{"id":66274,"date":"2014-06-20T19:46:22","date_gmt":"2014-06-20T17:46:22","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=66274"},"modified":"2014-06-20T19:48:09","modified_gmt":"2014-06-20T17:48:09","slug":"lemploi-entre-arbitrage-prive-et-politique-publique-par-michel-leis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2014\/06\/20\/lemploi-entre-arbitrage-prive-et-politique-publique-par-michel-leis\/","title":{"rendered":"<b>L&rsquo;EMPLOI ENTRE ARBITRAGE PRIV\u00c9 ET POLITIQUE PUBLIQUE<\/b>, par Michel Leis"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9<\/p><\/blockquote>\n<ol>\n<li><strong>L\u2019offre d&#8217;emploi d\u00e9pend de plus en plus des arbitrages du secteur priv\u00e9 en mati\u00e8re de r\u00e9partition du travail<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>1.1. En France, contrairement \u00e0 une id\u00e9e re\u00e7ue, l\u2019emploi total continue \u00e0 augmenter[i]. Cette cr\u00e9ation d\u2019emploi est toutefois insuffisante pour r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019accroissement de la population active, d\u2019o\u00f9 la hausse du ch\u00f4mage.<\/p>\n<p>1.2. La fonction publique d\u2019\u00c9tat a contribu\u00e9 de 6\u00a0% dans cette croissance globale entre 1980 et 2010. Lors de la derni\u00e8re d\u00e9cennie, elle a pes\u00e9 n\u00e9gativement sur l\u2019emploi total (-4.5\u00a0%). Les emplois ont augment\u00e9 plus fortement dans la fonction publique territoriale et dans la sant\u00e9. Cette situation r\u00e9sulte d\u2019un transfert de responsabilit\u00e9 entre l\u2019\u00c9tat et les collectivit\u00e9s locales[ii] et d\u2019une demande croissante en mati\u00e8re de sant\u00e9.<\/p>\n<p><!--more-->1.3. Les contraintes budg\u00e9taires ne permettent pourtant plus de cr\u00e9er des emplois dans la fonction publique d\u2019\u00c9tat ou dans la sant\u00e9. Quant \u00e0 la fonction publique territoriale, le niveau de d\u00e9cision local ne permet pas de mener une politique d\u2019emploi globale.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>\u00c9volution de l\u2019emploi total 1980 \u2013 2010 (en milliers)<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Michel-01.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-66275\" src=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Michel-01.png\" alt=\"Michel 01\" width=\"650\" height=\"390\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>\u00c9volution compar\u00e9e 1980 \u2013 2010\u00a0: indice 100 = 1980<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Michel-02.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-66276\" src=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Michel-02.png\" alt=\"Michel 02\" width=\"650\" height=\"393\" \/><\/a><\/p>\n<p>1.4. Par cons\u00e9quent le volume total d\u2019emplois offerts dans les prochaines ann\u00e9es va d\u00e9pendre essentiellement des arbitrages que le secteur priv\u00e9 va rendre en mati\u00e8re de r\u00e9partition du travail. Il est n\u00e9cessaire de comprendre les termes de cet arbitrage, le sch\u00e9ma qui suit en propose une approche simplifi\u00e9e\u00a0:<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Michel-03.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-66277\" src=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Michel-03.png\" alt=\"Michel 03\" width=\"650\" height=\"509\" \/><\/a><br \/>\n(cliquez sur le sch\u00e9ma pour l&rsquo;agrandir)<\/p>\n<p>1.5. Du point de vue des entreprises, un changement ou des ajustements\u00a0dans la structure ou l\u2019organisation apparaissent n\u00e9cessaires:<\/p>\n<ul>\n<li>Quand le contexte change\u00a0: le march\u00e9, l\u2019intensit\u00e9 de la concurrence&#8230;<\/li>\n<li>Lorsque les attentes ou les mod\u00e8les \u00e9voluent (i.e. les normes[iii] de profit et de production).<\/li>\n<li>Lorsqu\u2019une nouvelle strat\u00e9gie est d\u00e9cid\u00e9e par un management en mal de justification ou au changement d\u2019\u00e9quipe de direction.<\/li>\n<\/ul>\n<p>1.6. Dans cette dynamique de changement, il y a r\u00e9troaction entre strat\u00e9gies et normes\u00a0(\u00c2\u0152): les meilleurs r\u00e9sultats deviennent des r\u00e9f\u00e9rences et font \u00e9voluer l\u2019ensemble des attentes, ce qui n\u00e9cessite de nouvelles strat\u00e9gies et de nouveaux changements.