{"id":64630,"date":"2014-05-04T15:41:30","date_gmt":"2014-05-04T13:41:30","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=64630"},"modified":"2014-05-04T15:41:30","modified_gmt":"2014-05-04T13:41:30","slug":"les-robots-la-memoire-et-lespece-humaine-par-pierre-yves-dambrine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2014\/05\/04\/les-robots-la-memoire-et-lespece-humaine-par-pierre-yves-dambrine\/","title":{"rendered":"<b>Les robots, la m\u00e9moire et l&rsquo;esp\u00e8ce humaine<\/b>, par Pierre-Yves Dambrine\u00a0"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Cher \u00ab\u00a0Un Belge\u00a0\u00bb,<\/p>\n<p>J&rsquo;ai lu avec int\u00e9r\u00eat ton billet intitul\u00e9 <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=64512\">\u00ab\u00a0Le robot n&rsquo;est pas celui qu&rsquo;on croit\u00a0\u00bb<\/a> o\u00f9 tu nous assimiles d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 \u00e0 des robots, je souscris \u00e0 cette analyse, qui met le doigt sur le sympt\u00f4me d&rsquo;une humanit\u00e9 en perdition.<\/p>\n<p>Nonobstant, il me semble qu&rsquo;on peut apporter un \u00e9l\u00e9ment suppl\u00e9mentaire dans le d\u00e9bat\u00a0; je veux parler de la m\u00e9moire, celle qui nous est personnelle, et celle, collective, que nous partageons avec nos semblables, ces deux m\u00e9moires n&rsquo;\u00e9tant en r\u00e9alit\u00e9 que deux aspects d&rsquo;une m\u00eame r\u00e9alit\u00e9 o\u00f9 se m\u00ealent souvenirs personnels, c&rsquo;est \u00e0 dire relatifs au parcours de nos existences individuelles, et souvenirs relatifs \u00e0 des r\u00e9f\u00e9rences collectives, et celles qui nous sont l\u00e9gu\u00e9es par l&rsquo;histoire, la litt\u00e9rature, en un mot par la culture, au sens le plus large du terme, celle-ci incluant aussi bien le d\u00e9veloppement des sciences. Cette question est importante en ce qui concerne le probl\u00e8me que tu soul\u00e8ves, parce que les robots et les machines du futur pourraient bien ne pas \u00eatre simplement des esclaves auxquels on dit ce qu&rsquo;ils doivent faire, comme dans le cas des ordinateurs ou des syst\u00e8mes experts. Certes les robots et les machines sophistiqu\u00e9es ont en quelque sorte leur m\u00e9moire, mais celles-ci sont encore tr\u00e8s frustes, m\u00eame si elles causent d\u00e9j\u00e0 de gros d\u00e9g\u00e2ts, je pense notamment au Trading \u00e0 haute fr\u00e9quence (HFT) utilis\u00e9 pour sp\u00e9culer.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Tu as sans doute comme moi lu les <em><a href=\"http:\/\/croquant.atheles.org\/horscollection\/principesdessystemesintelligents\/index.html\">Principes des syst\u00e8mes intelligents<\/a><\/em> (1989\u00a0; 2012) de Paul Jorion dont la port\u00e9e d\u00e9passe \u00e0 mon avis largement le domaine de l&rsquo;intelligence artificielle, parce qu\u2019au lieu de consid\u00e9rer comme on le fait habituellement que le cerveau humain fonctionne \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;un ordinateur on y part du principe inverse selon lequel l\u2019intelligence artificielle devrait simuler l\u2019intelligence humaine et cela en prenant comme crit\u00e8re la fa\u00e7on dont les humains eux-m\u00eames per\u00e7oivent cette intelligence. Ainsi un syst\u00e8me d\u2019intelligence artificielle est digne de ce nom (on retrouve ici le fameux <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Test_de_Turing\">\u00ab\u00a0test de Turing\u00a0\u00bb<\/a>) quand l\u2019humain qui l\u2019interrogerait ne ferait plus de diff\u00e9rence entre les r\u00e9ponses et questions qu\u2019ils apportent et celles que les humains font entre eux lorsqu\u2019ils se consultent pour r\u00e9soudre un probl\u00e8me, voire lorsque les machines communiquent entre elles. Cette approche revient finalement \u00e0 humaniser l\u2019artificiel plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 artificialiser l\u2019humain. D\u00e8s lors il ne serait pas in\u00e9luctable que nous devrions continuer \u00e0 nous comporter en robots ou tout au moins le devenir, de plus en plus, avec \u00e0 l\u2019horizon un monde du tout robotique, qui irait bien au del\u00e0 de la prise en charge des t\u00e2ches ingrates et dangereuses que les machines font heureusement \u00e0 notre place lorsqu\u2019elles nous privent de nos savoir faire. La tendance \u00e0 la robotisation de l\u2019humain existe bien, tu la d\u00e9nonces \u00e0 juste titre dans ton billet. Mais il me semble qu\u2019il faut aller plus loin dans l\u2019analyse en distinguant robotique et intelligence artificielle, et au sein m\u00eame de l\u2019intelligence artificielle en faisant une diff\u00e9rence entre celle qui serait au service de l\u2019humanit\u00e9 et celle qui au contraire contribuerait \u00e0 sa destruction.