{"id":68776,"date":"2014-09-09T14:27:00","date_gmt":"2014-09-09T12:27:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=68776"},"modified":"2014-09-09T14:27:00","modified_gmt":"2014-09-09T12:27:00","slug":"la-classe-moyenne-une-espece-menacee-iii-par-michel-leis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2014\/09\/09\/la-classe-moyenne-une-espece-menacee-iii-par-michel-leis\/","title":{"rendered":"<b>La classe moyenne, une esp\u00e8ce menac\u00e9e (III)<\/b>, par Michel Leis"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2014\/09\/08\/la-classe-moyenne-une-espece-menacee-i-par-michel-leis\/\" target=\"_blank\"><strong>La classe moyenne, une esp\u00e8ce menac\u00e9e (I)<\/strong><\/a><br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=68766\" target=\"_blank\"><strong>La classe moyenne, une esp\u00e8ce menac\u00e9e (II)<\/strong><\/a><\/p>\n<p><strong>III. Pourquoi\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Dans le pr\u00e9c\u00e9dent billet, j\u2019ai tent\u00e9 de montrer comment les contraintes s\u2019accumulent et conduisent \u00e0 cette \u00e9rosion lente du montant arbitrable, r\u00e9duisant d\u2019autant les degr\u00e9s de libert\u00e9 de la classe moyenne. La classe moyenne dispara\u00eet, sans que le revenu n\u2019ait besoin de baisser. Si la r\u00e9ponse au comment est assez claire, comme souvent, la question du pourquoi restera (partiellement) sans r\u00e9ponse.<\/p>\n<p>La mutation de l\u2019industrie \u00e0 compter du d\u00e9but des ann\u00e9es 70 vers des productions plus diff\u00e9renti\u00e9es (cr\u00e9ant la norme de consommation moderne reposant sur un cycle de vie raccourci du produit) a chang\u00e9 l\u2019\u00e9chelle de valeurs, sans pour autant faire \u00e9voluer dans un premier temps le partage de la valeur ajout\u00e9e entre r\u00e9mun\u00e9ration du capital et revenu du travail. La forte mont\u00e9e en puissance des classes moyennes tout au long du 20<sup>e<\/sup> Si\u00e8cle et en particulier apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale offrait un d\u00e9bouch\u00e9 \u00e0 l\u2019industrie, qui nourrissait en retour les profits.<\/p>\n<p><!--more--><br \/>\nDans la s\u00e9quence de crises qui s\u2019est ouverte il y 40 ans, une opportunit\u00e9 s\u2019est soudain ouverte avec l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir de gouvernements lib\u00e9raux dans les ann\u00e9es 80. Cela s\u2019est traduit pour le capitalisme par un renforcement quasiment \u00ab\u00a0miraculeux\u00a0\u00bb des rapports de forces en sa faveur. Le monde politique s\u2019est soudain mis \u00e0 favoriser la cr\u00e9ation de richesse en rel\u00e2chant les contraintes qui pesaient sur la r\u00e9partition. Cette politique \u00e9tait cens\u00e9e faire revenir la croissance et r\u00e9sorber le ch\u00f4mage. Si la croissance est rest\u00e9e soutenue, c\u2019\u00e9tait sans compter avec les gains de productivit\u00e9 massifs r\u00e9alis\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019automation et l\u2019exportation du travail dans des pays o\u00f9 il co\u00fbte moins cher. Dans le m\u00eame temps, la part des revenus du travail dans la valeur ajout\u00e9e diminue, malgr\u00e9 la hausse astronomique des salaires de direction. C\u2019est \u00e0 la fois une cons\u00e9quence des gains de productivit\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s (moins de salari\u00e9s cr\u00e9ent plus de valeur ajout\u00e9e) et le reflet de la lente d\u00e9gradation des rapports de forces en d\u00e9faveur des salari\u00e9s.<\/p>\n<p>Pourtant, pour les entreprises, la classe moyenne reste une client\u00e8le importante. Que ces classes moyennes vivent dans le cadre d\u2019un arbitrage de plus en plus contraint cr\u00e9e un cercle vicieux pour l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle. La s\u00e9quence rapproch\u00e9e de crise depuis 1990 montre un impact de plus en plus diff\u00e9renti\u00e9 par secteur, entre les produits et services qui b\u00e9n\u00e9ficient encore d\u2019un choix positif et ceux qui font partie des budgets sacrifi\u00e9s ou diff\u00e9r\u00e9s par les m\u00e9nages. Les arbitrages des consommateurs sont de plus en plus violents, le succ\u00e8s des uns est souvent l\u2019\u00e9chec des autres. Une nouvelle forme de concurrence porte sur la captation de ce budget \u00ab\u00a0arbitrable\u00a0\u00bb qui tend \u00e0 se r\u00e9duire comme peau de chagrin.