, r\u00e9dig\u00e9e par le commissaire de l&rsquo;exposition, Jean-Pierre Gu\u00e9no, historien r\u00e9put\u00e9 notamment pour son ouvrage sur les lettres des poilus, barom\u00e8tre d&rsquo;une richesse extraordinaire pour analyser l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit des soldats qui combattirent pendant ces quatre ann\u00e9es d&rsquo;enfer.<\/p>\n<p>Cette r\u00e9ponse n&rsquo;est pas satisfaisante, \u00a0aussi bien quant \u00e0 la m\u00e9thode historique que sur le fond.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p><strong><em>De quoi s&rsquo;agit-il ?<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Patrick Osbert s&rsquo;est interrog\u00e9 sur la pertinence de la pr\u00e9sentation dans cette exposition d&rsquo;une interview d&rsquo;un \u00ab\u00a0anonyme\u00a0\u00bb, pr\u00e9sent\u00e9 comme un banquier am\u00e9ricain (qui devient dans l&rsquo;exposition \u00ab\u00a0le plus grand banquier am\u00e9ricain\u00a0\u00bb \u2013 ce qui ne devrait pas lui permettre de conserver son anonymat longtemps avec un minimum de recherches sur les Banques US de 1917), pr\u00e9tendument recueillie par un journaliste qui s&rsquo;est distingu\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises par des \u00ab\u00a0rajouts\u00a0\u00bb et des \u00ab\u00a0inventions\u00a0\u00bb dans ses r\u00e9cits.<\/p>\n<p>Le fait que cette interview ait r\u00e9ellement \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e en mars 1917, comme le r\u00e9pond Monsieur Gu\u00e9no, n&rsquo;est pas suffisant pour lui donner la valeur de \u00ab\u00a0<em>pi\u00e8ce authentique<\/em>\u00a0\u00bb de \u00ab\u00a0<em>pi\u00e8ce \u00e0 conviction<\/em>\u00a0\u00bb pour reprendre ses propres termes.<\/p>\n<p>Il s&rsquo;agit d&rsquo;un \u00e9crit, peut-\u00eatre compl\u00e8tement invent\u00e9, ou seulement reconstruit par Monsieur Ferri-Pisani sur la base de conversations avec des Am\u00e9ricains (dont certains se sont m\u00eame peut-\u00eatre pr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 lui comme \u00ab\u00a0Banquier\u00a0\u00bb, terme vague pouvant d\u00e9signer de multiples fonctions, la plupart loin de la Maison Blanche et des d\u00e9cisions diplomatiques et militaires am\u00e9ricaines), mais qui n&rsquo;a intrins\u00e8quement aucune valeur historique s\u00e9rieuse.<\/p>\n<p>Il n\u00e9cessite donc soit de s\u00e9rieuses recherches d\u00e9montrant que les affirmations pr\u00e9tendument tenues dans cette interview \u00e9manent bien d&rsquo;une personne ayant de l&rsquo;influence sur la diplomatie am\u00e9ricaine, que ces propos d&rsquo;un cynisme et d&rsquo;une violence inou\u00efe correspondent aux id\u00e9es commun\u00e9ment admises dans les \u00e9lites am\u00e9ricaines de 1917. Rien dans les \u00e9l\u00e9ments transmis dans la r\u00e9ponse ne permet \u00e0 ce stade d&rsquo;en juger, si ce n&rsquo;est un encha\u00eenement d&rsquo;affirmations particuli\u00e8rement l\u00e9g\u00e8res.<\/p>\n<p>Il est particuli\u00e8rement \u00e9tonnant, et d\u00e9cevant, de voir un historien professionnel reconnu, se fonder ainsi sur un t\u00e9moignage anonyme publi\u00e9 par un personnage dont les r\u00e9cits, riches en couleur et en pittoresque sont loin d&rsquo;\u00eatre d&rsquo;une exactitude incontestable. Le seul m\u00e9rite de cette \u00ab\u00a0interview\u00a0\u00bb est de s&rsquo;\u00eatre partiellement v\u00e9rifi\u00e9e : oui les USA sont entr\u00e9s en guerre en 1917 du c\u00f4t\u00e9 des Alli\u00e9s, (mais c&rsquo;\u00e9tait pr\u00e9visible \u00e0 partir de 1916 et m\u00eame avant pour les esprits \u00e9clair\u00e9s) et non, les USA ne sont pas entr\u00e9s seulement pour se faire rembourser leurs dettes : il y avait aussi de vagues questions de libert\u00e9 de circulation et de commerce naval, et aussi des enjeux humanistes (la personnalit\u00e9 du Pr\u00e9sident Wilson ne peut \u00eatre \u00e9cart\u00e9e) mobilis\u00e9s habilement par une propagande alli\u00e9e d&rsquo;une grande efficacit\u00e9 d\u00e8s l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1914 \u2013 il est vrai bien soutenue par la brutalit\u00e9 des troupes allemandes en Belgique.