{"id":65865,"date":"2014-06-10T09:35:04","date_gmt":"2014-06-10T07:35:04","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=65865"},"modified":"2014-06-10T09:42:52","modified_gmt":"2014-06-10T07:42:52","slug":"le-capitalisme-sur-un-fil-par-francois-leclerc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2014\/06\/10\/le-capitalisme-sur-un-fil-par-francois-leclerc\/","title":{"rendered":"<b>LE CAPITALISME SUR UN FIL<\/b>, par Fran\u00e7ois Leclerc"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Un syst\u00e8me financier pr\u00e9sentant une apparence florissante peut-il longtemps coexister avec une \u00e9conomie en panne de relais de croissance ? Un tel paradoxe est-il longtemps tenable ? Poser cette question, c&rsquo;est s\u2019interroger sur sa capacit\u00e9 \u00e0 relancer la machine alors que de puissants facteurs de d\u00e9s\u00e9quilibre en font douter. <\/p>\n<p>Six ans et plus de labeur acharn\u00e9, de conciliabules et de mesures annonc\u00e9es par une multitude d\u2019organismes, de lois et de r\u00e9glementations dont la complexit\u00e9 n\u2019a rien \u00e0 envier \u00e0 la mati\u00e8re qu\u2019elles cherchent \u00e0 r\u00e9genter, de calendriers d\u2019application \u00e0 rallonges et de dispositions souvent \u00e9mouss\u00e9es, tout cela pour en arriver l\u00e0 ! Une nouvelle crise est in\u00e9vitable est-il reconnu par ceux qui finiraient par le revendiquer, et rien ne dit qu\u2019elle pourra \u00eatre ma\u00eetris\u00e9e ! <\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Sous r\u00e9serve d&rsquo;inventaire plus pouss\u00e9, six facteurs de d\u00e9s\u00e9quilibre n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9gl\u00e9s : <\/p>\n<p>1. Le <i>risque syst\u00e9mique<\/i> n\u2019est en rien maitris\u00e9. En raison d\u2019expositions enchev\u00eatr\u00e9es, les grands acteurs du syst\u00e8me financier continuent d\u2019\u00eatre vuln\u00e9rables \u00e0 la d\u00e9faillance de l\u2019un d\u2019entre eux. Ce risque est devenu consubstantiel au syst\u00e8me financier, et la seule d\u00e9cision r\u00e9glementaire qui a pu \u00eatre adopt\u00e9e &#8211; curative et non pr\u00e9ventive &#8211; a consist\u00e9 \u00e0 exiger de ces grands \u00e9tablissements qu\u2019ils tiennent \u00e0 disposition un mode d\u2019emploi destin\u00e9 \u00e0 en faciliter le d\u00e9mant\u00e8lement (<i>living will<\/i>). <\/p>\n<p>2. Si le syst\u00e8me financier est globalis\u00e9, il reste par contre fragment\u00e9 d\u00e8s lors qu\u2019il s\u2019agit de sa r\u00e9glementation et de ses normes (y compris comptables). Ce qui a pour incidence de fausser les analyses reposant sur des comparaisons et, rajoutant \u00e0 la complexit\u00e9 de son fonctionnement et de ses instruments, de fournir des opportunit\u00e9s o\u00f9 se glisser afin d\u2019\u00e9chapper aux contraintes r\u00e9glementaires. La d\u00e9nonciation des avantages concurrentiels dont <i>les autres<\/i> b\u00e9n\u00e9ficient est le m\u00eame sempiternel argument permettant d\u2019obtenir des am\u00e9nagements r\u00e9glementaires dans un monde qui a fait de la comp\u00e9tition son credo tout en passant son temps \u00e0 la biaiser.<\/p>\n<p>3. Le syst\u00e8me est traditionnellement divis\u00e9 entre secteur r\u00e9gul\u00e9 (imparfaitement) et non-r\u00e9gul\u00e9 &#8211; le <i>shadow banking<\/i> &#8211; mais la fronti\u00e8re qui les s\u00e9pare est totalement poreuse. Voir clair dans les deux supposerait de r\u00e9glementer (et proscrire lorsque n\u00e9cessaire) les produits financiers et non pas de s\u2019en tenir aux structures. Un pas qui n\u2019est que tr\u00e8s modestement franchi. Circonstance aggravante, tant que les paradis fiscaux o\u00f9 les hedge funds trouvent refuge subsisteront, des trous noirs subsisteront \u00e9galement, sachant que le principal d\u2019entre eux est la City de Londres. <\/p>\n<p>4. Qu\u2019il soit public ou priv\u00e9, le d\u00e9sendettement rencontre des obstacles qui en font une op\u00e9ration de longue haleine g\u00e9n\u00e9rant une crise sociale et politique qui