<\/p>\n<p>Dans un premier temps, c\u2019est la double lutte entre la production et la distribution qui a domin\u00e9 le paysage. Lutte pour capter le meilleur de la marge tout en proposant un produit abordable au consommateur. Le gagnant tend \u00e0 exercer une pression vers l\u2019amont ou l\u2019aval suivant les cas. La grande distribution a fond\u00e9 toute sa strat\u00e9gie sur l\u2019accessibilit\u00e9 du produit tout en jouant la marge sur la sollicitation permanente du consommateur<a href=\"#_edn1\" name=\"_ednref1\">[i]<\/a>. Cette strat\u00e9gie a permis par exemple une baisse sensible de la part des d\u00e9penses d\u2019alimentation ou d\u2019habillement \u00e9voqu\u00e9e dans le pr\u00e9c\u00e9dent billet. Mais dans le m\u00eame temps, les rapports de forces qui s\u2019\u00e9tablissent au sein de chaque fili\u00e8re soumise aux diktats de la grande distribution ont fait dispara\u00eetre du paysage l\u2019industrie textile dans la plupart des pays d\u00e9velopp\u00e9s, ou la petite agriculture qui a du mal \u00e0 survivre et trouver sa place puisqu\u2019elle n\u2019est pas comp\u00e9titive (entendez elle ne pr\u00e9serve pas nos marges) aux yeux de la grande distribution.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui la donne change. Le Graal de beaucoup d\u2019entreprises est de faire rentrer les consommateurs dans des \u00e9cosyst\u00e8mes largement ferm\u00e9s qui rendent l\u2019individu captif, d\u2019introduire des modes de commercialisation o\u00f9 l\u2019abonnement est roi. Ce sont souvent les entreprises en pointe dans la norme de consommation qui sont les plus dynamiques, elles \u00e9tablissent des r\u00e9f\u00e9rences dans toute l\u2019industrie. Nos appareils mobiles en sont un bon exemple\u00a0: syst\u00e8me d\u2019exploitation captif, peu de standards, transition facilit\u00e9e vers un appareil de la m\u00eame marque, plus compliqu\u00e9e quand l\u2019on sort de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me, vente par abonnement, App Store en ligne disponible partout et \u00e0 tout moment, la sollicitation permanente sort des murs du magasin, les prix unitaires relativement bas masquent une r\u00e9alit\u00e9 qui est tout autre. Les seules d\u00e9penses li\u00e9es \u00e0 la communication ont \u00e9t\u00e9 multipli\u00e9es par 5 dans les d\u00e9penses pr\u00e9-contraintes, si l\u2019on ajoute les d\u00e9penses ventil\u00e9es sur d\u2019autres postes (loisirs et culture par exemple), le montant d\u00e9pens\u00e9 par mois dans les seuls outils mobiles est loin d\u2019\u00eatre n\u00e9gligeable pour une classe moyenne qui a des possibilit\u00e9s d\u2019arbitrages restreintes. Tous les secteurs cherchent maintenant \u00e0 rendre leurs clients captifs, que ce soit par des programmes de fid\u00e9lisation, des sollicitations qui sortent des murs du magasin, un service client\u00e8le de marque qui devient le seul capable d\u2019intervenir sur des objets de plus en plus complexes.<\/p>\n<p>La r\u00e9ussite des strat\u00e9gies ant\u00e9rieures avait eu des effets tr\u00e8s n\u00e9gatifs sur l\u2019emploi\u00a0: automatisation en vue de maintenir la sacro-sainte productivit\u00e9, d\u00e9localisation, ce processus reste toujours d\u2019actualit\u00e9, la mutation en cours n\u2019invalide pas toutes les strat\u00e9gies pass\u00e9es. L\u2019emploi r\u00e9gresse, les rapports de forces en faveur des salari\u00e9s encore plus. Rien ne s\u2019oppose \u00e0 la continuation de ce processus sinon des consid\u00e9rations de calcul \u00e9conomique (est-ce que c\u2019est profitable ou non\u00a0?) et le risque repr\u00e9sent\u00e9 par le passage d\u2019un co\u00fbt pour l\u2019essentiel variable (les salaires) \u00e0 un co\u00fbt essentiellement fixe (cr\u00e9dits et dotation aux amortissements). Le tout contribue en retour \u00e0 la disparition de l\u2019emploi et \u00e0 l\u2019affaiblissement de la classe moyenne. Si l\u2019on y ajoute des strat\u00e9gies particuli\u00e8rement r\u00e9ussies de captation du budget des m\u00e9nages qui r\u00e9duisent d\u2019autant la part arbitrable, on est dans un cercle vicieux o\u00f9 plus la position de la classe moyenne s\u2019affaiblit, plus la strat\u00e9gie des acteurs va contribuer \u00e0 cet affaiblissement. Cependant, pour les entreprises qui ont r\u00e9ussi \u00e0 imposer ce nouveau \u00ab\u00a0business model\u00a0\u00bb, pour les \u00e9tablissements de cr\u00e9dit qui financent un nouveau commerce bas\u00e9 sur le temps, le tableau n\u2019est pas si sombre, j\u2019y reviendrais dans le dernier point de ce billet.