{"id":66350,"date":"2014-06-23T09:31:35","date_gmt":"2014-06-23T07:31:35","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=66350"},"modified":"2014-06-23T09:31:35","modified_gmt":"2014-06-23T07:31:35","slug":"penser-creer-avec-fukushima-linfamie-gagne-du-terrain-par-nadine-et-thierry-ribault","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2014\/06\/23\/penser-creer-avec-fukushima-linfamie-gagne-du-terrain-par-nadine-et-thierry-ribault\/","title":{"rendered":"<b>\u00ab\u00a0Penser \/Cr\u00e9er avec Fukushima\u00a0\u00bb, L&rsquo;infamie gagne du terrain<\/b>, par Nadine et Thierry Ribault"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Deux enseignants et \u00e9crivains, Micha\u00ebl Ferrier de l\u2019universit\u00e9 Chuo \u00e0 T\u00f4ky\u00f4, et Christian Doumet, de l\u2019universit\u00e9 Paris 8, membre de l\u2019Institut Universitaire de France, organisent du 12 au 14 juin \u00e0 Paris, \u00e0 l\u2019INALCO et \u00e0 la Maison de la culture du Japon, une \u00ab\u00a0Rencontre internationale\u00a0\u00bb intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Penser\/Cr\u00e9er avec Fukushima\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019argument est le suivant\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Fukushima est ancr\u00e9 dans notre pr\u00e9sent d&rsquo;une mani\u00e8re si inqui\u00e9tante qu\u2019il est encore impossible d&rsquo;imaginer le monde d\u2019<\/em><em>apr\u00e8s Fukushima. Certes, de nombreux travaux dans toutes les langues ont port\u00e9 et portent encore sur les aspects scientifiques, techniques et politiques de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement. Mais la manifestation propos\u00e9e ici s\u2019int\u00e9ressera plut\u00f4t \u00e0 ses cons\u00e9quences intellectuelles et esth\u00e9tiques, et au nouvel ordre mental dans lequel nous sommes appel\u00e9s \u00e0 vivre depuis le 11 mars 2011.\u00a0\u00bb<strong>[1]<\/strong><\/em><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p><strong>Un \u00e9trange mutisme<\/strong><\/p>\n<p>V\u00e9ritable tour de force de ce colloque de trois jours relatif au d\u00e9sastre, les mots \u00ab\u00a0nucl\u00e9aire\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0radioactivit\u00e9\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0irradiation\u00a0\u00bb n\u2019apparaissent \u00e0 aucun moment, ni dans l\u2019annonce qui est faite, ni dans les titres des communications pr\u00e9vues au programme. Certes, on comprend que l\u2019accueil de ce <em>salon Fukushima<\/em> dans l\u2019enceinte du bras arm\u00e9 de la politique \u00e9trang\u00e8re culturelle du Japon, la Maison de la culture du Japon \u00e0 Paris, puisse expliquer en partie cette pirouette de la part d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0universitaires, \u00e9crivains, photographes, philosophes, etc.\u00a0\u00bb (sic)[2], dont le souci principal est de \u00ab\u00a0penser <em>avec<\/em> Fukushima\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Rel\u00e9gu\u00e9s au rang de tabous, ces mots sont remplac\u00e9s par \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9v\u00e9nement Fukushima\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0la pens\u00e9e de Fukushima\u00a0\u00bb, le \u00ab\u00a0filmer Fukushima\u00a0\u00bb, ou encore le \u00ab\u00a0donner \u00e0 voir Fukushima\u00a0\u00bb, mais nulle part on ne trouve trace de cette r\u00e9alit\u00e9 apparemment cens\u00e9e \u00eatre d\u00e9sormais connue de tous, et visiblement d\u00e9j\u00e0 obsol\u00e8te, qui est celle de la contamination radioactive des hommes et de leur milieu par les \u00ab\u00a0atomes de la paix\u00a0\u00bb, comme les appelait Eisenhower en 1953. Adorno lui, \u00e9crivait en 1951\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9vidence du malheur tourne toujours \u00e0 l\u2019avantage de ses apologistes\u00a0: comme tout le monde est au courant, nul n\u2019a \u00e0 en parler et, sous couvert du silence, les choses peuvent suivre leur train.\u00a0\u00bb[3]<\/p>\n<p>Ce tour de passe-passe, consistant \u00e0 \u00ab\u00a0liquider\u00a0\u00bb toute r\u00e9f\u00e9rence au nucl\u00e9aire dans un colloque pourtant cens\u00e9 porter sur les cons\u00e9quences de la fusion de trois des r\u00e9acteurs de la centrale n\u00b01 de Fukushima,\u00a0servirait-il aux organisateurs \u00e0 s\u2019\u00e9viter les foudres des membres de l\u2019Acad\u00e9mie des sciences, de l\u2019Acad\u00e9mie des sciences morales et politiques ou du Coll\u00e8ge de France \u2013 institutions qui proposent les noms des personnalit\u00e9s pressenties pour composer le jury de l\u2019Institut Universitaire de France, partenaire de cette manifestation\u00a0? Ou bien, interpr\u00e9tation compatible avec les deux pr\u00e9c\u00e9dentes, les organisateurs consid\u00e8reraient-ils que \u00ab\u00a0Fukushima\u00a0\u00bb constitue d\u00e9sormais un concept en soi, une abstraction qui, \u00e0 l\u2019instar de la r\u00e9alit\u00e9 naturelle nue du physicien, fait passer \u00e0 leurs yeux pour une entit\u00e9 objective ce qui est un fait social, \u00e0 savoir la production de l\u2019\u00e9nergie nucl\u00e9aire et ses dommages collat\u00e9raux, dans un lieu concret, avec des gens, une identit\u00e9, et une histoire\u00a0? Les \u00ab\u00a0penseurs de Fukushima\u00a0\u00bb semblent, en effet, bien loin de ce type de pr\u00e9occupations\u00a0et, comme le ferait une assembl\u00e9e glosant sur l\u2019esclavage sans jamais prononcer le mot \u00ab\u00a0colonisation\u00a0\u00bb, concept d\u00e9pass\u00e9, pr\u00e9f\u00e8rent se pencher sur l\u2019attendrissant berceau des \u00ab sens nouveaux que prend le terme de \u00ab contemporain \u00bb\u00a0\u00bb et sur celui de \u00ab\u00a0la pens\u00e9e et la cr\u00e9ation telles que les reconfigure l\u2019\u00e9v\u00e9nement Fukushima\u00a0\u00bb[4]. Cette mise en objet de pens\u00e9e que souhaitent op\u00e9rer ces experts en recyclage n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019une <em>vaporisation<\/em> du d\u00e9sastre nucl\u00e9aire lui-m\u00eame. Il s\u2019agit pour eux de penser <em>avec<\/em> Fukushima comme on joue <em>avec<\/em> un