<\/p>\n<p>1.7. Le caract\u00e8re lin\u00e9aire du sch\u00e9ma ci-dessus ne doit pas faire illusion. <em>Beaucoup d\u2019\u00e9l\u00e9ments de la d\u00e9cision ne sont pas rationnels<\/em>. Le discours sur la comp\u00e9titivit\u00e9 et la survie des entreprises est en r\u00e9alit\u00e9 plus un discours sur la conformit\u00e9 aux normes de profit et de production. Ce sch\u00e9ma d\u00e9crit le contexte de la d\u00e9cision et les interactions, il n\u2019explique pas un processus\u00a0de d\u00e9cision par ailleurs sp\u00e9cifique \u00e0 chaque entreprise:<\/p>\n<ol start=\"2\">\n<li><strong>Les termes de l\u2019arbitrage<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>2.1. Diff\u00e9rents projets sont \u00e9labor\u00e9s pour r\u00e9pondre \u00e0 cette demande de changement, le contenu de ces projets est tr\u00e8s largement influenc\u00e9 (\u00c2\u008d) :<\/p>\n<ul>\n<li>Par la norme de profit qui d\u00e9termine un id\u00e9al de rentabilit\u00e9 \u00e0 atteindre\u00a0: elle renvoie aux performances des meilleures entreprises du secteur, mais aussi \u00e0 des attentes plus g\u00e9n\u00e9rales qui prennent en compte d\u2019autres secteurs ou un contexte g\u00e9n\u00e9ral (fiscalit\u00e9, attitude par rapport \u00e0 l\u2019argent\u2026).<\/li>\n<li>Par la norme de production[iv]\u00a0dominante : Les entreprises con\u00e7oivent tr\u00e8s rarement une approche nouvelle de leur m\u00e9tier. Elles copient et am\u00e9liorent en fonction des \u00e9volutions technologiques l\u2019organisation des entreprises qui semblent le plus en pointe dans un secteur donn\u00e9 sans que l\u2019on sache si ce mod\u00e8le de r\u00e9f\u00e9rence est le plus efficace. De temps \u00e0 autre, une entreprise remet en cause la norme de production de son secteur, par exemple, l\u2019arriv\u00e9e du \u00ab\u00a0low-cost\u00a0\u00bb dans le transport a\u00e9rien.<\/li>\n<\/ul>\n<p>2.2. Chaque projet est une combinaison de facteurs (\u00c2\u017d)\u00a0entre le capital (i.e. capital productif), diff\u00e9rentes mani\u00e8re de recourir au travail et l\u2019externalisation (le recours \u00e0 la franchise ou \u00e0 la sous-traitance). Autrement dit, chaque combinaison de facteurs effectivement mise en \u0153uvre est \u00e0 la fois d\u00e9pendante de la norme de production et contribue si elle se r\u00e9v\u00e8le particuli\u00e8rement efficace \u00e0 l\u2019\u00e9volution de la norme de production.<\/p>\n<p>2.3. Le choix du facteur capital est celui qui offre le moins d\u2019incertitude \u00e0 l\u2019organisation, car le prix de l\u2019investissement en machine ou logiciel est connu, de m\u00eame que les performances attendues. Toutefois, l\u2019exp\u00e9rience montre que les d\u00e9rapages sont tr\u00e8s fr\u00e9quents par rapport aux pr\u00e9visions. Les termes du choix sont les suivants\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>Le progr\u00e8s technique qui se traduit par des possibilit\u00e9s d\u2019automatisation suppl\u00e9mentaires, une efficacit\u00e9 et une accessibilit\u00e9 croissante tout en diminuant le co\u00fbt de l\u2019investissement.<\/li>\n<li>Le co\u00fbt de l\u2019investissement, y compris le co\u00fbt de son financement. Toutefois, si le progr\u00e8s technologique tend \u00e0 diminuer les co\u00fbts, le ticket d\u2019entr\u00e9e pour certains postes de travail ou dans certaines fonctions reste tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 par rapport \u00e0 la valeur ajout\u00e9e g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par la fonction. On peut donner ici quelques exemples\u00a0:<\/li>\n<li>L\u2019automatisation des fonctions de trading co\u00fbte cher, mais correspond \u00e0 un profit \u00e9lev\u00e9, gr\u00e2ce entre autres aux nouvelles possibilit\u00e9s de profit offertes par le trading \u00e0 haute fr\u00e9quence. Elle est devenue un standard dans la profession.<\/li>\n<li>La technique du Scan et des \u00e9crans tactiles est devenue bon march\u00e9 depuis quelques ann\u00e9es, d\u2019o\u00f9 la multiplication des automates dans la distribution.<\/li>\n<li>La robotisation dans les usines automobiles a atteint un sommet et enregistre m\u00eame une l\u00e9g\u00e8re d\u00e9croissance\u00a0: les robots ont du mal \u00e0 s\u2019adapter aux variations de production trop fr\u00e9quentes et \u00e0 une flexibilit\u00e9 croissante dans l\u2019ex\u00e9cution des v\u00e9hicules, le gain de productivit\u00e9 est faible pour des op\u00e9rations d\u2019assemblage complexe. Ils restent les ma\u00eetres dans les presses, la soudure, la peinture ou le convoyage.<\/li>\n<li>Il est faible dans la phase finale de l\u2019assemblage des avions, le degr\u00e9 de pr\u00e9cision recherch\u00e9 et la faible longueur des s\u00e9ries (quelque milliers tout au plus) permettent difficilement de rentabiliser l\u2019investissement.<\/li>\n<li>L\u2019accessibilit\u00e9 au facteur capital est parfois limit\u00e9e. Les brevets, l\u2019avance technologique prise par un concurrent peuvent \u00eatre des barri\u00e8res \u00e0 l\u2019entr\u00e9e difficiles \u00e0 combler.