<\/p>\n<p>L\u2019intelligence artificielle n\u2019est pas une panac\u00e9e en soi\u00a0car il ne me semble pas que l\u2019on puisse r\u00e9duire l\u2019humain \u00e0 sa seule intelligence\u00a0; il est certes possible d\u2019apporter des r\u00e9ponses aux questions essentielles\u00a0: d\u2019o\u00f9 venons-nous, qui sommes-nous, que sommes-nous, o\u00f9 allons-nous, mais \u00e0 la question de savoir pourquoi il y a quelque chose plut\u00f4t que rien, c\u2019est \u00e0 dire au sujet de l\u2019existence m\u00eame de nos existences, c\u2019est \u00e0 dire de son myst\u00e8re qui provoque en nous l\u2019\u00e9tonnement, nul n\u2019a jusqu\u2019ici pu y r\u00e9pondre de fa\u00e7on satisfaisante, mythes et religions ne convainquant par d\u00e9finition que ceux qui y croient. Quant \u00e0 la science elle se donne des objets d\u2019\u00e9tude, lesquels par d\u00e9finition ne traitent que ce qui est enclos dans des limites elles-m\u00eames d\u00e9finies explicitement. Et je doute ainsi qu\u2019un jour une intelligence artificielle puisse faire mieux que nous ne le faisons quant \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 la question de l\u2019existence en tant que telle (que je ne confonds pas avec la conscience quand l\u2019on r\u00e9duit \u00e0 la conscience de quelque chose).<\/p>\n<p>Pour autant, la question m\u00e9taphysique c\u00e8de la place \u00e0 une question au moins aussi importante de la survie quand les conditions commencent \u00e0 \u00eatre r\u00e9unies pour que disparaisse la possibilit\u00e9 m\u00eame de nous \u00e9tonner de notre existence si l\u2019esp\u00e8ce humaine devait dispara\u00eetre. Aussi, ne me semble-t-il pas inutile de nous int\u00e9resser \u00e0 la r\u00e9flexion men\u00e9e par Paul Jorion sur les <em>principes des syst\u00e8mes intelligents<\/em> avant que l\u2019application de ces derniers n\u2019installe un monde o\u00f9 des machines et les robots intelligents se reproduiront sans nous, faute d\u2019avoir su penser \u00e0 temps les implications de ces recherches pour ce qu\u2019elles nous disent, paradoxalement, de notre humanit\u00e9 et de ses ressources propres. Nous sommes sans doute d\u00e9j\u00e0 engag\u00e9s comme le sugg\u00e8re Paul Jorion dans nombre de ses r\u00e9centes interventions dans une course entre les applications partielles et mortif\u00e8res de l\u2019intelligence artificielle qui contribuent \u00e0 l\u2019agonie destructrice du capitalisme et accroissent la complexit\u00e9 non ma\u00eetris\u00e9e qui in fine causera notre disparition et les applications b\u00e9n\u00e9fiques de ces principes pour notre survie et tout simplement pour la vie avec toutes ses facettes qui demeure encore en nous m\u00eame si parfois la vie se r\u00e9duit \u00e0 quelque chose de tellement t\u00e9nu que nous sommes en proie au d\u00e9sespoir.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Paul Jorion pour d\u00e9finir l\u2019intelligence artificielle, en r\u00e9alit\u00e9, comme il me semble, pour d\u00e9finir une intelligence de part en part humaine, reconsid\u00e8re le r\u00f4le de la m\u00e9moire et son mode de fonctionnement en lien avec la mani\u00e8re dont les humains communiquent entre eux, tout cela en faisant un usage original de la psychanalyse et de la linguistique ainsi que de la ph\u00e9nom\u00e9nologie. Autant dire qu\u2019il apporte un regard en amont, celui de l\u2019anthropologue novateur qu\u2019il est avant tout, et j\u2019ajoute, de l\u2019anthropologue citoyen, soucieux de trouver des solutions viables et d\u00e9sirables pour sortir l\u2019esp\u00e8ce humaine de son tr\u00e8s mauvais pas.