{"id":65,"date":"2007-05-09T17:42:01","date_gmt":"2007-05-09T16:42:01","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=65"},"modified":"2013-01-02T00:23:18","modified_gmt":"2013-01-01T23:23:18","slug":"les-jones-ont-plus-de-chance-que-les-sanchez","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2007\/05\/09\/les-jones-ont-plus-de-chance-que-les-sanchez\/","title":{"rendered":"Les Jones ont plus de chance que les Sanchez"},"content":{"rendered":"<p>Sous la plume de Vincent Remy, un excellent article tirant le meilleur parti de l\u2019information contenue dans mon \u00ab Vers la crise du capitalisme am\u00e9ricain ? \u00bb<\/p>\n<p>T\u00e9l\u00e9rama n\u00b0 2991 &#8211; 12 Mai 2007<br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.telerama.fr\/divers\/M0705071111029.html\">L\u2019\u00e9conomie am\u00e9ricaine va-t-elle s\u2019effondrer ? <\/a><br \/>\nVincent Remy<\/p>\n<p>&#8230;<br \/>\nN\u2019emp\u00eache, pour [Emmanuel Todd], la messe est dite : \u00ab Qu\u2019est-ce que cette \u00e9conomie dans laquelle les services financiers, l\u2019assurance et l\u2019immobilier ont progress\u00e9 deux fois plus vite que l\u2019industrie entre 1994 et 2000 ? \u00bb Les services comptabilis\u00e9s dans le PNB am\u00e9ricain, sans valeur d\u2019\u00e9change sur les march\u00e9s internationaux, sont \u00ab lourdement surestim\u00e9s \u00bb. Conclusion : \u00ab Nous ne savons pas encore comment, et \u00e0 quel rythme, les investisseurs europ\u00e9ens, japonais et autres seront plum\u00e9s, mais ils le seront. Le plus vraisemblable est une panique boursi\u00e8re d\u2019une ampleur jamais vue suivie d\u2019un effondrement du dollar, encha\u00eenement qui aurait pour effet de mettre un terme au statut \u201cimp\u00e9rial\u201d des Etats-Unis. \u00bb<\/p>\n<p>Cinq ans plus tard, la pr\u00e9diction d\u2019Emmanuel Todd ne s\u2019est pas r\u00e9alis\u00e9e. Mais la situation financi\u00e8re de l\u2019Am\u00e9rique s\u2019est encore aggrav\u00e9e, \u00e0 cause d\u2019un facteur que Todd n\u2019avait pas pr\u00e9vu \u2013 l\u2019\u00e9mergence de la Chine \u2013 et de l\u2019emballement du march\u00e9 immobilier. Quel rapport entre les deux ? C\u2019est justement ce que nous r\u00e9v\u00e8le, dans un fascinant ouvrage, l\u2019anthropologue belge Paul Jorion, install\u00e9 en Californie, o\u00f9 il est devenu sp\u00e9cialiste du cr\u00e9dit\u2026 Revenons aux Jones, puisque c\u2019est d\u2019eux, ces citoyens de la classe moyenne, que parle Paul Jorion. Comme les deux tiers des m\u00e9nages (contre 40 % en 1945), les Jones sont devenus r\u00e9cemment propri\u00e9taires de leur maison. Enfin, pas vraiment : ils ont emprunt\u00e9 80 % du prix et se sont tourn\u00e9s vers Fannie Mae, organisme semi-gouvernemental qui a hypoth\u00e9qu\u00e9 leurs murs. Fannie Mae, deuxi\u00e8me entreprise du pays, et son petit fr\u00e8re, Freddie Mac, garantissent \u00e0 eux seuls pour 4 000 milliards de pr\u00eats immobiliers !<\/p>\n<p>Comme tous leurs compatriotes, les Jones sont affubl\u00e9s depuis 1989 d\u2019une cote de cr\u00e9dit, la \u00ab cote Fico \u00bb, qui situe chaque consommateur en fonction de ses revenus et de son pass\u00e9 d\u2019emprunteur \u2013 dettes, retards de paiement, saisies. Par chance, les Jones ont une bonne cote et ont donc obtenu un bon taux. Pour l\u2019heure, on ne leur demande que de verser les int\u00e9r\u00eats, ils rembourseront le capital plus tard\u2026 Et comme ils n\u2019ont pas d\u2019\u00e9conomies, la banque leur a propos\u00e9 un pr\u00eat \u00e0 la consommation pour acheter leur Nissan en gageant le \u00ab capital captif dans les murs \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire leurs 20 % d\u2019apport. La maison se retrouve ainsi enti\u00e8rement hypoth\u00e9qu\u00e9e, mais les Jones vont pouvoir l\u2019\u00e9quiper en mobilier chinois ! D\u2019autant qu\u2019on leur a aussi propos\u00e9 en 2006, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de leur carte de cr\u00e9dit classique, une carte au taux moins \u00e9lev\u00e9, mais gag\u00e9e elle aussi sur la maison\u2026<\/p>\n<p>Bref, les Jones ont beaucoup plus de chance que les Sanchez. Eux, comme la plupart des Noirs et des Hispaniques, ont une mauvaise cote Fico et n\u2019ont pu obtenir qu\u2019un contrat \u00ab sub-prime \u00bb, \u00e0 un tr\u00e8s mauvais taux, mais sur\u2026 125 % du prix de leur maison. Ils ont donc un \u00ab capital propre captif n\u00e9gatif \u00bb ! C\u2019est-\u00e0-dire une montagne de dettes.