ballon, et si possible, spectacle oblige, en le faisant tourner sur son nez face \u00e0 une assembl\u00e9e m\u00e9dus\u00e9e devant tant d\u2019habilet\u00e9, contribuant ainsi \u00e0 faire passer la repr\u00e9sentation de la r\u00e9alit\u00e9 pour la r\u00e9alit\u00e9 elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>Ainsi, quoi qu\u2019il en soit, l\u2019enracinement d\u2019une des pires catastrophes nucl\u00e9aires de l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9 dans le fameux r\u00e9gime japonais de la \u00ab\u00a0d\u00e9mocratie de l\u2019apr\u00e8s-guerre\u00a0\u00bb, avec son paravent de constitution pacifiste et de prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e9conomique, qui n\u2019a servi \u00e0 rien d\u2019autre qu\u2019\u00e0 domestiquer les masses et \u00e0 \u00e9laborer une soci\u00e9t\u00e9 du contr\u00f4le sous l\u2019aile protectrice de la strat\u00e9gie militaire am\u00e9ricaine, passe-t-il \u00e0 la trappe. De m\u00eame, la question de la nationalisation du peuple japonais, bien plus efficace que la nationalisation de l\u2019industrie lorsqu\u2019il s\u2019agit de r\u00e9concilier autour de la soumission et de la trop fameuse \u00ab\u00a0r\u00e9silience\u00a0\u00bb, un peuple d\u00e9sormais appel\u00e9 \u00e0 prendre part dare-dare \u00e0 la cogestion des d\u00e9g\u00e2ts et \u00e0 vivre en toute s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 \u00ab\u00a0avec Fukushima\u00a0\u00bb, est-elle soigneusement contourn\u00e9e. Quant au fait que l\u2019autogestion confie l\u2019administration du d\u00e9sastre \u00e0 ceux qui en subissent le plus directement les cons\u00e9quences, dans une situation o\u00f9 les autorit\u00e9s publiques et les experts restent les ma\u00eetres, et ceux qui souffrent, les coupables, et quant au fait que la m\u00eame autogestion garantit une circulation efficace des injonctions et des ordres jusqu\u2019\u00e0 leurs destinataires, tout en nourrissant chez eux l\u2019<em>illusion de participation <\/em>qui fonde le refoulement de leur soumission \u2013 ces faits-l\u00e0, parfaitement attest\u00e9s, semblent parfaitement ignor\u00e9s.<\/p>\n<p>Il suffit, pour prendre la mesure de la r\u00e9duction qu\u2019op\u00e8rent les organisateurs de cette rencontre, de remplacer \u00ab\u00a0Fukushima\u00a0\u00bb, figurant en ritournelle dans le titre et l\u2019\u00e9nonc\u00e9 de leur manifestation, par les r\u00e9alit\u00e9s pratiques auxquelles ils l\u2019ont substitu\u00e9e, pour aboutir aussit\u00f4t \u00e0 de moins plaisantes formules, du type\u00a0: \u00ab\u00a0Penser\/Cr\u00e9er avec le cancer de la thyro\u00efde \u00bb\u00a0; ou \u00ab\u00a0Penser\/Cr\u00e9er avec 20 millisieverts \u00bb\u00a0; ou encore : \u00ab\u00a0Penser\/Cr\u00e9er avec un dosim\u00e8tre \u00bb.<\/p>\n<p>Nier l\u2019existence d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 objective, alors que l\u2019on tient compte de la r\u00e9alit\u00e9 que l\u2019on nie, tel est l\u2019exercice de <em>doublepens\u00e9e<\/em> auquel se livrent les penseurs du \u00ab\u00a0pr\u00e9sent\u00a0\u00bb. L\u2019essentiel est, pour eux, de ne surtout pas sortir du bois, tout en distillant leur \u00ab\u00a0inqui\u00e9tude\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>L\u2019empire du flottement, pour mieux <em>Fukushimer<\/em> en rond<\/strong><\/p>\n<p>Les scrutateurs de la \u00ab\u00a0contemporan\u00e9it\u00e9\u00a0\u00bb, victimes d\u2019un certain flottement, nous invitent \u00e0 nous int\u00e9resser \u00ab\u00a0au nouvel ordre des choses dans lequel nous sommes appel\u00e9s \u00e0 vivre depuis le 11 mars 2011\u00a0\u00bb, puis nous proposent, dans une version ult\u00e9rieure de leur programme, d\u2019ausculter le \u00ab\u00a0nouvel ordre mental dans lequel nous sommes appel\u00e9s \u00e0 vivre depuis le 11 mars 2011.\u00a0\u00bb[5] Ils affirment\u00a0: \u00ab\u00a0Dans cette rencontre \u00ab\u00a0Penser\/cr\u00e9er avec Fukushima : \u00ab avec \u00bb est le mot-clef de ce colloque. C&rsquo;est lui qu&rsquo;il s\u2019agira d&rsquo;explorer \u00e0 travers une s\u00e9rie d\u2019\u00e9changes, de pr\u00e9sentations et de repr\u00e9sentations mobilisant les\u00a0penseurs et les acteurs les plus d\u00e9cisifs autour de la pens\u00e9e de Fukushima\u00a0\u00bb, le cercle de ces derniers se trouvant ult\u00e9rieurement red\u00e9fini pour inclure d\u00e9sormais les \u00ab\u00a0acteurs les plus d\u00e9cisifs dans la pens\u00e9e de la catastrophe \u00bb[6].Ainsi, passent-ils indiff\u00e9remment du \u00ab\u00a0nouvel ordre des choses\u00a0\u00bb au \u00ab\u00a0nouvel ordre mental\u00a0\u00bb \u2013 l\u2019essentiel \u00e9tant la nouveaut\u00e9 bien ordonn\u00e9e \u2013, des \u00ab\u00a0penseurs et acteurs les plus d\u00e9cisifs \u00bb aux \u00ab\u00a0acteurs d\u00e9cisifs dans la pens\u00e9e de la catastrophe \u00bb, tristes impuissants insatisfaits, et fort certainement indign\u00e9s, voire m\u00eame r\u00e9volt\u00e9s par \u00ab\u00a0le drame de Fukushima\u00a0\u00bb \u2013 titre d\u2019une des communications promises \u2013 que les organisateurs estiment urgent de &#8230; penser. Ils oublient que le d\u00e9sastre de Fukushima n\u2019est gu\u00e8re plus que l\u2019un des innombrables d\u00e9sastres que nous r\u00e9serve la soci\u00e9t\u00e9 industrielle, depuis longtemps et pour longtemps encore. En r\u00e9sum\u00e9, ils nous invitent \u00e0 sortir de l\u2019histoire, ou plus exactement comme l\u2019\u00e9crit le communiste-heidegg\u00e9rien Jean-Luc Nancy, convoqu\u00e9 \u00e0 cette rencontre, \u00e0 \u00ab\u00a0comprendre qu\u2019il s\u2019agit de changer d\u2019histoire\u00a0\u00bb[7], comme on change de veste sans doute.<\/p>\n<p>Quand on se souviendra que Jean-Luc Nancy avait d\u00e9j\u00e0 dissert\u00e9 sur \u00ab\u00a0Philosopher apr\u00e8s Fukushima\u00a0\u00bb[8], on comprendra qu\u2019il s\u2019agit toujours de <em>Fukushimer <\/em>\u00ab\u00a0apr\u00e8s\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0avec\u00a0\u00bb, mais jamais \u00ab\u00a0contre\u00a0\u00bb, car ce dont le progr\u00e8s morbide se nourrit, c\u2019est de la peur de la libert\u00e9. \u00ab\u00a0Penser sans s\u2019opposer ni proposer\u00a0\u00bb[9], recommandait ainsi Jean-Luc Nancy.