{"id":6749,"date":"2010-01-13T23:07:56","date_gmt":"2010-01-13T22:07:56","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=6749"},"modified":"2010-01-13T23:07:56","modified_gmt":"2010-01-13T22:07:56","slug":"ou-se-situent-les-salaries","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2010\/01\/13\/ou-se-situent-les-salaries\/","title":{"rendered":"O\u00f9 se situent les salari\u00e9s ?"},"content":{"rendered":"<blockquote><p><strong>Ce texte est un \u00ab article presslib\u2019 \u00bb (*) <\/strong><\/p><\/blockquote>\n<p>Vous avez d\u00fb noter \u2013 peut-\u00eatre avec un malin plaisir \u2013 o\u00f9 la r\u00e9flexion des jours derniers nous conduits : si on veut sortir de la crise sans retomber dans une logique de croissance \u00e0 tout crin, il faut que nous stoppions la fuite en avant permanente qui \u00e9puise la plan\u00e8te et qui d\u00e9bouche toujours \u00e0 terme sur de la surproduction. Pour cela, il faut s\u00e9parer la question des revenus qui nous sont n\u00e9cessaires pour acheter des biens de consommation, de la question du travail. Il faut r\u00e9examiner le travail comme une question en soi, comme l\u2019activit\u00e9 humaine n\u00e9cessaire pour produire marchandises et services authentiques sans qu\u2019elle soit automatiquement celle qui nous procure les revenus qui nous permettent de consommer. <\/p>\n<p>Quand je dis marchandises et services \u00ab authentiques \u00bb, je veux dire ceux que nous n\u2019achetons pas simplement sous l\u2019influence du \u00ab consum\u00e9risme \u00bb, cette id\u00e9ologie qui a \u00e9t\u00e9 invent\u00e9e pour repousser artificiellement les limites de la surproduction et qui n\u2019est en r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019un effort de propagande poussant \u00e0 davantage de consommation et qui, dans la mesure o\u00f9 il r\u00e9ussit \u00e0 nous persuader, permet que l\u2019on produise plus qu\u2019en son absence.<\/p>\n<p>S\u00e9parer travail et revenus permet d\u2019envisager les choses dans la perspective de l\u2019An 2000 tel qu\u2019on l\u2019imaginait encore dans les ann\u00e9es cinquante : o\u00f9 le travail, devenu rare dans un monde o\u00f9 la productivit\u00e9 cro\u00eet gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019automation, n\u2019est pas une mal\u00e9diction mais au contraire une b\u00e9n\u00e9diction. <\/p>\n<p>Ma d\u00e9marche est diff\u00e9rente de celle de Marx mais elle se situe au sein de la m\u00eame tradition que la sienne, et ceci pour une raison tr\u00e8s simple : parce que je consid\u00e8re comme sans grand int\u00e9r\u00eat la \u00ab science \u00bb \u00e9conomique qui a \u00e9t\u00e9 produite apr\u00e8s la mort de Marx, quand s&rsquo;ach\u00e8ve la tradition des \u00e9conomistes de l\u2019\u00e2ge d\u2019Or de la pens\u00e9e \u00e9conomique : le XVIIIe si\u00e8cle, dont les th\u00e9ories sont d\u2019inspiration sociologique plut\u00f4t que psychologique comme ce sera le cas ensuite, et dont le dernier grand repr\u00e9sentant est David Ricardo.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi j\u2019ai voulu examiner ce qui diff\u00e8re tr\u00e8s exactement entre ce que j\u2019ai \u00e9crit ces deux ou trois derni\u00e8res ann\u00e9es et ce qu\u2019on trouve chez Marx. L\u2019une des diff\u00e9rences porte sur sa d\u00e9finition du <i>capital<\/i> \u2013 j\u2019y reviendrai ult\u00e9rieurement \u2013 et l\u2019autre sur l\u2019identit\u00e9 des grands groupes sociaux impliqu\u00e9s dans la production et dans la distribution <\/p>\n<p><!