<\/li>\n<\/ul>\n<p>2.4. L\u2019utilisation du facteur travail ne s\u2019\u00e9value qu\u2019en combinaison avec le capital productif, pour chaque projet, plusieurs arbitrages doivent \u00eatre r\u00e9alis\u00e9s\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>Sur la combinaison entre le travail de la machine et l\u2019emploi, en fonction des co\u00fbts salariaux, de la productivit\u00e9, du co\u00fbt du capital productif. Dans un processus complexe, cet arbitrage doit \u00eatre rendu pour chaque t\u00e2che \u00e0 r\u00e9aliser.<\/li>\n<li>Entre un travail r\u00e9alis\u00e9 au co\u00fbt local et un travail export\u00e9 au loin et qui peut \u00eatre r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 des co\u00fbts salariaux moindres, m\u00eame en tenant compte des co\u00fbts de transports. Il s\u2019agit ici du travail r\u00e9alis\u00e9 dans une filiale quelconque de l\u2019entreprise \u00e0 l\u2019\u00e9tranger.<\/li>\n<li>Entre le travail r\u00e9alis\u00e9 par des employ\u00e9s et le travail r\u00e9alis\u00e9 par le client[v]. Les possibilit\u00e9s ouvertes par les \u00e9crans tactiles et autres outils de reconnaissances visuels dont l\u2019usage devient de plus en plus familier aux individus permettent de mettre ceux-ci \u00e0 contribution, en particulier dans la distribution et les services. Ils r\u00e9alisent ainsi un travail qui \u00e9tait auparavant celui d\u2019un employ\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0: pompiste, caissi\u00e8re, personnel au sol\u2026<\/li>\n<\/ul>\n<p>2.5. L\u2019externalisation est la grande alternative aux projets internes, c\u2019est l\u2019une des armes favorites des entreprises dominantes[vi] dans la cha\u00eene de valeur\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>Pour les entreprises dominantes, la rentabilit\u00e9 sur capitaux propres peut \u00eatre am\u00e9lior\u00e9e\u00a0: une telle approche requi\u00e8re moins d\u2019actifs et moins de capitaux, sans que le chiffre d\u2019affaires n\u2019en subisse les cons\u00e9quences. Le tout n\u2019a qu\u2019un impact minimal sur le profit en vertu des rapports de forces qui maintiennent les prix d\u2019achat \u00e0 un niveau tr\u00e8s bas et qui permettent d\u2019accaparer la marge.<\/li>\n<li>Pour les entreprises domin\u00e9es (celles \u00e0 qui l\u2019externalisation est confi\u00e9e), on d\u00e9cale d\u2019un cran le sch\u00e9ma de d\u00e9cision\u00a0: se voir confier la sous-traitance par une soci\u00e9t\u00e9 plus grande ou prendre une nouvelle franchise revient \u00e0 une variation de march\u00e9 qui n\u00e9cessite une adaptation.<\/li>\n<\/ul>\n<p>2.6. La mobilit\u00e9 entre les facteurs\u00a0(\u00c2\u008f) est contrainte\u00a0par :<\/p>\n<ul>\n<li>Le co\u00fbt des diff\u00e9rents facteurs et les param\u00e8tres de flexibilit\u00e9 qui y sont attach\u00e9s\u00a0: barri\u00e8res \u00e0 l\u2019entr\u00e9e (co\u00fbt de la technologie, existence d\u2019une main d\u2019\u0153uvre abondante et bien form\u00e9e), facult\u00e9 \u00e0 c\u00e9der des actifs, contraintes du march\u00e9 du travail (i.e. facilit\u00e9 \u00e0 licencier).<\/li>\n<li>La facult\u00e9 \u00e0 exporter le travail ou \u00e0 le sous-traiter\u00a0: entre autres le co\u00fbt du transport, la pr\u00e9sence de filiale \u00e0 l\u2019\u00e9tranger (ou la facilit\u00e9 \u00e0 s\u2019y implanter).<\/li>\n<li>Les barri\u00e8res r\u00e9glementaires et douani\u00e8res<\/li>\n<\/ul>\n<p>2.7. Pour les entreprises dominantes dans la cha\u00eene de valeur, il est tr\u00e8s fr\u00e9quent que le top management (parfois d\u00e9connect\u00e9 de la r\u00e9alit\u00e9 m\u00e9tier) pr\u00e9d\u00e9finisse le cadre de l\u2019arbitrage en fixant des objectifs et une ligne strat\u00e9gique largement influenc\u00e9e par les normes dominantes (\u00c2\u0090), en particulier la norme de profit. C\u2019est un v\u00e9ritable biais cognitif qui conduit un \u00e9ventail tr\u00e8s r\u00e9duit de strat\u00e9gies\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>Les strat\u00e9gies fond\u00e9es sur la recherche de l\u2019optimisation profit \/ structure<\/li>\n<li>La r\u00e9duction autoritaire du personnel\u00a0: chaque d\u00e9partement de l\u2019entreprise se devant de d\u00e9cliner \u00e0 son niveau les ajustements n\u00e9cessaires. On observe souvent un effet cliquet\u00a0: s\u2018il est \u00e0 nouveau n\u00e9cessaire de recruter, l\u2019emploi ne retrouvera jamais les niveaux ant\u00e9rieurs.<\/li>\n<li>Variante de la r\u00e9duction des co\u00fbts (y compris salariaux)\u00a0: la fermeture des activit\u00e9s ou des sites les moins rentables du groupe. La r\u00e9duction du p\u00e9rim\u00e8tre permet d\u2019esp\u00e9rer \u00e0 court terme un meilleur retour sur capitaux propres. Il existe une strat\u00e9gie sym\u00e9trique qui est celle de l\u2019absorption et du rachat des entreprises concurrentes en esp\u00e9rant r\u00e9aliser des \u00e9conomies d\u2019\u00e9chelles.