<\/p>\n<p>Se r\u00e9soudre \u00e0 \u00eatre sans \u00ab\u00a0\u00eatre-avec\u00a0\u00bb, voil\u00e0 ce qui est inconcevable aux thurif\u00e9raires de Heidegger, qui semblent s\u2019accommoder de la mani\u00e8re dont ce dernier a su \u00eatre (concr\u00e8tement cette fois) <em>avec<\/em> le national-socialisme pour faire front \u00e0 l&rsquo;\u00ab enjuivement au sens large \u00bb[10]de la cultureallemande. La honte de s\u2019\u00e9lancer vers la libert\u00e9 et de s\u2019exposer en tant que \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb, voil\u00e0 ce qui les hante. Gu\u00cc\u02c6nther Anders avait d\u00e9j\u00e0 identifi\u00e9 le ph\u00e9nom\u00e8ne :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019enfant, terrass\u00e9 par l\u2019angoisse de devoir s\u2019avancer en tant que moi face \u00e0 autrui, ne souhaite qu\u2019une seule chose \u2013 dispara\u00eetre et devenir invisible. Il cherche alors (comme le petit kangourou qui retourne en sautant dans sa poche originelle) \u00e0 retrouver l\u2019ailleurs du pur \u00eatre-avec, et c\u2019est pour cette raison que l\u2019enfant se cache dans les jupes de sa m\u00e8re. (\u2026)\u00a0Tous ceux qui \u00e9prouvent ces formes de honte ne se cachent-ils pas parce qu\u2019ils ressentent comme un opprobre le fait d\u2019\u00eatre un \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb\u00a0? S\u2019ils restent \u00ab\u00a0dans leur coin\u00a0\u00bb ou font croire qu\u2019ils n\u2019entendent pas, n\u2019est-ce pas parce qu\u2019ils cherchent \u00e0 nier qu\u2019ils sont un \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb et \u00e0 effacer le caract\u00e8re honteux de ce qui les distingue, en vue de retrouver leur \u00e9tat ant\u00e9rieur\u00a0?\u00a0\u00bb[11]<\/p>\n<p>Il s\u2019agit, chez ces sp\u00e9cialistes de la ruine \u00ab\u00a0civilisationnelle\u00a0\u00bb retap\u00e9e, de saper toute vell\u00e9it\u00e9 de refus quel qu\u2019il soit\u00a0: n\u2019en voyant plus l\u2019utilit\u00e9 pour eux-m\u00eames, ils n\u2019en voient plus l\u2019utilit\u00e9 tout court. Ainsi, Nancy encore, cette fois au stand \u00ab\u00a0Politique\u00a0\u00bb de l\u2019Humanit\u00e9 du 28 ao\u00fbt 2013, proclamait-il\u00a0: \u00ab\u00a0La \u00ab r\u00e9volution \u00bb reste le nom d\u2019une exigence d\u00e9sormais clairement non identifi\u00e9e.Nous devons r\u00e9-identifier \u00ab homme \u00bb, \u00ab r\u00e9volution \u00bb, \u00ab histoire \u00bb\u2026 mais sans doute d\u2019abord r\u00e9-identifier l\u2019identit\u00e9 !\u00a0\u00bb[12]. Et sans doute aussi nous \u00e9garer une fois de plus dans les m\u00e9andres de la contemplation de \u00ab\u00a0l&rsquo;invisible vie du sens et de <a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/bourse\/nyse-euronext-paris-equities\/ses\/\">ses<\/a> vibrations\u00a0\u00bb[13].<\/p>\n<p>Nous ne c\u00e9dons en rien \u00e0 l\u2019illusion de la souverainet\u00e9 du peuple, qui a d\u00e9j\u00e0 amplement trouv\u00e9 l\u2019occasion de se diluer dans le \u00ab\u00a0changement\u00a0social\u00a0\u00bb, puis dans la \u00ab\u00a0coh\u00e9sion sociale\u00a0\u00bb, puis encore, dans la soumission-consommation \u00ab\u00a0durable\u00a0\u00bb, avant de finir dans les \u00e9gouts du programme \u00ab\u00a0\u00e9ducatif\u00a0\u00bb au doux nom de \u00ab Mort et\u00a0Renaissance\u00a0\u00bb, du D\u00e9partement de Fukushima (cofinanc\u00e9 par le minist\u00e8re japonais de l\u2019\u00c9ducation et l\u2019OCDE), programme se donnant pour modeste ambition de \u00ab\u00a0d\u00e9passer la mort, reprendre la force de la vie, et construire son avenir\u00a0\u00bb. Cependant, nous ne perdons pas pour autant de vue les \u00ab\u00a0chances\u00a0\u00bb, comme disait Marcuse, que \u00ab\u00a0les extr\u00eames historiques se rencontrent \u00e0 nouveau\u00a0: c\u2019est-\u00e0-dire la conscience humaine la plus \u00e9volu\u00e9e et la force humaine la plus exploit\u00e9e\u00a0\u00bb[14]. C\u2019est \u00e0 cette rencontre l\u00e0 que th\u00e9orie et pratique doivent \u0153uvrer, non pas pour lutter contre la contamination radioactive dont le d\u00e9g\u00e2t est irr\u00e9parable, mais pour d\u00e9truire ce qui nous somme de vivre \u00ab\u00a0avec\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Qui composera \u00ab\u00a0avec Fukushima\u00a0\u00bb\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>La compositrice Tomoko Momiyama, c\u00f4toiera donc l\u2019ar\u00e9opage cr\u00e9atif de la revue et de la collection \u00ab\u00a0L&rsquo;Infini\u00a0\u00bb de l\u2019ancien mao\u00efste Philippe Sollers. Laur\u00e9ate du bien nomm\u00e9 programme API (Asian Public Intellectuals)[15] attribu\u00e9 par la Nippon Foundation, fondation \u00e0 la g\u00e9n\u00e9alogie notoirement fasciste, cr\u00e9\u00e9e par Sasakawa p\u00e8re et maintenant g\u00e9r\u00e9e par Sasakawa junior, dont on conna\u00eet le n\u00e9gationnisme en mati\u00e8re historique (n\u00e9gation du massacre de Nankin notamment), comme dans le domaine des effets sanitaires de la contamination radioactive \u00e0 travers le financement de travaux d\u2019\u00a0\u00ab experts\u00a0scientifiques \u00bb patent\u00e9s, dont ceux du funeste professeur Yamashita, d\u00e9fenseur z\u00e9l\u00e9 de l\u2019innocuit\u00e9 du rayonnement en de\u00e7\u00e0 de 100 millisieverts, conseillant \u00e0 chacun de \u00ab\u00a0sourire pour faire face aux radiations\u00a0\u00bb, Tomoko Momiyama saura, comme elle le propose, \u00ab Composer avec Fukushima\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 l\u2019historien et philosophe Tetsuya Takahashi, ardent critique du nationalisme japonais, embarqu\u00e9 dans cette aventure, on peut se demander s\u2019il est conscient de la douteuse compagnie que les organisateurs lui r\u00e9servent.