{"id":6489,"date":"2010-01-05T20:37:46","date_gmt":"2010-01-05T19:37:46","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=6489"},"modified":"2010-01-05T21:45:03","modified_gmt":"2010-01-05T20:45:03","slug":"a-propos-de-%c2%ab-de-quoi-l%e2%80%99argent-est-il-le-nom-%c2%bb","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2010\/01\/05\/a-propos-de-%c2%ab-de-quoi-l%e2%80%99argent-est-il-le-nom-%c2%bb\/","title":{"rendered":"\u00c0 propos de \u00ab De quoi l\u2019argent est-il le nom ? \u00bb"},"content":{"rendered":"<p>A propos de la critique de \u00ab L\u2019argent, mode d\u2019emploi \u00bb par Jean-Marie Harribey dans <b>Alternatives Economiques<\/b> : <a href=\"http:\/\/alternatives-economiques.fr\/blogs\/harribey\/2010\/01\/05\/de-quoi-largent-est-il-le-nom\/\">\u00ab De quoi l\u2019argent est-il le nom ? \u00bb<\/a>, nous avons eu la correspondance suivante, que nous avons tous deux accept\u00e9 de rendre publique \u00e0 l\u2019invitation d\u2019Alain Caill\u00e9.<\/p>\n<p><u><b>Correspondance Harribey \u2013 Jorion<\/b><\/u> (10 d\u00e9cembre 2009)<\/p>\n<p><strong>Harribey<\/strong> : L\u2019int\u00e9r\u00eat est toujours un pr\u00e9l\u00e8vement sur le fruit du travail productif, plus pr\u00e9cis\u00e9ment une portion du surplus engendr\u00e9 par celui-ci. Vous r\u00e9habilitez d&rsquo;une certaine mani\u00e8re l\u2019\u00e9conomie politique et Marx. Est-ce le cas ?<\/p>\n<p><strong>Jorion<\/strong> : Oui. Dans la note aux pages 95 et 96 de \u00ab L\u2019argent, mode d\u2019emploi \u00bb, je situe ma d\u00e9marche par rapport \u00e0 Quesnay et Marx. <\/p>\n<p>H : Vous critiquez Keynes pour qui l\u2019int\u00e9r\u00eat est le prix de l\u2019arbitrage entre placement et th\u00e9saurisation et non pas entre placement et consommation. Pourquoi lui reprocher de voir dans l\u2019int\u00e9r\u00eat \u00ab une prime de risque (\u2026), dimension qui domine dans le cr\u00e9dit \u00e0 la consommation \u00bb (p. 105), ou lui faire grief d\u2019ignorer la r\u00e9partition du revenu global ?<\/p>\n<p>J : Je ne pense pas nier la dimension prime de risque. Je d\u00e9compose quelque part le coupon en 1) co\u00fbt du financement, 2) frais de gestion, 3) prime de risque et 4) marge bancaire. Ce que je reproche \u00e0 Keynes, c\u2019est d\u2019ignorer, comme la plupart des \u00e9conomistes depuis le XIXe si\u00e8cle, le fait que les int\u00e9r\u00eats sont l\u2019une des composantes r\u00e9sultant de la redistribution du surplus.  <\/p>\n<p>H : Pourquoi la fonction de r\u00e9serve de valeur de la monnaie \u00ab ne lui est-elle pas constitutive \u00bb mais \u00ab n\u2019appara\u00eet que parce que l\u2019argent stagne l\u00e0 o\u00f9 il existe en trop grande quantit\u00e9 pour \u00eatre utilis\u00e9 \u00bb (p. 285). L\u2019incertitude radicale soulign\u00e9e par Keynes n\u2019existe donc pas ?  <\/p>\n<p>J : Effectivement, la qualit\u00e9 de l\u2019argent d\u2019\u00eatre marchandise sp\u00e9cialis\u00e9e dans l\u2019\u00e9change est \u00e0 mon sens sa propri\u00e9t\u00e9 essentielle ; celle d\u2019\u00eatre une r\u00e9serve de valeur est \u00e0 mes yeux une de ses qualit\u00e9s accidentelles. Ce n\u2019est pas l\u2019incertitude, \u00e0 mon sens, qui est r\u00e9tribu\u00e9e mais le risque effectif. Keynes me semble influenc\u00e9 ici par la qualit\u00e9 tr\u00e8s \u00ab bay\u00e9sienne \u00bb, tr\u00e8s \u00ab subjectiviste \u00bb, de ses travaux sur la th\u00e9orie des probabilit\u00e9s.