<\/li>\n<li>Autre d\u00e9clinaison de cette recherche du meilleur ratio profit structure, l\u2019externalisation, qui permet l\u00e0 encore de r\u00e9duire les effectifs et peut am\u00e9liorer rapidement la rentabilit\u00e9 sur capitaux propres. Le discours du recentrage sur le c\u0153ur de m\u00e9tier a servi et sert encore dans la phras\u00e9ologie d\u2019entreprise pour habiller ce type d\u2019op\u00e9ration. Elle est en ad\u00e9quation avec une norme de production qui cherche la flexibilit\u00e9 \u00e0 tout prix, elle offre le double avantage de faire porter la complexit\u00e9 de cette flexibilit\u00e9 sur de plus petites structures et elle peut se combiner facilement avec l\u2019exportation du travail. La sous-traitance \u00e0 l\u2019\u00e9tranger est devenue l\u2019un des standards de la norme de production.<\/li>\n<li>La digitalisation, autrement dit, dans le discours d\u2019entreprise dominant, comment on transfert une partie du travail autrefois r\u00e9alis\u00e9 par les employ\u00e9s de l\u2019entreprise vers le client. Sous pr\u00e9texte d\u2019\u00e9volution des attentes du client, de progr\u00e8s technologique et d\u2019autres pressions concurrentielles, le client est aujourd\u2019hui pouss\u00e9 vers Internet ou vers des automates. La motivation pour le client est l\u2019absence de files, l\u2019abondance d\u2019information ou le caract\u00e8re instantan\u00e9 de la r\u00e9ponse. Au final le client participe volontairement et avec le sourire \u00e0 sa propre euthanasie (voire le point\u00a03\u00a0: cons\u00e9quence de l\u2019arbitrage priv\u00e9 en mati\u00e8re d\u2019emploi).<\/li>\n<li>Les strat\u00e9gies fond\u00e9es sur la qu\u00eate de valeur\u00a0:<\/li>\n<li>La mont\u00e9e en gamme, qui est l\u2019une des tartes \u00e0 la cr\u00e8me des strat\u00e9gies d\u2019entreprise. Pour r\u00e9pondre aux attentes de profits, on cherche \u00e0 obtenir un positionnement premium des produits ou des services offerts, en esp\u00e9rant en retour am\u00e9liorer la marge. Les march\u00e9s premium sont effectivement moins impact\u00e9s par les crises et le prix des produits permet de g\u00e9n\u00e9rer plus de marge. Cependant, ces march\u00e9s ne sont pas extensibles \u00e0 l\u2019infini alors que le ticket d\u2019entr\u00e9e reste \u00e9lev\u00e9 pour une r\u00e9ussite al\u00e9atoire.<\/li>\n<li>La diff\u00e9rentiation qui consiste \u00e0 rechercher une offre dont le caract\u00e8re sp\u00e9cifique est per\u00e7u par le client, soit parce que la technologie employ\u00e9e est r\u00e9ellement innovante, soit parce que le marketing arrive \u00e0 convaincre le consommateur potentiel que le produit propos\u00e9 est diff\u00e9rent. Un produit ou un service \u00ab\u00a0unique\u00a0\u00bb permet l\u00e0 aussi de g\u00e9n\u00e9rer plus de marge<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cette liste ne d\u00e9crit que des variantes \u00ab\u00a0standards\u00a0\u00bb, toutes ces strat\u00e9gies se combinent, se succ\u00e8dent, ce qui retire la lisibilit\u00e9 \u00e0 une typologie qui est somme toute assez r\u00e9duite. Elles ne font pas non plus table rase des strat\u00e9gies ant\u00e9rieures telles que celles qui ont amen\u00e9 au d\u00e9veloppement de la norme de consommation, fond\u00e9e sur le renouvellement rapide de l\u2019offre. Les entreprises qui ont le meilleur mix dans leur strat\u00e9gie (i.e. celles qui offrent les meilleurs r\u00e9sultats) \u00e0 un instant donn\u00e9 vont avoir un r\u00f4le de mod\u00e8le pour leurs concurrents. Ceux-ci chercheront \u00e0 s\u2019adapter \u00e0 ces nouveaux \u00ab\u00a0standards\u00a0\u00bb, dans un cercle sans fin qui n\u2019a rien de vertueux quand c\u2019est le seul profit qui sert d\u2019\u00e9valuation de cette r\u00e9ussite.<\/p>\n<p>2.8. Pour les entreprises qui ne sont pas dominantes dans la cha\u00eene de valeur (franchise, sous-traitant), l\u2019arbitrage se fait sous une forme beaucoup plus contrainte. Plus les rapports de forces sont en faveur de l&rsquo;entreprise dominante, plus le sous-traitant est dans l&rsquo;incapacit\u00e9 de fixer des prix, plus les arbitrages sont fix\u00e9s en fonction des co\u00fbts. Comme le facteur capital a souvent un ticket d&rsquo;entr\u00e9e \u00e9lev\u00e9, il est fr\u00e9quent que l&rsquo;arbitrage se produise en faveur du facteur travail, mais le facteur prix pousse \u00e0 la d\u00e9localisation dans des pays o\u00f9 le co\u00fbt du travail est moins \u00e9lev\u00e9, du moins chaque fois que cela est possible.