<\/p>\n<p>Philippe Forest, enseignant-\u00e9crivain, rejoint la troupe, lui qui, ayant d\u00e9j\u00e0, au stand \u00ab\u00a0Culture &amp; Id\u00e9es\u00a0\u00bb du <em>Monde<\/em> du 21 d\u00e9cembre 2013, alli\u00e9 le path\u00e9tisme \u00e0 la distance propre au penseur qui en a vu, s\u2019extasiait devant \u00ab\u00a0l\u2019inhumanit\u00e9 majestueuse\u00a0\u00bb dont rendaient compte, selon lui, les \u0153uvres d\u2019un photographe japonais sur le d\u00e9sastre dans lequel il a perdu sa m\u00e8re, et se p\u00e2mait encore face \u00e0 \u00ab\u00a0la le\u00e7on de compassion et de courage dont le Japon d\u2019apr\u00e8s Fukushima a besoin\u00a0\u00bb. L\u2019intellectualisme rejoignant l\u2019immaturit\u00e9, ce grand amateur de \u00ab l\u2019id\u00e9e d\u2019une\u00a0beaut\u00e9 un peu effrayante qui na\u00eet de la d\u00e9mesure m\u00eame du monde\u00a0\u00bb aura, sans aucun doute, trouv\u00e9 dans le d\u00e9sastre nucl\u00e9aire de Fukushima de quoi se rassasier.<\/p>\n<p>Ces penseurs \u00ab\u00a0d\u00e9cisifs\u00a0\u00bb, qui, en fait de pens\u00e9e n\u2019ont que des pens\u00e9es d\u2019arri\u00e8re-boutique, s\u2019inscrivent dans le ballet incessant des impuissantes pr\u00e9tentions \u00e0 la nouveaut\u00e9 auxquelles la multiplication des publications et \u00e9v\u00e9nements mondains sur \u00ab\u00a0Fukushima\u00a0\u00bb ne fait qu\u2019ajouter un mouvement\u00a0: on se souvient du \u00ab\u00a0Figurer la catastrophe, r\u00e9fl\u00e9chir le nucl\u00e9aire\u00a0\u00bb en septembre 2013 \u00e0 Lyon, d\u00e9j\u00e0 avec le m\u00eame Jean-Luc Nancy, ou plus r\u00e9cemment, le 10 janvier 2014, d\u2019un savant \u00ab\u00a0s\u00e9minaire\u00a0\u00bb, \u00e9galement lyonnais, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0P\u00e9r\u00e9grinations en territoire radiocontamin\u00e9\u00a0\u00bb. Ils prennent part \u00e0 la complaisance dans l&rsquo;esth\u00e9tisation et la moralisation de la catastrophe, avec la certitude de leur r\u00f4le historique pour penser, filmer, composer \u00ab\u00a0Fukushima\u00a0\u00bb.Ils s\u2019y\u00a0attellent avec ardeur, en parfaite compl\u00e9mentarit\u00e9 avec les scientistes qui partagent avec eux un go\u00fbt prononc\u00e9\u00a0pour la r\u00e9cup\u00e9ration parasitique de la catastrophe. Mais se refusant \u00e0 concevoir les bases mat\u00e9rielles de ce sur quoi ils pensent, comme celles des mises en sc\u00e8ne auxquelles ils s\u2019adonnent, ce que les uns et les autres <em>r\u00e9cup\u00e8rent<\/em>, ils ne peuvent au final rien en dire, bien qu\u2019ils ne sachent parler d\u2019autre chose. De fait, les r\u00e9cup\u00e9rateurs patinent et d\u00e9rapent.<\/p>\n<p>Tandis que les scientistes tirent les \u00ab\u00a0le\u00e7ons de l\u2019exp\u00e9rience de Fukushima\u00a0\u00bb, le\u00e7ons qu\u2019ils nous somment de r\u00e9viser avant le prochain examen, les penseurs, pour qui tout objet doit servir \u00e0 des exercices de style public, font de \u00ab\u00a0Fukushima\u00a0\u00bb un mat\u00e9riau pour la pens\u00e9e, en attendant la prochaine livraison de nourriture pour les neurones.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019activit\u00e9 des r\u00e9cup\u00e9rateurs s\u2019inscrit dans le cadre de la poursuite m\u00e9canique du monopole spectaculaire\u00a0: c\u2019est le m\u00eame m\u00e9pris de la r\u00e9alit\u00e9, qui croit pouvoir parler de tout sans cons\u00e9quences, parce qu\u2019il a acquis son droit de parler dans l\u2019organisation existante de la culture du fait de ne tirer aucune cons\u00e9quence de ce qu\u2019il dit\u00a0\u00bb \u00e9crivait Jaime Semprun, dans son <em>Pr\u00e9cis de r\u00e9cup\u00e9ration<\/em>[16] datant de 1976, qui n\u2019a pas pris une ride.<\/p>\n<p>\u00c0 quoi bon, en effet, s\u2019insurger, comme le faisait Philippe Forest dans l\u2019article pr\u00e9cit\u00e9, face au \u00ab\u00a0tourisme esth\u00e9tique de la d\u00e9solation\u00a0qui a pris de telles proportions que les survivants du tsunami commencent \u00e0 \u00eatre exc\u00e9d\u00e9s par le d\u00e9fil\u00e9 continuel des artistes et \u00e9crivains, japonais et \u00e9trangers, qui font la queue sur place pour prendre les victimes \u00e0 t\u00e9moin de leur propre souffrance face \u00e0 la catastrophe qui les a \u00e9pargn\u00e9s \u00bb, quand on pratique soi-m\u00eame le tourisme de la pens\u00e9e, autre avatar du march\u00e9 de la r\u00e9cup\u00e9ration\u00a0?<\/p>\n<p>Qu\u2019ils contribuent \u00e0 la mise en orbite de la r\u00e9alit\u00e9 du d\u00e9sastre nucl\u00e9aire importe finalement peu aux organisateurs de ce salon parisien dont l\u2019objectif est de mobiliser tous azimuts pour cr\u00e9er l\u2019\u00e9v\u00e9nement autour de \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9v\u00e9nement Fukushima\u00a0\u00bb. Toutefois, contrairement \u00e0 leurs homologues t\u00e9l\u00e9visuels, l\u2019objectif bien plus ambitieux de ces <em>Jeux de la pens\u00e9e<\/em> n\u2019est pas de collecter des fonds pour une \u0153uvre caritative, mais de ramasser des concepts, pour mieux les red\u00e9finir \u00e0 l\u2019infini, dans une exigence permanente d\u2019invention dans le langage afin de cr\u00e9er un \u00ab\u00a0nouvel humanisme\u00a0\u00bb <em>avec<\/em> \u00ab\u00a0Fukushima\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire, probablement, un humanisme enfin \u00e0 la hauteur de l\u2019homme totalement soumis \u00e0 sa condition de survivant. C\u2019est d\u00e9sormais en polluant que l\u2019on invente, et en survivant que l\u2019on vit.<\/p>\n<p>Apoth\u00e9ose consternante de ce colloque, l\u2019annonce d\u2019une intervention titr\u00e9e : \u00ab La po\u00e9sie peut-elle r\u00e9pondre de Fukushima ? \u00bb. Dans un entretien paru dans le n\u00b01 de la revue <em>Gordogan <\/em>en janvier-f\u00e9vrier 1979 \u00e0 Zagreb, le po\u00e8te Radovan Ivsic avait d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 r\u00e9gl\u00e9 son compte \u00e0 ce type de questionnement verbeux et affirm\u00e9 le pouvoir r\u00e9volutionnaire de la po\u00e9sie : \u00ab\u00a0C\u2019est au po\u00e8te, avait-il dit, de maudire dans la soci\u00e9t\u00e9 les germes de mort b\u00e2tisseurs d\u2019\u00c9tat et d\u2019empire ; c\u2019est au po\u00e8te de maudire chacune des mutilations du corps collectif qui se fait au nom de l\u2019ordre, de la loi, du droit ou de l\u2019homme. Contre le pouvoir, le po\u00e8te aux mains nues travaille \u00e0 la reconqu\u00eate des pouvoirs perdus. Et c\u2019est l\u00e0 son seul et dangereux pouvoir.