<\/p>\n<p>Ainsi va l\u2019Am\u00e9rique de Bush : 1 % de la population d\u00e9tient un tiers de la richesse du pays, cette infime proportion ayant b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de la moiti\u00e9 de la richesse cr\u00e9\u00e9e de 1990 \u00e0 2006. Les 50 % les moins riches n\u2019en d\u00e9tiennent que 2,8 % : c\u2019est pourtant ces gens-l\u00e0 que le gouvernement Bush a voulu rendre propri\u00e9taires, contribuant ainsi massivement \u00e0 leur pr\u00e9carit\u00e9. Insolvables, ils sont la proie de compagnies qui tirent parti de leur d\u00e9nuement : 900 000 saisies ont \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9es l\u2019an dernier.<br \/>\nPendant ce temps, Freddie Mac a \u00ab empaquet\u00e9 \u00bb les milliers de pr\u00eats hypoth\u00e9caires de ces derni\u00e8res ann\u00e9es sous forme d\u2019obligations, lesquelles sont \u00e0 l\u2019origine d\u2019un nouveau march\u00e9 financier, cot\u00e9 en Bourse. Et qui ach\u00e8te ces obligations ? Les Chinois, qui, non contents de soutenir la dette du gouvernement am\u00e9ricain en achetant les bons du Tr\u00e9sor, financent d\u00e9sormais de fa\u00e7on massive l\u2019immobilier r\u00e9sidentiel. Pourquoi ? \u00ab La Chine a encore besoin de la locomotive que constitue la consommation des m\u00e9nages am\u00e9ricains \u00bb, r\u00e9pond Paul Jorion. Lesquels m\u00e9nages ont une dette moyenne \u00e9gale \u00e0 120 % de leur revenu annuel. A ce niveau de surendettement, toute hausse des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat exposerait la moiti\u00e9 de l\u2019Am\u00e9rique \u00e0 des difficult\u00e9s financi\u00e8res tr\u00e8s s\u00e9rieuses.<\/p>\n<p>Dans son livre, \u00e9crit avant l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration de la crise immobili\u00e8re, avant l\u2019effritement du dollar et avant la mont\u00e9e des tensions sino-am\u00e9ricaines, Paul Jorion cite Jeffrey A. Frankel, professeur \u00e0 Harvard : \u00ab Quand les Orientaux se retireront de nos march\u00e9s, les Am\u00e9ricains d\u00e9couvriront que les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat grimpent et que la valeur des actifs (valeurs boursi\u00e8res, logements, soci\u00e9t\u00e9s) baisse. Lorsque d\u2019autres pays ont subi des crises de ce type, leurs populations ont \u00e9t\u00e9 prises de panique. \u00bb Pour Attali, la fin de l\u2019empire am\u00e9ricain ne se produira \u00ab pas avant 2025 \u00bb. Mais les ph\u00e9nom\u00e8nes qu\u2019il d\u00e9crit \u2013 d\u00e9sindustrialisation, hypertrophie de la finance, autonomisation d\u2019Internet, crise \u00e9cologique \u2013 semblent d\u00e9j\u00e0 bien amorc\u00e9s. L\u2019Am\u00e9rique, rappelle Emmanuel Todd, \u00ab s\u2019est toujours d\u00e9velopp\u00e9e en \u00e9puisant ses sols, en gaspillant son p\u00e9trole, en cherchant \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur les hommes dont elle avait besoin pour travailler \u00bb. Et en s\u2019endettant\u2026 Une fois tourn\u00e9e la page d\u00e9sastreuse de l\u2019\u00e8re Bush, saurat-elle se sauver et engager \u00e0 temps une indispensable r\u00e9volution id\u00e9ologique ? <\/p>\n<p>A LIRE<br \/>\n<em>Vers la crise du capitalisme am\u00e9ricain ?<\/em> de Paul Jorion, \u00e9d. La D\u00e9couverte, 254 p., 20 \u20ac.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sous la plume de Vincent Remy, un excellent article tirant le meilleur parti de l\u2019information contenue dans mon \u00ab Vers la crise du capitalisme am\u00e9ricain ? \u00bb<\/p>\n<p>T\u00e9l\u00e9rama n\u00b0 2991 &#8211; 12 Mai 2007<br \/> <a href=\"http:\/\/www.telerama.fr\/divers\/M0705071111029.html\">L\u2019\u00e9conomie am\u00e9ricaine va-t-elle s\u2019effondrer ? <\/a><br \/> Vincent Remy<\/p>\n<p>&#8230;<br \/> N\u2019emp\u00eache, pour [Emmanuel Todd], la messe est dite [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,4],"tags":[],"class_list":["post-65","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","category-sociologie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/65","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=65"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/65\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":45740,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/65\/revisions\/45740"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=65"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=65"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=65"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}