<\/p>\n<ol start=\"3\">\n<li><strong>Les cons\u00e9quences de l\u2019arbitrage priv\u00e9<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>3.1. L\u2019arbitrage priv\u00e9 ne se rend qu\u2019au niveau de l\u2019entreprise, il n\u2019y a pas d\u2019\u00e9valuation de l\u2018impact global. Si au final la r\u00e9troaction sur les march\u00e9s est n\u00e9gative, et que d\u2019autres ajustements sont n\u00e9cessaires, aucune soci\u00e9t\u00e9 ne se sent comptable d\u2019une telle cons\u00e9quence. L\u2019addition des comportements individuels \u00ab\u00a0rationnels\u00a0\u00bb dans la perspective de l\u2019entreprise cr\u00e9e une situation irrationnelle sur le plan collectif. L\u2019euthanasie progressive du consommateur dans les march\u00e9s domestiques ne b\u00e9n\u00e9ficie qu\u2019\u00e0 une infime minorit\u00e9 d\u2019entreprises \u00e0 m\u00eame d\u2019aller chasser le client dans s\u2019autres territoires.<\/p>\n<p>3.2. Dans les arbitrages rendus, malgr\u00e9 les politiques d\u2019emploi gouvernementales (voir point\u00a04 ci-apr\u00e8s), l\u2019offre de travail stagne (au mieux) en quantit\u00e9 et baisse en qualit\u00e9. Le rapport de force qui en r\u00e9sulte p\u00e8se directement sur les salaires et indirectement sur le nombre d\u2019actifs (\u00c2\u2018). Les conditions de march\u00e9 local enregistrent une premi\u00e8re d\u00e9gradation (\u2019) li\u00e9e \u00e0 une demande int\u00e9rieure finale qui stagne ou pire encore, qui se r\u00e9partit dans des choix violents entre les produits et les secteurs d\u2019activit\u00e9 par le client (l\u2019\u00e9volution de la norme de consommation).<\/p>\n<p>3.3. Que ce soit par la d\u00e9localisation pure et simple ou par l\u2019externalisation, les arbitrages rendus sont de moins en moins en faveur du facteur travail local qui est toujours trop cher du point de vue de l\u2019entreprise. L\u2019exportation du travail \u00e0 l\u2019\u00e9tranger renforce la demande export et affaiblit la demande int\u00e9rieure (\u00c2\u201c). L\u00e0 encore, seule une infime minorit\u00e9 d\u2019entreprises sont \u00e0 m\u00eame de tirer parti de cette nouvelle demande ext\u00e9rieure tandis qu\u2019une majorit\u00e9 d\u2019entreprises subissent la baisse de la demande<\/p>\n<p>3.4. La conjonction d\u2019arbitrages rendus dans le m\u00eame a des effets en cascade. La demande baisse \u00e0 la fois par les arbitrages rendus, mais aussi parce que les m\u00e9canismes de protection sociale compensent de moins en moins les effets de ces arbitrages priv\u00e9s. La demande d\u00e9prim\u00e9e qui en r\u00e9sulte n\u00e9cessite d\u2019autres ajustements, d\u2019autres arbitrages qui seront toujours rendus dans la m\u00eame direction. Seules les entreprises dominantes tirent leur \u00e9pingle du jeu, ce qui accentue le ph\u00e9nom\u00e8ne de concentration de la richesse et contribue \u00e0 scier la branche sur laquelle nous sommes assis.<\/p>\n<ol start=\"4\">\n<li><strong>Inefficacit\u00e9 des politiques publiques de l\u2019emploi<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>4.1. De m\u00eame que la typologie des strat\u00e9gies d\u2019entreprise est relativement limit\u00e9e, l\u2019\u00e9ventail des politiques de l\u2019emploi men\u00e9es dans les diff\u00e9rents pays europ\u00e9ens est tr\u00e8s r\u00e9duit\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>Une qu\u00eate d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de la croissance en esp\u00e9rant que celle-ci cr\u00e9era des emplois<\/li>\n<li>Une r\u00e9duction du co\u00fbt du travail au travers de toute une s\u00e9rie d\u2019emplois aid\u00e9s, en particulier par des incitants fiscaux.<\/li>\n<li>Une flexibilit\u00e9 dont on esp\u00e8re qu\u2019elle incitera les entreprises \u00e0 \u00ab\u00a0se mouiller\u00a0\u00bb.<\/li>\n<li>Une politique de nettoyage statistique, visant \u00e0 r\u00e9duire le nombre de demandeurs d\u2019emploi en sortant une partie des individus de la liste des actifs.<\/li>\n<\/ul>\n<p>4.2. La croissance n\u2019est pas suffisante\u00a0: les gains de productivit\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s et l\u2019exportation du travail ne permettent pas d\u2019esp\u00e9rer un retournement durable du march\u00e9 de l\u2019emploi, sauf retour \u00e0 une croissance exceptionnellement \u00e9lev\u00e9e sur une longue p\u00e9riode. Surtout, la croissance profite aux entreprises dominantes, c\u2019est-\u00e0-dire celles qui sont les plus performantes du point de vue des normes de production et de profit, celles qui rendent le plus souvent des arbitrages moins favorables \u00e0 l\u2019emploi local.