\u00a0\u00bb On peut se prendre au jeu et se demander pour quelle raison la po\u00e9sie serait \u00ab\u00a0garante\u00a0\u00bb d\u2019un d\u00e9sastre nucl\u00e9aire, c\u2019est-\u00e0-dire \u00ab\u00a0responsable\u00a0\u00bb. Cependant la question r\u00e9v\u00e8le le peu d\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019elle a sit\u00f4t que l\u2019on s\u2019aper\u00e7oit que les penseurs \u00ab\u00a0d\u00e9cisifs\u00a0\u00bb singent purement et simplement la consid\u00e9ration d\u2019Adorno sur \u00ab\u00a0la po\u00e9sie apr\u00e8s Auschwitz\u00a0\u00bb, se refusant \u00e0 tirer les cons\u00e9quences de la position de ce dernier qu\u2019ils s\u2019\u00e9vertuent \u00e0 prendre \u00e0 contre-sens, lui qui pourtant, dix-sept ans apr\u00e8s avoir \u00e9crit que \u00ab\u00a0m\u00eame la conscience la plus radicale du d\u00e9sastre risque de d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer en bavardage\u00a0\u00bb, ne se d\u00e9dira en rien en r\u00e9affirmant\u00a0en 1966 : \u00ab\u00a0Toute culture cons\u00e9cutive \u00e0 Auschwitz, y compris sa critique urgente, n\u2019est qu\u2019un tas d\u2019ordures.\u00a0\u00bb[17]<\/p>\n<p><strong>Le d\u00e9sastre nucl\u00e9aire de Fukushima n\u2019est pas un \u00ab\u00a0moment d\u00e9cisif\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La catastrophe de Fukushima repr\u00e9sente un moment d\u00e9cisif car elle est survenue en un temps o\u00f9 tout \u00e9tait pr\u00eat pour lui donner un sens qu\u2019elle n\u2019aurait pas eu vingt ans plus t\u00f4t.\u00a0\u00bb avance Jean-Luc Nancy[18]. Toutefois, outre le fait que nous vivons d\u00e9sormais un \u00ab\u00a0moment d\u00e9cisif\u00a0\u00bb par semaine, nombre d\u2019observateurs n\u2019avaient-ils pas eux aussi soulign\u00e9 en leur temps le caract\u00e8re \u00ab\u00a0d\u00e9cisif\u00a0\u00bb de la catastrophe de Tchernobyl dans \u00ab\u00a0l\u2019effondrement\u00a0\u00bb de l\u2019empire sovi\u00e9tique dont on sait aujourd\u2019hui combien il n\u2019\u00e9tait que la pr\u00e9face d\u2019un nouveau chapitre, \u00e0 savoir celui de la \u00ab\u00a0recomposition\u00a0\u00bb de l\u2019empire Russe\u00a0?<\/p>\n<p>Concernant le d\u00e9sastre nucl\u00e9aire de Fukushima, les faits contredisent cette affirmation de principe du \u00ab\u00a0moment d\u00e9cisif\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Certes, nous partageons l\u2019analyse d\u2019Annie Le Brun, que reprend d\u2019ailleurs en partie Jean-Luc Nancy, selon qui, \u00ab\u00a0le tremblement de terre de Lisbonne de 1755 constitue un \u00e9v\u00e9nement capital en ce que, marquant la fin de la conception religieuse de la catastrophe, il ouvre sur la libert\u00e9 de foisonnement d\u2019un imaginaire catastrophique qui va se r\u00e9v\u00e9ler l\u2019unique moyen d\u2019appr\u00e9hender un monde en train d\u2019\u00e9chapper \u00e0 toute compr\u00e9hension (\u2026) Ce d\u00e9sastre c\u2019est d\u2019abord la catastrophe qui brise l\u2019extraordinaire accord entre philosophes, moralistes, religieux et po\u00e8tes autour de l\u2019optimisme, en ce que celui-ci rassemble les uns et les autres sur une vision du monde aussi mod\u00e9ratrice que rationalisante. La force de ce consensus vient en effet de ce que la doctrine de l\u2019optimisme correspond \u00e0 l\u2019aboutissement d\u2019une formidable tentative de rationalisation du religieux.\u00a0(\u2026) Le d\u00e9sastre de Lisbonne atteint autant la notion de Providence que le r\u00eave rationalisant dont celle-ci se nourrit alors.\u00bb[19]<\/p>\n<p>Toutefois, le d\u00e9sastre nucl\u00e9aire de Fukushima, et d\u2019autres avant lui, bien que se d\u00e9roulant dans un contexte \u00ab\u00a0objectif\u00a0\u00bb de profonde remise en cause des soci\u00e9t\u00e9s industrielles, identifi\u00e9 par un certain nombre d\u2019observateurs depuis d\u00e9j\u00e0 plus d\u2019un demi-si\u00e8cle, ne donne lieu \u00e0 aucune \u00e9mergence de ce type, et n\u2019est donc en rien un \u00ab\u00a0moment d\u00e9cisif\u00a0\u00bb. Certes, il constitue un \u00ab\u00a0bond qualitatif\u00a0\u00bb[20], pour reprendre une formule d\u2019Adorno relative aux camps de la mort, et l\u2019ampleur des moyens mobilis\u00e9s par la \u00ab\u00a0communaut\u00e9 internationale\u00a0\u00bb, autant que son empressement \u00e0 les mettre en \u0153uvre pour en amortir le choc et reprendre en main l\u2019horreur, constituent, de ce point de vue, les indicateurs les plus fid\u00e8les du caract\u00e8re strat\u00e9gique de cette \u00ab\u00a0avanc\u00e9e\u00a0\u00bb. Mais ce n\u2019est pas nier l\u2019histoire, bien au contraire, que d\u2019affirmer qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 tout au plus d\u2019une \u00e9tape suppl\u00e9mentaire du processus de r\u00e9gression de la raison dans l\u2019id\u00e9ologie, si bien mobilis\u00e9e\u00a0pour r\u00e9sister au changement.<\/p>\n<p><strong>Le d\u00e9sastre comme opium contre la libert\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Le d\u00e9sastre est l\u2019opium du peuple et, \u00e0 l\u2019instar des pr\u00e9c\u00e9dents, celui de Fukushima ne fait pas exception \u00e0 la r\u00e8gle. Au lieu d\u2019amener \u00e0 une v\u00e9ritable prise de conscience qui entra\u00eenerait une remise en cause radicale de nos croyances, de nos modes et de nos choix de vie et nous entra\u00eenerait vers les v\u00e9ritables d\u00e9cisions qui pourraient, non pas effacer le pr\u00e9judice (ce n\u2019est plus possible dans le cas du nucl\u00e9aire), mais cesser la propagation (et donc l\u2019accroissement des menaces et des d\u00e9g\u00e2ts), le d\u00e9sastre, habill\u00e9 de sa <em>qualit\u00e9 d\u00e9sirable<\/em>, plonge les populations dans le sommeil \u00e9ternel de la drogue qui annihile les instincts, devenant lui-m\u00eame un instinct. Ainsi est-il attendu aujourd\u2019hui du \u00ab\u00a0peuple-japonais-une-fois-de-plus-martyris\u00e9\u00a0\u00bb qu\u2019il partage les fruits et tire les le\u00e7ons d\u2019une \u00ab\u00a0exp\u00e9rience\u00a0\u00bb &#8211; car c\u2019est d\u00e9sormais le d\u00e9sastre qui fait l\u2019homme et non plus l\u2019inverse -, qu\u2019il en fasse un terreau pour l\u2019avenir et qu\u2019il y voie toutes les meilleures raisons de demeurer, en utilisant les m\u00eames cl\u00e9s que toujours, la grande puissance \u00e9conomique qu\u2019il avait su devenir apr\u00e8s la guerre.