<\/p>\n<p>H : Le billet de 100 \u20ac que j\u2019ai en poche n\u2019a pas le m\u00eame statut que les 100 \u20ac d\u00e9pos\u00e9s sur un compte dans une banque ordinaire. L\u2019un est de la vraie monnaie selon vous, la somme inscrite \u00e0 mon cr\u00e9dit ne l\u2019est pas car elle n\u2019est qu\u2019une reconnaissance de dette de la banque envers moi, dont je ne peux me pr\u00e9valoir que si celle-ci n\u2019a pas utilis\u00e9 ailleurs mon d\u00e9p\u00f4t. Mais le billet banque centrale est lui aussi une reconnaissance de dette de la banque centrale, et il n\u2019est pas vrai que la banque ordinaire peut me priver de l\u2019utilisation de mon d\u00e9p\u00f4t pour le pr\u00eater \u00e0 une autre. Le billet et le d\u00e9p\u00f4t ne sont ni plus ni moins l\u2019un que l\u2019autre exempts de conditions : la principale \u00e9tant d\u2019ailleurs, pour fonctionner comme monnaie inalt\u00e9r\u00e9e, d\u2019avoir en face d\u2019eux des marchandises \u00e0 acheter, imm\u00e9diatement ou plus tard.<\/p>\n<p>J : \u00ab Le billet banque centrale est lui aussi une reconnaissance de dette de la banque centrale \u00bb. Je ne lis l\u00e0 qu\u2019une m\u00e9taphore \u2013 qui \u00e9merge historiquement comme on le sait, au milieu du XIXe si\u00e8cle \u2013 et qui \u00e9tait plausible \u00e0 l\u2019\u00e9poque du m\u00e9tallisme : on peut se faire \u00e9changer son billet pour une certaine quantit\u00e9 d\u2019or en banque centrale, mais \u00e0 mon sens \u2013 et comme je l\u2019explique dans \u00ab L\u2019argent, mode d\u2019emploi \u00bb \u2013 le m\u00e9tallisme repose sur un malentendu quant \u00e0 la nature de l\u2019argent, que sa doublure par un m\u00e9tal pr\u00e9cieux constituant son gage est n\u00e9cessaire. En fait l\u2019argent ne peut pas fonctionner sans la garantie d\u2019un \u00c9tat (qui poursuit les faux-monnayeurs, etc.) et du coup la doublure-gage n\u2019est en r\u00e9alit\u00e9 jamais n\u00e9cessaire. On a attir\u00e9 mon attention r\u00e9cemment sur le fait que je reproduis l\u00e0 un raisonnement qui se trouve d\u00e9j\u00e0 chez Locke.  <\/p>\n<p><!--more-->H : Ce ne sont pas les cr\u00e9dits qui font les d\u00e9p\u00f4ts mais l\u2019inverse pour vous. Plus encore, les banques pr\u00eatent \u00e0 d\u2019autres les d\u00e9p\u00f4ts effectu\u00e9s par leurs clients. \u00ab Dans leur pratique quotidienne, les banques commerciales pr\u00eatent \u00e0 certains de leurs clients l\u2019argent que d\u2019autres d\u00e9posent sur leurs comptes courants. Les sommes figurant sur ces comptes n\u2019en restent pas moins disponibles aux d\u00e9posants. Cette double utilisation est possible du fait que les banques s\u2019organisent \u00e0 partir de la constatation faite par elles que les sommes d\u00e9pos\u00e9es sur un compte courant y restent en g\u00e9n\u00e9ral un certain temps, dont elles peuvent tenir compte, et que tous les d\u00e9posants ne r\u00e9clameront pas simultan\u00e9ment l\u2019ensemble des sommes qu\u2019ils ont d\u00e9pos\u00e9es. \u00bb (p. 131) Tandis que, plus