<\/p>\n<p>4.3. Les politiques visant \u00e0 r\u00e9duire des co\u00fbts du travail sont r\u00e9alis\u00e9es au nom d\u2019une id\u00e9ologie, celle du march\u00e9 et de la libre concurrence. L\u2019accent est mis sur la comp\u00e9titivit\u00e9 salariale qui permettrait aux entreprises de se faire une place au soleil. Ces politiques ne sont pas appropri\u00e9es, car elles ne prennent pas en compte tous les termes de l\u2019arbitrage. La baisse du co\u00fbt de l\u2019emploi p\u00e8se peu dans la balance globale\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>Le co\u00fbt du facteur capital tend \u00e0 baisser. D\u2019une part, le prix de la technologie baisse, aid\u00e9 en cela par les politiques d\u2019\u00c9tat en mati\u00e8re de recherche et de formation (le discours sur la comp\u00e9titivit\u00e9 technologique). D\u2019autre part, le co\u00fbt du financement reste tr\u00e8s bas, entre autres parce que l\u2019on esp\u00e8re toujours retrouver la croissance et favoriser les investissements des entreprises en maintenant le cr\u00e9dit \u00e0 des taux tr\u00e8s bas.<\/li>\n<li>La mobilit\u00e9 entre les facteurs au sens large conna\u00eet de moins en moins de freins\u00a0: libres mouvements des capitaux et des personnes en Europe, pas de barri\u00e8re douani\u00e8re, co\u00fbt du transport peu \u00e9lev\u00e9, il est facile dans ses conditions de faire le choix du travail export\u00e9. M\u00eame si l\u2019on sort de l\u2019Europe, le diff\u00e9rentiel de co\u00fbt de main-d\u2019\u0153uvre est tel que les barri\u00e8res douani\u00e8res ne sont de toute fa\u00e7on pas suffisantes pour les entreprises qui ont acc\u00e8s au travail \u00e0 bon march\u00e9.<\/li>\n<li>Quand cette baisse est r\u00e9alis\u00e9e au travers des charges sociales ou de la fiscalit\u00e9, elles \u00e9l\u00e8vent les attentes de profit des entreprises dominantes. En r\u00e9ponse \u00e0 cette \u00e9l\u00e9vation de la norme de profit, d\u2019autres ajustements sont mis en \u0153uvre, et au final, non seulement l\u2019arbitrage rendu ne sera que tr\u00e8s marginalement influenc\u00e9 par le co\u00fbt du travail, mais l\u2019impact en terme d\u2019emploi peut \u00eatre n\u00e9gatif.<\/li>\n<li>Dans les secteurs o\u00f9 la norme de production repose sur une m\u00e9canisation pouss\u00e9e, l\u2019exportation du travail ou le transfert vers le client final, ces politiques ont peu d\u2019influences. Dans d\u2019autres secteurs, les entreprises sont tent\u00e9es de jouer l\u2019effet d\u2019aubaine et d\u2019opportunit\u00e9 en rempla\u00e7ant une partie de leurs salari\u00e9s (ceux qui co\u00fbtent cher) par un emploi jeune et \u00e0 meilleur march\u00e9, sous le double effet de la pression sur les salaires (le salaire \u00e0 l\u2019embauche est une variable cl\u00e9 dans l\u2019ajustement global des salaires) et la diminution des charges.<\/li>\n<li>Quand ce sont les salaires qui sont directement vis\u00e9s, c\u2019est la demande globale qui souffre. Les entreprises ne manqueront pas de r\u00e9agir avec les ajustements en cascade que l\u2019on peut imaginer.<\/li>\n<\/ul>\n<p>4.4. La flexibilit\u00e9 en tant que moteur de l\u2019emploi revient \u00e0 diminuer les barri\u00e8res \u00e0 la sortie et \u00e0 renforcer la mobilit\u00e9 entre les facteurs. L\u2019embauche n\u2019est que transitoire, en attendant une meilleure combinaison, renfor\u00e7ant ainsi l\u2019instabilit\u00e9 de la demande. Cette prise de risque suppos\u00e9e par les entreprises qui serait un frein \u00e0 l\u2019emploi ne joue en r\u00e9alit\u00e9 que marginalement dans un contexte ou l\u2019offre d\u2019emploi reste atone.<\/p>\n<p>4.5. Enfin, le nettoyage statistique n\u2019a qu\u2019un effet cosm\u00e9tique \u00e0 simple vis\u00e9e politique. Il pourrait avoir un effet positif dans la mesure o\u00f9 le niveau de ch\u00f4mage serait faible\u00a0: en ce cas un nettoyage peut renforcer une impression de p\u00e9nurie de main-d\u2019\u0153uvre et mettre la pression sur les salaires. Maintenir un taux de ch\u00f4mage apparent \u00e0 10.4\u00a0% au lieu de 15\u00a0% (ou 16 ou 17\u00a0%) ne satisfait que le personnel politique et ent\u00e9rine l\u2019inefficacit\u00e9 du reste de la politique d\u2019emploi.<\/p>\n<p>4.6. On entend souvent nos politiciens prendre pour exemple les bonnes statistiques de l\u2019emploi et les soi-disant succ\u00e8s de l\u2019industrie allemande. Ils ne comprennent toujours pas la nature de cette illusion qui dicte pourtant sa loi \u00e0 l\u2019Europe\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>L\u2019Allemagne a un nombre d\u2019actifs potentiels beaucoup moins \u00e9lev\u00e9s, \u00e0 la fois par une pyramide des \u00e2ges plus favorable et par une politique familiale qui a toujours d\u00e9courag\u00e9 le travail des femmes (le syst\u00e8me de cr\u00e8ches par exemple, tr\u00e8s peu d\u00e9velopp\u00e9 en Allemagne). Ce nombre d\u2019actifs potentiellement plus faible r\u00e9duit m\u00e9caniquement le taux de ch\u00f4mage. Il diminue aussi les pressions \u00e0 la baisse du salaire dans l\u2019industrie qui perd r\u00e9guli\u00e8rement des emplois en Allemagne (-700000 ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es). Le secteur des services recrute, mais \u00e0 quel prix\u00a0! L\u2019instauration d\u2019un salaire minimum qui reste tr\u00e8s bas n\u2019est pas vraiment de nature \u00e0 entretenir la demande int\u00e9rieure.