<\/p>\n<p>La soumission, au nom de la s\u00e9curit\u00e9 de tous, \u00e0 l\u2019ordre nucl\u00e9aire est d\u2019autant plus pr\u00e9f\u00e9rable \u00e0 la libert\u00e9, qu\u2019elle est indiscutable, et vice versa. Donnons-en deux illustrations concr\u00e8tes \u00e0 partir d\u2019\u00e9volutions l\u00e9gislatives r\u00e9centes[21].<\/p>\n<p>Un amendement \u00e0 la \u00ab\u00a0Loi fondamentale sur l\u2019\u00e9nergie atomique\u00a0\u00bb de 1955, discr\u00e8tement adopt\u00e9 le 20 juin 2012, pr\u00e9cise que\u00a0d\u00e9sormais \u00ab\u00a0la politique de l\u2019\u00e9nergie nucl\u00e9aire du Japon doit contribuer \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Pour Michiji Konuma, physicien \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Keio, cette mention entre en compl\u00e8te contradiction avec la clause d\u2019utilisation pacifique du nucl\u00e9aire\u00a0: \u00ab\u00a0le nouveau texte comble un vide dans la constitution japonaise, qui autorise le pays \u00e0 se d\u00e9fendre avec des armes dont la nature n\u2019est pas clairement d\u00e9finie\u00a0\u00bb, et d\u00e9sormais \u00ab\u00a0les moyens militaires nucl\u00e9aires peuvent \u00eatre mobilis\u00e9s pour d\u00e9fendre la s\u00e9curit\u00e9 nationale. \u00bb[22]<\/p>\n<p>Selon un haut fonctionnaire[23], il s\u2019agit, en outre, de garantir une l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e0 l\u2019existence du centre de stockage, de retraitement et d\u2019extraction de plutonium et de fabrication de MOX de Rokkasho, cha\u00eene de retraitement construite en partenariat avec AREVA \u00e0 partir de 1993, qui n\u2019est jamais entr\u00e9e en fonction, mais est sur le point de le faire[24]. Seule l\u2019utilisation de l\u2019infrastructure de Rokkasho \u00e0 des fins militaires garantirait la p\u00e9rennit\u00e9 de ce bijou de 20 milliards d\u2019euros, dont le co\u00fbt de d\u00e9mant\u00e8lement est estim\u00e9 \u00e0 80 autres milliards\u00a0: en effet, aucun r\u00e9acteur ne peut \u00e0 ce jour accueillir au Japon le plutonium s\u00e9par\u00e9 qui y serait produit.<\/p>\n<p>La capacit\u00e9 de retraitement du site de Rokkasho permettrait de produire annuellement une quantit\u00e9 de plutonium s\u00e9par\u00e9 de 8 tonnes, suffisante pour fabriquer 1000 bombes atomiques. Le Japon d\u00e9tenant d\u00e9j\u00e0 de quoi fabriquer 5000 t\u00eates nucl\u00e9aires, l\u2019amendement pr\u00e9cit\u00e9 constitue une \u00e9tape suppl\u00e9mentaire dans le processus de normalisation de sa nucl\u00e9arisation militaire, <em>de facto <\/em>d\u00e9j\u00e0existante.<\/p>\n<p>La pulsion liberticide de ce national-nucl\u00e9arisme\u00a0s\u2019affirme \u00e9galement par l\u2019adoption de la \u00ab\u00a0Loi de\u00a0protection du secret sp\u00e9cial d\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb le 6 d\u00e9cembre 2013. Elle autorise l\u2019extension du d\u00e9lai d\u2019inaccessibilit\u00e9 de \u00ab\u00a0tout type d\u2019information\u00a0interne au gouvernement relative \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale\u00a0\u00bb au-del\u00e0 de 60 ans, tout contrevenant \u00e9tant passible d\u2019une peine de 5 \u00e0 10 ans de prison. En cas de proc\u00e8s, le gouvernement peut fonder son accusation sur des \u00ab\u00a0preuves indirectes\u00a0\u00bb, se donnant ainsi la possibilit\u00e9 de juger les pr\u00e9venus sans qu\u2019ils aient connaissance du d\u00e9lit dont ils sont accus\u00e9s.<\/p>\n<p>Selon cette loi &#8211; en voie d\u2019\u00eatre compl\u00e9t\u00e9e par un autre dispositif l\u00e9gislatif permettant de punir les\u00a0\u00ab\u00a0infractions de conspiration\u00a0\u00bb &#8211; contre laquelle ont eu lieu de nombreuses manifestations qualifi\u00e9es d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0actes de terrorisme\u00a0\u00bb par Shigeru Ishiba, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du Parti lib\u00e9ral d\u00e9mocrate[25], et qu\u2019Akira Kurihara, politiste de l\u2019universit\u00e9 Rikkyo, d\u00e9nonce comme \u00ab\u00a0\u00e9quivalant \u00e0 la loi d\u2019habilitation sous l\u2019Allemagne nazi, visant \u00e0 contr\u00f4ler toutes les informations \u00bb [26], tout \u00e9l\u00e9ment relatif \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 des centrales nucl\u00e9aires et aux cons\u00e9quences d\u2019un accident sur les populations, rel\u00e8ve d\u00e9sormais de la diplomatie \u00e9trang\u00e8re, de l\u2019anti-espionnage et de la lutte anti-terrorisme. Comme le r\u00e9sume la directrice de l\u2019ONG <em>Access-Info Clearinghouse Japan<\/em>, en cas de d\u00e9sastre nucl\u00e9aire, \u00ab\u00a0nous n\u2019aurons aucun moyen nous permettant de confirmer comment de telles crises nous affectent.\u00a0\u00bb[27]<\/p>\n<p>Se voulant rassurant, le gouvernement japonais envisage de se laisser la possibilit\u00e9 de \u00ab\u00a0d\u00e9classifier en urgence les informations utiles \u00e0 la population \u00bb en cas de catastrophe. Une telle <em>marge de man\u0153uvre<\/em> est toutefois d\u2019autant plus illusoire que, selon une \u00e9tude r\u00e9cente, \u00ab\u00a0il est pratiquement impossible pour l\u2019ensemble des habitants vivant pr\u00e8s d\u2019une centrale nucl\u00e9aire, d\u2019\u00e9vacuer suffisamment rapidement pour \u00e9viter l\u2019exposition au rayonnement suite \u00e0 un accident \u00bb[28]. Cinq jours et demi seraient n\u00e9cessaires pour \u00e9vacuer les 1.067.000 de personnes vivant dans un rayon de 30 kms autour de la centrale de Tokai, situ\u00e9e \u00e0 110 kms de Tokyo dans le d\u00e9partement d\u2019Ibaraki, et il faudrait six jours pour \u00e9vacuer les 740.000 personnes vivant \u00e0 proximit\u00e9 de la centrale de Hamaoka, situ\u00e9e \u00e0 200 kms de Tokyo dans le d\u00e9partement de Shizuoka.