<\/p>\n<p>Et le monde politique dans tout \u00e7a\u00a0? Il a un discours qui est peu en rapport avec ses actes. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, il affiche une volont\u00e9 de d\u00e9fendre la classe moyenne, entre autres par des programmes de r\u00e9ductions d\u2019imp\u00f4ts. Dans le m\u00eame temps, elle met \u00e0 contribution celle-ci \u00e0 chaque fois qu\u2019il faut r\u00e9duire les d\u00e9penses de l\u2019\u00c9tat. Pour le monde politique, \u00e0 court terme, la classe moyenne est une source de revenu fiscal ou d\u2019\u00e9conomies certaine, c\u2019est la solution de facilit\u00e9 par excellence. Curieusement, l\u2019immersion d\u2019une grande partie de la classe moyenne dans l\u2019\u00e9conomie la rend plut\u00f4t r\u00e9ceptive aux discours d\u2019efforts de sacrifices qui servent de justification \u00e0 ces politiques. Au niveau des m\u00e9nages, il y a juste un d\u00e9placement entre des d\u00e9penses pr\u00e9contraintes (r\u00e9duction d\u2019imp\u00f4ts) et des d\u00e9penses indispensables (sant\u00e9, \u00e9ducation), souvent en leur d\u00e9faveur. En derni\u00e8re analyse, ces politiques contribuent fortement \u00e0 cette hausse des d\u00e9penses et \u00e0 l\u2019affaiblissement des classes moyennes.<\/p>\n<p>Au final, il n\u2019y a pas de volont\u00e9 explicite de faire dispara\u00eetre la classe moyenne. Comme souvent, il s\u2019agit juste d\u2019effets de bord non d\u00e9sir\u00e9s \u00e0 la suite de d\u00e9cisions prises pour d\u00e9fendre l\u2019existant<a href=\"#_edn2\" name=\"_ednref2\">[ii]<\/a>. Les cons\u00e9quences sont nombreuses, certains en profitent, d\u2019autres non, mais la classe moyenne n\u2019a plus \u00e0 donner son avis sur ce sujet.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref1\" name=\"_edn1\">[i]<\/a> Les c\u00e9l\u00e8bres \u00ab\u00a0Empilez haut, vendez \u00e0 prix bas\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Un \u00eelot de perte dans un oc\u00e9an de profits\u00a0\u00bb de Trujillo, le p\u00e8re et le pape de la grande distribution<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref2\" name=\"_edn2\">[ii]<\/a> On est dans le \u00ab\u00a0Paradoxe du gu\u00e9pard\u00a0\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2014\/09\/08\/la-classe-moyenne-une-espece-menacee-i-par-michel-leis\/\" target=\"_blank\"><strong>La classe moyenne, une esp\u00e8ce menac\u00e9e (I)<\/strong><\/a><br \/> <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=68766\" target=\"_blank\"><strong>La classe moyenne, une esp\u00e8ce menac\u00e9e (II)<\/strong><\/a><\/p>\n<p><strong>III. Pourquoi\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Dans le pr\u00e9c\u00e9dent billet, j\u2019ai tent\u00e9 de montrer comment les contraintes s\u2019accumulent et conduisent \u00e0 cette \u00e9rosion lente du montant arbitrable, r\u00e9duisant d\u2019autant les degr\u00e9s de libert\u00e9 de la classe moyenne. La [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[1391],"class_list":["post-68776","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","tag-classes-moyennes"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/68776","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=68776"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/68776\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":68779,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/68776\/revisions\/68779"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=68776"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=68776"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=68776"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}