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Notre m\u00e9moire, donc, pour la r\u00e9solution des probl\u00e8mes, associe deux capacit\u00e9s compl\u00e9mentaires. D\u2019une part celle qui nous permet de nous r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 un \u00e9tat de choses, et d\u2019autre part celle qui nous permet d\u2019entrer en communication avec les autres en faisant intervenir nos sentiments ou affects, parce que c\u2019est de cette mani\u00e8re que communiquent tous les \u00eatres sociaux. Notre m\u00e9moire se constitue au sein d\u2019un r\u00e9seau mn\u00e9sique tout au long de notre existence de telle sorte que tout ce qui a pu \u00eatre m\u00e9moris\u00e9 par chacun d\u2019entre nous l\u2019est toujours de fa\u00e7on unique, non seulement parce que nous vivons des situations personnelles par d\u00e9finition diff\u00e9rentes les unes des autres et que nous avons par cons\u00e9quent des souvenirs uniques (qui s\u2019enroulent en quelque sorte dans notre cerveau \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019une pelote de laine), mais aussi du point de vue du fonctionnement de la m\u00e9moire elle-m\u00eame\u00a0; lorsque nous parlons, \u00e9crivons, et aussi d\u2019une certaine fa\u00e7on dans notre monologue int\u00e9rieur qui ressemble beaucoup en r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 un dialogue (celui que nous entretenons avec nous-m\u00eames), sont impliqu\u00e9es les cha\u00eenes de signifiants \u00e0 partir des traces mn\u00e9siques qui sont enregistr\u00e9es selon un sch\u00e9ma de connexion simple et auxquels sont affect\u00e9es des valeurs en fonction du degr\u00e9 de leur pertinence dans une s\u00e9quence donn\u00e9e de communication linguistique. Ces valeurs sont des valeurs d\u2019affect qui s\u2019\u00e9tablissent sous la contrainte d\u2019un gradient constitu\u00e9 par l\u2019ensemble des valeurs d\u2019affect d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sentes au sein de notre r\u00e9seau mn\u00e9sique, des plus hautes, qui constituent le c\u0153ur de nos croyances et sont situ\u00e9es les plus\u00a0<em>en amont<\/em>\u00a0dans notre r\u00e9seau mn\u00e9sique, en quelque sorte les points aveugles de notre conscience, &#8212; qui affleurent en certaines circonstances particuli\u00e8res qu\u2019a \u00e9tudi\u00e9 la psychanalyse, notamment lorsqu\u2019elle identifie des <em>complexes <\/em>(*), jusqu\u2019aux plus\u00a0<em>basses<\/em>\u00a0qui correspondent aux empreintes m\u00e9morielles les plus r\u00e9centes et les moins pertinentes. \u00c0 l\u2019origine de la production de ces valeurs d\u2019affect il y a le souci que provoque la parole de l\u2019autre. Il initie et oriente l\u2019actualisation des cha\u00eenes signifiantes au sein du d\u00e9nivel\u00e9 constitu\u00e9 par l\u2019ensemble du r\u00e9seau mn\u00e9sique. La d\u00e9charge affective que constitue l\u2019impulsion initiale trace son parcours dans une zone interm\u00e9diaire situ\u00e9e entre le c\u0153ur \u00a0du r\u00e9seau, souvent inaccessible car li\u00e9 \u00e0 des affects de haute intensit\u00e9 qui n\u00e9cessiteraient une grande d\u00e9pense d\u2019\u00e9nergie psychique pour l\u2019atteindre et le modifier, et la zone o\u00f9 la similitude des valeurs d\u2019affect est la plus basse. Ainsi parle-t-on de <em>dynamique d\u2019affects<\/em>. De tout ceci il r\u00e9sulte que pour produire de la signification, avec la suite des mots dans l\u2019ordre dans lesquels ils apparaissent effectivement, il faut non seulement assembler des \u00e9l\u00e9ments du discours sous la contrainte d\u2019une syntaxe mais \u00e9galement, comme nous venons de le voir, il faut l\u2019impulsion d\u2019une sollicitation d\u2019autrui par voie linguistique qui en quelque sorte anticipe le point d\u2019arriv\u00e9e de notre \u00ab\u00a0pens\u00e9e\u00a0\u00bb et trace en quelque sorte un chenal dans le gradient d\u2019affects qui se constitue dans le r\u00e9seau mn\u00e9sique, la signification des phrases et par extension du discours n\u2019\u00e9tant alors pas autre chose que le r\u00e9sultat de ce processus.