{"id":66479,"date":"2014-07-01T10:56:28","date_gmt":"2014-07-01T08:56:28","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=66479"},"modified":"2014-07-01T10:58:48","modified_gmt":"2014-07-01T08:58:48","slug":"le-monde-la-fin-du-laisser-faire-lundi-30-juin-mardi-1er-juillet-2014","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2014\/07\/01\/le-monde-la-fin-du-laisser-faire-lundi-30-juin-mardi-1er-juillet-2014\/","title":{"rendered":"<b>Le Monde : La fin du laisser-faire<\/b>, lundi 30 juin &#8211; mardi 1<sup>er<\/sup> juillet 2014"},"content":{"rendered":"<p>Dans \u00ab\u00a0La fin du laisser-faire\u00a0\u00bb, essai publi\u00e9 en 1926, John Maynard Keynes caract\u00e9rise de mani\u00e8re caustique l\u2019id\u00e9ologie de ses coll\u00e8gues \u00e9conomistes comme une version d\u00e9lirante du darwinisme. Pour \u00ab\u00a0les darwiniens, \u00e9crit-il, c\u2019est la libre concurrence qui a b\u00e2ti l\u2019homme.\u00a0L\u2019\u0153il humain a cess\u00e9 d\u2019\u00eatre la manifestation d\u2019un dessein ayant miraculeusement con\u00e7u toute chose pour le mieux\u00a0; il s\u2019agit de la r\u00e9ussite supr\u00eame du hasard op\u00e9rant dans un contexte de libre concurrence et de <em>laisser-faire<\/em>\u00a0\u00bb. Or, souligne Keynes\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019exp\u00e9rience <em>ne<\/em> r\u00e9v\u00e8le <em>pas<\/em> que les individus, quand ils se constituent en unit\u00e9s sociales, soient toujours moins clairvoyants que quand ils agissent \u00e0 titre s\u00e9par\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>C\u2019est dans la fin du laisser-faire que le retour en force des id\u00e9es de Keynes, exig\u00e9 par la crise de 2008, se manifeste aujourd\u2019hui le plus clairement.<\/p>\n<p>Pourquoi la mont\u00e9e au cr\u00e9neau de l\u2019\u00c9tat\u00a0? Parce que les autres options en cas d\u2019insolvabilit\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e\u00a0: le <em>bail-out<\/em> et le <em>bail-in<\/em>, se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9es inacceptables par les citoyens ordinaires, exprimant dans les urnes leur irritation croissante.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Le \u00ab\u00a0bail-out\u00a0\u00bb, l\u2019intervention de l\u2019\u00c9tat pour avancer les sommes destin\u00e9es \u00e0 combler un trou financier qui s\u2019est soudain creus\u00e9, a massivement \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 \u00e0 l\u2019automne 2008. Le \u00ab\u00a0bail-in\u00a0\u00bb, le sauvetage des banques gr\u00e2ce aux fonds qui leur ont \u00e9t\u00e9 confi\u00e9s par des d\u00e9posants, a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 pour la premi\u00e8re fois \u00e0 Chypre en 2013. Le Fonds Mon\u00e9taire International s\u2019en est fait depuis le chantre.<\/p>\n<p>La finance livr\u00e9e \u00e0 elle-m\u00eame, confiante dans la main invisible de l\u2019autor\u00e9gulation, s\u2019effondre avec r\u00e9gularit\u00e9. Sauv\u00e9e \u00e0 chaud par le <em>bail-out<\/em>, ce sont les citoyens en tant que <em>contribuables<\/em> qui r\u00e8glent l\u2019addition\u00a0; sauv\u00e9e \u00e0 chaud par le <em>bail-in<\/em>, ce sont eux en tant qu\u2019<em>\u00e9pargnants<\/em> qui prennent le relais. Comme ils manifestent leur grogne avec de plus en plus de vigueur, l\u2019\u00c9tat s\u2019est convaincu que la prophylaxie est pr\u00e9f\u00e9rable aux rem\u00e8des de crise.<\/p>\n<p>L\u2019<em>argent<\/em> vaut le montant mentionn\u00e9 sur le billet ou sur la pi\u00e8ce. Une <em>reconnaissance de dette<\/em>, susceptible de fonctionner comme pseudo-monnaie, n\u2019est elle qu\u2019une marchandise qui ne vaudra en fin de compte que la somme que l\u2019emprunteur remboursera pour s\u2019acquitter de sa dette. D\u2019o\u00f9 le risque financier r\u00e9sultant du caract\u00e8re al\u00e9atoire du r\u00e8glement <em>in fine<\/em>.<\/p>\n<p>Ceci dit, il ne tient qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00c9tat de faire \u00e9quivaloir une <em>reconnaissance de dette<\/em> \u00e0 de l\u2019<em>argent<\/em> en prenant \u00e0 sa charge sa d\u00e9pr\u00e9ciation \u00e9ventuelle. C\u2019est ce qu\u2019il garantit pour les reconnaissances de dette des banques envers leurs d\u00e9posants, \u00e0 concurrence de 100.000 \u20ac. Un d\u00e9p\u00f4t inf\u00e9rieur \u00e0 ce plafond \u00e9quivaut donc \u00e0 de l\u2019argent liquide. La crise de Chypre en 2013 a rappel\u00e9 qu\u2019il n\u2019en est rien pour les montants sup\u00e9rieurs.<\/p>\n<p><em>Bail-out<\/em> donc pour les d\u00e9p\u00f4ts inf\u00e9rieurs \u00e0 100.000 \u20ac en cas de d\u00e9faut de la banque, par l\u2019intervention solidaire des contribuables et <em>bail-in<\/em> pour les d\u00e9p\u00f4ts sup\u00e9rieurs \u00e0 ce montant, gr\u00e2ce \u00e0 la contribution individuelle de l\u2019\u00e9pargnant abandonn\u00e9 \u00e0 son sort.