--more-->D\u2019abord un rappel. Pour qu\u2019une marchandise puisse \u00eatre produite, des avances doivent \u00eatre  consenties, en argent, en mati\u00e8res premi\u00e8res, en outils, etc. auxquelles vient se combiner le travail humain. Une fois la marchandise produite, elle est vendue une premi\u00e8re fois (sur un march\u00e9 \u00ab primaire \u00bb) et la diff\u00e9rence entre les avances et le prix de vente constitue un <i>surplus<\/i> : ce surplus est partag\u00e9 dans un premier temps entre capitaliste et industriel, qui re\u00e7oivent, le premier, les int\u00e9r\u00eats et le second son <i>profit<\/i> et, dans un second temps, l\u2019industriel redistribue le profit entre lui-m\u00eame et ses salari\u00e9s. Les termes de cette redistribution sont d\u00e9termin\u00e9s par les diff\u00e9rents rapports de force entre les parties : rapport de force entre capitaliste et industriel dans un premier temps, rapport de force entre patron et salari\u00e9s dans un second temps. <\/p>\n<p>Marx distingue comme grands groupes impliqu\u00e9s dans les processus \u00e9conomiques, les <i>capitalistes<\/i> qui <i>poss\u00e8dent<\/i> le capital et les <i>prol\u00e9taires<\/i>, qui louent leur force de travail. Je distingue de mon c\u00f4t\u00e9 quatre groupes : 1) les <i>salari\u00e9s<\/i> qui sont en gros ceux que Marx appelle les prol\u00e9taires, 2) les \u00ab capitalistes \u00bb de Marx se redistribuent pour moi en trois diff\u00e9rents groupes : a) les marchands qui veillent \u00e0 la distribution des marchandises et ponctionnent au passage un <i>profit marchand<\/i>, b) les dirigeants d\u2019entreprise, ou industriels, ou <i>entrepreneurs<\/i>, qui touchent un b\u00e9n\u00e9fice, qui est la part du surplus qui leur revient une fois pay\u00e9s les salaires de leurs salari\u00e9s et vers\u00e9s les int\u00e9r\u00eats \u00e0 ceux qui leur ont consenti des <i>avances<\/i>, qui constituent eux c) le groupe des investisseurs, ou actionnaires, ou \u00ab capitalistes \u00bb proprement dits. <\/p>\n<p>Marx consid\u00e8re que le salaire des salari\u00e9s constitue un \u00e9l\u00e9ment du m\u00eame ordre que les avances en argent ou en mati\u00e8res premi\u00e8res en provenance du \u00ab capitaliste \u00bb : il en fait, dans ses termes, l\u2019un des \u00ab frais de production \u00bb. Il \u00e9crit dans \u00ab Travail salari\u00e9 et capital \u00bb, un texte r\u00e9dig\u00e9 en 1849 : \u00ab \u2026 ces frais de production consistent : 1) en mati\u00e8res premi\u00e8res et en instruments, c\u2019est-\u00e0-dire en produits industriels dont la production a co\u00fbt\u00e9 un certain nombre de journ\u00e9es de travail, si bien qu\u2019ils repr\u00e9sentent un temps de travail d\u00e9termin\u00e9 ; 2) en travail imm\u00e9diat qui n\u2019a d\u2019autre mesure que le temps. \u00bb (Marx 1849 : 210).