<\/li>\n<li>L\u2019exportation du travail profite quand m\u00eame aux entreprises allemandes. Quand une classe moyenne sup\u00e9rieure se cr\u00e9e dans un pays, le positionnement haut de gamme de l\u2019industrie allemande fait que celle-ci rafle la mise et superforme dans cet embryon de march\u00e9. En d\u2019autres termes, en rendant le m\u00eame type d\u2019arbitrage que leurs concurrents d\u2019autres pays, les entreprises allemandes n\u2019ont pas \u00e0 r\u00e9aliser les m\u00eames ajustements. Leurs d\u00e9bouch\u00e9s continuent \u00e0 augmenter \u00e0 l\u2019export quand la demande int\u00e9rieure reste stable. Cette situation n\u2019est pas transposable, car ce positionnement sp\u00e9cifique ne peut \u00eatre dupliqu\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<ol start=\"5\">\n<li><strong>Alternatives aux politiques actuelles de l\u2019emploi<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>5.1. On l\u2019a vu, l\u2019un des moteurs de ces ajustements continus est l\u2019\u00e9volution des normes\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>L\u2019\u00e9volution de la norme de profit cr\u00e9e une dynamique de changement renforc\u00e9e par les politiques d\u2019emplois qui tendent \u00e0 jouer sur les all\u00e8gements fiscaux. Cette approche renforce la revendication des entreprises pour un taux d\u2019imp\u00f4t \u00ab\u00a0single digit\u00a0\u00bb et dans la qu\u00eate du profit. Si l\u2019on ajoute la sp\u00e9culation financi\u00e8re et la fraude fiscale, les attentes n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 aussi \u00e9lev\u00e9es en la mati\u00e8re. Diminuer la norme de profit par une fiscalit\u00e9 adapt\u00e9e (taxer les surprofits) et lutter contre la fraude fiscale est le meilleur service que l\u2019on puisse rendre \u00e0 l\u2019emploi<\/li>\n<li>S\u2019il est plus difficile d\u2019agir sur la norme de production, toutefois, un certain nombre de limitations peuvent \u00eatre apport\u00e9es\u00a0:<\/li>\n<li>En r\u00e9visant les r\u00e8gles d\u2019amortissement sur les investissements, en particulier sur les robots et le mat\u00e9riel d\u2019automation.<\/li>\n<li>En taxant le transfert du travail vers le client. Cette taxation peut \u00eatre d\u00e9doubl\u00e9e\u00a0: d\u2019une part en influen\u00e7ant les comportements du client, par exemple en taxant toute transaction r\u00e9alis\u00e9e sur Internet ou sur une borne automatique, et d\u2019autre part vers l\u2019entreprise, l\u00e0 aussi pour toute op\u00e9ration qui met \u00e0 contribution le client.<\/li>\n<li>Les limitations apport\u00e9es au facteur capital permettraient aussi d\u2019intervenir sur le facteur travail en limitant par exemple la dur\u00e9e de celui-ci pour en assurer une meilleure r\u00e9partition dans le temps.<\/li>\n<\/ul>\n<p>5.2. Dans l\u2019arbitrage priv\u00e9 qui est rendu aujourd\u2019hui entre travail et capital, il faut consid\u00e9rer les deux facteurs simultan\u00e9ment. Essayer de r\u00e9tablir la balance entre facteurs ne peut jouer qu\u2019\u00e0 la marge, car des consid\u00e9rations ind\u00e9pendantes du seul co\u00fbt du facteur travail interviennent \u00e0 l\u2019heure des arbitrages. Une approche qui ferait porter les charges sociales sur la valeur ajout\u00e9e produite \u00e0 un triple avantage\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>Elle est neutre par rapport au choix des facteurs<\/li>\n<li>Elle fait appara\u00eetre une r\u00e9elle diff\u00e9rence sur le co\u00fbt du facteur travail<\/li>\n<li>Elle finance mieux les m\u00e9canismes de protections sociales, ce qui tend \u00e0 maintenir la demande.<\/li>\n<\/ul>\n<p>5.3. La mobilit\u00e9 entre les facteurs est aujourd\u2019hui quasiment sans limites, entre autres parce que le co\u00fbt du transport est aujourd\u2019hui tr\u00e8s faible, que ce soit pour le transport de biens physique ou de donn\u00e9es. Dans ces conditions, il est facile de transf\u00e9rer la localisation physique de tout ou partie de la production de biens et services vers les lieux o\u00f9 le co\u00fbt des facteurs est moindre. La taxation du transport sous toutes ses formes est un frein important \u00e0 la mobilit\u00e9 des facteurs.