loin, vous affirmez que ces sommes \u00ab ne peuvent pas \u00eatre mobilis\u00e9es simultan\u00e9ment \u00bb (p. 143). <\/p>\n<p>J : Oui : il y a \u00ab double utilisation \u00bb : comme reconnaissance de dette pour l\u2019un et comme argent pour l\u2019autre. Ce qui permet la double utilisation, c\u2019est le fait qu\u2019il n\u2019y ait pas double utilisation comme \u00ab argent \u00bb. Une double utilisation comme argent, c\u2019est ce que j\u2019appelle \u00ab double mobilisation \u00bb, celle-l\u00e0 n\u2019est pas possible : \u00ab ne peuvent pas \u00eatre mobilis\u00e9es simultan\u00e9ment \u00bb.<\/p>\n<p>H : L\u2019\u00e9conomie capitaliste est une \u00e9conomie mue par la logique de l\u2019accumulation du capital. Or l\u2019accumulation n\u2019est possible que si le syst\u00e8me bancaire anticipe par le cr\u00e9dit l\u2019accroissement de la production qui r\u00e9sultera de l\u2019investissement. <\/p>\n<p>J : Il n\u2019y a pas pour moi de \u00ab logique de l\u2019accumulation du capital \u00bb : celui qui a de l\u2019argent en trop le pr\u00eate, il ne r\u00e9clame pas d\u2019int\u00e9r\u00eats en compensation de la privation qu\u2019il subit : il n\u2019est priv\u00e9 en aucune mani\u00e8re puisqu\u2019il n\u2019a pas d\u2019usage alternatif (rentable \u2013 par opposition \u00e0 la th\u00e9saurisation) pour cet argent que de le pr\u00eater. Il le pr\u00eate parce qu\u2019il sait qu\u2019il sera utilis\u00e9 comme \u00ab avances \u00bb et que cet usage lui donnera acc\u00e8s \u00e0 une part du surplus qui sera cr\u00e9\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 ces avances. <\/p>\n<p>Pour moi, il n\u2019y a pas d\u2019anticipation : il n\u2019y aurait anticipation que s\u2019il y avait cr\u00e9ation mon\u00e9taire ex-nihilo par les banques commerciales. Ou, si l\u2019on veut, l\u2019anticipation est banale : anticipation du remboursement du principal et anticipation du paiement des int\u00e9r\u00eats. D\u2019une certaine mani\u00e8re, c\u2019est l\u00e0 la beaut\u00e9 de la chose : que le syst\u00e8me fonctionne parfaitement sans qu\u2019il y ait la moindre anticipation quant \u00e0 l\u2019accroissement de la production. <\/p>\n<p>H : Pourquoi ne diff\u00e9renciez-vous pas, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, le pr\u00eat consenti par l\u2019individu A \u00e0 l\u2019individu B d\u2019une somme dont A ne disposera pas durant toute la dur\u00e9e du pr\u00eat, et, de l\u2019autre, le pr\u00eat consenti par une banque \u00e0 B, qui ne privera A de quoi que ce soit ?<\/p>\n<p>J : Je ne suis pas s\u00fbr de comprendre la question : pendant la dur\u00e9e du pr\u00eat il y a deux parties : l\u2019une dispose de l\u2019argent et l\u2019autre de la reconnaissance de dette qui ent\u00e9rine \u00ab l\u2019absence \u00bb de l\u2019argent ou si vous pr\u00e9f\u00e9rez, sa \u00ab privation \u00bb. Que l\u2019une de ces deux parties soit une banque ne change rien. Bien s\u00fbr une banque, \u00e9tant une personne morale, ne ressent pas de privation, mais je ne pense pas que ce soit ce que vous voulez dire. Bien s\u00fbr si la banque cr\u00e9ait l\u2019argent qu\u2019elle pr\u00eate, il n\u2019y aurait pas pour elle de \u00ab privation \u00bb mais vous savez que je rejette cette hypoth\u00e8se.