<\/p>\n<p>On peut r\u00e9pondre \u00e0 cela que si les salaires font partie des <i>frais de production<\/i>, pourquoi ne pas consid\u00e9rer aussi comme <i>frais de production<\/i> les int\u00e9r\u00eats qui reviennent au capitaliste ou bien encore le b\u00e9n\u00e9fice qui va \u00e0 l\u2019industriel ou \u00ab entrepreneur \u00bb ? Si c\u2019\u00e9tait le cas, la notion de <i>frais de production<\/i> ne se justifierait plus puisque la somme des <i>frais de production<\/i> ne serait rien d\u2019autre en r\u00e9alit\u00e9 que le prix de vente de la marchandise sur son march\u00e9 primaire, celui o\u00f9 \u2013 comme je l\u2019ai rappel\u00e9 \u2013 la marchandise, le produit fini, est vendu pour la premi\u00e8re fois.<\/p>\n<p>Or, cette mani\u00e8re diff\u00e9rente d\u2019envisager les \u00ab classes \u00bb, les groupes constituant nos soci\u00e9t\u00e9s dans la production et la distribution, n\u2019est pas sans cons\u00e9quences : ce n\u2019est pas du tout la m\u00eame chose de consid\u00e9rer les salaires comme une des composantes des <i>frais de production<\/i> ou comme des sommes qui reviennent \u00e0 l\u2019une des trois parties en pr\u00e9sence dans le partage du surplus. Chez Marx, les salaires sont un facteur objectif, un \u00ab donn\u00e9 \u00bb, tout comme le prix des mati\u00e8res premi\u00e8res, alors que dans ma mani\u00e8re \u00e0 moi d\u2019aborder le probl\u00e8me, les sommes qui seront allou\u00e9es comme salaires constituent une part du <i>surplus<\/i>, et leur montant refl\u00e8te en r\u00e9alit\u00e9 le rapport de force entre les salari\u00e9s et leur patron. <\/p>\n<p>Je dirais donc que chez Marx, les salaires sont \u00ab r\u00e9ifi\u00e9s \u00bb, et je veux dire par l\u00e0 qu\u2019ils sont consid\u00e9r\u00e9s comme une donn\u00e9e objective au m\u00eame titre que le co\u00fbt des mati\u00e8res premi\u00e8res n\u00e9cessaires \u00e0 la production, alors que pour moi, ils constituent une part du surplus et leur montant se d\u00e9termine en fonction d\u2019un rapport de force. <\/p>\n<p>Il me semble qu\u2019il y a du coup une certaine <i>radicalisation<\/i> dans ma mani\u00e8re de voir les choses par rapport \u00e0 celle de Marx, et qu\u2019elle se r\u00e9v\u00e8le par le fait que les revendications des salari\u00e9s pour obtenir une meilleure r\u00e9mun\u00e9ration ont un sens dans le cadre tel que je le d\u00e9finis, puisqu\u2019elles sont susceptibles de modifier le rapport de force entre leurs patrons, les dirigeants d\u2019entreprises que sont les industriels ou \u00ab entrepreneurs \u00bb, et ces salari\u00e9s, alors que chez Marx, on ne voit pas pourquoi ces revendications pourraient faire une diff\u00e9rence, les salaires ayant la m\u00eame objectivit\u00e9, la m\u00eame \u00ab solidit\u00e9 \u00bb que le prix des mati\u00e8res premi\u00e8res par exemple.<\/p>\n<p>\u2013\u2013\u2013\u2013\u2013\u2013\u2013\u2013\u2013-<br \/>\nKarl Marx, <i>Travail salari\u00e9 et capital<\/i>, [1849], <u>\u00c5\u2019uvres de Karl Marx. \u00c9conomie I<\/u>, La Pl\u00e9iade, Paris : Gallimard, 1965 : 199-229.<\/p>\n<blockquote><p><strong>(*) Un \u00ab article presslib\u2019 \u00bb est libre de reproduction en tout ou en partie \u00e0 condition que le pr\u00e9sent alin\u00e9a soit reproduit \u00e0 sa suite. Paul Jorion est un \u00ab journaliste presslib\u2019 \u00bb qui vit exclusivement de ses droits d\u2019auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d\u2019\u00e9crire comme il le fait aujourd\u2019hui tant que vous l\u2019y aiderez. 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