<\/p>\n<p>Dans le contexte actuel de tension extr\u00eame des populations, de \u00ab\u00a0complotisme\u00a0\u00bb aigu aliment\u00e9 par les extr\u00eames de tous bords, pr\u00e9senter ce texte comme \u00ab\u00a0authentique\u00a0\u00bb sans l&rsquo;appareil critique n\u00e9cessaire pour permettre aux visiteurs d&rsquo;en saisir le caract\u00e8re douteux, orient\u00e9 et parcellaire n&rsquo;est pas acceptable de la partd&rsquo;un historien qui pr\u00e9tend ne pas vouloir \u00ab\u00a0<em>dicter aux visiteurs (\u2026) leur fa\u00e7on de penser<\/em>\u00ab\u00a0, ou d&rsquo;un \u00ab\u00a0<em>passeur de m\u00e9moire<\/em>\u00a0\u00bb pour lequel \u00ab\u00a0<em>l&rsquo;histoire n&rsquo;est jamais ni blanche ni noire<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Les responsabilit\u00e9s de la Finance dans la Crise actuelle exigent une rigoureuse s\u00e9v\u00e9rit\u00e9, mais elles obligent \u00e0 \u00e9viter ce mauvais proc\u00e8s, qui lui permettrait de d\u00e9tourner le d\u00e9bat vers des accusations fond\u00e9es sur des documents douteux et pr\u00e9sent\u00e9s de mani\u00e8re biais\u00e9e. Les Banques et \u00e9tablissements financiers ont fait preuve en 2007-2008 d&rsquo;un cynisme qui ne se d\u00e9ment pas. Il est hors de question qu&rsquo;elles puissent se refaire une virginit\u00e9 \u00e0 bon compte.<\/p>\n<p>La r\u00e9action de Patrick Osbert est donc parfaitement justifi\u00e9e et l\u00e9gitime, et il est \u00e0 esp\u00e9rer que ce d\u00e9bat am\u00e8ne les organisateurs de cette exposition \u00e0 ajouter \u00e0 l&rsquo;attention des visiteurs, soit les \u00e9l\u00e9ments objectifs, et historiquement admissibles sur lesquels ils se fondent pour donner du cr\u00e9dit \u00e0 cette interview d&rsquo;un \u00ab\u00a0banquier anonyme\u00a0\u00bb (qui est qualifi\u00e9 de \u00ab\u00a0<em>businessman protestant pragmatique et r\u00e9aliste qui a compris (\u2026) que la plan\u00e8te \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 \u00e9conomiquement mondialis\u00e9e<\/em>\u00ab\u00a0, alors qu&rsquo;il aurait aussi bien pu \u00eatre qualifi\u00e9 de juif, franc-ma\u00e7on ou synarchiste pour rester dans le registre du complot mondial), soit une mention des r\u00e9serves que ce document doit attirer.<\/p>\n<p><strong><em>En allant au-del\u00e0<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Dans la r\u00e9ponse de Monsieur Gu\u00e9no, il m&rsquo;est difficile de ne pas relever plusieurs affirmations historiquement contestables et qui sont \u00e9loquentes sur la r\u00e9alit\u00e9 de la d\u00e9marche qui l&rsquo;anime, au-del\u00e0 de ses proclamations de principe qui raviraient un psychanalyste.<\/p>\n<p>Pour justifier l&rsquo;authenticit\u00e9 de l&rsquo;interview du banquier anonyme publi\u00e9e sous la plume de Ferri-Pisani, Monsieur Gu\u00e9no renvoie \u00e0 un autre des moments pr\u00e9sent\u00e9s comme \u00ab\u00a0forts\u00a0\u00bb de l&rsquo;exposition susvis\u00e9e : \u00a0\u00bb <em>Deux affiches de mobilisation et de r\u00e9quisition de la Grande Guerre : celle des hommes et celle des chevaux placard\u00e9es partout en France le dimanche 2 ao\u00fbt 1914 et imprim\u00e9es\u2026 10 ans plus t\u00f4t, en 1904, au moment o\u00f9 Jaur\u00e8s cherchait \u00e0 convaincre la jeunesse du fait que la paix sociale conditionnait la paix militaire !