<\/p>\n<p>H : Vous pouvez objecter que la cr\u00e9ation mon\u00e9taire est le fait de la seule banque centrale. Mais lorsque les banques ordinaires se refinancent aupr\u00e8s de la banque centrale, le m\u00e9canisme est le m\u00eame que celui qui s\u2019op\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9chelon inf\u00e9rieur : la banque centrale ouvre une ligne de cr\u00e9dit aux banques ordinaires ou bien prend en pension des titres.<\/p>\n<p>J : \u00ab La banque centrale ouvre une ligne de cr\u00e9dit aux banques ordinaires ou bien prend en pension des titres \u00bb. Oui, tout \u00e0 fait mais ce m\u00e9canisme n\u2019est pas le m\u00eame qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9chelon sup\u00e9rieur : la prise en pension est un \u00e9change \u00e0 titre provisoire (si la banque veut r\u00e9cup\u00e9rer ses titres, il faut qu\u2019elle rende les fonds emprunt\u00e9s), quant \u00e0 la ligne de cr\u00e9dit, elle met des fonds \u00e0 disposition en \u00e9change d\u2019une reconnaissance de dette du m\u00eame montant. Ce que j\u2019appelle le \u00ab principe de conservation des quantit\u00e9s \u00bb est parfaitement respect\u00e9 : il n\u2019y pas eu cr\u00e9ation mon\u00e9taire \u00e0 proprement parler \u2013 \u00e0 l\u2019inverse de ce qui se passe lorsque la banque centrale cr\u00e9e de la monnaie (avec impact sur M0). <\/p>\n<p>H : Votre th\u00e8se n&rsquo;entre-t-elle pas en r\u00e9sonance avec celle de l\u2019\u00e9pargne pr\u00e9alable n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019investissement, donc n\u00e9o-classique ?<\/p>\n<p>J : Pas n\u00e9cessairement \u00ab \u00e9pargne pr\u00e9alable \u00bb mais en tout cas h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 dans la distribution de l\u2019argent, avec du coup certains agents \u00e9conomiques ayant de l\u2019argent \u00ab en trop \u00bb et d\u2019autres \u00ab en trop peu \u00bb, n\u00e9cessitant pour la production \u2013 et dans certains cas pour la consommation \u2013 leur mise en relation.<\/p>\n<p>H : Vous sous-entendez que la monnaie a \u00e9t\u00e9 invent\u00e9e parce que le troc \u00ab pr\u00e9sente des limitations \u00bb (p. 73), a contrario de l\u2019anthropologie et des travaux contemporains sur la monnaie. Cela m&rsquo;a surpris.<\/p>\n<p>J : Comme je l\u2019indique, la th\u00e8se anthropologique \u00e0 laquelle je souscris est celle de l\u2019argent invent\u00e9 par un \u00c9tat pour permettre la collecte d\u2019un imp\u00f4t. Mais vous pensez peut-\u00eatre \u00e0 d\u2019autres conjectures pos\u00e9es par des anthropologues. Ceci dit, dans \u00ab L\u2019argent, mode d\u2019emploi \u00bb, je ne me situe pas dans une perspective anthropologique, je pose \u2013 comme un politologue plut\u00f4t \u2013 un \u00ab \u00e9tat de nature \u00bb et un \u00ab \u00e9tat de culture \u00bb, qui sont tous deux des fictions \u00e0 la Hobbes ou \u00e0 la Rousseau mais qui permettent des exp\u00e9rimentations mentales, comme le fait le physicien, sur un \u00ab avant \u00bb et un \u00ab apr\u00e8s \u00bb, dans un souci didactique essentiellement. <\/p>\n<p>H : Vous discr\u00e9ditez le verbe \u00ab consid\u00e9rer \u00bb alors que vous aviez affich\u00e9 auparavant votre conviction que la monnaie \u00e9tait accept\u00e9e pour la confiance qui lui est accord\u00e9e : \u00ab parce que tout le monde le fait \u00bb dites-vous p. 70. Qu\u2019est-ce donc que cette confiance sinon de la consid\u00e9ration ?