<\/p>\n<p>Or le domaine du <em>bail-in<\/em> souffre d\u2019un d\u00e9faut structurel\u00a0: l\u2019effet boule de neige. En cas d\u2019accident, seuls pourront reprendre leurs billes les premiers \u00e0 s\u2019\u00eatre ru\u00e9s vers la sortie, parce que le prix d\u2019un instrument de dette sera encore proche de la somme initialement pr\u00eat\u00e9e, alors qu\u2019une fois la confiance fondue comme neige au soleil, le prix de cette reconnaissance de dette se sera effondr\u00e9. Dans les termes du physicien\u00a0: l\u2019<em>attracteur<\/em> du prix d\u2019un instrument de dette est sa \u00ab\u00a0valeur liquidative\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0prix \u00e0 la casse\u00a0\u00bb. Le domaine du <em>bail-in<\/em> est pr\u00e9dispos\u00e9 \u00e0 la panique, encore appel\u00e9e \u00ab\u00a0risque syst\u00e9mique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>D&rsquo;o\u00f9 vient l\u2019insolvabilit\u00e9, cause de panique bancaire ? D&rsquo;un effet d&#8217;emballement\u00a0: la \u00ab\u00a0confiance \u00bb dispara\u00eet \u00e0 un endroit pr\u00e9cis du secteur financier et sa disparition se communique ensuite aux autres. Mais la confiance n&rsquo;est pas un \u00ab\u00a0ph\u00e9nom\u00e8ne psychologique\u00a0\u00bb\u00a0: elle ne s\u2019\u00e9vanouit en g\u00e9n\u00e9ral que pour des raisons objectives, des pertes effectives \u00e9tant essuy\u00e9es, comme avec les <em>subprimes<\/em> en ao\u00fbt 2007. L&rsquo;effet de contagion est d\u00fb lui aux faiblesses structurelles de la finance. Le fait par exemple que dans le <em>repo<\/em> (pensions livr\u00e9es), la r\u00e9sistance de la cha\u00eene de cr\u00e9dits qui s\u2019est cr\u00e9\u00e9e est celle de son maillon le plus faible. Le fait aussi que lorsque baisse le prix d\u2019un instrument de dette (une reconnaissance de dette) mis en garantie, le pr\u00eateur fait un <em>appel de marge<\/em>\u00a0: il r\u00e9clame un compl\u00e9ment de <em>collat\u00e9ral<\/em>. Lequel oblige \u00e9ventuellement l&#8217;emprunteur \u00e0 vendre des actifs pour r\u00e9unir la somme. Si la crise est globale, les m\u00eames produits sont mis en vente en trop grand nombre et, faute d\u2019acheteurs, leur prix s&rsquo;effondre.<\/p>\n<p>La solution : soit des fonds de garantie pr\u00e9alablement constitu\u00e9s, soit une intervention de la Banque centrale dans le r\u00f4le de pr\u00eateur de dernier recours. \u00c0 ceci pr\u00e8s que tant que tout va bien les fonds de garantie sont jug\u00e9s superflus, la ritournelle \u00e9tant que le probl\u00e8me ne se reposera pas \u00ab les choses n\u2019\u00e9tant plus comme avant \u00bb.<\/p>\n<p>Il ne reste donc que&#8230; l&rsquo;\u00c9tat, offrant sa garantie mais dictant ses conditions aux \u00e9ventuels b\u00e9n\u00e9ficiaires. Le secteur bancaire n\u2019a pas \u00e0 s&rsquo;en plaindre, malgr\u00e9 ses soupirs d\u2019exasp\u00e9ration. Le citoyen se r\u00e9jouit lui que la \u00ab\u00a0privatisation des b\u00e9n\u00e9fices, socialisation des pertes \u00bb touche \u00e0 son terme\u00a0: au titre de contribuable victime du <em>bail-out<\/em> et d&rsquo;\u00e9pargnant victime du <em>bail-in<\/em>. Vu la d\u00e9saffection des citoyens envers un r\u00e9gime d\u00e9mocratique trop d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9 par le pouvoir de l\u2019argent, les \u00c9tats n\u2019ont d\u2019autre choix que de s\u2019incliner.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans \u00ab\u00a0La fin du laisser-faire\u00a0\u00bb, essai publi\u00e9 en 1926, John Maynard Keynes caract\u00e9rise de mani\u00e8re caustique l\u2019id\u00e9ologie de ses coll\u00e8gues \u00e9conomistes comme une version d\u00e9lirante du darwinisme. Pour \u00ab\u00a0les darwiniens, \u00e9crit-il, c\u2019est la libre concurrence qui a b\u00e2ti l\u2019homme.\u00a0L\u2019\u0153il humain a cess\u00e9 d\u2019\u00eatre la manifestation d\u2019un dessein ayant miraculeusement con\u00e7u toute chose pour le mieux\u00a0; [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","footnotes":""},"categories":[2597,307],"tags":[2510,2511,442],"class_list":["post-66479","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-democratie-2","category-finance","tag-bail-in","tag-bail-out","tag-etat"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/66479","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=66479"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/66479\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":66552,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/66479\/revisions\/66552"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=66479"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=66479"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=66479"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}