{"id":667,"date":"2008-07-19T00:48:11","date_gmt":"2008-07-18T23:48:11","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=667"},"modified":"2012-08-13T08:18:37","modified_gmt":"2012-08-13T06:18:37","slug":"analyse-des-mythes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2008\/07\/19\/analyse-des-mythes\/","title":{"rendered":"<b>L&rsquo;analyse des mythes<\/b>"},"content":{"rendered":"<blockquote><p><strong>Ce texte est un \u00ab article presslib\u2019 \u00bb (*) <\/strong><\/p><\/blockquote>\n<p>Vous ne serez pas choqu\u00e9 outre mesure d\u2019apprendre que mon irr\u00e9v\u00e9rence \u2013 voire mon insolence \u2013 ne date pas d\u2019hier. En 1963, j\u2019\u00e9tais inscrit en premi\u00e8re ann\u00e9e de facult\u00e9. Luc de Heusch, mon professeur d\u2019anthropologie, \u00e9tait un passionn\u00e9 de l\u2019anthropologie structurale de Claude L\u00e9vi-Strauss qu\u2019il appliquait lui-m\u00eame avec talent aux mythes africains.<\/p>\n<p>Cinq ans plus tard, L\u00e9vi-Strauss me ferait l\u2019honneur de m\u2019accepter dans son s\u00e9minaire. J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 eu l\u2019occasion de dire tout le bien que je pense de l\u2019\u0153uvre de mon ma\u00eetre L\u00e9vi-Strauss (tout particuli\u00e8rement <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/index-article-67.html\">en anglais dans une encyclop\u00e9die<\/a>) mais son analyse structurale ne m\u2019a jamais convaincu : d\u2019embl\u00e9e toutes les interpr\u00e9tations m\u2019y apparaissaient possibles. Et c\u2019est pourquoi, dans mon premier devoir, appel\u00e9 \u00e0 appliquer la m\u00e9thode, et pour marquer mes distances, je choisis comme mat\u00e9riel d\u2019analyse non pas des mythes mais deux chansons de l\u2019\u00e9poque, toutes deux un peu caricaturales, consacr\u00e9es \u00e0 des motards condamn\u00e9s \u00e0 une mort brutale.<\/p>\n<p>L\u00e9vi-Strauss avait mis en \u00e9vidence la mani\u00e8re dont les mythes se transmettent de culture en culture par le maintien de certains \u00e9l\u00e9ments et l\u2019inversion de certains autres. Le deux chansons que j\u2019avais retenues \u00e9taient <em>Black Denim Trousers and Motorcycle Boots <\/em> de Stoller et Leiber, immortalis\u00e9e en fran\u00e7ais par Edith Piaf sous le titre de <em>L\u2019homme \u00e0 la moto<\/em> et <em>Leader of the Pack <\/em> de Morton, Barry et Greenwich dont la version originale est celle des Shangri-Las et la version fran\u00e7aise est due \u00e0 Frank \u00ab Biche, \u00f4 ma biche \u00bb Alamo, sous le titre : <em>Le chef de la bande<\/em>. <\/p>\n<p>J\u2019ai \u00e9t\u00e9 attrist\u00e9 tout \u00e0 l\u2019heure en visionnant le court extrait d\u2019une interview r\u00e9cente de L\u00e9vi-Strauss, \u00e0 l\u2019approche de son centenaire, et o\u00f9 il se d\u00e9clare pr\u00eat \u00e0 quitter ce monde sans regret, convaincu qu\u2019il est condamn\u00e9, victime de l\u2019empoisonnement que notre esp\u00e8ce lui inflige. Son opinion est inattaquable et il est vrai qu\u2019il n\u2019assistera pas aux premiers succ\u00e8s de nos tentatives audacieuses de renverser la vapeur \u00e0 trois m\u00e8tres des r\u00e9cifs (souvenir de mes jours \u00e0 la p\u00eache). J\u2019esp\u00e8re toutefois que je tiendrai des propos plus optimistes \u00e0 l\u2019approche de mon centenaire et au moment o\u00f9 l\u2019on explorera les caves de la Facult\u00e9 des Sciences Economiques, Politiques et Sociales de l\u2019Universit\u00e9 Libre de Bruxelles, \u00e0 la recherche de mon texte perdu sur <em>L\u2019homme \u00e0 la moto<\/em>, en vue d\u2019une \u00e9dition compl\u00e8te de mes \u0153uvres dans la biblioth\u00e8que de La Pl\u00e9iade. Je viens de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ce que j\u2019aimerais dire alors et en voici le d\u00e9but : \u00ab Mes amis, quel spectacle : merci au metteur en sc\u00e8ne d\u2019avoir mis le paquet pour que l\u2019\u00e9poque de mon passage soit celle d\u2019un v\u00e9ritable feu d\u2019artifices ! Pas un ralentissement, pas un moment creux, pas un moment d\u2019ennui ! Quelle plan\u00e8te ! Quelle esp\u00e8ce : des Bons \u00e0 la saintet\u00e9 \u00e9poustouflante, des M\u00e9chants \u00e0 la cruaut\u00e9, \u00e0 la bassesse et \u00e0 la stupidit\u00e9 sans limites ! Quelle invention ! Quelle imagination ! \u2026 \u00bb<\/p>\n<p>Le texte de mon devoir est sans doute perdu mais il m\u2019a suffi de relire les deux textes pour que les principaux points de son analyse me reviennent en m\u00e9moire. Appelons <em>L\u2019homme \u00e0 la moto<\/em>, le mythe \u00ab A \u00bb, et <em>Le chef de la bande<\/em>, le mythe \u00ab B \u00bb. Le th\u00e8me commun est celui d\u2019un couple : le motard maudit et sa meuf. Dans les deux versions, le motard se crashe m\u00e9chamment. <\/p>\n<p>Dans B, le motard aime sa meuf de mani\u00e8re excessive : les larmes percent sous son mauvais sourire quand elle le laisse tomber dans la nuit pluvieuse : <\/p>\n<blockquote><p> He sort of smiled and kissed me goodbye<br \/>\nThe tears were beginning to show<br \/>\nAs he drove away on that rainy night\n<\/p><\/blockquote>\n<p>dans B, le motard aime sa meuf de mani\u00e8re insuffisante : c\u2019est lui qui la quitte et le bruit de ses sanglots est couvert par la p\u00e9tarade assourdissante de la moto qui d\u00e9marre et noy\u00e9 dans le brouillard de l\u2019huile de moteur cram\u00e9e :<\/p>\n<blockquote><p> But her tears were shed in vain and her every word was lost<br \/>\nIn the rumble of an engine and the smoke from his exhaust <\/p><\/blockquote>\n<p>Dans A, le motard aime sa m\u00e8re de mani\u00e8re excessive :<\/p>\n<blockquote><p>\nOn the muscle of his arm was a red tattoo<br \/>\nA picture of a heart saying \u00ab\u00a0Mother, I love you\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>(Sur le gras de son biceps se trouvait un tatouage<br \/>\nUn c\u0153ur disant \u00ab Maman, je t\u2019aime \u00bb)\n<\/p><\/blockquote>\n<p>Alors que dans B, le p\u00e8re de la meuf aime sa fille de mani\u00e8re insuffisante :<\/p>\n<blockquote><p>\nOne day my dad said, \u00ab\u00a0Find someone new\u00a0\u00bb<br \/>\nI had to tell my Jimmy we&rsquo;re through<\/p>\n<p>(Un jour mon p\u00e8re me dit : \u00ab Trouve toi un autre mec \u00bb<br \/>\nJ\u2019ai d\u00fb dire \u00e0 Jimmy que c\u2019\u00e9tait r\u00e2p\u00e9)\n<\/p><\/blockquote>\n<p>Je ne me souviens pas de la suite mais ce n\u2019est peut-\u00eatre pas essentiel. Dans la vid\u00e9o des Shangri-Las, les anthropologues parmi vous appr\u00e9cieront la ruche utilis\u00e9e \u00e0 cette \u00e9poque comme parure de t\u00eate.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" frameborder=\"0\" width=\"560\" height=\"420\" src=\"http:\/\/www.dailymotion.com\/embed\/video\/x18x9v\"><\/iframe><\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"560\" height=\"420\" src=\"http:\/\/www.youtube.com\/embed\/UiJaNSXlYuQ\" frameborder=\"0\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<blockquote><p><strong>(*) Un \u00ab article presslib\u2019 \u00bb est libre de reproduction en tout ou en partie \u00e0 condition que le pr\u00e9sent alin\u00e9a soit reproduit \u00e0 sa suite. Paul Jorion est un \u00ab journaliste presslib\u2019 \u00bb qui vit exclusivement de ses droits d\u2019auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d\u2019\u00e9crire comme il le fait aujourd\u2019hui tant que vous l\u2019y aiderez. Votre soutien peut s\u2019exprimer <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?page_id=647\">ici<\/a>.<\/strong><\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p><strong>Ce texte est un \u00ab article presslib\u2019 \u00bb (*) <\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Vous ne serez pas choqu\u00e9 outre mesure d\u2019apprendre que mon irr\u00e9v\u00e9rence \u2013 voire mon insolence \u2013 ne date pas d\u2019hier. En 1963, j\u2019\u00e9tais inscrit en premi\u00e8re ann\u00e9e de facult\u00e9. 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