<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Il est inutile de relever le biais id\u00e9ologique sous-tendant la mise en parall\u00e8le entre l&rsquo;impression des affiches informant de la mobilisation en 1904 et les discours de Jaur\u00e8s sur la paix sociale.<\/p>\n<p>L\u00e0 encore, une d\u00e9marche historique honn\u00eate aurait d\u00fb imposer quelques recherches pour d\u00e9couvrir que c&rsquo;est en 1904 que l&rsquo;organisation de la mobilisation des hommes et des animaux (tr\u00e8s importante dans une arm\u00e9e encore largement hippomobile) a \u00e9t\u00e9 refondue et r\u00e9actualis\u00e9e. L&rsquo;ensemble des Plans et instructions ont \u00e9t\u00e9 transmis en 1904 aux diff\u00e9rents d\u00e9partements (c&rsquo;est ce qui appara\u00eet dans toutes les archives d\u00e9partementales).<\/p>\n<p>Il s&rsquo;agit d&rsquo;une pure mesure administrative de mise \u00e0 jour des documents, prise dans un contexte international plut\u00f4t pacifi\u00e9 (signature de l&rsquo;entente cordiale) malgr\u00e9 quelques conflits au loin (d\u00e9but de la guerre russo-japonaise).<\/p>\n<p>La mobilisation de plusieurs centaines de milliers d&rsquo;hommes ne peut \u00eatre improvis\u00e9e, et c&rsquo;est ainsi que d\u00e8s les premi\u00e8res ann\u00e9es de la III\u00e8me R\u00e9publique, les administrations concern\u00e9es vont \u00e9mettre une quantit\u00e9 de documents et de normes, \u00e0 commencer par les nombreux plan de mobilisation et de d\u00e9ploiement, qui vont varier avec le temps en fonction des options retenues (les Instructions portent sur la mobilisation, les d\u00e9lais, les \u00e9quipements, les communications, les lieux de rassemblement des hommes et des chevaux, les plans de transport en train, les zones de d\u00e9ploiement en fonction de l&rsquo;ennemi\u2026).<\/p>\n<p>En 1904, l&rsquo;administration a ainsi r\u00e9imprim\u00e9 les affiches sans date permettant de mobiliser les hommes et de r\u00e9quisitionner les chevaux, qui sont r\u00e9guli\u00e8rement recens\u00e9s et d\u00e9clar\u00e9s \u00e0 cet effet. Cette r\u00e9impression porte aussi sur les projets d&rsquo;affiche de mobilisation partielle.<\/p>\n<p>Ces affiches, r\u00e9imprim\u00e9es en 1904, seront placard\u00e9es en 1914, avec la date remplie \u00e0 la main. Aucun sensationnalisme \u00e0 tirer de cela. Il est difficile de trouver dans le souci l\u00e9gitime de l&rsquo;administration fran\u00e7aise de ne pas reproduire le chaos v\u00e9cu en 1870 lors de la pr\u00e9c\u00e9dente mobilisation la moindre pr\u00e9m\u00e9ditation sugg\u00e9r\u00e9e par le biais de la pr\u00e9sentation (on cherchera d&rsquo;ailleurs en vain ici un scoop dans une information mentionn\u00e9e m\u00eame dans <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Mobilisation_fran%C3%A7aise_de_1914#D.C3.A9cret_de_mobilisation\">Wikip\u00e9dia<\/a>).<\/p>\n<p>Enfin, l&rsquo;affirmation par Mr Gu\u00e9no \u00ab\u00a0<em>les corps exp\u00e9ditionnaires am\u00e9ricains vont compter jusqu&rsquo;\u00e0 deux millions d&rsquo;hommes. 116.000 ne reviendront pas. Sans eux, apr\u00e8s avoir fr\u00f4l\u00e9 la catastrophe en mai\/juin 1918, jamais les alli\u00e9s n&rsquo;auraient triomph\u00e9 de l&rsquo;Allemagne<\/em>\u00a0\u00bb est tout aussi contestable.<\/p>\n<p>En d&rsquo;autres temps, je pourrais \u00eatre amus\u00e9 de constater encore aujourd&rsquo;hui les effets de l&rsquo;habilet\u00e9 de P\u00e9tain dans la manipulation du moral de ses soldats (bien relay\u00e9 par la propagande de Vichy). Son \u00ab\u00a0J&rsquo;attends les Am\u00e9ricains et les chars\u00a0\u00bb est surtout un coup \u00ab\u00a0marketing\u00a0\u00bb pour faire patienter les politiques et les Britanniques et laisser s&rsquo;\u00e9puiser le dernier effort allemand du printemps 1918. Sa strat\u00e9gie n&rsquo;a contrairement \u00e0 cette affirmation pas d&rsquo;autre objectif que d&rsquo;allouer la part du lion aux arm\u00e9es fran\u00e7aises dans la victoire. Les op\u00e9rations les plus glorieuses, les offensives principales seront essentiellement r\u00e9alis\u00e9es par les Fran\u00e7ais et les Britanniques (dans une moindre mesure car ils sont \u00e9puis\u00e9s apr\u00e8s les sanglantes offensives de 1917).