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Par analogie, pour d\u00e9crire la situation dans laquelle se trouve aujourd\u2019hui l\u2019humanit\u00e9 on peut imaginer un paysage avec ses hautes montagnes inaccessibles, et ses vall\u00e9es aux eaux profondes et ses gouffres, les promeneurs que nous sommes s\u2019aventurant le plus souvent dans la zone interm\u00e9diaire, selon un principe d\u2019\u00e9conomie d\u2019\u00e9nergie et de survie. Pourtant, il conviendrait maintenant, de nous aventurer sur les sommets, d\u2019aller dans les gouffres de notre m\u00e9moire, pour aller voir d\u2019un peu plus pr\u00e8s les versants inconnus, et nous y d\u00e9ployer, trouver notre nouvelle assise, personnelle et commune et en fin de compte assurer la survie de notre esp\u00e8ce. Ces versants existent, ont exist\u00e9, mais ils n\u2019ont souvent \u00e9t\u00e9 sillonn\u00e9s que de fa\u00e7on parcimonieuse, et non syst\u00e9matique, et encore moins syst\u00e9mique dans la perspective d\u2019un bien valable pour l\u2019ensemble de l\u2019humanit\u00e9 et pour les d\u00e9fis sp\u00e9cifiques qui sont les aujourd\u2019hui les siens.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Je ne suis pas entr\u00e9 le d\u00e9tail au sujet des modalit\u00e9s selon lesquelles les dynamiques d\u2019affect se particularisent dans d\u2019autres cultures, m\u2019en tenant au cadre occidental, car on peut supposer, et il y a des raisons de le penser, que dans le cadre d\u2019autres civilisations, comme par exemple dans le cadre de la civilisation chinoise, celles-ci s\u2019actualisent selon des modalit\u00e9s sp\u00e9cifiques qui tiennent, pour dire vite, au fait que la communication humaine chinoise, y compris linguistique, y a \u00e9t\u00e9 format\u00e9e par une raison graphique (qui a elle m\u00eame son origine dans les Rites), ou morpho logique, pour reprendre les termes employ\u00e9s par le sinologue L\u00e9on Vandermersch. Outre le fait, d\u00e9j\u00e0 analys\u00e9 par Paul Jorion dans <a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/Comment-v%C3%A9rit%C3%A9-r%C3%A9alit%C3%A9-furent-invent%C3%A9es\/dp\/2070126005\/ref=pd_bxgy_b_img_b\"><em>Comment la r\u00e9alit\u00e9 et v\u00e9rit\u00e9 furent invent\u00e9s<\/em><\/a> (2009), que la civilisation chinoise se caract\u00e9rise par un usage de la m\u00e9moire qui ne d\u00e9passe pas \u2013 culturellement, le stade des connexions simples, ce que Vandermeersch nomme pens\u00e9e corr\u00e9lative, l\u00e0 o\u00f9 en occident, apr\u00e8s la Gr\u00e8ce et Aristote qui en a explicit\u00e9s les r\u00e8gles, les signifiants inscrits dans la m\u00e9moire ont \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9s \u00e9galement selon des rapports d\u2019inclusion et d\u2019exclusion, \u00e9tant entendu que le fonctionnement normal, automatique de la m\u00e9moire, se r\u00e9alise \u00e0 partir des connexions simples, lesquelles subsistent lors m\u00eame que l\u2019on utilise des connexions complexes, ces derni\u00e8res \u00e9tant toujours, form\u00e9es de connexions simples.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les choses \u00e9tant ainsi pos\u00e9es on peut en conclure qu\u2019il existe dans la m\u00e9moire de notre esp\u00e8ce \u00e0 ce moment-ci de son histoire, par del\u00e0 les diff\u00e9rences culturelles, des signifiants porteurs d\u2019une repr\u00e9sentation du monde regroup\u00e9s en valeurs d\u2019affect similaires qui forment les r\u00e9f\u00e9rents qui constituent notre monde, et en particulier ceux qui accordent la primaut\u00e9 \u00e0 la logique de comp\u00e9tition h\u00e9rit\u00e9e de notre histoire de colonisateur opportuniste sur la plan\u00e8te. Les grandes difficult\u00e9s que rencontre aujourd\u2019hui l\u2019humanit\u00e9 dans son ensemble tiennent alors pour une bonne part au fait que la plupart des humains partagent la caract\u00e9ristique commune d\u2019un r\u00e9seau mn\u00e9sique sutur\u00e9, autrement dit affect\u00e9 d\u2019un <em>complexe <\/em>(*), qui emp\u00eache le bon d\u00e9veloppement de ce qui serait notre\u00a0<em>versant<\/em>\u00a0solidaire, que l\u2019on peut aussi \u00e0 l\u2019instar d\u2019Aristote nommer\u00a0<a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=59933\" target=\"_blank\"><em>philia<\/em><\/a>. Certains