<\/p>\n<p>J : \u00ab Parce que tout le monde le fait \u00bb, c\u2019est si vous voulez une prax\u00e9ologie, c\u2019est un mim\u00e9tisme qui ne suppose m\u00eame pas n\u00e9cessairement de repr\u00e9sentations. Cela ne n\u00e9cessite pas une op\u00e9ration mentale du type : \u00ab Est-ce un bon calcul ? \u00bb Je sais que l\u2019homo oeconomicus est cens\u00e9 se poser ce genre de questions en permanence, mais pour ce que j\u2019ai pu en observer, seuls les hommes d\u2019affaires proc\u00e8dent ainsi. Dans un pr\u00e9c\u00e9dent livre : \u00ab \u00ab La crise. Des subprimes au s\u00e9isme financier plan\u00e9taire \u00bb (Fayard 2008), je tente d\u2019op\u00e9rationnaliser la notion de \u00ab confiance \u00bb (p. 175 -182) en la rempla\u00e7ant par un algorithme. Cela fait partie de mes efforts en vue d\u2019\u00e9liminer l\u2019\u00ab individualisme m\u00e9thodologique \u00bb, qui me para\u00eet le principal obstacle pour que l\u2019\u00e9conomie puisse devenir une science objective comme les autres.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 \u00ab consid\u00e9rer \u00bb, il me semble que j\u2019en parle uniquement dans mon commentaire d\u2019une phrase extraite d\u2019un article d\u2019Allais, pour dire que ce que deux agents \u00ab consid\u00e8rent \u00bb comme \u00e9tant le cas est sans impact sur la m\u00e9canique effective des flux \u00e9conomiques, en en particulier sur la conservation des quantit\u00e9s.<\/p>\n<p><u><b>Correspondance Harribey \u2013 Jorion<\/b><\/u> (11 d\u00e9cembre 2009)<\/p>\n<p><strong>Harribey<\/strong> : Merci pour vos r\u00e9ponses. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, je suis content de ce dialogue, mais, si vos r\u00e9ponses sont coh\u00e9rentes entre elles, elles me laissent dubitatif car vous affirmez (les banques ne cr\u00e9ent pas de monnaie) mais les analogies et contes ne peuvent tenir lieu de d\u00e9monstration. <\/p>\n<p>De plus, je suis tr\u00e8s surpris de deux choses : la conception de la monnaie aux antipodes des conceptions \u00ab\u00a0sociales\u00a0\u00bb de la monnaie qui ont consid\u00e9rablement renouvel\u00e9 l&rsquo;approche traditionnelle, et puis le refus de voir dans le capitalisme une logique d&rsquo;accumulation. Sur ce dernier point, on peut d\u00e9montrer pour le coup que la croissance n&rsquo;est pas possible sans cr\u00e9ation mon\u00e9taire, comme l&rsquo;ont montr\u00e9 tous les \u00ab\u00a0circuitistes\u00a0\u00bb, qu&rsquo;il soient marxiens, keyn\u00e9siens, kaleckiens ou post-keyn\u00e9siens.