s\u2019approfondit, sans garantie de r\u00e9sultat. Il s\u2019av\u00e8re que les \u00c9tats sont globalement trop endett\u00e9s et que de son c\u00f4t\u00e9 le syst\u00e8me financier ne s\u2019en remet pas. Mais envisager une op\u00e9ration de r\u00e9duction globale ordonn\u00e9e de la dette ayant comme cons\u00e9quence de r\u00e9duire la taille d\u2019un syst\u00e8me d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9 car devenu hydroc\u00e9phale, cela ne se fera pas \u00e0 froid et le condamne en attendant \u00e0 poursuivre ses acrobaties. <\/p>\n<p>5. Au titre de ces derni\u00e8res (acrobaties), la titrisation figure en bonne place. Le r\u00f4le qui lui est imparti est de d\u00e9velopper le cr\u00e9dit &#8211; indispensable \u00e0 la relance de l\u2019\u00e9conomie dans un contexte d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 salariale &#8211; en relan\u00e7ant la machine \u00e0 produire de la dette sans accro\u00eetre l\u2019effet de levier. Plus pr\u00e9coce aux \u00c9tats-Unis, son retour tarde \u00e0 se concr\u00e9tiser en Europe, o\u00f9 la BCE et la Banque d\u2019Angleterre tentent de l\u2019impulser. Car c\u2019est un fusil \u00e0 deux coups, destin\u00e9 \u00e0 relancer l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique et \u00e0 consolider des bilans bancaires qui continuent d\u2019en avoir bien besoin en raison de taux de d\u00e9faut dans le remboursement des cr\u00e9dits \u00e0 la hausse. Le spectre des <i>subprimes<\/i> aidant, un cadre rassurant est recherch\u00e9 afin d\u2019attirer les investisseurs, les banques centrales \u00e9tant toutes trouv\u00e9es pour accueillir en fin de parcours les titres \u00e9mis par les banques et en assumer le risque\u2026 Ne l\u2019ont-elles pas fait pour la dette souveraine des pays attaqu\u00e9s ? C\u2019est toutefois recommencer \u00e0 jouer avec des allumettes. <\/p>\n<p>6. Ayant assum\u00e9, et au-del\u00e0, leur r\u00f4le de pr\u00eateur en dernier ressort &#8211; c\u2019est-\u00e0-dire de dispensateur ultime des liquidit\u00e9s sans lesquelles le syst\u00e8me connaitrait un arr\u00eat cardiaque &#8211; les banques centrales ont agi de mani\u00e8re d\u00e9terminante. \u00c0 tel point que l\u2019on peut se demander si elles vont \u00eatre en mesure de hausser des taux directeurs proches de z\u00e9ro qui poussent au crime, et si le capitalisme n\u2019est pas entr\u00e9 dans une nouvelle phase, que l\u2019on pourrait qualifier d\u2019assist\u00e9. En attendant, l\u2019abondance des liquidit\u00e9s cr\u00e9e les conditions de nouveaux d\u00e9rapages financiers et il n\u2019est pas question de les ass\u00e9cher. <\/p>\n<p>Afin de saisir les m\u00e9canismes profonds de la crise dans sa version europ\u00e9enne, il est \u00e9clairant de ne pas s\u2019en tenir \u00e0 ses aspects sp\u00e9cifiques. Tout comme il doit \u00eatre pris en compte la crise de la mondialisation, ou bien encore cette autre qui se pointe irr\u00e9sistiblement et r\u00e9sulte de l\u2019accaparement et du g\u00e2chis de ressources finies. La crise dans laquelle nous sommes plong\u00e9s a donc plusieurs facettes, impliquant une mise \u00e0 plat d\u2019ensemble afin que le progr\u00e8s et le bien-\u00eatre retrouvent un sens. Mais la barbarie sera toujours une option par d\u00e9faut, dans un monde o\u00f9 les in\u00e9galit\u00e9s s\u2019accentuent et o\u00f9 le pouvoir se concentre. Des signaux se manifestent d\u00e9j\u00e0, \u00e0 ne pas n\u00e9gliger.<\/p>\n<p>Selon quel principe la soci\u00e9t\u00e9 de demain pourrait-elle fonctionner ? Un partage d\u00e9mocratique de biens communs \u00e9tendus &#8211; ni propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, ni d\u2019\u00c9tat &#8211; qui privil\u00e9gierait l\u2019usage ?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un syst\u00e8me financier pr\u00e9sentant une apparence florissante peut-il longtemps coexister avec une \u00e9conomie en panne de relais de croissance ? Un tel paradoxe est-il longtemps tenable ? 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