<\/p>\n<p>Par sa militarisation fatale, son chantage s\u00e9curitaire et son administration discr\u00e9tionnaire de l\u2019oubli, le national-nucl\u00e9arisme ne se contente pas de restreindre la libert\u00e9, il attise la peur que les gens en ont, au point qu\u2019ils la stigmatisent et la fuient. Dans le m\u00eame \u00e9lan, il d\u00e9mocratise une forme de <em>libert\u00e9 utile<\/em>, qui sert \u00e0 compenser le renforcement du gouvernement qui la permet et les institutions qui la dispensent et l\u2019organisent.<\/p>\n<p>Ainsi, \u00ab\u00a0avec Fukushima\u00a0\u00bb, le Japon prolonge son inscription dans le national-nucl\u00e9arisme, cette id\u00e9ologie qui fonde la soci\u00e9t\u00e9 nucl\u00e9aire, dont se sont dot\u00e9s les d\u00e9fenseurs en profondeur du nucl\u00e9aire et \u00e0 laquelle les populations se soumettent, organis\u00e9e autour de la d\u00e9r\u00e9alisation de la perception du monde. En rendant tous les risques acceptables, en niant les effets sanitaires de l\u2019irradiation, en mobilisant une science devenue productrice d\u2019ignorance, en faisant de chacun le co-gestionnaire de l\u2019administration du d\u00e9sastre et le responsable de sa propre destruction, en faisant de la technologie nucl\u00e9aire une <em>force sociale<\/em> plus puissante que l\u2019aspiration \u00e0 la libert\u00e9, en travaillant \u00e0 la <em>grande inversion <\/em>du d\u00e9sastre en rem\u00e8de, en poussant plus avant la g\u00e9om\u00e9trisation morbide de la vie quotidienne, en niant l\u2019homme en tant qu\u2019homme, le national-nucl\u00e9arisme fait le choix, quand il le juge n\u00e9cessaire, d\u2019annihiler la vie au nom de l\u2019int\u00e9r\u00eat national et de d\u00e9poss\u00e9der les individus de leur propre existence et de leur libert\u00e9 au nom d\u2019un suppos\u00e9 int\u00e9r\u00eat collectif servant de paravent \u00e0 des int\u00e9r\u00eats industriels sup\u00e9rieurs. Pour ce faire, cette id\u00e9ologie l\u00e9gitime et organise la coexistence d\u2019une technologie des plus avanc\u00e9es, avec une profonde r\u00e9gression de la conscience.<\/p>\n<p>Le national-nucl\u00e9arisme fait du nucl\u00e9aire et de ses catastrophes, \u0153uvres de l\u2019homme, des r\u00e9alit\u00e9s naturelles. Il est cette pathologie de la conscience qui nous interdit de penser le nucl\u00e9aire et ses catastrophes, pour mieux nous faire penser \u00e0 travers eux. Dans ce r\u00e9gime, ils ne sont plus objets de pens\u00e9e, mais ce qui conditionne la pens\u00e9e. S\u2019il y a bien un \u00ab\u00a0avec\u00a0Fukushima\u00a0\u00bb contre lequel il nous revient non seulement de penser mais aussi d\u2019agir, c\u2019est celui-l\u00e0, plut\u00f4t que de nous extasier, comme nous y invitent les postmodernes d\u00e9prim\u00e9s, devant la \u00ab\u00a0d\u00e9mesure du monde\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>***<\/p>\n<p>On nous reprochera sans doute de jeter l\u2019opprobre sur des penseurs bien intentionn\u00e9s, avant m\u00eame qu\u2019ils n\u2019aient montr\u00e9 ce dont ils sont capables. Mais n\u2019en ont-il pas d\u00e9j\u00e0 amplement fait preuve\u00a0? Ainsi, cerise sur le g\u00e2teau, Fran\u00e7ois Lachaud, autre \u00ab\u00a0penseur d\u00e9cisif\u00a0\u00bb mobilis\u00e9 pour \u00ab\u00a0penser le drame de Fukushima\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0sp\u00e9cialiste d\u2019\u00e9tudes japonaises \u00bb \u00e0 l\u2019Ecole Pratique des Hautes Etudes, grand amoureux du Japon, qui d\u00e9clarait, au lendemain du d\u00e9sastre, dans un article intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Ces Japonais \u00e0 l\u2019h\u00e9ro\u00efsme poignant\u00a0\u00bb paru toujours au stand \u00ab\u00a0Id\u00e9es\u00a0\u00bb du Monde du 17 mars 2011\u00a0:<\/p>\n<p><em>\u00ab Lorsque l\u2019on a v\u00e9cu une partie importante de sa vie au Japon, ce rapport aux \u00eatres chers et \u00e0 l\u2019univers naturel fond\u00e9 sur une conscience aigu\u00eb de la pr\u00e9carit\u00e9, des joies et des peines qu\u2019elle procure, change de mani\u00e8re irr\u00e9m\u00e9diable le regard que l\u2019on porte sur le monde qui nous entoure. Le Japonais a pour le dire de nombreux mots, dont l\u2019un est hakanai, \u201cce qui est fragile, \u00e9vanescent, transitoire\u201d, \u201centre le r\u00eave et la r\u00e9alit\u00e9\u201d, et qui d\u00e9finit, comme le nom muj\u00f4, ce qui est impermanent et ne dure pas. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Fort de l\u2019avantage que constitue le fait d\u2019avoir v\u00e9cu v\u00e9ritablement au Japon et de conna\u00eetre donc cet \u00eatre g\u00e9n\u00e9rique qu\u2019est le Japonais, le m\u00eame commentateur poursuivait :<\/p>\n<p><em> \u00ab Ce regard \u00e0 niveau humain ne peut que nous bouleverser car il nous parle, sans l\u2019avouer, d\u2019un des mots que tout le monde a envie de prononcer \u00e0 propos du Japon de demain, d\u2019apr\u00e8s-demain, dans les \u00e9preuves et dans la reconstruction : \u201cespoir\u201d.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Si \u00ab esp\u00e9rer \u00bb, c\u2019est, comme nous l\u2019expliquent les dictionnaires, \u00ab attendre un bien que l\u2019on d\u00e9sire et que l\u2019on entrevoit comme probable \u00bb, peut-on d\u00e9cemment dire que l\u2019on entrevoit comme probable de retrouver les siens quand on les sait morts ? Entrevoit-on comme probable de r\u00e9cup\u00e9rer ses biens qu\u2019un raz de mar\u00e9e a mis en pi\u00e8ces ? Entrevoit-on comme probable de revenir \u00e0 la situation pr\u00e9c\u00e9dente quand tout a \u00e9t\u00e9 emport\u00e9 dans la destruction, quand 800.000 logements et 46.000 b\u00e2timents non r\u00e9sidentiels ont \u00e9t\u00e9 partiellement ou totalement d\u00e9truits ? Entrevoit-on comme probable de \u00ab remonter la pente \u00bb, quand on est descendu en dessous de z\u00e9ro? Entrevoit-on comme probable, enfin d\u2019\u00e9chapper \u00e0 la leuc\u00e9mie ou \u00e0 un cancer de la thyro\u00efde, quand on est rest\u00e9 deux mois \u00e0 proximit\u00e9 d\u2019une centrale nucl\u00e9aire \u00e9ventr\u00e9e qui vous crache \u00e0 la figure ses \u00ab atomes de la paix \u00bb ? Ainsi les mots qu\u2019on a vid\u00e9s de leur sens peuvent finir par devenir des insultes.