<\/p>\n<p><strong>Jorion<\/strong> : Oui vous avez raison : le dernier, historiquement, par rapport \u00e0 qui je n\u2019ai aucun mal \u00e0 me situer est Ricardo. Tout ce qui vient ensuite, \u00e0 mon sens, est contamin\u00e9 d\u2019individualisme m\u00e9thodologique. Je viens de la sociologie et de l\u2019anthropologie et tout \u00ab psychologisme \u00bb m\u2019est m\u00e9thodologiquement inacceptable. J\u2019ajouterai qu\u2019ayant \u00e9t\u00e9 form\u00e9 \u00e0 la psychanalyse, si je devais adopter un psychologisme sur des questions \u00e9conomiques (je le fais bri\u00e8vement dans \u00ab L\u2019argent, mode d\u2019emploi \u00bb), ce serait celui-l\u00e0, et non la psychologie anglo-saxonne du milieu du XIXe si\u00e8cle qui impr\u00e8gne toute le science \u00e9conomique depuis lors. C\u2019est pour cela que quand je vois une critique de mon livre en forme de parall\u00e8le entre Locke et ce que je fais, je me dis : \u00ab Formidable ! Tu n\u2019as pas enti\u00e8rement \u00e9chou\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p>Quant aux \u00ab analogies et contes \u00bb, vous le savez, j\u2019ai travaill\u00e9 dix-huit ans dans la banque et dix ans en particulier dans l\u2019industrie du cr\u00e9dit comme sp\u00e9cialiste du pricing et de la validation des mod\u00e8les, je pourrais \u00e9crire un trait\u00e9 sur les pr\u00eats hypoth\u00e9caires et leur titrisation o\u00f9 je ne recourrais pas \u00e0 l\u2019analogie ou \u00e0 la m\u00e9taphore, mais je m\u2019adresserais \u00e0 un nombre de personnes tr\u00e8s restreint. Pour le public \u00e0 qui je veux m\u2019adresser avec \u00ab L\u2019argent, mode d\u2019emploi \u00bb, ces choses-l\u00e0, c\u2019est vrai, sont beaucoup trop complexes. Aussi, quand je d\u00e9monte le m\u00e9canisme de la titrisation, les chiffres sont l\u00e0 dans les tableaux pour celui qui veut suivre le raisonnement pas \u00e0 pas, mais je distrais l\u2019attention du lecteur qui sauterait les pages parce qu\u2019il y voit des chiffres, en \u00e9voquant les flonflons du Grand-Duch\u00e9 de G\u00e9rolstein. Quand Nagel et Newman expliquent la d\u00e9monstration du deuxi\u00e8me th\u00e9or\u00e8me de G\u00f6del en livre de poche, ils recourent eux aussi \u00e0 l\u2019analogie \u00e0 certains endroits. Il est impossible de faire autrement.  <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A propos de la critique de \u00ab L\u2019argent, mode d\u2019emploi \u00bb par Jean-Marie Harribey dans <b>Alternatives Economiques<\/b> : <a href=\"http:\/\/alternatives-economiques.fr\/blogs\/harribey\/2010\/01\/05\/de-quoi-largent-est-il-le-nom\/\">\u00ab De quoi l\u2019argent est-il le nom ? \u00bb<\/a>, nous avons eu la correspondance suivante, que nous avons tous deux accept\u00e9 de rendre publique \u00e0 l\u2019invitation d\u2019Alain Caill\u00e9.<\/p>\n<p><u><b>Correspondance Harribey \u2013 Jorion<\/b><\/u> (10 d\u00e9cembre 2009)<\/p>\n<p><strong>Harribey<\/strong> [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,21],"tags":[241,4471],"class_list":["post-6489","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","category-monnaie","tag-capital","tag-monnaie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6489","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6489"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6489\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6498,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6489\/revisions\/6498"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6489"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6489"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6489"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}