d\u2019entre nous sont certes d\u00e9j\u00e0 en train d\u2019acc\u00e9der au complexe, pour le d\u00e9passer. Il n\u2019en demeure qu\u2019une part consid\u00e9rable de l\u2019humanit\u00e9 est encore prisonni\u00e8re d\u2019une certaine configuration de sa m\u00e9moire, par del\u00e0 bien entendu son idiosyncrasie constitutive. Il faudra donc un sacr\u00e9 travail de sape, de grandes perturbations affectives \u2013 caus\u00e9es par l\u2019\u00e9branlement des structures sociales et les catastrophes naturelles comme fruits blets de notre impr\u00e9voyance &#8212; pour toucher le c\u0153ur des croyances et leur en substituer de nouvelles, cela afin de mettre en place les nouvelles institutions qui permettront \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 de traverser la tr\u00e8s mauvaise passe dans laquelle elle se trouve aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>==============================<\/p>\n<p>(*) <em>Complexe<\/em>\u00a0est un terme emprunt\u00e9 \u00e0 la psychanalyse. Cela signifie ici (Jorion 2012\u00a0: 115-116) que le r\u00e9seau mn\u00e9sique se structure autour d&rsquo;un noyau constitu\u00e9 de traces m\u00e9morielles inaccessibles, car dot\u00e9es d&rsquo;une immense charge d&rsquo;affect, et en l&rsquo;occurrence celles-ci emp\u00eachent ou amoindrissent la port\u00e9e de \u00a0tout ce qui dans le r\u00e9seau se situe \u00e0 \u00a0des niveaux\u00a0<em>inf\u00e9rieurs <\/em>ou p\u00e9riph\u00e9riques<em>,\u00a0<\/em>et serait porteur de repr\u00e9sentations qui feraient de nous des \u00eatres sociaux plus solidaires. (bien entendu l&rsquo;approche individuelle ne suffit pas, la\u00a0<em>cure<\/em>\u00a0doit \u00eatre collective, \u00a0il faut donc des institutions pour relayer et p\u00e9renniser cette m\u00e9moire.) Au lieu de quoi nous retombons sans cesse dans les m\u00eames orni\u00e8res comme le n\u00e9vros\u00e9 qui dans ses relations avec autrui commet toujours les m\u00eames erreurs parce qu&rsquo;il n&rsquo;a pas acc\u00e8s \u00e0 certaines traces mn\u00e9siques par trop charg\u00e9es d&rsquo;affect. Il s&rsquo;agirait donc de traiter la zone traumatique. Paul Jorion \u00e9voque les <em>chr\u00e9odes<\/em> (Jorion 2012\u00a0: 41), c&rsquo;est \u00e0 dire des chenaux qui nous donnent des raccourcis via les cha\u00eenes de signifiants. Aujourd&rsquo;hui pour penser le solidaire, avoir des sentiments solidaires, et \u00a0des comportements solidaires, nous devons encore parcourir des\u00a0<em>kilom\u00e8tres<\/em>\u00a0dans le r\u00e9seau mn\u00e9sique pour en \u00e9prouver la n\u00e9cessit\u00e9<em>\u00a0<\/em>dans nombre secteurs de la vie sociale, et principalement concernant l&rsquo;organisation globale de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cher \u00ab\u00a0Un Belge\u00a0\u00bb,<\/p>\n<p>J&rsquo;ai lu avec int\u00e9r\u00eat ton billet intitul\u00e9 <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=64512\">\u00ab\u00a0Le robot n&rsquo;est pas celui qu&rsquo;on croit\u00a0\u00bb<\/a> o\u00f9 tu nous assimiles d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 \u00e0 des robots, je souscris \u00e0 cette analyse, qui met le doigt sur le sympt\u00f4me d&rsquo;une humanit\u00e9 en perdition.<\/p>\n<p>Nonobstant, il me semble qu&rsquo;on peut apporter un \u00e9l\u00e9ment [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[13,9,5],"tags":[2160,1161,2477,3415],"class_list":["post-64630","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-intelligence-artificielle","category-psychanalyse","category-sciences-cognitives","tag-dynamique-daffect","tag-memoire","tag-robotisation","tag-test-de-turing"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/64630","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=64630"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/64630\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":64632,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/64630\/revisions\/64632"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=64630"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=64630"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=64630"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}