<\/p>\n<p>5.4. Enfin, la question du diff\u00e9rentiel de co\u00fbt ne peut pas ne pas \u00eatre pos\u00e9e, sinon \u00e0 envisager l\u2019alignement du co\u00fbt du facteur travail (les salaires) sur ceux du Bangladesh. On peut envisager la cr\u00e9ation d\u2019un village gaulois qui r\u00e9sisterait \u00e0 l\u2019envahisseur, mais sans remise \u00e0 plat des normes, le discours et les arbitrages des entreprises resteront les m\u00eames, le cadre de r\u00e9f\u00e9rence sera simplement plus restreint. Si l\u2019on pense que le retour \u00e0 une nation ferm\u00e9e est un cadre qui peut \u00eatre dangereux \u00e0 terme, on peut aussi esp\u00e9rer qu\u2019une Europe sociale se pr\u00e9occupe de l\u2019harmonisation fiscale et sociale. Reste la relation entre l\u2019Occident (plus la Chine ou la Russie) et les pays en voie de d\u00e9veloppement, o\u00f9 les rapports de forces se manifestent sans vergogne pour le plus grand bonheur des entreprises dominantes.<\/p>\n<p>Dans le d\u00e9bat sur l\u2019emploi et le partage du travail, il me semble que notre vision \u00e0 court terme est largement impr\u00e9gn\u00e9e par des ann\u00e9es de politique inefficace en mati\u00e8re d\u2019emploi. Nous abandonnons progressivement l\u2019id\u00e9e d\u2019un possible partage du travail et du retour au plein emploi qui deviennent une sorte d\u2019utopie.<\/p>\n<p>\u00c0 plus long terme, les possibilit\u00e9s offertes par la technique ouvrent des perspectives keyn\u00e9siennes (au sens des 15 heures de travail par semaine pr\u00e9dites par Keynes). Pourtant, laisser les mains libres aux entreprises ne peut conduire qu\u2019\u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 de ma\u00eetres et d\u2019esclaves. D\u2019un c\u00f4t\u00e9 la minorit\u00e9 qui b\u00e9n\u00e9ficiera d\u2019un service assur\u00e9 par un mix de robots et d\u2019humains. De l\u2019autre, ceux \u00e0 qui on imposera un travail dans des conditions qui assurent juste le renouvellement de la force de travail, parce que l\u2019automatisation de leur job n\u2019aura pas de sens vu sous le seul angle du profit. Enfin restera ceux \u00e0 qui l\u2019on imposera l\u2019absence de travail parce que la machine aura pris leur place, vous qui rejoignez ce monde, abandonnez tout espoir&#8230;<\/p>\n<p>__________________<\/p>\n<p>[i]Cette augmentation se fait essentiellement sous la forme du salariat et ne dit rien de la qualit\u00e9 de l\u2019emploi.<\/p>\n<p>[ii]+20.3\u00a0% entre 2000 et 2005, lors des transferts massifs de comp\u00e9tences entre l\u2019\u00c9tat et les r\u00e9gions.<\/p>\n<p>[iii] Le r\u00f4le des normes est le sujet de mon essai \u00ab\u00a0Crises \u00e9conomiques et r\u00e9gulations collectives \u2013 Le paradoxe du gu\u00e9pard\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>[iv] La production est entendue au sens large du terme, il s\u2019agit de production de biens comme de services<\/p>\n<p>[v] Vu des entreprises, cet arbitrage n\u2019est pas r\u00e9alis\u00e9 en ces termes, le discours dominant est celui on de \u00ab\u00a0nouveaux services offerts aux clients\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>[vi]Par entreprise dominante dans la cha\u00eene de valeur, il faut comprendre les entreprises qui sont \u00e0 m\u00eame de capter la marge, soit en imposant un prix de vente \u00e9lev\u00e9 au client, soit en imposant un prix d\u2019achat faible aupr\u00e8s de ces fournisseurs, soit par une capacit\u00e9 \u00e0 offrir un service per\u00e7u comme diff\u00e9rent ou meilleur par le client. Pour l\u2019essentiel, il s\u2019agit d\u2019une probl\u00e9matique de rapport de force<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<ol>\n<li><strong>L\u2019offre d&#8217;emploi d\u00e9pend de plus en plus des arbitrages du secteur priv\u00e9 en mati\u00e8re de r\u00e9partition du travail<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>1.1. En France, contrairement \u00e0 une id\u00e9e re\u00e7ue, l\u2019emploi total continue \u00e0 augmenter[i]. Cette cr\u00e9ation d\u2019emploi est toutefois insuffisante pour r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019accroissement de la population active, d\u2019o\u00f9 la hausse du ch\u00f4mage.<\/p>\n<p>1.2. [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":38,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","footnotes":""},"categories":[1,102],"tags":[2121,95],"class_list":["post-66274","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","category-travail","tag-disparition-du-travail","tag-emploi"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/66274","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/38"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=66274"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/66274\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":66281,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/66274\/revisions\/66281"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=66274"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=66274"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=66274"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}