<\/p>\n<p>Ce sont les questions que nous soulevions en mars 2012, dans <em>Les sanctuaires de l\u2019ab\u00eeme,<\/em> dans un chapitre intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Petit lexique de l\u2019infamie\u00a0\u00bb[29]. Si besoin \u00e9tait encore, l\u2019annonce de la rencontre \u00e0 venir \u00ab\u00a0Penser\/Cr\u00e9er avec Fukushima\u00a0\u00bb le prouve\u00a0: l\u2019infamie gagne du terrain.<\/p>\n<p>Kyoto, le 5 juin 2014<\/p>\n<p>[1]<a href=\"http:\/\/www.mcjp.fr\/francais\/conferences-6\/penser-creer-avec-fukushima-1001\/penser-creer-avec-fukushima\">http:\/\/www.mcjp.fr\/francais\/conferences-6\/penser-creer-avec-fukushima-1001\/penser-creer-avec-fukushima<\/a><\/p>\n<p>[2]Les vocables \u00e9tant d\u00e9sormais aussi volatiles que les cotations boursi\u00e8res, cette formulation a \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9e dans la \u00ab\u00a0derni\u00e8re\u00a0\u00bb version de l\u2019annonce de l\u2019\u00e9v\u00e8nement. Toutefois, que le lecteur scrupuleux n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 nous demander le programme (dans ses \u00e9tats successifs), que nous tenons \u00e0 sa disposition. Nous assumerons fort volontiers notre r\u00f4le \u00ab d\u2019ouvreurs\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>[3] Theodor W. Adorno, <em>Minima Moralia<\/em> (1951), Editions Payot &amp; Rivages, Paris, 2003, p. 314.<\/p>\n<p>[4] Pr\u00e9cisons que selon la loi \u00e9nonc\u00e9e en note 2 de la pr\u00e9sente contribution, il n\u2019est plus fait mention de ces ambitions dans la \u00ab\u00a0derni\u00e8re\u00a0\u00bb version accessible du programme.<\/p>\n<p>[5] ibidem note 2.<\/p>\n<p>[6] ibidem note 2. Nous sommes rest\u00e9s fid\u00e8les \u00e0 la coquille qui sera sans doute sous peu corrig\u00e9e par ses auteurs.<\/p>\n<p>[7] <em>Le Monde, <\/em>12 avril 2012.<\/p>\n<p>[8] Le titre de cette visioconf\u00e9rence de Jean-Luc Nancy a ensuite \u00e9t\u00e9 r\u00e9duit \u00e0 \u00ab\u00a0Apr\u00e8s Fukushima\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0philosopher\u00a0\u00bb ayant \u00e9t\u00e9 scotomis\u00e9 dans le titre du livre ult\u00e9rieurement paru\u00a0: <em>L\u2019\u00e9quivalence des catastrophes \u2013 Apr\u00e8s Fukushima<\/em>, Galil\u00e9e, Paris, 2012.<\/p>\n<p>[9] ibidem note 8, p.18.<\/p>\n<p>[10] Martin Heidegger, <em>\u00ca<\/em><em>tre et temps, <\/em>Gallimard, Paris, 1986,\u00a7 74.<\/p>\n<p>[11]Gu\u00cc\u02c6nther Anders, <em>L\u2019Obsolescence de l\u2019homme<\/em> <em>\u2013 Sur l\u2019\u00e2me \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la deuxi\u00e8me r\u00e9volution industrielle<\/em>, (1956), Ivr\u00e9a-Editions de l\u2019Encyclop\u00e9die des Nuisances, Paris, 2002, pp. 94-95.<\/p>\n<p>[12]<em>L\u2019Humanit\u00e9<\/em>, 28 ao\u00fbt 2013.<\/p>\n<p>[13] ibidem note 7.<\/p>\n<p>[14] Herbert Marcuse, <em>L\u2019homme unidimensionnel<\/em>, Les Editions de Minuit, Paris, 1964, p. 280-281.<\/p>\n<p>[15] Voir\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.cseas.kyoto-u.ac.jp\/api\/fellows-jp\/3\/momiyama.html\">http:\/\/www.cseas.kyoto-u.ac.jp\/api\/fellows-jp\/3\/momiyama.html<\/a> ou<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.newmusicsa.org.za\/node\/364\">http:\/\/www.newmusicsa.org.za\/node\/364<\/a><\/p>\n<p>[16] Jaime Semprun, <em>Pr\u00e9cis de r\u00e9cup\u00e9ration, illustr\u00e9 de nombreux exemples tir\u00e9s de l\u2019histoire r\u00e9cente<\/em>, Editions Champ Libre, Paris, 1976, p.35.<\/p>\n<p>[17] Theodor W. Adorno, <em>Dialectique n\u00e9gative<\/em> (1966), Editions Payot &amp; Rivages, Paris, 2003, p. 444.<\/p>\n<p>[18] ibidem note 12.<\/p>\n<p>[19] Annie Le Brun, <em>Perspective D\u00e9prav\u00e9e<\/em>, La Lettre Vol\u00e9e, Bruxelles, 1991, pp. 21-25.<\/p>\n<p>[20] Theodor W. Adorno, <em>Minima Moralia<\/em> (1951), Editions Payot &amp; Rivages, Paris, 2003, p. 314.<\/p>\n<p>[21] Nous reprenons ici des \u00e9l\u00e9ments d\u00e9velopp\u00e9s dans \u00ab\u00a0Le d\u00e9sastre de Fukushima et les sept principes du national-nucl\u00e9arisme \u00bb, revue <em>Raison Pr\u00e9sente<\/em>, n\u00b0 189, mars 2014, pp. 51-63.<\/p>\n<p>[22] <em>Asahi<\/em>, 17 ao\u00fbt 2012.<\/p>\n<p>[23] <em>Mainichi<\/em>, 26 juin 2012.<\/p>\n<p>[24] <em>Mainichi<\/em>, 8 janvier 2014.<\/p>\n<p>[25] <em>Mainichi<\/em>, 1<sup>er<\/sup> d\u00e9cembre 2013.<\/p>\n<p>[26] <em>Mainichi<\/em>, 30 novembre 2013.<\/p>\n<p>[27] <em>Mainichi<\/em>, 13 novembre 2013.<\/p>\n<p>[28] <em>Mainichi<\/em>, 14 janvier 2014.<\/p>\n<p>[29] <em>Les Sanctuaires de l\u2019ab\u00eeme \u2013 Chronique du d\u00e9sastre de Fukushima<\/em>, \u00c9ditions de l\u2019Encyclop\u00e9die des Nuisances, Paris, 2012.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Deux enseignants et \u00e9crivains, Micha\u00ebl Ferrier de l\u2019universit\u00e9 Chuo \u00e0 T\u00f4ky\u00f4, et Christian Doumet, de l\u2019universit\u00e9 Paris 8, membre de l\u2019Institut Universitaire de France, organisent du 12 au 14 juin \u00e0 Paris, \u00e0 l\u2019INALCO et \u00e0 la Maison de la culture du Japon, une \u00ab\u00a0Rencontre internationale\u00a0\u00bb intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Penser\/Cr\u00e9er avec Fukushima\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019argument est le [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2597,1250,1266,6],"tags":[1241,4482],"class_list":["post-66350","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-democratie-2","category-fukushima","category-nucleaire-2","category-questions-essentielles","tag-centrale-nucleaire-de-fukushima","tag-fukushima"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/66350","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=66350"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/66350\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":66355,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/66350\/revisions\/66355"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=66350"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=66350"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=66350"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}