<\/p>\n<p>Ainsi, les faits sont t\u00eatus : lorsque les Allemands constatent leur d\u00e9faite, le corps exp\u00e9ditionnaire am\u00e9ricain n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9cisif.<\/p>\n<p>La victoire d\u00e9fensive puis offensive a \u00e9t\u00e9 remport\u00e9e par les arm\u00e9es franco-britanniques. Les Am\u00e9ricains (certes 2 millions dans les camps d&rsquo;entra\u00eenement, mais bien moins nombreux sur le front) ne devaient peser de tout leur poids qu&rsquo;en 1919.<\/p>\n<p>Un rapide examen des ordres de bataille et de la chronologie des engagements montre ainsi que les troupes US ne sont engag\u00e9es que tr\u00e8s partiellement depuis leur premier combat d\u00e9but novembre 1917. Ainsi au 15 juillet 1918, ils ne sont que 50.000 \u00e0 combattre sur le front. Leur nombre augmente rapidement, puisqu&rsquo;en ao\u00fbt, il y a environ 250.000 hommes. Ces engagements sont faits sous contr\u00f4le \u00e9troit des Fran\u00e7ais, qui encadrent, forment et surtout \u00e9quipent compl\u00e8tement les Am\u00e9ricains (on oublie un peu vite que l&rsquo;essentiel des armes lourdes employ\u00e9es sont fabriqu\u00e9es par les Fran\u00e7ais et revendues aux Am\u00e9ricains). Ces combats sont aussi tr\u00e8s co\u00fbteux, les Am\u00e9ricains se montrant tr\u00e8s maladroits et peu \u00e9conomes de leurs troupes.<\/p>\n<p>Lors de l&rsquo;Armistice, il y a certes deux millions d&rsquo;Am\u00e9ricains en France, mais seulement trois arm\u00e9es am\u00e9ricaines sur le front (dont les deux derni\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9es en octobre et novembre 1918), cantonn\u00e9es sur des secteurs \u00e9loign\u00e9s des offensives principales (Vosges, Wo\u00ebvre, Alsace) et renforc\u00e9es par plusieurs corps d&rsquo;arm\u00e9e de troupes fran\u00e7aises.<\/p>\n<p>Pour conclure, loin d&rsquo;infirmer le doute l\u00e9gitime exprim\u00e9 par Patrick Osbert, la r\u00e9ponse de Jean-Pierre Gu\u00e9no confirme que cette exposition manque manifestement son but.<\/p>\n<p>Si montrer la \u00ab\u00a0face cach\u00e9e\u00a0\u00bb des \u00e9v\u00e8nements pass\u00e9s, infirmer les explications jusque-l\u00e0 commun\u00e9ment admises, offrir aux lecteurs des informations in\u00e9dites sont les r\u00e9compenses l\u00e9gitimes du travail de l&rsquo;historien, elles ne peuvent \u00eatre que le fruit d&rsquo;une recherche s\u00e9rieuse, loin des biais id\u00e9ologiques et sensationnalistes.<\/p>\n<p>Il existe encore tant de choses \u00e0 d\u00e9couvrir sur les ressorts profonds, les structures et les enjeux de la Grande Guerre, que l&rsquo;on est pein\u00e9 de voir ainsi tant d&rsquo;\u00e9nergie et de bonnes volont\u00e9s gaspill\u00e9es dans des impasses ou des chemins \u00e0 peine d\u00e9blay\u00e9s.<\/p>\n<p>Et si Monsieur Gu\u00e9no veut sinc\u00e8rement stigmatiser le grand capital dans la Grande Guerre, je l&rsquo;invite humblement \u00e0 creuser la question de l&rsquo;abandon du bassin de Briey en 1914[i], ou des man\u0153uvres de paix blanche de 1916.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>[i] Bien que le sujet ait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 admirablement travaill\u00e9 par Jean-Claude DELHEZ<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9. 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